Le Monde du Sumo
Le premier magazine francophone consacré au Sumo
Aki basho 2004 : Kaio s’offre son 5ème yusho !
La cérémonie de retraite de Musashimaru
Explications : comment lire un banzuke ?
フランス語の大相撲雑誌
Numéro 6 - octobre 2004
Editorial
En tout cas, c’est bien connu, le malheur des uns fait toujours le bonheur des autres, et sans vouloir atténuer l’excellente performance de Kaio, la méforme d’Asashoryu a certainement donné un sacré coup de pouce à l’ozeki ! performances, et pour rester sur de meilleures impressions, citons le fait assez rare de retrouver trois des quatre sanyaku avec un kachi-koshi (plus de victoires que de défaites sur l’ensemble du tournoi).
- Egalement
- à
- noter, l’excellent
résultat du Russe Roho, qui remporte 10 victoires pour son premier tournoi en division makuuchi, et empoche par la même occasion le prix de la combativité. Avec cette performance, il éclipse d’ailleurs légèrement Kotooshu, le Bulgare que l’on aurait attendu (ou au moins, espéré) au même niveau, mais qui doit se contenter de 9 victoires (score somme toute fort honorable, car c’était, pour lui aussi, son grand début dans la division reine).
D’autres, en revanche, n’ont clairement pas su tirer profit de la situation.
Restons sur les ozeki avec
Chiyotaikai, tout d’abord, qui a dû attendre le dernier jour pour obtenir son kachi-koshi. Un résultat qui reflète parfaitement son manque flagrant de conviction sur ce tournoi. Musoyama, égal à lui-même depuis quelque temps, n’a rien livré et a dû abandonner à la mi-tournoi. Une fois de plus, il se retrouvera en danger de rétrogradation s’il ne se ressaisit pas. Et Tochiazuma, qui venait de regagner sa position d’ozeki, a lui aussi été contraint à l’abandon, suite à une blessure aux ligaments du genou droit.
Kaio, posant fièrement avec le trophée symbolisant sa cinquième victoire de tournoi.
- Tout
- aussi
- remarquable,
Tochinonada qui, avec ses 11 victoires et un tableau de chasse comprenant un yokozuna et deux ozeki, se voit également attribuer le prix de la combativité.
Que de surprises sur cet Aki basho !
Bonnes et mauvaises. Inattendues et moins étonnantes.
Et enfin, le record historique que
- En réalité, si on y regarde bien, sur
- nous espérions : le jeune Hakuho devient le
premier rikishi à obtenir, après des résultats à au moins 10 victoires sur ses deux premiers tournois en makuuchi, un kachi-koshi pour sa troisième apparition dans cette division. Pour comparaison, dans les mêmes conditions, Asashoryu avait dû se contenter de 9-6, 9-6 et
8-7, et le yokozuna Taiho, détenteur du record de yusho (32), avait essuyé un make-koshi sur le second tournoi (12-3, 7-8, 11-4).
Le principal événement provient évidemment de la superbe victoire de l’ozeki Kaio. Alors que beaucoup le voyaient condamné à occuper éternellement le second plan, pour les quelques années (peut-être même quelques mois ?) le séparant de la retraite, le voilà qui vole la vedette au maître incontesté du moment, le yokozuna Asashoryu. les cinq plus hauts gradés (qui forment normalement l’élite du sumo, l’exemple à suivre), seul Kaio a réellement fait honneur à son rang.
Mais pour contrebalancer ces piètres
En ayant effectué un tournoi
Sommaire
exemplaire (et on est loin de pouvoir en dire autant de ses autres collègues ozeki et yokozuna !), le voici à nouveau tout proche du but ultime de tout lutteur : l’accession au grade de yokozuna. Pour cela, il devra impérativement se surpasser une nouvelle fois durant le tournoi de novembre, chez lui, à Fukuoka sur l’île de Kyushu.
- Editorial
- 1
28
Mis à part ces faits de basho, un autre événement majeur de ces derniers temps était le danpatsu-shiki de Musashimaru. La cérémonie symbolisant officiellement la retraite de l’ancien yokozuna aux 12 yusho fut forte en émotions, à tel point que l’immense Hawaïen n’a pu tenir la parole qu’il avait donnée de retenir ses larmes.
Comment lire un banzuke ? Danpatsu-shiki de Musashimaru Un néophyte au Kokugikan Le soken de l’Aki basho Aki basho 2004
12 13
12ère journée ème journée
14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 28 26 27 28 29 30 32 33 34 37 40 43 48
Mais nous n’y sommes pas encore, et nous aurons l’occasion d’y revenir dans le
prochain numéro du Petit Banzuke Illustré. Au
lieu de se perdre en conjectures sur le futur, attardons-nous donc encore sur le présent (ou disons, le passé proche).
3ème journée
- L’actualité
- plus
- générale
- a
- 4
- ème journée
5ème journée ème journée
7ème journée
également été assez riche, si bien que, pour la première fois, notre rédaction consacre trois pages aux faits de ces dernières semaines, avec notamment l’épilogue de l’affaire ayant opposé Takanohana oyakata et l’ex-sekiwake Akinoshima.
6
En effet, au bonheur de Kaio, il faut tout de même associer l’incroyable contreperformance d’Asashoryu : depuis le tournoi de mars 2002, alors qu’il occupait la position de sekiwake ouest, c’est la première fois qu’il descend en dessous de 10 victoires (à l’exception du Nagoya basho de juillet 2003, où son abandon l’avait fait terminer à 5 victoires – 5 défaites – 5 abandons).
- 8
- ème journée
9ème journée 10ème journée 11ème journée
Et à titre d’information, car Le
Monde du Sumo se veut aussi didactique, le lecteur découvrira dans les pages suivantes un article descriptif sur le mode de lecture d’un banzuke, le classement calligraphié des lutteurs.
12ème journée 13ème journée 14ème journée 15ème journée Résultats finaux - makuuchi Résultats finaux - juryo Minarai
Pour expliquer ce résultat des plus décevants, il faut bien sûr mettre en avant son manque d’entraînement avant le tournoi, à cause des festivités qui ont accompagné les célébrations de son mariage. Et pour prouver qu’aucune autre raison vicieuse ne se cache derrière cela (mauvaise blessure, ...), il compte bien prendre sa revanche dans le tournoi de novembre, à Kyushu… les téméraires qui ont osé le battre n’ont qu’à bien se tenir !
Enfin, une fois n’est pas coutume, un petit message personnel pour terminer cet éditorial : toute l’équipe du Monde du Sumo se joint à moi pour adresser nos sincères félicitations à notre collaboratrice Florence, heureuse maman d’une petite fille depuis début septembre.
Le site du mois Kyokai News Les kimarite de l’Aki basho 2004 La stat du mois Aki basho 2004 : résultats complets Lexique
Nicolas Schuler
Informations
Cette publication n’a absolument aucun intérêt commercial, et doit demeurer complètement gratuite. Elle est disponible sur internet à l’adresse suivante : http://www.lemondedusumo.com. Cet espace est ouvert à tous, et tout élément constructif est plus que bienvenu : idées, articles, remarques générales sur le magazine, etc. N’hésitez pas à nous faire part de vos remarques à l’adresse suivante : [email protected].
Ont collaboré de près ou de loin à cette édition
Stéphane Castella, Gilles Furelaud, Jean-Rémi Girard, Julien Griffon, Florence Lesur, Thierry Perran, Vincent Rouzé, Nicolas Schuler.
Remerciements et salutations
A Dale Carlson, Moti Dichne, Joe Kuroda, Alexander Nitschke, ... et les autres ! Aux amateurs de sumo de tous pays, aux concepteurs des nombreux sites internet consacrés au sumo, aux membres de la liste anglophone de diffusion de sumo, à ceux des divers forums internationaux, et particulièrement du Site français du sumo (www.sumofr.net) et d’Info-Sumo (www.info-sumo.net).
- Le Monde du Sumo
- n°6 - octobre 2004
- 1
Comment lire un banzuke ?
Le banzuke (ou banzuke-hyo) est un
document calligraphié, représentant le classement des lutteurs, établi à la fin de chaque tournoi en fonction des résultats de tous les participants. Mais il contient également la liste de tous les gyoji (arbitres) et des oyakata (maîtres). Par extension, le terme banzuke désigne également le classement en lui-même. victoires et de défaites est grand, et plus importante sera la progression ou la régression ». Bien entendu, comme toute règle, celle-ci admet des exceptions... mais ce n'est pas le propos de cet article ! imprimées à plusieurs dizaines de milliers d'exemplaires, et remis aux différentes écoles, où ils sont pliés et envoyés aux sponsors et « amis » de l'établissement. Un certain nombre est également réservé aux boutiques du lieu où se tient le basho, où ils ne sont disponibles à la vente que durant toute la durée du tournoi.
Durant l’assemblée, menée par un gyoji, les discussions partent du haut du classement précédent, pour redescendre et terminer par les apprentis de la division jonokuchi. Le gyoji inscrit sur un rouleau de papier (maki) le nouveau rang de chaque rikishi. A l'issue de la réunion, quand toutes les places ont été attribuées, le précieux rouleau est placé au secret dans un coffre, car son contenu ne sera dévoilé que plusieurs semaines plus tard, exactement le lundi, 13 jours avant le début du tournoi suivant. En réalité, le coffre est rouvert encore une semaine plus tôt, et le gyoji se voit confier la charge de rédiger ‘au propre’ ce classement. Il s'enferme alors pendant une journée, et trace les caractères servant à écrire tous les noms des lutteurs, dans un style bien particulier appelé negishi-ryu. Il utilise de l'encre noire et une feuille de papier traditionnel japonais (washi), de 108 cm sur 78 cm. Des copies, d'un format inférieur (58cm x 44 cm), sont ensuite
Il est fixé par une assemblée (banzuke hensei iinkai), composée des 23 membres du
shimpan-bu : les 20 shimpan (juges) et les 3
kanji (superviseurs). Ils se réunissent spécialement pour l'occasion quelques jours après la fin du tournoi, et sont chargés d'assigner un nouveau grade à chacun des quelque 800 lutteurs qui composent les 6 divisions du sumo. Aucune règle exacte ne permet de déterminer précisément la place qu'occupera tel ou tel rikishi à la saison
Gyoji en plein travail d’écriture du banzuke
Considérés par certains comme des oeuvres d'art à part entière, ces banzuke-hyo sont toutefois indéchiffrables pour tous les amateurs ne possédant pas de connaissances de la langue japonaise. Voici donc, à défaut d'une « traduction » complète, quelques éléments qui permettront de se familiariser avec la présentation de ces classements.
- suivante
- ;
- la seule règle fondamentale
régissant le banzuke est la suivante : « un kachi-koshi (plus de victoires que de défaites sur le tournoi précédent) signifie une promotion, alors qu'un make-koshi (l'inverse)
- contraint le rikishi
- à
- chuter dans le
classement. Plus l'écart entre le nombre de
La lecture s'effectue de droite à gauche, et de haut en bas.
EST
OUEST
Les 6 divisions, de la plus haute à la plus basse
inscriptions diverses
MAKUUCHI
42 lutteurs
JURYO
28 lutteurs
gyoji
MAKUSHITA
120 lutteurs
SANDANME
200 lutteurs
shimpan
autres membres de la Nihon Sumo Kyokai
JONIDAN
220 à 280 lutteurs
yobidashi sewanin
JONOKUCHI
70 à 100 lutteurs
wakaimonogashira
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- n°6 - octobre 2004
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(note : sauf mention contraire, tous les extraits graphiques sont issus du banzuke du Nagoya basho 2004 ; voir en fin d’article, le banzuke en pleine page)
- OUEST
- EST
西
= NISHI = OUEST
EST = HIGASHI =
東
- Contrairement
- aux
classements écrits en alphabet latin, où le côté Est occupe la partie gauche, c’est à droite que celui-ci se trouve dans un banzuke. Ceci est dû au sens de lecture, de gauche
- à
- droite pour nous
occidentaux, mais de droite à gauche pour les Japonais. Grâce à cet artifice, le lecteur commence toujours la lecture par le côté Est, considéré comme le plus prestigieux.
MAKUUCHI
(seule la partie Est de chaque
‘OZEKI’
‘MAEGASHIRA’
division est représentée dans la
suite de cet article, la partie Ouest fonctionnant évidemment sur le même principe)
rang
Avec un peu d’attention, on remarque que l’épaisseur du trait d’écriture diminue à mesure que l’on se déplace vers la gauche, c’est-à- dire quand on descend vers le rang le plus bas.
origine
(préfecture de naissance ou pays pour les étrangers)
L’écriture de la première colonne, où figure le yokozuna, est la plus grosse. Celles des quatre colonnes à sa gauche, représentant deux ozeki, un sekiwake et un komusubi, sont à peine moins épaisses. Et enfin, tous les maegashira sont de taille encore légèrement plus petite.
shikona
(nom d’emprunt sous lequel combat le lutteur)
- JURYO
- MAKUSHITA
- SANDANME
(extrait) ces kanji différents
- ont la même
- rang
(les caractères utilisés
signification : « semblable »
(version simplifiée à droite)
- sont
- ceux
- de
‘maegashira’, bien que désignant des juryo)
origine origine
ancien shikona
(si changement)
shikona shikona
idem pour :
(extrait des premiers rangs)
- JONIDAN
- JONOKUCHI
- Le Monde du Sumo
- n°6 - octobre 2004
- 3
générations
gyoji
(arbitres)
sewanin
(entraîneurs assistants)
wakaimonogashira
(entraîneurs assistants)
yobidashi
(clameurs)
(ici : ‘31ème’ (Kimura Shonosuke) ‘33ème’ (Shikimori Inosuke)
‘SEWANIN’
‘GYOJI’
‘YOBIDASHI’
‘SHIKIMORI
INOSUKE’
‘KIMURA SHONOSUKE’
‘WAKAIMONO
GASHIRA’ fukutate-gyoji
(adjoint chef des arbitres)
tate-gyoji
(chef des arbitres)
fukutate-yobidashi sanyaku sanyaku-kaku noms makuuchi-kaku
makuuchi
juryo juryo-kaku makushita-kaku sandanme-kaku
(sur le banzuke, parties situées en bas à droite et en bas à gauche)
‘YAKUIN jonokuchi-kaku
autres membres de la Nihon Sumo Kyokai
‘KANJI’
TAIGU’
‘RIJI’
- jonidan-kaku
- ‘I-IN’
shimpan
(juges)
‘SHIMPAN I-IN’
‘RIJICHO’
toshiyori
Petites explications de texte sur les fonctions au sein de la Nihon Sumo Kyokai…
Les termes désignant les fonctions que remplissent les oyakata au sein de la NSK sont assez peu connus du « grand public », c’est pourquoi une rapide explication de texte peut s’avérer utile.
toshiyori
‘I-IN’
- ‘TOSHIYORI’
- ‘SHUNIN’
- ‘JUN-TOSHIYORI’
Par ordre décroissant d’importance, on trouve donc :
RIJICHO : directeur en chef,
président de l’Association Japonaise de Sumo (Nihon Sumo Kyokai) ;
RIJI : directeurs ; KANJI : superviseurs ; SHIMPAN : juges ;
toshiyori ancien toshiyori
- (en
- cas
- de
changement récent)
YAKUIN TAIGU : délégués ; I-IN : membres du comité ; SHUNIN : superviseurs ; TOSHIYORI : simples oyakata ; JUN-TOSHIYORI : toshiyori provisoire.
toshiyori
Les traductions sont bien sûr approximatives (car difficiles à transposer), et les fonctions réelles varient en fonction des personnes. Ces appellations font en effet plutôt office de grades, sachant qu’à la base, tous sont forcément détenteurs d’un de ces fameux toshiyori, ou « nom d’ancien », sésame nécessaire pour exercer une fonction au sein de la NSK.
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inscriptions diverses
- (colonne du milieu, tout en bas du banzuke)
- (tout en bas à gauche du banzuke)
(colonne du milieu, tout en haut du banzuke)
‘Veuillez très humblement nous excuser !’
‘Fondation d’utilité publique
avec personnalité juridique’
(Cette indication remonte à l'époque d'Edo (1603-1868), où le sumo se pratiquait dans les temples shinto. A cette occasion, les organisateurs des tournois présentaient cet écriteau, où ils s'excusaient publiquement
‘(Très chers vénérables lecteurs, ) j'attire votre honorable attention sur la présence de lutteurs
‘Faisons le voeux pieu que durant 1000 ans et même 10000 ans nous fassions salle comble !’
- auprès
- des
- prêtres
- pour
- la
- gêne
occasionnée par la confiscation d’un espace dans leur temple. Cette mention n’a aujourd’hui plus tellement de justification mais elle est maintenue, pour préserver la tradition, et peut être aussi car, après tout, le dohyo reste un espace sacré, purifié par des prêtres shinto)
combattant tournoi de mae-zumo, et qui ne sont pas
- lors
- du
(Est exprimé ici l’espoir que toutes les places
- soient
- vendues
- aux
mentionnés dans ce banzuke’
spectateurs)
année (ici : ‘Heisei 16ème année’ = 2004) date de début et durée du tournoi (ici : ‘7ème mois, 4ème jour, 15 jours’)
‘NIHON SUMO KYOKAI’ lieu où se déroule le tournoi (ici : Nagoya) (ici : ‘Gymnase préfectoral d’Aichi’) célébration du sumo professionnel adresse des bureaux de la Nihon
- Sumo Kyokai à Tokyo
- pour les tournois disputés à Tokyo, une seule colonne
avec inscrit ‘Kokugikan’
Quelques variantes possibles dans la graphie du banzuke
La présentation du banzuke étant parfois légèrement modifiée, voici deux exemples sur lesquels quelques éléments diffèrent.
HARIDASHI
En théorie, dans le classement des lutteurs, chaque rang comporte deux places, ni plus, ni moins : une du côté Est, l'autre du côté Ouest. Pour les lutteurs classés au-dessus de maegashira (komusubi, sekiwake, ozeki et yokozuna), la même règle s'applique, bien que quelques exceptions se produisent régulièrement. C'est ainsi que l'on observe fréquemment un ou deux (voire trois) lutteurs supplémentaires pour un même rang (actuellement, 4 lutteurs occupent par exemple le rang d'ozeki, soit 2 supplémentaires). De nos jours, ces lutteurs additionnels sont fondus dans le reste du banzuke, mais historiquement, et jusque vers 1995, leurs noms apparaissaient dans des cases situées à l'extérieur du tableau.
- Takanohana
- Mienoumi
- Wakanohana
- Wajima
- Kitanoumi
Asahikuni