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Guts Of Darkness

Les archives du sombre et de l'expérimental

avril 2006

Vous pouvez retrouvez nos chroniques et nos articles sur www.gutsofdarkness.com

© 2000 - 2008

Un sommaire de ce document est disponible à la fin. Page 2/249 Les chroniques

Page 3/249 ENSLAVED : Frost

Chronique réalisée par Iormungand Thrazar

Premier du groupe norvégien chz le label français Osmose Productions, ce "Frost" fait suite au début du groupe avec "Vikingligr Veldi". Il s'agit de mon album favori d'Enslaved suivi de près par "Eld", on ressent une envie et une virulence incroyables dans cette oeuvre. Enslaved pratique un rageur et inspiré, globalement plus violent et ténébreux que sur "Eld". Il n'y a rien à jeter sur cet album, aucune piste de remplissage. On commence après une intro aux claviers avec un "Loke" ravageur et un "Fenris" magnifique avec son riff à la Satyricon et son break ultra mélodique. Enslaved impose sa patte dès 1994, avec la très bonne performance de Trym Torson à la batterie sur cet album, qui s'en ira rejoindre Emperor par la suite. "Svarte vidder" est un grand morceau doté d'une intro symphonique, le développement est excellent, 9 minutes de bonheur musical et auditif. "Yggdrasill" se pose en interlude de ce disque, un titre calme avec voix grave, guimbarde, choeurs et l'utilisation d'une basse fretless jouée par Eirik "Pytten", le producteur de l'album: un intemrède magnifique et judicieux car l'album gagne en aération. Le disque enchaîne sur un "Jotu249lod" destructeur et un Gylfaginning" accrocheur. Une belle intro au début du dernier titre "Isöders dronning", parsemé tout au long de guitares acoustiques, il s'agit d'une excellent pièce en clôture d'un opus homogène, un véritable ensemble aux titres indissociables les uns des autres, à écouter dans sa globalité et qui, pour ne rien gacher, bénéficie d'un layout cohérent aux teintes bleutées, ainsi qu'une édition avec gravure sur le boîtier et un vinyl bleu limité à 300 copies. Superbe album aussi bien haineux et violent que pertinent et mélodique. Une pierre angulaire du style. "Forget all laws, all order and peace. Chaos is everything; no time or place. Now when all light and life ends, when the wind now is killing...The chain has broken..."

Note : 6/6

Page 4/249 : The singles 86-98

Chronique réalisée par Twilight

En relisant les commentaires de certains internautes, je réalise soudain avoir chroniqué le premier volume des singles de Depeche Mode mais pas le second...terrible erreur que je m'efforce à présent de rattraper, d'autant que l'objet est de qualité. Il faut dire que l'époque 86-98 aura été plus que chargée pour le groupe qui verra son statut de mégastar exploser, s'engouffrera dans des tournées monstrueuses (comme en témoigne le 'Route 101'), expérimentera des sonorités plus rock, verra le départ de Alan Wilder, conservera de justesse son chanteur Dave Gahan, déclaré mort cliniquement lors d'une overdose...Bref, un témoignage musical du parcours d'une formation bien éloignée de l'image de garçons coiffeurs new wave comme on les considérait à l'époque de leur premier album. Cette collection est sombre, Depeche Mode avait déjà amorcé le mouvement à partir de 'Construction time again', les sonorités s'étaient trouvées plus pesantes, de discrètes influences industrielles s'étaient mêlées à la démarche pop, beaucoup de mélancolie et de noirceur dans les climats...Cette compilation s'ouvre sur 'Black celebration' puis enchaîne sur le zénith de la carrière, 'Music for the masses', le disque le plus flamboyant des Anglais; on trouve alors de la grandiloquence, du désespoir, de la passion...Suivra la période 'Violator', plus dépouillée et froide au niveau des sons mais toujours aussi peu joyeuse. Sur le second cd, l'auditeur trouvera les singles de 'Faith and devotion' marqués par la présence d'une vraie batterie et d'une guitare, ce qui leur confère une attaque plus rock sans perdre le son Depeche Mode pour autant. Puis, voilà 'Ultra', album étrange et mitigé, commen en témoignent le glauquissime 'Barrel of a gun' (en l'écoutant, on ne peut s'empêcher de penser que Dave revient de très loin), le presque parodique 'It's no good' et le plus intime 'Home'. Depeche Mode, s'il en fallait encore une preuve, est définitivement un groupe adulte, une formation incontournable de l'histoire du rock, mais ils l'ont payé cher et seront désormais marqués des stigmates qui font la beauté des grands. On trouve de plus un inédit, 'When I lose myself', bouleversant, à la fois calme, presque apaisé mais si triste...En bonus, le cd offre encore 'Little 15' tiré de 'Music for the masses' et une version live de 'Everything counts'. Un objet que ceux qui possèdent la discographie du groupe ne jugeront pas indispensables mais qui pour les autres est une mine de trésors sans fin tant Depeche Mode a toujours eu le talent de choisir de bons morceaux pour ses singles.

Note : 5/6

Page 5/249 ARTS AND DECAY : Trail of tears

Chronique réalisée par Twilight

A priori, l'imagerie est classique, nous avons affaire à un groupe gothique...certes mais...comment dire ? On découvre chez eux quelques sons parfois assez inattendus, ainsi les très discrets éléments de percussions vaguement éthniques (version boîte à ryhtmes) en arrière fond de 'Mescal' et 'In Memoriam'. Mon sentiment est que l'on s'enfonce dans la noirceur au fur et à mesure de l'album, ainsi à partir du bon '8442', les influences Sisters of mercy se font plus précises et le dernier titre 'X' est carrément le plus malsain et torturé. Sans être des génies, Arts and Decay sont tout de même capables de pondre de bonnes mélodies, tantôt pêchues ('Torch', 'Mescal', '8442', 'Squeeze'...), tantôt plus pesantes ('Brothers and sisters'). Les vocaux sont caverneux mais conservent un léger élément 'chaud'; je songe parfois aux futurs Love like Blood. Ce que personnellement j'apprécie chez eux est l'aspect progressif des chansons, il est rare que l'une d'elle me plaise dès les premiers accords mais plus elles défilent plus on y prend plaisir, que ce soit dans les refrains, les accélérations, les attaques du chant...Au final, 'Trail of tears' s'avère un disque sympathique à écouter, même s'il ne fera pas date dans l'histoire du gothique.

Note : 4/6

Page 6/249 KINGSIZE BLUES : Live fast and die

Chronique réalisée par Nicko

Kingsize Blues est présentée comme la nouvelle sensation metal outre-manche, à gros renfort d'argument promotionnels tape-à-l'oeil. Ouais, bref...Quand on écoute ce mini 4-titres, on peut être rassuré, voilà un groupe lambda tout ce qu'il y a de plus commun. Kingsize Blues, c'est du metal-core de base, c'est-à-dire, du neo-metal qualibré et syncopé (pas trop non plus histoire de garder suffisamment d'efficacité), avec une dose de hardcore, quelques riffs mélodique (ou milieu de riffs ravageurs), une rythmique bien speed et varié (là, ok, c'est plutôt sympa) et enfin un chant énervé (et énervant !). Non, franchement, il n'y a rien dans Kingsize Blues, rien à retenir, c'est du vide. Les anglais manquent cruellement d'inspiration et surtout de personnalité. D'accord, ça va vite et ça tape fort, le dernier titre remonte peut-être un peu le niveau avec des solos pas mauvais, sur l'ensemble, c'est chiant ! J'ai pas du tout été convaincu ce coup-là !

Note : 2/6

Page 7/249 DIAPSIQUIR : Virus S.T.N.

Chronique réalisée par Nicko

Ce disque, c'est le Mal... Le Mal avec un grand S... Je pourrais d'ailleurs m'arrêter là, ces quelques mots suffisant amplement pour décrire cette galette. Tout dans cet album représente le Mal. On savait déjà sur les précédentes sorties du groupe que le Grand Cornu était L'influence de Diapsiquir. Là, c'est la quitessence de la formation, une sorte d'apogée où plus que jamais, il n'y a aucune frontière, aucune barrière pour L'atteindre, "toujours plus bas, vers et pour Lui"... Et quand je dis qu'il n'y a aucune barrière, je m'explique. Ici, il n'est point question de black metal. La singularité de Diapsiquir est de proposer une musique très personnelle, alliant différents types de sons, différents bruitages, différents styles musicaux dont le mélange mènera l'auditeur à voir le prisme Satan à travers une autre facette que celle plus commune du black metal plus ou moins traditionnel. Cependant, le résultat est plus ou moins le même, à savoir, une représentation musicale du rejet, du dégoût, de la haine, de la crasse, de la merde, bref, de tout ce que représente Satan. Concrètement, dans cet album, vous trouverez pelle-melle des beat techno, des loops, des rythmes syncopés, beaucoup de breaks, de changements de parties, de l'indus, des remix, du , de l'accordéon, un gars qui parle et qui gueule n'importe comment, à l'image d'un taré bourré et chargé à l'extrême. Par exemple, le début de l'album commence par une ré-interprétation du thème de Roméo et Juliette de Tchaïkovski avec beat techno, remix déjanté et Toxik balançant des insanités, pour enchainer sur "Venin intemporel rouille universelle Satan" (VIRUS) avec un rythme hyper-rapide laissant l'auditeur dans un état de transe infernale. Voilà, le décor est planté. Pour le reste, il n'est pas aisé de décrire fidèlement le contenu musical tant le style est décousu. On passe allègrement de rythmes rapides et brutaux à des intermèdes au piano ainsi qu'à des parties lentes très convainquantes. Ces dernières sont particulièrement réussies, donnant l'impression d'être dans une spirale infernale d'où il est impossible de sortir comme sur "Diapsiquir" (où les boucles sont excellentes) ou "Génération maudite pénétration interdite", sorte de "Rosemary's baby" à la manière de Diapsiquir... Aussi, même si l'album peut paraitre complexe lors des premières écoutes, on retrouve toujours cette inspiration, cette intensité dans les riffs qu'on avait déjà pu voir sur les précédents travaux de la formation. On peut quand même aussi noter l'interprétation géniale du thème du "Parain" de Nino Rota sur "Le Mal avec un grand S" ! Sur "Organisation contamination", on retrouve tout un tas d'acteurs de la scène française subversive, avec notamment tous les autres membres d'Arkhon Infaustus (dont Toxik, le leader de Diapsiquir fait partie), Meynach de Hell Militia/Mütiilation, ou le chanteur de Kickback. L'album se termine par une sorte de remix toujours décadant d'un thème traditionnel russe célèbre, une polka il me semble (?). Vous l'aurez compris, Diapsiquir a son univers propre, son style, déjanté, décousu et décadant, dont le dénominateur commun est le suivant : Gloire A Satan ! Une réussite de bout en bout.

Note : 5/6

Page 8/249 TOSCA : Suzuki

Chronique réalisée par dariev stands

Richard Dorfmeister, moitié du duo électro culte Kruder & Dorfmeister, s’associe avec Rupert Huber (en réalité son ami d’enfance) pour former Tosca, dont voici le deuxième effort après « Opera » en 97. Il nous livre ici un véritable manifeste du downtempo à la viennoise, en forme d’album concept dédié à un maître du bouddhisme zen, le tout emballé dans une superbe pochette en relief. Là ou son comparse Kruder livre un trip-hop moite avec Peace Orchestra, Dorfmeister cisèle un downtempo fouillé et gorgé de sonorités asianisantes, aux influences dub et trip hop. Ce disque est l’album le plus abouti du groupe. Jamais cliché, la musique de Tosca se veut homogène et surtout, distinguée. Jazzy sans trop en faire, l’album s’ouvre et se ferme sur des accords de piano solitaire qui évoqueraient presque Erik Satie (« Pearl In » et « Pearl Off »). Les rares interventions vocales se mêlent à cette foule avec discrétion (« Honey ») sans troubler le voyage de l’auditeur. Chaque élément sonore est ici considéré comme un gimmick, répété inlassablement jusqu’à créer un tapis de sons, un tapis de petits gimmicks qui accrochent suffisamment l’oreille pour qu’on y goûte, mais pas trop afin ne pas se faire remarquer, de rester dans le cadre de la musique d’atmosphère en somme. Cet usage « décoratif » des sons est symptomatique de la musique dite « Lounge », reproduite à la chaîne sur les compils à grand succès telles que Buddha Bar… Mais c’est ici maîtrisé à merveille. Et ça n’empêche pas quelques incartades, comme cette basse un peu fantasque sur « Boss On The Boat »… Bon, ok, je vous l’accorde, rien de très expérimental dans tout ça… Planant mais pas trop, esotérique mais pas trop, Tosca évite pourtant les écueils de la « muzak » de supermarché. Au final, le disque tourne plusieurs fois dans la platine et on en redemande. Telle une promenade dans les rues d’une cité birmanienne grouillante de monde que ferait un touriste occidental, se glissant à travers les autochtones comme autant de gimmicks inoffensifs et impassibles… Sans réellement toucher à l’âme de ce qu’il voit/entend comme de simples breloques, faute de s’y attarder. L’équivalent sonore du tourisme exotique de pacotille ?? Peut-être, mais un très bon disque ;-)

Note : 5/6

Page 9/249 KAYO DOT : Dowsing anemone with copper tongue

Chronique réalisée par Progmonster

Ce qu'il y a d'énervant avec les amateurs de musique progressive, c'est qu'ils finissent par en voir partout. Juste pour se rassurer que leur courant fétiche n'est pas mort. Un peu à l'instar des infâmes Mars Volta, Kayo Dot est sans aucun doute, lui aussi, sur le point de voir sa musique se faire récupérer par une horde de frustrés en manque de sensations fortes. Ce qui attire ces gens-là, en réalité, c'est l'excès. La musique de Omar Rodriguez et ses potes est excessive. Celle de Kayo Dot aussi. Mais si l'un privilégie la démesure dans une attitude que l'on pourrait qualifier d'extravertie, la formation de Toby Driver nous remue de la même manière, si pas plus, tout en livrant bataille en dedans. "Dowsing Anemone with Copper Tongue" est un disque tumultueux et difficile, un véritable objet musical non identifié dans le payasage indépendant actuel, et les sentiments contradictoires qu'il engendre sont pour beaucoup dans la fascination qu'exerce sur nous cette musique pour le moins indéfinissable. L'adjectif qui me paraît le plus approprié pour tenter de définir ce qui se trame pendant cette heure au parfum surréaliste est : climatique. Voilà en effet un album qui véhicule des sensations peu communes, propre à faire réagir votre épiderme comme si un vent glacé vous effleurait. Seulement, il y a ici quelque chose d'irrémédiablement étrange. Quelque chose de curieux, qui échappe à toute logique. Une moiteur torride qui se partagerait le ciel avec des chutes de neiges très abondantes. Culture du paradoxe où la température hivernale qui règne alentours ne semble pas affecter le moins du monde la chaleur que l'on ressent pourtant. Un balancement perpétuel entre des courants contraires, débouchant sur une sorte d'érotisation du morbide. On frissone à l'écoute de ces plages parfois kilométriques où l'héritage apocalyptique de Neurosis se fait clairement entendre. À cela, Kayo Dot ajoute cuivres et instruments à cordes, sublimant le discours post rock de Set Fire to Flames et Do Make Say Think, pour ériger une musique freeform jusque là inédite. Paru chez Tzadik en 2003, "Choirs of The Eye" était un premier album impressionnant. D'une rare densité et pertinent de bout en bout, "Dowsing Anemone with Copper Tongue" confirme tout le talent visionnaire de Toby Driver, repoussant les frontières de l'impossible sur un disque plus visqueux que réellement insaisissable, balayant d'un revers de la main toute cette cohorte de groupes dont les effets de surenchère inutile et cette culture nauséabonde du tape-à-l'oeil sont en réalité leur seul vrai moteur.

Note : 6/6

Page 10/249 HAEMOTH : Kontamination

Chronique réalisée par Iormungand Thrazar

Le clan satanique Haemoth est de retour après un bon "Vice, suffering and destruction" sorti chez les grecs d'Iso666. Sombre et obscur sont les deux premiers adjectis qui me viennent à l'esprit concernant ce mini cd: de la production jusqu'à la composition en passant par l'artwork, tout est noyé dans une noirceur abyssale. La production est redoutablement aggressive, notamment la batterie bien en avant, le tout est saturé à l'extrême, aussi bien les vocaux que les guitares donc gare à vos tympans. Haemoth pratique un black metal féroce, noir, violent et sale. On ressent l'influence d'un Gorgoroth old school principalement, en effet, ce disque me rappelle l'agressivité des débuts de ce groupe, ca fait mal à un tel point qu'on a pratiquement envie de le foutre en l'air sous peine de dommages psychologiques irréversibles. L'intro "Soiled" entame l'album sur des tons industriels inquiétants et enchaîne sur un "When The Blood Turns Black" qui annonce d'emblée la couleur: violence et mépris. Il s'agit à mes yeux du titre le plus réussi du mini cd, dévastateur et corrosif, conlut sur un passage plus mid-tempo et mélodique. Les vocaux sur-saturés rappellent un Pest de Gorgoroth en moins aigus mais bien crades. "Kontamination" est un titre plutôt classique avec un break à la basse bien senti et une fin chaotique au possible. Ce qui fait plaisir également est la forte présence de la basse dans la production, c'est toujours un bon point lorsque c'est bien réalisé. "Poisoned Mind" nous offre trois minutes de répit dans un monde de brutes, bruits bizarres, ambiance d'entrepôt urbain nucléaire laissé à l'abandon. Toutefois, Haemoth nous montre qu'il sait jouer sur un tempo moins rapide avec le morceau "Famished", plus posé mais toujours aussi malsain et vicieux, on ne se refait pas. Le dernier titre long de dix minutes qui propose une alternance entre passages violents et moments plus posés comme sur "Famished" caractérise bien ce bon méfait vomitif. A conseiller aux amateurs de black metal cru, malsain, aggressif et direct. Le groupe a un fort potentiel et le démontre avec cet enregistrement. La kontamination ne fait que commencer.

Note : 4/6

Page 11/249 ZOMBINA AND THE SKELETONES : Monsters on 45

Chronique réalisée par Twilight

Pffff, quelle sale journée au boulot, en plus, il pleut...c'est vendredi, j'ai promis de ressortir ce soir mais je suis complètement naze et vu qu'il fait froid, j'aurais plutôt tendance à avoir envie de me couler sous les draps. Pas de panique, le remède existe, ça s'appelle Zombina and the Skeletones. Fort de trois minis, le groupe vient de réunir ces dix morceaux en un seul cd plutôt plaisant à l'écoute. Nos Anglais pratiquent un mélange de punk adolescent et de gothabilly, pigmenté de touches cabaret rock, voir ska (à la Madness), le tout servi dans un décor de zombies et de films d'horreur série B. On songe parfois un peu à Horrorpops sans le côté et avec un éventail de styles plus large (rien d'étonnant pour une formation qui cite des influences allant des Cramps aux Beach Boys, de Bauhaus à B52's sans oublier les Ramones ou Oingo Bongo). Que l'on soit bien clair, il n'y a rien de profond dans la musique de Zombina and the Skeltones mais c'est rythmé et bien exécuté, tout à fait le genre de musique à écouter pour le plaisir sans trop se prendre la tête. C'est assez facile d'accès mais avec le zeste de souffre nécessaire pour être crédible. On y trouve de bonnes rythmiques punky, toute la pêche du surf rock au niveau des guitares, quant au chant, il fleure bon le mélange des 60's et du post punk. Après, tout est question de goût mais personnellement, j'apprécie cet humour noir pétillant, ces mélodies fraîches et bien ficelées (le bon 'New Orleans incident', 'Counting on your suicide' avec ses cuivres mexicains' ou 'Zombie hop' et ses orgues entraînants...). Allez, hop, je me le repasse un coup et je sors faire la fête jusqu'au bout de la nuit.

Note : 4/6

Page 12/249 SUNNO))) : Black one

Chronique réalisée par Yog Sothoth

Mine de rien, chaque nouvel album du binôme américain + guests fait désormais figure de mini événement dans le petit monde de la musique extrême et expérimentale, et Black one ne déroge pas à la règle. Annoncé par ses compositeurs / interprètes / producteurs / distributeurs comme la rencontre entre le son Sunn0))) et des éléments issus du Black Metal (avec en point de mire la scène Norvégienne de la première moitié des 90s), ce disque était attendu, aussi bien dans l’Underground Doom que chez les Black metalleux dont l’intérêt aura été capté par la présence de guests issus de la nouvelle scène USBM : Wrest (Leviathan) et Malefic (Xasthur). Et il commence bien, ce Black one. Une fois passée la courte intro façon méditatif (ahhuuummmmmmmmmmmm…), l’album s’ouvre sur la rencontre Sunn0))) / Wrest : «It took a night to believe », un morceau bref, porté par une ligne de guitare mélodique répétée sur toute la longueur, un petit Drone léger dans le fond et 2 voix qui se répondent, l’une grave et menaçante et l’autre complètement hystérique. La recette est simple, elle fonctionne parfaitement et on se surprend à penser que le groupe pourrait bien avoir réussi dans sa démarche de fusion de genres. Seulement (vous l’aviez senti venir celui là non ?), à partir du morceau suivant, le groupe décroche progressivement de son concept. Durant 40 minutes, il revient à son Drone « traditionnel », vaguement parsemé de références conceptuelles au Metal noir : une pseudo reprise Drone noisy du « Cursed realms… » d’Immortal, qu’ils auraient tout aussi bien pu essayer de faire passer pour une reprise des Guns & roses tant elle est éloignée de l’originale, un bout de texte emprunté à Dead (« Candlegoat »), sur un fond musical Sunn0))) typique, deux morceaux tout à fait inutiles (les 2 qui restent), dans la lignée des premiers méfaits du groupe, mais qui souffrent atrocement de leur concision (aux alentours des 10 minutes), et de se retrouver sur un disque sur lequel on ne les attendait pas vraiment. On s’ennuie ferme sur ce milieu d’album, et il faut attendre le dernier titre pour enfin retrouver un semblant d’étincelle (à défaut de brasier…). Ce « Bathory Erszebet » se décompose en 2 parties, une longue introduction Ambient à base d’infra-basses et de cloches, qui monte progressivement en puissance jusqu’à l’explosion Drone, sur laquelle Malefic vient poser quelques hurlements particulièrement sinistres (la rumeur veut que le bonhomme soit claustrophobe et que les vocaux de ce morceau est été enregistrée dans un cercueil…). Le résultat est excellent, et Sunn0))) parvient pour la seconde fois à capter cette esprit malsain / crasseux qui représente finalement l’esprit du Black Metal, et qu’on aurait bien voulu retrouver tout au long du disque… un album en demi-teinte donc…

Note : 3/6

Page 13/249 INADE : Colliding dimensions tour 1999

Chronique réalisée par Marco

Destiné surtout aux collectionneurs et au public américain qui assista aux live du duo allemand en 1999, cette "compilation" reprend morceaux d', versions live et inédits. Deux extraits du splendide 'Aldebaran' des versions live de titres rares (compilation pour 'Inner sphere resonance', vinyles divers pour 'With the flood to light' et 'V.I.T.R.I.OL.') et enfin l'inédit 'I.R.X. pulsar', très lustmordien dans l'âme. Un disque sympathique qui rend justice au talent des allemands et offre un panorama assez juste de l'intensité de leur création. Les versions live sont agrémentées de manipulations diverses et gagnent en profondeur à tel point que la sono peut s'en ressentir si l'on n'y prend pas garde ! Un disque rare plutôt pour les collectionneurs donc, la plupart des titres étant encore disponibles. Ajoutons que la box live sortie l'an dernier rend encore plus dispensable l'acquisition de cette 'compilation' pour les néophytes.

Note : 4/6

Page 14/249 ARC AND SENDER : S/t

Chronique réalisée par Progmonster

Ryan Grove, Jason Hutt et Greg Pardew jouent tous les trois de la guitare. Un jour, ils ont bien fini par avoir envie de monter un groupe ensemble. La preuve ; ils en ont fait un disque ! "Arc and Sender" que ça s'appele, tout pareil que le nom du groupe. Bon... Y en a quand même un dans le tas qui a bien fini par se dire que quitte à faire du rock fallait qu'il y ait un minimum de batterie. Et c'est Ryan en l'occurence qui s'y colle. Est-il guitariste avant d'être batteur ou batteur avant d'être guitariste ? Aucune idée. Il a le groove. Il a le punch. C'est tout ce qui compte. Basique Arc and Sender ? Pas vraiment. Rares sont les moments où l'on retrouve ici les sonorités typiquement heavy développés par un autre groupe à la morphologie quasi similaire, The Fucking Champs. Ça bourdonne plutôt comme dans du stoner... De plus, la relative dissonance de leurs instruments laisse à penser que Sonic Youth est passé par là et, par delà, Glen Branca (la charge explosive de "Hundred-Year Flood" ou le travail sur les tonalités executé sur une pièce telle que "Squares and Circles"). Parce que ailleurs, c'est vrai, malgré un départ en trombe, Arc and Sender a l'air nettement moins impulsif, moins irréfléchi qu'il en a l'air. Priorité est donc donnée à la mise en place de climats qui montent tout simplement au fur et à mesure que les accords permuttent, détendent la ligne d'horizon, doublent les perspectives et transforment le paysage alentours. Un violon plus pathétique que vraiment larmoyant sur le finalement agité "Perambulations", un saxophone esseulé bataillant sur le scarifié "Light Pain" ; il n'en faut pas plus pour que là encore on s'imagine être en présence d'un antépénultième avatar de Godspeed You Black Emperor ! La production relativement claire - mais particulièrement grasse avec les guitares - donne un poids plomb aux moindres de leurs faits et gestes. Arc and Sender n'explose pas souvent, mais quand il le fait, ça crache un maximum. Loin d'être essentiel, mais loin d'être déplaisant aussi. C'est sûr, dans le genre, on a connu pire...

Note : 4/6

Page 15/249 MONDBLUT : Angsterfülltes Morgen

Chronique réalisée par Twilight

De la mélancolie, de la mélancolie, encore de la mélancolie, un peu d'angoisse aussi...Dans l'univers de Mondblut, peu de place pour la lumière puisque tout semble y exprimer la tristesse, à commencer par ce timbre lointain, fatigué, monocorde qui ne chante pas mais récite, comme impuissant face à l'avénement des choses...Musicalement, on navigue entre mélodies douces et amères ('Angsterfülltes Morgen' et ses nappes de clavier, 'Begräbnis der Träume' et son piano tristounet...), une ou deux autres plus rythmées ('Desolation', 'Rapture') mais le ton général reste avant tout atmosphérique et gorgé de spleen avec des pointes assez marquantes ('Ein ferner Grüss', 'Aus dunklem Schlafe'). On songe bien entendu à leurs compatriotes de Endraum mais en bien plus glauque; la musique de Mondblut, c'est les longs dimanches de pluie, l'aube grise d'un matin sans vie, les yeux gonflés de larmes...ce sont des nappes lentes et langoureuses qui caressent l'âme de leurs aiguilles pour la faire saigner, juste un peu...pas trop, juste ce qu'il faut, pour avoir mal et trouver ça beau, des mots pour mettre en poésie la souffrance comme une extase érotique... Parfois pourtant, le ton se fait un brin plus malsain ('Der Quell des Lebens.Into oblivion' empreint d'une certaine tension) mais ça ne suffit pas pour percer cette gange de spleen cotonneux. Une signature assez inhabituelle pour Ant-Zen mais qui n'est pas sans intérêt, même si à la longue, le cd traîne un peu en longueur.

Note : 4/6

Page 16/249 MORTHEM VLADE ART : Autopsy

Chronique réalisée par Twilight

Pour ceux qui, comme moi, sont des fans absolus du Morthem Vlade Art période 'Herbo dou diable', l'annonce de la réédition en cd de leur première démo était une sacrée bonne nouvelle, confirmée d'ailleurs par l'écoute de l'objet en question. Rares sont les groupes ayant atteint un tel degré de noirceur dans le genre à l'exception de Christian Death. C'est d'ailleurs à eux que l'on songe comme influence principale mais dans une version plus symphonique. Comme plus tard sur 'Herbo dou diable', le duo aime à faire cohabiter des morceaux plutôt dans une veine deathrock, étouffants et noirs à souhait (le chant masculin/féminin en duo rappelle l'aspect hanté des premiers Shadow Project) mais soigne également ses atmosphères par des pièces plus évocatrices: cloches, percussions lourdes, orgues ou alors guitares torturées, vocaux spectraux, basse plombées...tout ici est réuni pour faire de 'Autopsy' une véritabel messe noire ('Ectoplasm I et II') ou une B.O. de film d'horreur. Lorsque l'on entend l'évolution du groupe à ce jour, on a peine à croire qu'il s'agit des mêmes Morthem Vlade Art...pourtant, vu l'intensité et la noirceur de leur musique, peut-être était-il plus sain mentalement de ne pas s'enfoncer plus loin encore dans ces ténèbres de peur de ne jamais en revenir...

Note : 5/6

Page 17/249 DEPECHE MODE : Playing the angel

Chronique réalisée par Twilight

Depeche Mode est un groupe increvable ! Après 'Exciter' et l'album solo de Dave Gahan, les rumeurs de séparation avaient couru...Que nenni, en réponse, 'Playing the angel' est arrivé dans nos platines. J'avoue pour ma part que depuis 'Ultra', mon intérêt pour la musique de nos Anglais avait un peu décru mais paradoxalement, chaque album me rend curieux pour savoir si je retrouverai l'étincelle magique des anciens disques. N'ayant pas encore écouté 'Exciter' dans son ensemble, je ne pourrais répondre pour celui-là, par contre, ce 'Playing the angel', s'il ne me file pas le frisson comme un 'Violator', un 'Music for the masses' ou un 'Black celebration' est tout même bien agréable à l'écoute. Depeche Mode vieillit et vieillit bien. Je lui trouve quelque chose de crépusculaire à cet album mais avec une touche malsaine. Les climats sont certes mélancoliques mais ils sont en même temps truffés de petits bruits grinçants, d'arrangements discrètement bizarres qui confèrent aux morceaux cet aspect mi-figue, mi-raisin. Certes, ce n'est pas le travail le plus original de nos Anglais, des chansons comme 'John the Revelator' ou 'A pain that I'm used to' m'évoquent des relents de 'Faith and devotion' pour le premier et de 'Violator' pour le second, pourtant par l'ajout de grincements de guitare et d'un ou deux sons particuliers, Martin Gore parvient à les personnaliser malgré tout. En règle générale, la musique de Depeche Mode a gagné un aspect introspectif (je n'ai pas dit calme, le rythme est bien présent), moins flamboyant mais toujours aussi profond (la tristesse de 'Nothing's impossible' ou 'Macro' en témoigne largement), démontrant par là que si le groupe a surmonté bien des galères, et pas des moindres, il n'en est pas apaisé pour autant (il suffit de lire les titres). La subtilité du travail est de capter l'auditeur par la beauté des mélodies et le côté presque hypnotique des atmosphères pour ensuite distiller le doute dans son esprit par le bied de ces éléments grinçants, étranges dont je parlais auparavant. Point positif également, bien que je ne le possède que depuis peu, je flaire en 'Playing the angel' le disque qui ne révèle pas tous ses secrets en une fois mais qui peut séduire écoute après écoute. Soyez donc rassurés, Depeche Mode a encore des choses à dire !

Note : 4/6

Page 18/249 BOULARD (Régïs) : Streamer

Chronique réalisée par Trimalcion

"À mon père... pour son père." Telle est la dédicace que le batteur rennais Régïs Boulard a souhaité donner à ce disque. Car sa première oeuvre d'envergure constitue non seulement une musique expérimentale d'une noirceur violemment expressive et frisant parfois le génie, mais également une déchirure personnelle et intime, une manière de cautériser certaines plaies, en évoquant l'histoire de son grand-père, résistant durant la Seconde Guerre Mondiale, dénoncé par des voisins, capturé par la gestapo et finalement torturé avant d'être exécuté. Conjuguer évocation historique, douleur et fièvre, expérimentation musicale et signature sonore réellement personnelle, semble relever de la quadrature du cercle. À sa manière, Steve Reich y parvenait dans "Different trains". Régïs Boulard réussit quasiment le même exploit : je n'ai jamais entendu auparavant un batteur tel que lui. Il est virtuose, certes, mais en aucun cas ne fait étalage gratuit de sa virtuosité : sous ses mains, l'instrument palpite, vit, raconte une histoire, entretient une sorte de dialogue absurde et étouffant de noirceur avec la guitare complètement déstructurée de Noël Akchoté. Ce free-rock désordonné en apparence mais qui maintient constamment en haleine par son effarante expressivité, prend une ampleur de messe noire grâce aux accords profonds du mellotron et du Prophet, qui en constituent le fond sonore permanent (1ère partie). Et c'est bientôt l'emballement, l'hallali, tout explose ("l'exécution de mon grand-père et les conditions de ce massacre"), et les longs accords funèbres viennent tout recouvrir, minés par les spasmes de l'agonie (2ème partie). Le chassé-croisé batterie/guitare reprend dans la 3ème partie, les deux instrumentistes essayant de tirer de leur outil sonore des figures évoquant l'anéantissement, les impressions qui peuvent subsister au spectacle de la veulerie humaine et au rituel macabre de l'exécution. Après "Streamer" vient son pendant "Streaming" : "Une suite de points de vue, en rapport ou non avec Streamer. Commentaires historiques, effets d'optique... vociférations et propagande, lieux communs et dérives politico-journalistiques, professions de foi, mais aussi la parole de mon père, et celle que je lui adresse." Ici intervient plus abondamment le recours à l'électronique. Régïs Boulard reste cependant le principal soliste, le maître-narrateur de ces temps sinistres, derrière sa batterie vengeresse, capable d'explosions démentes, d'atmosphères tendues, de conciliabules nocturnes, de tribalisme ou de lente agonie. Peur sur la ville. Ambiance lourde, glauque et dense de "Radio Londres", qui diffuse ses sibyllins messages à travers la brume (rassurez-vous, on n'entend aucune voix, tout est suggéré par la musique) ; déferlement percussif implacable d'"A.M.G.O.T." ("Allied Military Government of the Occupated Territories"), qui renverse tout sur son passage ; voix distordues et montées d'angoisse du retentissant "Radio Paris" (auxiliaire zélée des occupants allemands) ; un "Code talkers" tribal et dérangé ; un "Chien vert" ou les percussions organiques sont comme générées par la tension ambiante ; puis le sommet, "Lèvre supérieure rigide" (surnom du grand-père) : sur la ritournelle répétitive d'une vieille boîte à musique, les tremblements incessants de la grosse caisse et des balais mènent l'auditeur au bord de la crise cardiaque. Seul moment véritablement dispensable de l'album, la reprise en forme d'hommage de Robert Wyatt, "Free will and testament", qui, venant s'intercaler entre les deux parties "Streamer" et "Streaming", a pour seul mérite de relacher un peu la tension, ce qui n'est déjà pas si mal. Car le reste de ce grand disque torturé fait vraiment peur. Un must du label Signature. 5.5/6

Page 19/249 Note : 5/6

Page 20/249 KORPIKLAANI : Tales along this road

Chronique réalisée par Iormungand Thrazar

Groupe finlandais de folk metal, Korpiklaani nous présente son troisième album pour le label autrichien Napalm Records intitulé "Tales along this road". Le "clan de la forêt" en finlandais pratique un metal folk festif et dansant, napif et joyeux dans l'esprit. On a souvent l'impression de se retrouver face à un groupe de foire ou de fête du village appelant au pas de bourrée devant des auditeurs pleins d'hypocras et d'hydromel. En effet, la biographie du groupe indique qu'ils ont changé leur nom originel de Shaman pour Korpiklaani afin de marquer le changement musical et textuel et opter pour un son plus puissant et plus universel, on comprend que le groupe a choisi de simplifier sa musique pour s'ouvrir un plus large public: en résulte un ersatz d'In Extremo en moins efficace, du folk metal dansant et simple, parfait pour une beuverie entre amis et, alcool aidant, quelques pas de danses sur la table. Preuve en est le premier titre intitulé "Happy little boozer" qui signifie littéralement "Joyeux petit soûlard", en effet pas de méprise sur l'objectif du groupe. Alors certes, l'exécution instrumentale du groupe est bonne, avec l'utilisation du violon , de l'accordéon et de la flute, cependant ça manque sévèrement d'âme et de profondeur. Disons que c'est un album prêt à consommer, on a tout entendu dès les deux premières écoutes, sans surprise. D'un autre côté, Korpiklaani parvient à un résultat accrocheur et instantané et on peut le considérer comme une bonne bande son de banquet paillard. On note toutefois de bons passages comme les morceaux "Tuli Kokoo" ou "Korpiklaani" mais le tout sonne vraiment trop comme In Extremo, qui reste le maître incontesté en la matière. C'est vraiment dommage car ce groupe a du potentiel et on sent qu'il pourrait faire nettement mieux et plus travaillé, surtout que je ne ressens que très peu cette influence folklorique finlandaise dont ils se réclament. Oui, c'est puissant et convenablement joué, mais sans âme, naîf et plutôt dispensable. Aussitôt écouté, aussitôt oublié, de la chanson à boire festive et immédiate qui fait taper du pied, résultant en une sorte d'In Extremo du pauvre. Bien réalisé mais décevant.

Note : 3/6

Page 21/249 REMAINS OF THE DAY : Hanging On Rebellion

Chronique réalisée par Powaviolenza

Dès la courte intro au violon, on comprend qu'on a pas affaire ici à un clone de His Hero Is Gone lambda. Quand les guitares de "Dreaming Drowning" rugissent, accompagnées au loin du violon, donnant un son éthéré et nuageux, on comprend tout simplement que Remains Of The Day nous signe ici un album absolument exceptionnel. Le son est énorme, vraiment énorme, les guitares étant la plupart du temps mêlées à un violon discret et efficace, le tout sonnant vraiment naturel. Les riffs, inscrits bien évidemment dans la mouvance His Hero Is Gone / From Ashes Rise / Tragedy, sont tous parfaits : pas franchement ultra-violents, mais puissants et amples; "emos'" sans jamais êtres niais ou mielleux et tomber dans les clichés du genre, aux harmonies toujours magnifiquement trouvées et souvent surprenantes, que le violon complète absolument parfaitement. C'est bien simple, après l'écoute de cet album, on se demande pourquoi cette formule n'a jamais été appliquée plus tôt dans ce style. His Hero Is Gone avec des violons alors? Je pense que résumer cette magnifique galette de cette façon est simpliste. Là où HHIG nous pète le moral avec ses riffs sombres et désespérants, ROTD nous assène finalement quelque chose de plus punk et "joyeux", tout en étant beau à pleurer, même si ici et là quelques réminiscences Neurosiennes des débuts viennent "égayer" le tableau ("Only To Inifinity"). Entendons nous bien, rien de positif ou d'optimiste là dedans, le tout reste extrêmement pessimiste dans l'ambiance, malgré que la plupart des riffs soient en majeur et gardent un côté assez punk, ça colle le sourire mais ça serre franchement le bide, en particulier quand certains morceaux ralentissent le tempo ("Prop" est la définition même du titre beau à pleurer, suivi du gigantesque "The Curse On Us", dont les riffs font mouche à tous les coups). Vraiment rien à jeter dans cet album, aucune chanson qu'on sent rajoutée à la dernière minute pour rajouter un peu de durée... Que des hymnes massifs et puissants, bourrés de passion à ras-bord, dont le final épique et grandiose ("Elusive Reflections") clot en beauté cette oeuvre. Les paroles torturées sont hurlées par une voix pas vraiment exceptionnelle mais collant bien au style; la section rythmique bastonne comme il faut dans la grande tradition hardcore crustisant, simple,* et ample : en gros, du toukatouka tout le CD, mais un jeu de cymbales très classe et "feuillu", et une basse discrète mais efficace. L'artwork est classieux et sobre, bien dans l'esprit de la musique. Le groupe rajoute à tout cela deux titres, "Dead Cells" (tiré d'un split avec Keitzer enregistré en 2001) au tempo un peu plus rapide et violent, et "Confinement", enregistré en 1999 et jamais sorti auparavant, tous deux d'excellente facture. Encore une fois, je le redis : rien à jeter dans ce CD ! Un chef d'oeuvre du genre. 5,5/6

Note : 5/6

Page 22/249 THE KNIFE : Deep Cuts

Chronique réalisée par dariev stands

« Notre attitude c’est notre musique. » Le duo de Stockholm (Olof et Karin, frère et sœur) annonce la couleur. Là ou les Daft Punk se cachent derrière leurs masques pour laisser parler leur musique, The Knife met ouvertement son image ET sa musique au service de causes politiques. Quand on tient leur disque entre les mains, pourtant, on a plus l’impression d’être en face d’un groupe d’electroclash opportuniste bardé de claviers vintage que d’un brûlot engagé à la Rage Against The Machine. Et pourtant. The Knife fait cohabiter sonorités eighties à la mode avec des paroles subversives et féministes. Pourtant parlons d’abord de leur musique (qu’on oublie d’en parler est le risque que courent les groupes très politisés) : Deep Cuts est – autant l’avouer – une franche réussite. Voire, une fois passé la pillule du parti-pris kitsch et cynique, une pure merveille. Dans un genre au combien répandu ces dernières années, le disque parvient à se démarquer, pas seulement par ses paroles mystérieuses et souvent assez sombres mais aussi par la qualité des mélodies… Ici pas d’electroclash à la DJ Hell ou Fischerspooner, aux beats martiaux taillés pour les clubs ; The Knife fait de la pure pop, à la fois commerciale et subversive. Bien sur certains morceaux ne demandent qu’à être envoyés sur les dance-floors, tel ce « Handy Man », mais d’autres se tournent plutôt vers de l’electro mélancolique, gorgée de synthés plutôt kitsch. Il fallait oser, The Knife a osé, et ils ne sont pas ridicules cependant. « You Take My Breath Away » est une délicieuse ritournelle pop ânonnée d’un délicieux accent scandinave, dont le clip fait ressortir tout le malaise… Les clips parlons-en, un dvd offert avec l’album permet de les voir, tous les 5. Et après leur vision une chose est sure : nous sommes bel et bien en face d’un groupe dont l’intérêt se situe à 50% dans la musique, 50% dans l’image. Evidemment toute la presse a jasé et la popularité du duo s’est accrue. Coup médiatique. On est déjà loin de la pop soi-disant à deux niveaux de lecture de Franz Ferdinand, ici on pense au KLF (Kopyright Liberation Front, un groupe de Dance terroriste et subversif au possible du début des années 90), ce qui n’arrive pas souvent. The Knife est un groupe exigeant, et se veut tranchant, comme son nom l’indique… Leur promo est réduite à son minimum (ou plutôt, se fait de manière subversive, tout étant une forme de promo) et quand à leurs concerts, il n’y en a simplement pas ! C’est peut-être là que se situe la cassure avec d’autre groupes d’electroclash plus hédonistes comme Robots In Disguise… Les deux suédois semblent avoir une certaine rancœur envers l’industrie du disque. Enfin, foin de considérations politiques, n’oubliez pas à quoi cette musique peut servir en premier, à nous, pauvres individus apolitiques lambdas : à danser. Et elle remplit cette fonction à merveille.

Note : 6/6

Page 23/249 KINSKI : Be gentle with the warm turtle

Chronique réalisée par Progmonster

On continue notre petit périple - pour ceux qui le souhaitent du moins - en territoire alternatif avec Kinski, groupe de Seattle qui, heureusement pour nous, ne cherche pas à s'inscrire dans le sillage quelque peu dépassé de vieilles gloires sur le retour. , post rock, , qu'est-ce que c'est au final que cette musique instrumentale toutes guitares dehors ? Je n'en sais foutrement rien ! Et je m'en moque... Laissons les étiquettes aux étiquetteurs, ils sont là pour ça. Contentons nous d'écouter leur musique. Si ce n'est "Spacelaunch for Frenchie", en écho à leur premier EP, plutôt atmosphérique dans son agencement, les autres titres de "Be Gentle with The Warm Turtle" privilégient les sensations fortes et la débauche de décibels. Développant à présent une facette à deux guitares, celles-ci sonnent plus souvent comme d'abominables fraiseuses sur le point de vous arracher des lambeaux de chair. Les jolis arpèges de "One Ear in The Sun" sont un leurre que l'on voit venir à cent kilomètres à la ronde, mais c'est là un piège dans lequel il est si plaisant de tomber qu'on se prête au jeu, confiant. L'intérêt n'est plus dès lors de savoir ce qui va se passer, mais comment ils vont s'y prendre. L'hommage à peine camouflé à Sonic Youth du titre "Daydream Intonation" amène tout de même Kinski à fréquenter des rivages que le célèbre groupe New-Yorkais a trop peu approché, celui d'un héritage psychédélique/stoner dont ils ne sont pourtant pas étrangers. Une montée en puissance, très structurée, finissant sur une boucle décisive et trépidante. Faites attention tout de même, la basse de Lucy Atkinson, d'une profondeur et d'une netteté effarante, a de quoi tuer vos enceintes surround... Comme si cet emprunt de circonstance aux musiques électroniques permettait au groupe de mieux façonner son image, plus proche en définitive d'un kraut rock à la Neu! En ces jeunes années, Kinski a aussi des airs de Mogwai, mais celui de "Young Team" s'entend ("Montgomery"). C'est autre chose. En définitive, il ne faudra pas compter non plus sur "Be Gentle with The Warm Turtle" pour renouveller le genre, mais son énergie, la sourde tension mesquine qu'il alimente et ce juste équilibre dans les nuances en rend l'écoute parfaitement appréciable.

Note : 4/6

Page 24/249 ABSIDIA / SIX REASONS TO KILL : Morphology Of Fear (Split CD)

Chronique réalisée par Powaviolenza

Ce split CD réunissant deux groupes allemands peut être qualifié de plutôt inégal dans sa qualité. En premier lieu, Six Reasons To Kill officie dans un hardcore metallique énormément teinté de death old-schoolisant. Ici et là, on pense à Obituary, Entombed et surtout Bolt Thrower. La prod est très bonne, lourde à souhait et met en valeur des mosh-parts bien efficaces, ainsi qu'une grosse voix death bien grassouillette. Donc en gros, Six Reasons To Kill, c'est des gros riffs death old-school, alternés avec des riffs moshisants (belgisants?) d'obédience à la Reprisal / Arkangel / Drowning première période, etc. Ca groove pas mal, c'est bien pesant, le quatrième titre ("Gates To Eternity") ressort un peu du lot, mais ça ne dégage rien de bien original et on finit par s'ennuyer... On oublie donc très vite Six Reasons To Kill pour se concentrer sur le joyau de ce split, Absidia. Après une superbe introduction au piano dramatique et jazzy ("Conspiracy Theory"), Absidia nous fait profiter pendant les trois derniers titres du split de son excellent metalcore à l'ambiance guerrière à souhaits. Ici, les influences lorgnent plus du côté de At The Gates et Carcass (période "Heartwork"), mais attention, pas à la façon Killswitch Engage et compagnie. Dans Absidia, vous n'entendrez pas de voix claires mielleuses et de mélodies FM, même si concrètement le style peut-être affilié à toute cette mouvance "hardcore à influences At The Gates". Les riffs sont mélodiques, les harmonies très suédoises, il y a des passages en acoustique, mais c'est inifniment puissant et jouissif, toujours incisif, sans réelles fautes de goût. C'est beau du début à la fin, mélancolique et violent. La production made in Bremen par Dirk Kusche (l'homme qui a produit les géniaux Acme, Systral, Mörser etc...) rend le tout très puissant et écorché (pfiuw, ce son de gratte...), et les quelques passages un peu approximatifs (parfois un peu flagrants au niveau de la batterie) ne choquent absolument pas, donnant plutôt au tout un côté frais et live. "No Longer Willing to Wither" et "Written In Minor Key" (comme son nom l'indique) sont deux titres assez mélancoliques (le passage acoustique de "Written In Minor Key" est vraiment magnifique), et "Reversal Of A Broken Hearted" est quand à lui extrêmement guerrier (argh, cette fin...). Ces trois titres passent malheureusement beaucoup trop vite, et on aimerait bien en entendre plus, mais Absidia splitta en 2003. En clair, Six Reasons To Kill récolte un 3/6 et Absidia un 5/6. Donc 4/6 pour ce split CD, dont la partie Absidia est réellement inoubliable, mais dont la partie Six Reasons To Kill est un poil chiante. A noter : l'artwork est vraiment joli.

Note : 4/6

Page 25/249 MOST PRECIOUS BLOOD : Merciless

Chronique réalisée par Powaviolenza

Du split des légendaires Indecision découla Most Precious Blood, qui après avoir sorti les grands albums que sont "Nothing In Vain" (2001) et "Our Lady Of Annihilation" (2003) nous propose cette déception qu'est "Merciless". La recette de Most Precious Blood : des riffs et rythmiques simples mais efficaces, une violence omniprésente, un jeu de batterie extrêmement incisif, un soupçon de mélodies : du gros hardcore carton qui se permet deux trois petites expérimentations (ici illustrées par quelques touches pseudo-electro ridicules), mais reste foncièrement basique. Mais là où les riffs bétons de "Nothing In Vain" et "Our Lady Of Annihilation", virulents et pleins de feeling, avaient fait mouche, la recette ne me touche absolument plus dans "Merciless". Le constat s'impose dès le premier morceau, "Shark Ethic", où la première faute de goût est d'une évidence malsaine : un clavier grandiloquent plus typé heavy-metal épique que new-york hardcore accompagne un riff assez niais et moche (le clip tiré de ce même morceau est d'ailleurs lui même assez niais et moche). Le reste de la galette, même si certains morceaux restent plutôt corrects, voire même très bons ("Narcoleptic Sleepwalker", sa ligne de basse classieuse et son feeling limite crust; "Two Men Enter, One Man Leaves", le titre carton par excellence; "Temporary Solutions To A Permanent Problem" qui clôt l'album tout en lourdeur et mélodie), reste du MPB pur jus, mais là où la recette "simple et efficace" me touchait dans les deux premiers albums, je n'arrive pas à m'écouter "Merciless" entièrement sans zapper, aucun riff ne me reste réellement en tête après écoute complète de l'album, rien ne fait franchement bouger la tête, ni même taper du pied, excepté lorsque le tempo s'accélère un peu... Non pas que ce soit foncièrement mauvais : certains riffs gardent tout de même une certaine classe, la voix est toujours aussi travaillée et violente (très grand chanteur, ce Rob Fusco), on y trouve toujours de bonnes mosh-parts; mais quand j'écoute MPB, je veux des titres comme "In Effigy", "Heroes And Conspiracy", "So Typical In My Heart"... Pas cet album décevant, tout en longueurs et en fautes de goût. Premier faux pas pour un groupe que je trouvais très bon... Peut-être la barre placée par "Our Lady Of

Annihilation" était-elle trop haute, mais je ne peux m'empêcher d'être déçu par "Merciless".

Note : 2/6

Page 26/249 THIS HEAT : S/t

Chronique réalisée par Progmonster

Il fût un temps où l'informatique ne pouvait raisonnablement pas prétendre au statut d'outil incontournable qui est le sien aujourd'hui. Par certains aspects, son utilisation sommaire s'apparentait alors à celui d'un simple instrument. Et ce que les descendants des descendants des descendants de ces processeurs de la préhistoire accompliront bien des années plus tard, des hommes, avant eux, s'étaient mis en tête de le réaliser avec de très modestes moyens. This Heat, c'est le témoignage d'un passé assez récent et qui pourtant nous projète bien loin dans l'avenir. Un projet hors du commun, qui ne peut se résoudre à vivre rangé dans une seule case, ou alors devrait-il toutes les occuper à la fois. Enregistré avec un multi-pistes sur cassette mono et stéréo, le premier album de This Heat étonne par son incroyable post-modernité. Un son compact, massif et rond à la fois, rock par essence, mais expérimental par raison. Nous sommes en 2006 et, malgré tout, la musique qu'il contient nous semble si familière, comme s'il s'agissait là d'un nouveau groupe prometteur alors que, si nous n'avions pas la curiosité maladive de savoir quand exactement ce disque fût publié (trente ans plus tôt), rien aurait pu en vérité nous mettre la puce à l'oreille ! Il devient très vite évident qu'un très large spectre de musiques indépendantes et expérimentales, des années quatre-vingt à nos jours, se soit inspiré de ce manifeste futuriste. Bullen, Hayward et Williams ont fait des limitations techniques de leur époque leur atout numéro un, faisant preuve d'une créativité débordante où le chaos orchestré à son mot à dire ("Horizontal Hold", "Rainforest"), où le mode de composition s'extrait d'un académisme limitatif pour devenir une fin en soi (la boucle rythmique de "24 Track Loop", à juste titre nommé ainsi). À grand renfort de bandes magnétiques, This Heat bâtit les plans d'une nouvelle musique dont l'architecture n'a pas fini de fasciner aujourd'hui. De Einstürzende Naubauten aux productions trip hop, des passages noise les plus poisseux aux incantations étranges héritées des meilleurs éléments de l'école allemande, de ce goût sûr pour les musiques contemporaines les plus avant-gardistes aux délires sombres mais mesurés de Henry Cow, l'écoute appliquée de ce disque - enfin réédité par les bons soins du label Recommended - nous fait prendre conscience peu à peu que This Heat a peut-être été un moment charnière dans l'histoire de la musique du vingtième-siècle, le point focal où tous les autres points convergent pour mieux repartir de façon aléatoire dans toutes les directions.

Note : 6/6

Page 27/249 THIS HEAT : Deceit

Chronique réalisée par Progmonster

Ça ne s'arrange pas vraiment avec "Deceit", dans le sens où This Heat, malgré les années, malgré aussi les moyens acquis entretemps, semble toujours si peu enclin à toute forme de compromis. Certaines plages ont de toute évidence pu jouir d'une production plus polie, mais ce n'est pas ce qui choque le plus. Le chant a pris davantage d'importance ; on ne compte presque plus de titres exclusivement instrumentaux, à part l'interlude ludique de "Radio Prague" et le perturbant "Hi Baku Sho" dont on ne sait trop quoi penser... Façon déguisée d'arrondir les angles d'une musique qui ne se laisse pas facilement apprivoiser quoi qu'il advienne. Les expérimentations vont toujours bon train mais, parce que formellement les titres présentés ici s'apparentent plus volontiers à ce que l'inconscient collectif peut identifier commes des chansons, l'oreille est moins sollicitée dans sa quête du hors norme. Pour autant, le second This Heat reste une bien étrange affaire. Une musique rock terriblement décalée qui a l'incroyable avantage de mettre l'accent sur les talents d'arrangeurs du trio et leur sens abouti de la composition, fusse-t-elle automatique. "Deceit" est moins brut que leur premier essai, c'est certain. Mais il serait bien difficile de les départager tant ces deux disques remplissent à merveille leurs rôles respectifs. Alors on peut se demander finalement si This Heat n'a pas réussi avec cet album ce à quoi leur premier, peut-être trop ardu, ne pouvait prétendre ; à savoir fédérer plus de gens, plaire à tout le monde ou, au moins, à tous les curieux amateurs d'aventures musicales originales ? À vrai dire, pas nécessairement... Mais dans tous les cas "Deceit" me paraît être à coup sûr un disque dans lequel beaucoup se reconnaîtront ; car y sont projetés les sonorités cold wave, indus et punk si chères à toute une frange de notre lectorat ("Triumph", "S.P.Q.R.", "A New Kind of Water"), la démarche progressive et avant-gardiste d'un certains nombres de groupes tout-à-fait respectables ("Cenotaph", "Independence"), juste ce qu'il faut de hargne pour intéresser les plus haineux ("Paper Hats", "Makeshift Swahili") et enfin une vision suffisamment panoramique que pour y inclure aussi bien des éléments de musique du monde ("Shrink Wrap") que de l'électro-acoustique pure. N'est-ce pas, après tout, précisément pour ce genre de disque que l'on devrait utiliser

à bon escient le qualificatif tant convoité de chef-d'oeuvre ?

Note : 6/6

Page 28/249 UNDERGROUND RESISTANCE : Galaxy 2 Galaxy – a hi-tech jazz compilation

Chronique réalisée par dariev stands

Aborder la techno sans parler de Underground Resistance, voilà qui aurait été difficile… Avant de commencer la chronique proprement dit il convient de présenter le cas particulier de ce « groupe »… En réalité, il s’agit plutôt d’un groupuscule, aussi bien politique qu’artistique, à la base fondé en novembre 89 par Jeff Mills , Robert Hood et Mike Banks, dit « Mad Mike ». Tous 3 font partie des fameux « pionniers » du son de Detroit, le plus souvent désignés comme les inventeurs de la techno. Si Jeff Mills est devenu l’étonnant DJ-star que l’on connaît, Robert Hood quant à lui est parti fonder le label M-Plant, laissant Mad Mike seul aux commandes en 1992. A partir de là, UR va plus ou moins endosser le rôle de « Public Enemy de la techno », se caractérisant par des prises de positions anti-système et farouchement indépendantes . Leur devise ? « For those who know » . Hum, ça commence bien. Leur programme ? L’abolition de l’image en tant que représentation visuelle de la musique ; la fin de toute starisation, de tout élitisme. Pour eux, “le star system est une invention de blancs”. Primauté absolue à la musique, zéro compromission. La seule attitude artistique qui vaille. Pas d’interview, pas de clip, comble du comble : pas d’album à proprement parler… En effet, la discographie du groupe se compose de maxis vinyles. Aucune sortie CD. Voilà qui est corrigé aujourd’hui avec cette rétrospective, qu’il convient d’expliquer… « Galaxy 2 Galaxy » , outre le titre d’un EP de 93, est également le nom de scène du collectif d’artistes qui gravitent autour de Mad Mike. Cette compilation est la porte d’entrée la plus facile pour l’univers des gaillards de Detroit, puisqu’elle regroupe les morceaux les plus « soft » du collectif. Cet univers, il est indissociable de leur parti pris minimaliste et politisé, lui-même indissociable du contexte : Detroit, la « Motor City », et ses maigres perspectives pour les jeunes et particulièrement les jeunes noirs. Les photos de l’intérieur du cd sont assez éloquentes d’ailleurs : brisant les clichés d’une bande d’intellos cagoulés, on y voit des types à la coupe afro et aux fringues improbables manipuler des machines vétustes… A se demander s’il ne s’agit pas d’une blague, tant les photos font plus années 70 que 80. Au dessus d’une photo est écrit au feutre : « voici la cave de la maison de la mère de Mad Mike : là où tout a commencé. ». Voilà qui suffit à les rendre plus humains… Plus loin, les remerciements : « UR would like to thanks the following mothers » est-il écrit, avant de dresser la liste de toutes les mamans des membres du collectif. C’est-y-pas mignon ? Parlons (un peu) de la musique rassemblée sur cette compilation. Une techno aux sonorités plutôt house, à vrai dire, qui montre la facette plus lisse de leur musique. Ainsi, si bon nombres de sorties cultes sont passées à la trappe par ce double cd, le ep « Nation 2 Nation » par exemple, y figure en intégralité. Le premier cd regroupe une sélection plutôt downtempo tandis que le deuxième propose des beats plus incisifs… (Il ne contient que 8 titres… que des merveilles.) Le néophyte découvrira une étrange guérilla urbaine à base de synthés vintage et sans aucun sample. Par contre, des instruments, on en retrouve dans ce double cd ! Claviers, Saxophones, samples de flûte… certaines pistes peuvent rappeler St Germain, pour utiliser une référence connue, notamment « Star Sailing ». « Body & Soul », lui, se développe sur une ossature de rythmes presque latino, et de nappes de claviers typiques du son UR. Là-dessus se rajoutent des petites lignes de piano qui entretiennent plus l’atmosphère que la mélodie… Ce qui est une constante du travail de Mad Mike et ses acolytes. Dès qu’une mélodie est esquissée, elle est soit balayée d’un revers de main, soit répétée à l’envi, jusqu’à ne former qu’un

Page 29/249 motif mélodique propre au rythme. Aucune concession pop. Mais qu’on ne s’y trompe pas, comparé aux productions ambitieuses et morcelées de gens comme Aphex Twin ou Venetian Snares, c’est de l’Easy Listening ! Dans le sens « facile à écouter » , évidemment , pas dans le sens péjoratif du terme. Encore que certaines pièces comme « Nation 2 Nation » sonnent vraiment cheapos aujourd’hui, osons le dire… D’autres sonnent étonnamment intemporelles comme « Transition » et ses paroles posées et méditatives typiques de la musique électronique de Detroit/ ou encore « Astral Apache » aux vocaux cette fois-ci samplés sur des chants indiens ! « 303 Sunset » et son groove simpliste et pourtant contagieux fait directement référence à la glorieuse époque Acid. Quant à « First Galactic Baptist Church », c’est une perle d’afro-techno funky, bien loin de l’image austère véhiculée par le collectif. Rendez-vous sur les futurs chroniques des nombreux EP du collectif, dans lesquelles je m’étendrai plus largement sur leur musique – qui ne saurait se réduire à cette très classieuse compilation.

Note : 5/6

Page 30/249 SENSORIAL RESPONSE : Humanity vs Technology

Chronique réalisée par Marco

Premier album pour le français de Sensorial Response, 'Humanity vs technology' est le résultat d'un travail remarquable de précision et de justesse. Influencé à l'évidence par Front Line Assembly (sons aériens, arpégiateur et vocoder), (structures complexes) ou encore Velvet Acid Christ (pour l'aspect trance), l'album est un bon condensé de ce que l'electro peut avoir de prenant quand elle est pensée et surtout inspirée. Toujours à la limite du dance-floor, Sensorial Response ne sacrifie pas cette efficacité aux schémas trop évidents du genre mais au contraire s'applique à mettre les nappes atmosphériques au même niveau que le reste et non pas comme un simple décor pour justifier une pauvreté musicale comme on en rencontre trop souvent hélas de nos jours. Les ambiances plutôt variées offrent un panel assez représentatif des visions cybernétiques du projet (thématique 'bio-mécanique' et futuriste) et de c epoint de vue Sensorial response n'a pas à rougir face aux aînés qui l'inspirent ici. Il manque seulement un peu plus de variété dans les structures des morceaux, qui s'ils sont tous d'excellente facture pris individuellement se noient quelque peu dans l'intégralité de l'album. Cela dit, à l'écoute de cette première offrande, on ne peut qu'être admiratifs devant tant de maîtrise (production impeccable) et de bonne volonté. Gageons que la suite le confirmera !

Note : 4/6

Page 31/249 COMPILATION DIVERS : Swarm

Chronique réalisée par Marco

Le nouveau sampler de chez Cold Spring fait comme d'accoutumée un point sur le catalogue du label et aussi des nouveautés à venir. Ainsi l'on retrouve les ténors du label et quelques inconnus qui ne tarderont pas à sortir de l'anonymat une fois leur passage à l'album effectué. Autant le dire immédiatemment, si l'on appréciera grandement la présence de certains noms avec des inédits, on regrettera que d'autres se soient contentés d'un minimum affligeant, à l'opposé du talent dont il savent par ailleurs faire preuve (notamment l'inutile titre de A Challenge Of Honour, qui déçoit ici après un 'Seven samurai' grandiose). On notera l'excellente version live du 'Sacred fury' de Shinjuku Thief, le troublant Andrew Liles (et son ambient minimaliste extra-terrestre)ou laa folk amrtiale et symphonique de Bleiburg flanqué de Werkraum et Von Thronstahl. Werkraum qui exulte avec un inédit folk et enlevé tandis que V.T. nous servent une fois de plus leur folk totalitaire ridicule et très mal produite. Heureusement H.E.R.R. s'en sortent largement mieux et avec plus de talent sur 'Stalingrad', et du côté dark-ambient rituelle les confirmés Sleep Research Facility ou Schloss Tegal rivalisent de terreurs abyssales avec les nouveaux Necropolis, Sistrenatus et Tenhornedbeast qui offrent ici les meilleurs titres de la compilation.

Note : 3/6

Page 32/249 YELWORC : Brainstorming

Chronique réalisée par Twilight

Yelworc, soit Crowley à l'envers est un duo allemand qui raffole des atmosphères occultes et malsaines. Oeuvrant dans un électro sombre qui emprunte des éléments à l'indus pour les vocaux trafiqués et quelques bruits, à l'EBM pour les rythmiques et au gothique pour la noirceur des atmosphères, ils parviennent à tisser une musique à la fois complexe (de ce point de vue-là, des échos de Mentallo and the Fixer ne sont pas très loins) et immédiates de par l'efficacité des mélodies. Les samples mystiques côtoient des séquences symphoniques, des nappes de claviers, des percussions lourdes pour tisser cette obscure toile au coeur de laquelle l'auditeur identifiera la colère, la tristesse, la peur ou simplement le mal en tant que force. Difficile de résister à l'envoûtement que provoquent des morceaux dansants comme les excellents 'Curse', 'Sacred city', 'Blood in face' ou 'Spellbound' ou d'autres plus lents et pesants comme les superbes 'Inquest' ou 'Dreamless vision'. Un album magnifique qui allie avec talent l'énergie du rythme et la noirceur des mélodies.

Note : 5/6

Page 33/249 DOLORIAN : S/t

Chronique réalisée par pokemonslaughter

Attention Ovni. Chroniquer ce Dolorian sans avoir l'appui d'un extrait ou d'un quelconque sample audio revient à essayer d'expliquer les couleurs à un aveugle. En même temps, de couleurs, ce disque n'en a clairement pas, si ce n'est le gris. Un gris opaque, envahissant, une volute de fumée oppressante qui n'a de cesse de vous tourmenter. Oui c'est un peu cela Dolorian, une fumée que l'on inhale et qui vous fait tripper quelque part dans les méandres de vos noirs souvenirs. Psyché donc oui, à moyenne dose, par le biais de tous ces petits effets de claviers, des bruitages qui vont et qui viennent ("Nails), ce flanger très présent sur les grattes, ces voix qui vous susurrent continuellement des txtes inaudibles... Obscur et déprimant, surtout, avec ces arpèges caractéristiques du groupe, sorte de guitares fantômes, désaccordées qui même une fois lâchées en accord electriques continuent de sonner avec nostalgie et désespoir. Ce disque, c'est quelque part un petit chef d'oeuvre d'ambiance, bien plus encore que son prédécesseur. La recherche en terme d'harmonies est incroyable. Les guitares electriques passent au dernier plan, à un tel point qu'on ne se rend pas vraiment compte de leur présence lors des premières écoutes, pourtant elle ssont là, en appui de ces chuchotements terriblement angoissants, et formant la brique finale qui scelle ce mur de noirceur. Terriblement Gutsien ce disque en somme. Experimental dans ses sonorités, ses morceaux aux structures quasi progressives, et surtout terriblement obscur... Le groupe sait toujours donner quelques bribes d'espoirs au détour d'un arpège ("Blue unknown", "Hidden / Rising"), mais en profite pour rapidement appuyer l'ambivalence avec ses dissonances permanentes. Je le répète une fois encore (cf première chronique) mais Dolorian est passé maître dans l'art de l'arpège dissonant. Je veux dire, on a ici une véritable leçon, chaque note est à sa place, et pourtant elles dérangent. Mais que dérangent-elles finalement ? Pas vraiment nous finalement, car quand on se rend compte de l'ambiance dégagée, on ne peut que s'agenouiller devant cet immense de composition qui a été réalisé en terme d'harmonies dissonantes guitares et claviers. Difficile je vous disais de parler de cet album, je ne peux que vous inviter à vite vous le procurer, si tant est que le concept "sombre et experimental" vous intéresse, ce disque est un des plus froid, lancinant, dépressif que je possède... Pour autant, son écoute répétée nuit quelque part à ses effets anxiolytiques (oui oui cet album, aussi paradoxal puisse-t-il sembler, me calme), et sans prendre non plus la poussière, voilà bien un disque difficile à s'ingurgiter en intégralité. Trop sombre, trop linéaire,trop extrême et intègre quelque part. Une oeuvre passé relativement inaperçu, et qui mérite pourtant tous les égards de la part des amateurs de musique obscure et dépressive.

Note : 5/6

Page 34/249 SIOUXSIE AND THE BANSHEES : The rapture

Chronique réalisée par Twilight

Je ne sais pas pour vous, mais selon moi, le dernier album d'un groupe est un moment important...c'est que, réussir sa sortie, c'est capital pour assurer son souvenir dans la mémoire des gens. C'est d'autant plus difficile quand il s'agit d'un vrai groupe et qu'il ne prévoit pas toujours quand sera la fin. Dans le cas de Siouxsie and the Banshees, c'est tout à fait honorable. Ce n'était pourtant pas gagné d'avance vu 'O baby', selon moi l'un si ce n'est le plus mauvais morceau écrit par nos Anglais...une infecte pop dont ne voudrait pas . Heureusement, la suite rassure, la diva et ses accoyltes parviennent à effectuer un faux retour aux sources sans renier leur évolution qui les a conduits de la cold wave post punk vers des rivages plus pop. Les mélodies sont moins torturées que par le passé certes mais on décèle de-ci de-là un son de guitare, une ligne d'orchestration, un roulement de batterie qui louche vers des périodes comme 'Through the looking glass' ou 'Tinderbox' (c'est notamment le cas de l'excellent et inquiétant 'Not forgotten'). Ce sentiment est peut-être dû également à la production plus directe que sur 'Peepshow' ou 'Superstition', on trouve certes quelques effets de cordes et d'accordéon fort judicieux mais ils sont discrets et le point de mire reste la formule batterie-basse-guitare. En résumé, les ratages sont rares, je citerais 'O Baby' et 'The lonley one' assez insupportable avec ses banjos et ses accordéons. Ils sont fort heureusement largement rattrapés par des merveilles comme 'The double life', 'Not forgotten', The 'Rapture' dont la magnifique introduction au violon a des accents de Velvet Underground, sans oublier le mélancolique et sensuel 'Forever'. C'est donc la tête haute que Siouxsie and the Banshees quittent la scène en nous laissant en guise de présent cet ultime témoignage studio.

Note : 4/6

Page 35/249 LAMENTED SOULS : The origins of misery

Chronique réalisée par Yog Sothoth

La scène norvégienne, c’est quand même un joli foutoir. Entre les groupes majeurs, les side projects plus ou moins éphémères qui réapparaissent pour une fête d’anniversaires ou un festival obscur dans un bar du coin, les tribute bands qui regroupent des membres de formations établies, on arriverait presque à s’y perdre, et, dans le cas de Lamented souls, on aurait quand même perdu assez gros en passant à coté. Fondé au début des années 90 par Simen « Vortex » Hestnæs (Dimmu Borgir, Arcturus, ex-Borknagar), Appolyon (ex-Dødheimsgard, Aura noir, Cadaver) et la section rythmique d’Infernö (groupe de retro Thrash très très retro…), le groupe se fait plutôt discret, réalisant diverses sessions d’enregistrements dont on retrouve certains titres sur 2 démos (1993 et 95) et un single (Essence of wounds – 2003), les autres restants à l’état d’inédits, notamment un album complet enregistré en 97. Finalement, dans le courrant de l’année 2004, le batteur Einar Sjursø décide de sortir sur son propre label une compilation regroupant leurs enregistrements les plus récents et quelques morceaux plus anciens. Le disque s’ouvre donc sur les 7 morceaux composant l’album jamais réalisé du groupe. Officiant dans un registre Epic Doom teinté de Heavy Metal, assez proche de la période classique de Candlemass, Lamented souls alterne les morceaux tragiques - la plus belle réussite de l’album étant assurément le titre « Var » et son ambiance de champ de bataille dévasté – et d’autres titres plus agressifs (« Hybris », « Demon baby »). Vocalement, Simen en fait des tonnes, déployant toute la palette de son (imposant) registre vocal au gré des morceaux, le norvégien parviendrait presque à faire jeu égal avec un certain « moine » suédois. Au vu de la qualité de la musique proposée ici, on ne peut que déplorer que les musiciens n’accordent pas une plus large place au groupe, en réalisant un véritable album notamment. Les morceaux suivants sont extraits de sessions plus anciennes du groupe, on retrouve des versions différentes de certaines des compos déjà présentes sur la première partie, un peu plus crues ou légèrement remaniées, ainsi que quelques titres inédits (mention pour le très mélancolique « Nemesis »). Au final, cette compil se révèle un bon moyen d’attirer un peu la lumière sur ce projet injustement méconnu (pourtant avec un tel line up…). Il ne reste plus à espérer que ces géniteurs trouvent le temps de lui enregistrer une suite. Wait & see…

Note : 5/6

Page 36/249 SIOUXSIE AND THE BANSHEES : Once upon a time/ the singles

Chronique réalisée par Twilight

Compilation des premiers singles du groupe, ce 'Once upon a time' est un achat plutôt indispensable. Témoin de la période la plus post punk de Siouxsie and the Banshees, il propose pas moins de trois morceaux indisponibles en cd, les excellents 'Hong Kong Garden', 'The staircase (mystery)' et 'Love in a a void'. Rien n'est à jeter, nos Anglais pratiquent alors un mélange de cold wave sale et torturée et de post punk, avec quelques incursions new-wave plus tranquilles ('Christine', 'Happy house') et dès les débuts, on décèle ce talent pour pondre des mélodies imparables. Qui plus est, on sent très vite les progrès vocaux de la jeune Siouxsie qui d'un timbre direct parvient à moduler une palette d'émotions plus variée et sensuelle (' Arabian knights', 'Israel',

'Christine'). 'Il était une fois' un très grand groupe...

Note : 5/6

Page 37/249 SIOUXSIE AND THE BANSHEES : Overground

Chronique réalisée par Twilight

A priori, les gens à la base de ce pirate ne connaissent pas grand chose à Siouxsie and the Banshees: la moitié des titres indiqués sont imaginaires et ne correspondent pas, quant aux informations de line-up, elles sont erronées. La date du concert semble, elle, être exacte compte tenu des chansons présentes et du fait que l'album live officiel, 'Nocturne' sorti en 1983, en reprend la grande partie. Pour le reste, c'est un bon bootleg, le son est assez correct, les chansons plutôt intéressantes...pourtant, je ne le recommande qu'aux fans. En effet, comme je le disais précédemment, une année plus tard, le groupe sortira un disque live officiel vraiment éblouissant avec un très bon son, une sélection soignée et une interprétation impeccable. Du coup, ce bootleg apparaît un tantinet inutile.

Note : 3/6

Page 38/249 SIOUXSIE AND THE BANSHEES : Twice upon a time/ the singles

Chronique réalisée par Twilight

C'est probablement sur ce deuxième volet compilant les singles que l'on se rend le mieux compte de l'évolution du groupe. Autant le premier était cohérent dans son ensemble, autant celui-ci témoigne d'un glissement de la cold wave post punk des débuts vers des directions plus pop...Jusque là, pas trop de problème, Siouxsie et ses Banshees ne seront pas les premiers à avoir subi telle mutation, d'autant que la chose s'est faite en douceur et de manière très logique, sans jamais céder à la facilité et aux sirènes du commerce...Vraiment ? En réalité, à partir de l'album 'Peepshow' (témoin d'un véritable changement, Siouxsie ne se crêpe plus les cheveux, la symbolique gothique s'efface...), à l'instar des Cure, le groupe va se mettre (ou est-ce la maison de disques ?) à choisir de plus en plus mal ses singles. En effet, l'horrible 'Kiss them for me' (malgré ses touches pop orientales) ou le malicieux 'Peek-a-boo' ne me semblent pas réellement témoigner de la richesse des albums les plus pop de la diva. Heureusement, le très beau et mélancolique 'The last beat of my heart' et 'Fear of the unknown' équilibrent un peu tout ça mais la même chose se produira pour l'opus suivant avec le single 'O baby', la pire bouse écrite par les Anglais, alors que l'album en lui-même se révélera au final très correct. D'ailleurs, Siouxsie montre que pop n'est pas pour les Banshees synonyme de merde en livrant en inédit le magnifique et sensuel en diable 'Face to face' tiré de la B.O. de 'Batman II' et coécrit avec Danny Elfman. Pour le reste de cette compilation, rien à dire, les chansons sont magnifiques, de la douceur érotique de 'Melt !' à la cold wave malsaine de 'Candyman', la superbe reprise du 'Wheels on fire' de , sans oublier la cold wave psychédélique de 'Swimming horses'... C'est très simple, ce cd vaut largement mieux que le soit-disant best of qui sortira quelques années plus tard, le mieux étant encore de se proccurer également la compilation soeur 'Once upon a time'.4,5/6

Note : 4/6

Page 39/249 DAS ICH : Cabaret

Chronique réalisée par Twilight

C'est la tête emplie des échos du superbe 'Morgue' que je me suis proccuré ce nouveau Das Ich; avec un titre pareil, j'étais persuadé qu'il se situerait dans une ligne similaire, ce qui me réjouissait énormément vu que le duo s'était révélé très bon dans l'exercice. D'ailleurs, j'ai failli sauter au plafond de bonheur en écoutant l'excellent premier titre, 'Moritat', totalement neuf dans le style du groupe: bruits sombres en intro, valse mélancolique à l'accordéon, roulements de tambour, lambeaux de piano tristes, la voix de Stefan en arrière-fond comme un maître de théâtre-guignol...une merveille ! Mais c'est sur le sol que je suis ensuite retombé dès le second morceau 'Atemlos'. Il n'est pas mauvais pourtant mais bon sang, c'est du Das Ich tout ce qu'il y a de plus traditionnel avec des structures entendues des dizaines de fois, des lignes hâchées, un mélange de montées néoclassiques et de grinçements plus indus, un refrain flamboyant, repris en duo par les vocaux de Bruno. Pareil pour 'Macht', pas mal du tout mais il rappelle lui-aussi nombre d'anciens morceaux (notamment 'Destillat' mais en ralenti). 'Paradigma' pourrait bien être le prochain hit dancefloor du duo: beats rythmés, pointes électro, mais sans originalité...avec pourtant à sa décharge un excellent refrain avec les vocaux de Bruno et Stefan, ce qui permet au charme d'agir. Les samples mystiques du début de 'Fluch' me redonnaient espoir mais à nouveau les structures repartent sur du Das Ich on ne peut plus classique et c'est en vain qu'on cherche la pointe qui le distinguerait du reste. 'Opferzeit' est le second tube potentiel, non parce qu'il est le meilleur mais parce qu'il est le plus dansant: beat assez direct et primaire, sonorités électro, des vocaux dans un style très entendu. Certes, on sent bien que Bruno Kramm a travaillé ses sons, qu'il tente quelques expérimentations de-ci de-là mais elles sont noyées dans des structures tellement typiques de sa patte qu'elles sonnent presque parfois comme des remixes ultra travaillés d'anciens morceaux; pareil pour le chant de Stefan qui ne se renouvelle pas énormément. 'Schwarzes Gift' démarre sur un couplet plutôt sympa avec des notes de clavecin et la bonne mélodie du refrain confirme ce sentiment. 'Nahe' frise le ratage, un chant proche du parler rap, des lignes plates... seule l'adjonction d'une très bonne voix féminine lui confère un intéret quelconque et surtout une identité qui se dégage quelque peu du reste. 'Zuckerbrot und Peitsche' ? C'est un morceau Das Ich pure jus...heureusement, les bonnes lignes au clavecin, les collages judicieux de lignes néoclassiques parviennent à compenser des vocaux assez banals, les beats rapides et les constructions déjà trop entendues. Ouf ! L'ultime pièce, 'Cabaret' reprend quelques sonorités d'accordéon et se révèle plutôt efficace dans la mélodie, sentiment confirmé avec les vocaux sombres de Stefan, ce qui permet de conclure sur une note positive. C'est pourtant un sentiment mitigé qui me reste après écoute de ce disque; certes ce n'est pas mauvais mais Das Ich ne m'avaient que peu enthousiasmé sur 'Lava' et tenaient avec cette idée de cabaret l'opportunité d'ajouter du sang frais à leur univers comme le prouvent les excellents premiers et derniers titres. Au lieu de celà, le duo se l'est joué sécurité, et de manière assez plate. Pour ma part, ils auront fort à faire pour me convaincre sur un prochain opus car j'aurais tendance à finir par croire qu'ils ont fait le tour de la question.

J'espère encore me tromper.3,5/6

Note : 3/6

Page 40/249 ATROCITY FEAT. DAS ICH : Die Liebe

Chronique réalisée par Twilight

Il y a des alliances comme ça, à priori contre-nature. Ayant connu Alex Krull et ayant sympathisé avec lui, Bruno Kramm a souhaité opérer un rapprochement de son groupe avec celui de son compère, à tel point que s'est finalisé sous forme d'un cd la rencontre du metal de Atrocity et de la dark wave gothique de Das Ich. Le point de départ de cette collaboration est une reprise de Laibach, intéressante sans être mirifique; niveau vocal Stefan fait de la figuration, seuls les samples de Bruno démontrent que Das Ich est présent. Le titre suivant co-écrit par Bruno et Alex ( à partir d'une chanson originale de Atrocity) est une daube infecte, une sorte de vilain pré-neometal où l'influence de Atrocity prédomine totalement. Pour 'Bloodlust', on pourrait presque parler d'un morceau de Das Ich chanté par Alex...pas mal mais pour ma part, je n'apprécie guère les vocaux. 'Misdirected' (également de la plume des métalleux à la base) est une sorte de mauvais indus metal comme on en entend tant aujourd'hui...rien à faire, ces vocaux limite rap me hérissent le poil, quant à la musique, elle est d'un plat ! 'Parentalia' ? Enfin une bonne chanson ! Récitation de Stefan sur début de guitare grinçante et bruits malsains, reprise par Alex, puis la musique éclate, typique de Das Ich (exception faite de la guitare, pas nécessaire mais pas dérangeante) avec les touches néoclassiques, des samples de voix...dommage qu'il soit si court, d'autant que le suivant est une bien mauvaise copie des Krupps période metal, pouark ! Par contre, le pire reste à venir puisque les deux groupes interpètent en duo des morceaux de Das Ich, 'Unschuld' et 'Kain und Abel' rebaptisé 'Todgeweihten'...une catastrophe ! L'ajout de vocaux grondants, de guitares et d'une vraie batterie est d'aussi bon goût que la présence de Vache Qui Rit dans une fondue...Seule, l'avant-dernière pièce 'Von Leid und Elend und Seelenqualen', sombre, atmosphérique et ambient rattrape vaguement...euh...quoi en fait ? Pas grand chose. L'audace, c'est une chose, la qualité une autre !

Note : 2/6

Page 41/249 KADA : S/t

Chronique réalisée par Progmonster

Les raisons pour lesquelles il n'est pas souhaitable de se plier à un descriptif sommaire, à un genre au libélé trop connoté, ne manquent pas. C'est comme parler de maux d'estomac ; tout le monde pense pouvoir partager ce que c'est alors que nous avons tous, en réalité, notre propre expérience de cette chose ma foi plutôt désagréable. Et rien ne peut donc nous assurer que notre perception de la chose corresponde en tout point à celle de votre voisin... Il en est de même en musique. Quand je dis "progressif", il y a un monde entre Genesis et Univers Zero. De même, citer un groupe, surtout quand celui-ci a développé plusieures approches très différentes tout au long de sa carrière, n'aide pas non plus. Prenez King Crimson... Alors quand on parle de "fusion", l'amalgame est peut-être encore plus dangereux de rattacher ce style à ce jazz perverti en muzak d'ascenseur dans lequel certains musiciens talentueux se sont pourtant compromis. Kada est un groupe hongrois dont le style de prédilection, aussi réducteur soit-il, s'apparente bel et bien à de la fusion. Pour plus de précisions, je dirais que notre sextet cultive une esthétique qui aurait tout-à-fait sa place sur CMP Records. Une façon anguleuse d'aborder la chose, avec une certaine technique, c'est indéniable, mais pas au point d'en devenir l'élément prépondérant. Une certaine nervosité aussi. Les thèmes développés par le groupe sont riches, les atmosphères, tout en nuances, sont finement travaillées ("Bör és Sàr"). Bien qu'ils les précèdent de quelques années, on peut dire qu'il y a sur ce premier album une certaine similitude avec les polonais de Robotobibok, sans le côté délirant de "Instytut Las". Lazlo Valik, guitariste du groupe, aimerait de toute évidence se trouver une place à mi-chemin entre Allan Holdsworth et David Torn. Attila Boros, le bassiste, n'est pas aussi impénétrable que Mick Karn, mais il se donne du mal. Quant au reste du groupe, l'émulation qui s'opère entre les cuivres et les percussions nous renvoit encore et toujours au Miles électrique le plus fiévreux, un peu comme les Jazzmeteors sans leur clavier, un peu comme Dark sans sa touche exotique, un peu comme

In Cahoots sans Elton Dean...

Note : 4/6

Page 42/249 TELEFON TEL AVIV : Map of what is effortless

Chronique réalisée par dariev stands

S'il y a bien un groupe qui peut prétendre tacler les figures de proue de l’IDM anglais (Plaid, Boards Of Canada, Aphex Twin…) sur leur propre terrain, c’est Telefon Tel Aviv. Après un « Fahrenheit Fait Enough » sorti de nulle part en 2001, c’est ce très attendu deuxième album qui vient surprendre son monde en 2004, de par une orientation un poil différente… Tel un Radiohead qui aurait définitivement laissé tomber les guitares, Telefon Tel Aviv se focalise sur l’émotion, aérant ses blips électroniques de nappes doucereuses et flouées, se permettant même d’inviter un orchestre de chambre sur certains titres, ce qui donne une ampleur quasi-dramatique aux morceaux. Cependant, les beats sont souvent dénudés jusqu’à l’os, à vif derrière les voix sensuelles de Lindsay Anderson et de Damon Aaron – une nouveauté dans la formule du groupe. Le tout avec une propreté de son presque suspecte… Ces instants de minimalisme rappellent les productions R&B des défricheurs Neptunes et Timbaland, ce qui est plutôt incongru sur un disque classé electronica, genre qui se veut « intelligent » et éloigné de toute prétention commerciale. De là à dire que les deux compères de New Orleans cherchent à séduire le grand public, il y a un pas que je ne franchirai pas. Les beats aigus et acérés pourfendent les nappes de claviers veloutées avec encore un peu trop de violence… L’ouverture grandiose traduit les ambitions du duo : faire passer l’émotion et, si possible, le mystère , à travers leur musique. Pour cela, il utilise un art de la montée en puissance contrôlée évoquant les grandes heures du post-rock, sans jamais y sacrifier son amour de la luxuriance sonore. « I Lied », pourvu de basses qui claquent, bien carnassières comme il faut, renvoie à quelque chose d’agressif et de hautain, comme si le groupe avait voulu parodier les poseurs de l’electro « chic » en utilisant le vocabulaire qui leur est propre. C’est peut-être ça la « carte de tout ce qui est sans effort ». « My Week Beats Your Year » accentue cette tendance, avec ses vocaux féminins (plutôt cyniques que premier degré) et son rythme toujours aussi déconstruit que chaloupé… Difficile de percer les vraies intentions du groupe avec de telles pistes (qui sont pourtant parmi les plus réussies de l’album). Le public a d’ailleurs tendance à considérer de deuxième opus comme un trahison par rapport au plus sage « Fahrenheit Fair Enough ». La présence de voix n’y est sûrement pas étrangère… « Nothing Is Worth Losing That » est une vraie chanson pop aérienne, délaissant les velléités post-rock pour une mélancolie paisible. « What It Is Without The Hand That Wields It», composition à double tranchant, reprend les hostilités et semble être un volcan en phase de réveil, parcouru de spasmes intermittents, ce qui finit par donner une belle éruption à la fin bien entendu. Le disque se termine sur une dernière envolée stellaire fort bienvenue, évoquant les minutes les plus planantes d’Air… Sans les égaler, malheureusement. Voilà un album qui parvient à nous maintenir en apesanteur sans nous « surcharger » les oreilles et, mieux, sans recopier les pointures de chez

Warp

Note : 4/6

Page 43/249 IMMOLATION : Dawn of possession

Chronique réalisée par pokemonslaughter

Ah Immolation, voilà bien un groupe réclamé sur le site. Du groupe je n'avais jusque là qu'entendu "Here in after" qui m'avait sacrément déçu. Du coup, je me suis naturellement désintéressé des américains. Pourtant, en bon vieux fan d'old school, je me suis pourtant décidé à donner une seconde chance au groupe en achetant leur premier effort "Dawn of possession" (faut dire, rien que pour la pochette je ne regrette pas). Après tout, ne dit-on pas souvent "le premier était le meilleur" ? Ce qui est clair dès les premières écoutes de ce disque, c'est que le groupe est déjà différent du reste de la scène death de 91. Un son compact, sns réel relief, un chant sombre et caverneux, et surtout des riffs demandant une attention prolongée pour être réellement discernée. On est loin ici de l'esprit thrashy qui anime bon nombre de combos de l'époque dans leur riffing. Ici, on évolue plus dans un style proche de Suffocation, mais avec une approche définitivement sombre et anti-cléricale. Le groupe alterne tout un tas de tempos qu'on sent bien réfléchis en fonction des riffs, le son est comme "gluant", certaines parties sont même harmonisées de façon à rendre l'ensemble plus glacial ("Despondent souls", le début de "Those left in behind" très réussi)), bref au delà de la brutalité primaire, Immolation mise aussi sur l'atmosphère. Il ne s'agit ici que d'un premier essai, tant on sait que le groupe fera de ces ambiances son crédo par la suite. Ici, le côté death old school "classique" est encore très présent, c'est peut-être pour cela que je l'aime cet album... Les riffs ne partent pas encore trop en vrilles, une sorte de Suffocation qui aurait un peu écouté le premier Samael, les morceaux s'enchaînent sans réellement se différencier, l'absence de relief ne choque pas tant que ça finalement : on a en fait tout simplement l'impression de se bouffer un gros pavé de death sombre fait "à l'ancienne". Bon, soyons honnête, de bonne qualité "Dawn of possession" l'est sûrement, mais mémorable ça je ne pense pas du tout. Ce son de batterie étouffé (le son de la grosse caisse est affreux), ces parties de batteries qui semble rebondir ne sont pas bien mises en valeur, les compos sont bien trop linéaires pour être bien retenus... Un disque clairement monolithique, autant vous prévenir. Les amoureux de ce son typique de l'époque vont tomber, et les amateurs d'ambiances poisseuses, souffrées peuvent bien trouver en cet album un bon exutoire à une brutalité dévouée à la destruction de Dieu...

Note : 4/6

Page 44/249 LUGUBRUM : Heilige dwazen

Chronique réalisée par Iormungand Thrazar

Et voilà, le gang de Lovendegem près de Gent a encore frappé avec son huitième album intitulé "Heilige Dwazen". Un album presque maudit puisqu'il aura fallu que Midgaard, fondateur du groupe crée son propre label afin de rendre ce disque disponible partout, prenant ainsi le relais de l'incapacité et de la fourberie de Blood Fire Death, label géré par Imperial du surcôté Krieg; en effet, ce dernier, après avoir sorti les deux dernières productions de son label (le Lugubrum et le split lp Necros Christos/Loss), n'a pas jugé bon ni d'envoyer des copies au groupe, ce qui est quand même fort, ni d'en assurer la promotion et la distribution. Bonne nouvelle donc que l'arrêt de Krieg, et par la force des choses de Blood Fire Death, on ne viendra pas pleurer sur leurs tombes, bon débarras. Passons à cet album maintenant. Deux constats s'imposent: premièrement, Lugubrum est toujours aussi déjanté et étrange et deuxièmement, c'est toujours aussi bon. Pour schématiser, on classifie toujours Lugubrum comme groupe de black metal mais en fait c'est plus par difficulté de classement tant ils pratiquent une musique dense, loin des conventions et inhabituelle. C'est encore plus vrai sur cet album, avec certains passages groovy voire jazzy, une intro bluesy et des structures qui semblent improvisées en salle de répétition. Exit le banjo présent sur "De vette cuecken", cependant, le saxophone est plus présent que sur ce dernier. Barditus est toujours aussi taré, avec quelques passages vocals très efficaces comme cette rage hallucinée sur la fin de "The kiss on the anus" ou les vocaux de pochtron proche d'un Urfaust sur "We slyly sucked stolen bread". Côté paroles, le groupe a opté cette fois ci pour un album entièrement composé en anglais, ce qui permet à tout un chacun de lire ces paroles déjantées, absurdes et qui n'ont rien à voir avec les thèmes habituellement abordés dans le black metal, et que dire si ce n'est que ça fait du bien. La musique de Lugubrum se fait encore plus difficile d'accès, le disque nécessite de nombreuses écoutes afin de l'apprivoisier, et encore certains le maudiront après deux fois. Lugubrum, soit on aime, soit on déteste, ca ne laisse pas indifférent, rien de formaté et c'est un plaisir de tous les jours. A mes yeux, c'est encore une réussite pour le groupe belge qui nous prépare encore des réjouissances futures, comme cet album en version vinyl, un album live enregistré à Amsterdam et le neuvième disque du groupe prévu pour 2007 et déjà intitulé "De Ware Hond". Une oeuvre complète probablement composée et enregistrée sous l'influence de substances hallucinogènes et alcoolisés, mélange de brutalité, de folie et de talent. Hailz Boersk Blek Metle!

Note : 5/6

Page 45/249 YELWORC : Collection 1988-94

Chronique réalisée par Twilight

Quand on ouvre le livret de ce disque et que l'on examine la discographie de Yelworc, on réalise que s'ils n'ont sorti qu'un véritable cd ('Brainstorming'), ils ont en revanche produit pas moins de sept cassettes, de 1988 à 1991 ! Du coup, cette collection s'avère une véritable manne qui propose une foule d'inédits ainsi que des versions live de morceaux extraits de 'Brainstorming'. N'attendez pas des fonds de corbeille, dès l'excellent 'Last Exit', ça démarre très fort. Si les atmosphères ne sont pas aussi travaillées que sur 'Brainstorming', on réalise que le talent de Yelworc n'est pas tombé d'un coup. C'est à Skinny Puppy ('Bloodthirst', 'Artifacts'...) que l'on songe d'emblée; pour le chant d'abord mais également pour cette manière de construire des titres glauques sans avoir besoin de beats fracassants, de 'boum boum' sous acide ou autres. Les morceaux de nos Allemands, comme ceux des Canadiens, ont cette noirceur interne, cette violence introvertie qui ronge de l'intérieur. Celà n'empêche pas certaines pièces de bien bouger ('Spy vs spy', 'Nausea') et c'est alors à Wumpscut: que l'on pense. Mais ce qui inspire le duo, c'est l'occultisme (leur nom n'est pas choisi au hasard), donc très vite, en plus des rythmiques pêchues, apparaissent des samples inquiétants, des climats sombres, mystiques ('Legions', 'World under fire', le génial 'Recall'...) qui plongent l'auditeur dans des ambiances malsaines et étouffantes qui atteindront leur apogée sur 'Brainstorming'. A noter que le morceau 'Data control' sera repris par Dominik Van Reich pour son projet AmGod dans une version plus pêchue. Vu le peu de cds produits par Yelworc, cette compilation double cd apparaît donc comme un beau cadeau. 4,5/6

Note : 4/6

Page 46/249 HACKETT (Steve) : Voyage of the acolyte

Chronique réalisée par Progmonster

Le problème avec Steve Hackett - enfin... si problème il y a vraiment - c'est que peu sont ceux à s'être aventurés dans sa discographie juste par curiosité. Leur véritable moteur, en réalité, même inconscient, c'est la nostalgie. Un sentiment qui, du reste, sied comme un gant à ce guitariste élégant. Nostalgie d'une magie que beaucoup veulent fatalement voir perdurer. Pour ceux qui en doutaient encore, il apparaît évident à l'écoute de "Voyage of The Acolyte", réalisé fin 1975 dans la foulée de l'annonce du départ de Peter Gabriel semblant ainsi sonner le glas de Genesis, que l'anglais flegmatique est en définitive pour beaucoup dans cet esprit romantique, voire romanesque, identifiable entre mille et que les plus fidèles ont trop systématiquement pris l'habitude d'attribuer presque aveuglément au claviériste Tony Banks. Ce dernier est d'ailleurs le grand absent de ce disque puisque la section rythmique du groupe, Rutherford et Collins donc, viennent prêter main forte à leur compagnon. Ce n'est pas nouveau non plus, mais c'est tout de même sur ce disque, sur le titre "Star of Sirius" plus précisément, que l'on peut entendre pour la première fois le batteur assurer la partie chant de manière bien plus assurée que les désuets "For Absent Friends" et "More Fool Me", de sinistre mémoire. Du coup, il est bien difficile de se prononcer tant "Voyage of The Acolyte" a tout du disque manqué de Genesis ; la mise en musique d'un futur possible que la paire magique "A Trick of The Tail" et "Wind & Wuthering" s'emploiera bientôt à concrétiser. C'est tout de même un album parfaitement bien construit, maîtrisé de bout en bout, développant toute une série de thèmes forts dont les rappels judicieux d'une chanson à l'autre concourent à en faire un bloc solide et indivisible. Le caractère champêtre, la touche médiévale qui fait tout le charme de toute cette frange de la scène progressive britannique côtoient les grandes envolées lyriques et les passages instrumentaux flamboyants. Ceci étant dit, l'oeuvre de Steve Hackett, et cet album tout particulièrement, s'adresse avant tout aux personnes les plus concernées.

Note : 4/6

Page 47/249 HACKETT (Steve) : Please don't touch

Chronique réalisée par Progmonster

Avec "Please Don't Touch", l'histoire se répète presque, mais à rebours. Des rumeurs prétendent même que ce disque serait en réalité constitué des chansons rejetées par les autres membres de Genesis, des chansons qui auraient du faire de "Wind & Wuthering" un album double ! Si rien ne peut le prouver, on peut en tout cas aisément imaginer les réticences que ces titres ont du susciter. En dépit des apparences, et malgré les reproches souvent formulés à l'égard de cet album, notamment son aspect trop hétéroclite pour certains, je perçois pourtant en "Please Don't Touch" une touche finalement bien plus personnelle que sur les autres albums de Steve Hackett, réputés supérieurs. C'est vrai que l'album commence comme une mauvaise blague, avec la présence de Phil Eihart et Steve Walsh (tous deux du groupe Kansas) sur le tubesque "Narnia", puis "Racing in A", entrecoupés par un "Carry On Up The Vicarage" qui, bien que portant en lui quelques bonnes idées, paraît aujourd'hui bien ridicule. La première face du disque termine son petit tour avec une plage acoustique ("Kim") et un premier tour de chant pour le vétéran Richie Havens sur un "How Can I ?" qui emprunte trop à "Across The Universe" que pour pouvoir séduire sans restriction. La seconde face a évidemment de quoi appâter les plus mordus avec sa suite instrumentale en trois actes, "Land of a Thousand Autumns", "Please Don't Touch" et "The Voice of Necam". Et ce sont bien souvent les seuls titres retenus par les amateurs pour sauver ce disque du dépit dans lequel on l'étouffe généralement. Avec ses qualités et ses défauts, "Please Don't Touch" ballade tout de même avec lui un parfum automnal qui, en ces jeunes années, colle déjà à la peau de Steve Hackett et sa musique. Elle ne cherche pas à simuler une approche progressive mais, bien au contraire, s'efforce de faire ses preuves en se reposant uniquement sur l'intelligence et la sensibilité de son écriture. Et elle éclate au grand jour sur des titres comme "Icarus Ascending", avec toujours Richie Havens, et plus encore sur "Hoping Love Will Last" et une Randy Crawford toujours aussi extraordinaire, le coeur sur la main.

Note : 3/6

Page 48/249 HACKETT (Steve) : Spectral mornings

Chronique réalisée par Progmonster

Les convaincus vous le diront, Steve Hackett, l'ancien guitariste soliste de Genesis, n'a jamais fait mieux que ce troisième album. Et, une fois n'est pas coutume, je ne pourrais pas le nier. Le disque a beau être très typé, avec des pièces qui, volontairement ou non, se veulent comme autant d'échos d'une gloire passée ("Lost Time in Cordoba" en guise de variation plus développée de "Unquiet Slumber for The Sleepers"), il n'en constitue pas moins une étape décisive dans la carrière du guitariste. Habile compromis entre les appels de pieds lancé par de vieux fans qui ont bien du mal à se reconnaître dans le tout récent "...And Then There Were Three..." et ses aspirations plus personnelles, comme déjà introduites sur "Please Don't Touch", "Spectral Mornings" prend à bras le corps le défi posé par l'étape du troisième album et assied sans ambages la personnalité affirmée et attachante d'un Steve Hackett finalement bien moins timide qu'on aurait pu le croire. Un guitariste à la souplesse légendaire, fervent partisan de l'économie de moyen et dont l'essence même de sa justesse trouve sa source dans cette pondération innée qui l'a toujours empêché d'en faire des tonnes. Le son de sa guitare a ce petit quelque chose d'indéfinissable, à la fois délicat et poignant, qui donne à ses morceaux, quand il est bien inspiré, une facette tout simplement magique. Alors, c'est vrai, on aurait pu se passer du très british "The Ballad Of The Decomposing Man", mais ce n'est ma foi pas bien pire que le "Excuse Me" du premier Peter Gabriel... On pourrait aussi s'amuser à décortiquer le pourquoi du comment ça marche ; la façon qu'a le guitariste de souvent scinder ses morceaux en deux, alternant entre eux des passages aux couleurs parfois radicalement différentes ("Every Day", "Tigermoth"), la manière qu'il a également d'utiliser les claviers pour broder des atmosphères féériques qui suspendent les notes pour mieux nous faire rêver d'un ailleurs idéal (le très asiatique "The Red Flower of Tachai Blooms Everywhere", réminiscent de "The Colony of Slippermen"). Oui, on pourrait se demander toutes ces choses. Mais lever un coin du voile sur ce mystère, c'est aussi rompre

à jamais l'enchantement.

Note : 4/6

Page 49/249 HACKETT (Steve) : Defector

Chronique réalisée par Progmonster

Sans doute pour préserver ses chances maintenant que Steve a su réunir autour de lui une équipe compétente à qui l'on doit la réalisation de sa plus belle réussite discographique, il revient en terre d'Albion avec sa fine équipe pour enregistrer ce qui pourrait presque se définir comme le faux jumeau de "Spectral Mornings". Les mêmes musiciens donc, la même instrumentation aussi - quoi que les machineries synthétiques estampilées années quatre-vingt y font une apparition remarquée ("The Show") - mêmes plans aussi parfois ("Sentimental Institution" reprenant à peu de choses près le même rôle que "The Ballad Of The Decomposing Man" sur son disque précédent, mais placé ici heureusement en toute fin) et toujours ce balancement perpétuel entre pièces instrumentales relativement ambitieuses, porteuses d'images fortes, glacées ("The Steppes" ou "Two Vamps as Guest" qui en reprend le thème en mode acoustique), dramatico-romanesques ("Hammer In The Sand") ou plus simplement noires ("Slogans"), et chansons au calibrage parfois tout bonnement inappropriée ("Time to Get Out", "Leaving") et dont on ignore quel est leur véritable raison d'être. La faute à pas de chance dirons nous si cette nouvelle collection de titres est finalement moins inspirée. Mais s'il est de bon ton parmi les prétendus spécialistes de dénigrer de manière quasi machinale "Defector", il faut aussi lui reconnaître une ambiance pesante, presque menaçante, et c'est surtout vrai pour la première partie de l'album, la seconde face finissant par dissuader pour de bon l'auditeur de continuer à s'intéresser à ce qu'y se passe dès l'entame de "The Toast". Ce demi-échec en appelera d'autres, plus sévères ceux-là, qui amorceront la longue et douloureuse descente aux enfers du guitariste qui, dans une confusion mêlant davantage forme et fond, n'aura pourtant jamais cessé de se montrer le plus créatif parmi tous les musiciens à s'être extrait de la grande nébuleuse

Genesis.

Note : 3/6

Page 50/249 PETER AND THE TEST TUBE BABIES : The punk singles collection

Chronique réalisée par Twilight

Qu'est ce qui distingue un bon combo punk d'un autre ? Ou en d'autres mots, qu'est ce qui fait que tel groupe devient culte et pas un autre ? J'en sais foutrement rien mais une chose est sûre, pour moi Peter and the Test tube babies est un bon groupe. Pourquoi ça ? Parce que ces types ont un sens de la mélodie que je trouve fabuleux. C'est sûr, la recette n'a rien de neuf, nous voilà confrontés à un old school assez classique avec une rythmique pêchue sans être trop rapide, des choeurs sur les refrains, des guitares sales aux accords simples et des textes narrant les travers de tous les jours plus que de la grande politique. Mais écoutez donc les riffs de certains morceaux, les géniaux 'The Jinx' ou 'Blown out again', par exemple, des classiques identifiables en deux secondes ! Pareil pour les bons 'Banned from the pubs' ou 'Spirit of Keith Moon'. A côté de celà, quelques perles: 'Zombie creeping flesh' ou 'No invitation' plus proches d'un horror punk à la Misfits de par leur feeling plus sombre. D'autres chansons comme 'Smash and grab', 'Never made it' sans avoir la trempe de 'The Jinx', ont ce côté mélodique jouissif tel qu'on peut le trouver chez des formations comme Bad Religion ou Youth Brigade. A côté de celà, Peter and the Test tube babies se tapent quelques délires comme la parodie des Clash ('Trapper ain't got a bird', dub avec saxos moqueurs), 'Run like hell' et son intro slow disco miteux pour bourrés, sans parler de 'Rotting in the fart sack' (je vous traduis pas le titre) interprété à la guitare sèche, au saxo comme s'il s'agissait d'une pièce riche en émotions ou encore la country punk de 'Ten deadyl sins'...nos lascars ne manquent pas d'humour gras. A côté de celà, quelques morceaux punk typiques efficaces mais sans réelle envergure. Bref, tout est là sur cette excellente compilation. A priori, nos Anglais tournent toujours encore et avec le même line-up, eux qui pensaient ne pas dépasser le stade l'apparition sur une compilation locale en 1978 ! 4,5/6

Note : 4/6

Page 51/249 DALI'S CAR : The waking hour

Chronique réalisée par Twilight

Une fois le split de Bauhaus consommé, avant de se lancer dans une carrière solo (à mon avis peu intéressante), Peter Murphy trouva un accolyte en la personne de l'ex-Japan Mick Karn l'espace d'un projet un peu étrange baptisé Dali's car. Les rythmes sont assez particuliers, de même que le son de basse rampant, avec un côté très new wave 80's. S'ajoutent les éléments particulièrement marquants, soit les claviers, vraiment excellents sur certaines chansons ('His box' pour le côté oriental, 'Cornwall stone' pour le côté faussement mystique ou le fascinant 'Judgment is the mirror'...). Peter Murphy semble inspiré vocalement et sait même se montrer poignant ('His box', 'Judgment is the mirror') ou plus sensuel ('Dali's car'). Sans parler de feeling malsain, une ombre couvre ce petit album, un sentiment à l'image du nom, coincé entre pop mystique, new wave et une noirceur faussement ethnique plus ardue à cerner. Si le son est un brin démodé, le climat reste efficace et particulier malgré quelques faiblesses (le faux dub 'Artemis', en dépit de belles parties de saxo mélancoliques) et ce disque mérite que l'on y jette une oreille.

Note : 4/6

Page 52/249 HARVEST RAIN : Night's glow

Chronique réalisée par Marco

Revoici les frères Thompkins moins d'un an après le sublime 'Night chorus'. Une fois de plus, la nuit et ses ombres mouvantes dans la pâleur de la lune laiteuse s'érige en obsession flagrante pour les américains, dessine des formes aux contours hésitants et esquisse une invocation aux esprits nocturnes. Plus cold-wave que jamais, la musique de Harvest Rain bénéficie sur 'Night's glow' d'une production un poil supérieure à l'album précédent et la folk qui occupe la seconde moitié du disque est toujours aussi efficace (les superbes 'Lantern' et 'Corpse candle') et touchante. L'émotion se voile d'une parure très old-school, rappelant encore une fois ('Strange evening glow') mais aussi Cure sur 'Night's gown' qui nous ramène loin en arrière avec une facilité déconcertante. L'humeur générale de l'album apparaît plus lumineuse que sur 'Night chorus', moins dépressive et transformée en une mélancolie plus malléable selon l'écoute que l'on en fait. 'Night's glow' n'en reste pas moins une oeuvre marquée par les histoires de fantômes, de familles maudites et de visions oniriques voire mystiques dans la nuit à peine éclairée. Entre cold-wave éthérée et esprit gothique (au sens premier du terme), les frères Thompkins remplissent imperturbablement album après album leur rôle de conteurs musicaux exceptionnels.

Note : 5/6

Page 53/249 ARCHON SATANI : Mind of flesh & bones

Chronique réalisée par Marco

Projet culte de la scène indus des 90s, le duo suédois aura marqué le temps de quelques albums le genre rituel, associant percussions sentencieuses et nappes minimalistes mais denses. Ce 'Mind of flesh & bones" est la dernière collaboration de Tomas Petterson au projet et il partira peu après fonder Ordo Equilibrio. La version remasterisée proposée par Cold Spring offre une expérience intéressante côté son : épaisseur et profondeur du champs sonore rendent parfaitement la teneur sacrilège des rituels du duo, marqués par la mise en corrélation organique/spirituel (le titre de l'album est par ailleurs très explicite) de ces 5 pièces instrumentales que quelques voix incantatoires accompagnent. Moins direct et noir que ne l'était le terrible 'Virgin birth...', 'Mind of flesh & bones' retranscrit les souffrances et les transformations de la chair subordonnée à l'esprit unique et fort. En résulte une longue plongée hypnotique et perturbante dans les entrailles d'un enfer intérieur, rongeant insidieusement, brûlant progressivement mais sûrement. Une pièce maîtresse de l'industriel, entre brutalité assumée mais sournoise et implacable.

Note : 4/6

Page 54/249 COMBATIVE ALIGNMENT : Everlasting sun

Chronique réalisée par Marco

Héritier talentueux d'Inade et Herbst9, Combative Alignment débute plutôt fort avec ce 10" marqué du sceau de l'ambient rituelle. Plus 'mélodieux' que celles de ses aînés peut-être les nappes faussement légères s'étirent sur la totalité des deux compositions, couplées à de basses fréquences intelligemment dosées et des percus tout aussi justes. Les voix récitent des mantras d'un autre monde, celui du soleil éternel qui brûle tous les mortels qui l'approchent inconsciemment. Chacun des deux morceaux atteignant les 10 minutes, tout l'univers unique de Combative Alignment prend le temps de se dévoiler un minimum et 'Lost between two worlds' revêt même des sonorités space-ambient, renforçant cet aspect mélodique si caractéristique du projet allemand. Un excellent premier disque qui défini d'entrée la personnalité de Combative Alignment : mystérieuse, hermétique mais transcendante.

Note : 4/6

Page 55/249 COMBATIVE ALIGNMENT : Image acoustique

Chronique réalisée par Marco

Deuxième livraison du duo allemand après 'Everlasting sun', 'Image acoustique' s'inscrit dans la lignée de son prédécesseur. Inspiré par le 'Las Vegas parano' de Terry Gilliam ('Fear and Loathing in Las Vega' en vo) dont on retrouve de longs dialogues, les deux titres naviguent entre ambient dépouillée ('Fear') et space-ambient ethnique (percus tribales et nappes de 'Loathing') du plus bel effet. Le seul défaut ici sont les extraits du films, un peu trop présents, bien qu'ils servent essentiellement d'introduction ou de codas aux deux compositions. Moins prenant et plus commun que ne l'était 'Everlasting sun', ce ep est surtout sympathique pour la collection sans dépareiller pour autant.3,5/6

Note : 3/6

Page 56/249 ELYSIAN FIELDS : Bum raps & love taps

Chronique réalisée par Progmonster

Il faudra neuf nouveaux titres à Elysian Fields pour tenter de convaincre ceux que ça intéresse qu'il y a cette fois du changement en profondeur. Coup de tonnerre ; Jennifer Charles et Oren Bloedow ne sont officiellement plus ensemble ! Une bonne nouvelle pour ceux qui craquent littéralement pour le charme sulfureux de cette petite brune mi-ange mi-démon qui, pour sûr, ne doit certainement pas être facile à vivre. Je serais presque prêt à le prendre ce risque quand, dans mon oreille, elle vient faire mourir sa voix dans un râle de plaisir faussement contenu sur "Lions in The Storm". Leur cynisme légendaire ne les empêche pas de s'épancher toujours douloureusement sur des histoires d'amour impossibles, aujourd'hui sans doute plus que jamais, concluant cet ultime rendez-vous sur un "We're in Love" finalement bien ironique. "Bum Raps & Love Taps" charrie tout de même avec lui des sentiments nouveaux ; un côté plus surréaliste, un aspect à la fois lunatique et ludique, entre fête foraine sortie d'un univers parallèle aux contours brumeux ("Sharpening Skills") et bande son déteriorée d'un Ennio Morricone légèrement émêché ("Duel with Cudgels" et sa longue intro étonnante). Tout cela dans une lenteur de rigueur qui dérange ou stimule selon les attentes de chacun. Si l'on y ajoute "Lame Lady of The Highways" à la construction tout aussi inhabituelle, titre qui démarre sur un loop de batterie pour se vautrer ensuite dans une ambiance féériquement glauque que ne renieraient ni ni Angelo Badalamenti, voilà les trois seules plages, logées en plein milieu du disque - en plein coeur pourrait-on dire - qui, en effet, pourraient presque nous convaincre que leur nouvelle fiole de chansons empoisonnées a une saveur différente. Mais c'est malgré tout toujours la même chose, Elysian Fields... Un groupe qui est parvenu à faire du flegme et de la paresse des critères de beauté absolu, voire intouchable, "When", "Out to Sea" ou la plage titre prolongeants le fantasme d'une sexualité interdite et refoulée entrenu par une aguicheuse dont le talent dans ce domaine n'est plus à prouver.

Note : 4/6

Page 57/249 COMBATIVE ALIGNMENT : Requiem

Chronique réalisée par Marco

Toujours sur format vinyle, mais cette fois-ci pour un album complet, les allemands confirment leur talent déjà flagrant sur 'Everlasting sun'. Rituel et mystique à la manière d'un Inade, 'Requiem' met moins en avant les infra-basses que l'interaction des nappes profondes ou mélodieuses qui s'entrechoquent entre elles, arbitrées par des voix incantatoires déformées. Habité par la rédemption, le sacrifice et une tonalité apocalyptique frappante 'Requiem' décrit une fin du monde aux effluves de chairs mortifiées et d'âmes carbonisées. Il sait aussi être épique sur le superbe 'Requiem part one', martial et hypnotique, ou plus ethnique à la façon d'un Herbst9 sur 'Requiem part two'. Abrasif par l'utilisation d'une forme de saturation éloquente mais jamais déplacée, profond par sa thématique sombre et accrocheur par son abile usage des percussions, 'Requiem' est tout autant une pierre angulaire du genre indus/ambient rituel que Inade peut l'être depuis les années 90s.

Inutile d'ajouter que cet album est indsipensable.

Note : 5/6

Page 58/249 HELLFISH & PRODUCER : Bastardz sonz of rave

Chronique réalisée par dariev stands

La pochette illustre bien l’esprit « free party » qui s’exhale de l’objet… Cette photo entre le sépia et le kaki (couleur favorite du teufeur moyen) met en exergue le foutoir total suggéré par cet album peu bucolique de 66 minutes et 6 secondes (il est partout celui-là !!). On imagine bien les ravers, hagards, revenir à moitié sourds de l’écoute de ce fracas sur un sound-system… Sourds et épuisés. Car le hardcore, ce bougre de genre musical, ne se contente pas de faire siffler les oreilles. Il fait danser. Ce hardcore sardonique aux pulsions tribales n’est pas aussi monotone qu’on pourrait penser à première vue. Il est parfois même émaillé de fulgurances hip-hop (« Line Em Up »), voire de vocaux toastés de MC jamaïcains qui annoncent les morceaux en grande pompe. La diversité offerte ici est peut-être due à la présence de deux compositeurs : Hellfish et Producer. Ce disque est leur deuxième collaboration après « Constant Mutation » en 2000. Les deux barges ont un style assez reconnaissable : Hellfish affectionne tout particulièrement les beats saccadés et furibards, parfois secs comme de la bonne Drum & Bass ("Crawl & Die"), alors que Producer préfère trépaner le pauvre auditeur sous les changements de rythme impromptus et les gros kicks saturés. Quand les deux se réunissent sur une même track, c’est pour frapper fort, sur le magistral « Theme From Fuck-Daddy », à écouter à fond. “Toilet Wars” , allusion claire à la cocaïne, fait subir les derniers outrages à la Jungle comme aux oreilles de l’auditeur, alternant cascades rythmiques parfaitement dansables et accès de colère mécanique tétanisants. Les rythmes se font saccadés jusqu’à la nausée, certains plans presque breakbeat surgissent inopinément au détour d’un morceau. Quelquefois, ils se transforment en un genre de drone (« Professional Psycho ») entrecoupé de samples de guitares rappelant presque l’assaut sonore sauvage (pour l’époque évidemment) de Public Enemy, ou encore l’utilisation des guitares de Run DMC… Il faut dire que les influences Hip-Hop coulent bel et bien dans les veines de nos deux gaillards, mâtinant les embardées furieuses à 200 Bpm de ruptures de rythmes sauvages. Pas étonnant que ce cher Richard D. James soit fan !

Note : 4/6

Page 59/249 COMBATIVE ALIGNMENT : The ritez of higher communication

Chronique réalisée par Marco

Décidément, voilà un groupe qui une fois lancé ne s'arrête plus. Un nouvel album chez la Loki Foundation quelques temps après 'Requiem', et en plus leur meilleur ! 'Ritez of the higher communication' est un véritable exercice rituel de grande classe. Dense, subtil, célébrant les éléments naturels en une vision sonore extatique, s'approchant de la transe alors que la pluie habite l'enregistrement d'un bout à l'autre. Les boucles apparaissent et s'effacent discrètement, laissant chaque atmosphère s'installer autour des différents éléments présents (samples, percus, voix). Une autre grande qualité de cet album est sa capacité à se renouveler dans l'unité, formant un monolithe au creux duquel apparait une ouverture réduite mais tournée vers les arcanes de ces rites mystérieux. Ainsi l'album se laisse apprivoiser assez facilement malgré son propos hermétique, les sons limpides et clairs se greffent les uns aux autres en un amalgame sombre mais ouvert sur un autre niveau de conscience. Puissance mélodieuse, dépouillement conférant à l'humilité, inspiration lointaine et contagieuse, bref un des disques indus incontournables de la décennie en cours.

Note : 6/6

Page 60/249 TYR : Eric The Red

Chronique réalisée par Iormungand Thrazar

Originellement paru en 2003 sur un label obscur, le deuxième album du groupe Tyr des Iles Féroé vient d'être réédité par les autrichiens de Napalm Records, lui permettant d'obtenir une plus grande distribution et une meilleure promotion et couverture. Grand bien leur en a pris puisque cet album est de très bonne facture. Les biographies réalisées par Napalm Records les classent dans la même catégorie que les finlandais de Korpiklaani (le concept flou de folk metal), force est de constater qu'ils ne jouent pas dans la même ligue et ne se ressemblent en aucun point. Là ou Korpiklaani ressasse et s'enlise dans une recette que d'autres maitrisent mieux, Tyr possède sa propre identité et surprend. Le groupe féroïen pratique un metal heavy aux consonances folk, non pas grâce aux instruments utilisés mais au chant, aux choeurs et aux mélodies. L'atmosphère dégagée provient indéniablement du grand large, et l'appellation viking que l'on donne à tort et à travers et que je n'apprécie guère au passage, est cette fois plutôt pertinente. Les vocaux de Heri Joensen sont excellents, très lytiques parfois et l'uitlisation de choeurs est du meilleur effet. Je dois avouer ma préférence aux titres chantés en langue féroïenne, on sent le chanteur un peu plus à l'aise dans sa langue natale pour moduler sa voix mais d'un autre côté, on peut comprendre l'emploi de l'anglais afin que l'auditeur puisse assimiler les textes un minimum (traduits en anglais dans le livret); des textes qui traitent de la culture et de la myhtologie féroïenne et norvégienne principalement. Ce disque est un authentique voyage qui en appelle à vos sens les plus aventuriers avec une touche mélancolique sur certains morceaux. On se rend compte que l'on tient ici des musiciens talentueux avce de très bons passages notamment les morceaux "Regin Smiður", "Stýrisvolurin", "Rai249ow Warrior" et "Ramund Hin Unge" avec sa superbe introduction. Cette réédition contient deux titres bonus, "God of war" et "Hail to the hammer", tirés de la première démo du groupe datant de l'année 2000, dans des versions différentes cependant. Tyr nous présente donc une oeuvre réellement aboutie, travaillée et inspirée. Gageons que la prochaine réalisation du groupe les amènera encore à un niveau supérieur afin de peut-être éviter quelques longueurs ici et là. Et oui, les Féroé n'ont pas seulement des paysages magnifiques, une surpopulation de moutons et une équipe de foot qui fait ce qu'elle peut, elle a maintenant un groupe de metal et un très bon du nom de Tyr.

Note : 5/6

Page 61/249 OTHILA : Continents

Chronique réalisée par Marco

Trois ans après le superbe vinyle 'Yula' revoici le duo adepte de sonorités illustrant des cultures aussi diverses que celle des civilisations celtes ou orientales. Ici Les français poussent plus loin leur périple en imaginant une traversée des continents de notre planète, faisant appel aux cultures et folklores tout en façonnant leur propre vision de ces terres à la fois fascinantes et mystérieuses. Initié et achevé par deux pièces neoclassique mélancoliques le voyage s'étend des contrées amérindiennes aux saveurs orientales des terres d'Asie, à grand renfort de percussions (tambourins, tablas...), de cordes (guitares, sitar) et d'instruments à vent (trompette, clarinette). Le rêve, l'émerveillement et le foisonnement des couleurs sont au coeur de cet performance épique digne d'une bande-son de documentaire entre fiction et réalité. A ce titre 'Continent de découvertes' orchestre presque toute la partition, cumulant ambient, neoclassique et orientation ethnique dépaysante. Au détour du delta du Nil, dans les profondeurs des fôrets amazoniennes ou sur les hauteurs du Tibet l'univers d'Othila fait preuve d'une incroyable capacité à faire vibrer l'auditeur et à le surprendre par des mélodies inattendues, des atmosphères 'lounge' lorgnant du côté du free jazz et des rituels ancestraux ponctuant la vie des peuples visités. Une carte sonore aux relevés topographiques en relief, insaisissables et envoûtants. Un disque surprenant et atypique, à écouter absolument !

Note : 6/6

Page 62/249 SHADOW MAGNET vs COMBATIVE ALIGNMENT : Temple of pain

Chronique réalisée par Marco

Et une sortie de plus pour l'écurie Avatar, petite soeur de la Loki Foundation dans l'esprit et les réalisations. On reste en famille puisque Shadow Magnet n'est autre que le projet de Ulrike Baum, le binome féminin de Combative Alignment. La différence n'est pas énorme mais Shadow Magnet n'hésite pas à utiliser des instruments tels que la guitare folk ('Sanctus sanctum') voire électrique (les arpèges évolutifs de 'Bleeding trees'), faisant résonner son ambient rituelle d'une manière plus personnelle et également plus tribale. On a même droit à une performance vocale très surprenante de Ulrike sur 'Forever and a day' qui n'est pas sans évoquer les oeuvres de Jarboe au sein des Swans. Une qualité onirique et plus mélodique donc que Combative Alignment qui anticipe sur la sortie de 'The ritez of higher communication' en proposant deux titres prenants, menés par une flûte et des mantras sur 'Scorpio rising' et des percus emballées sur l'épique morceau éponyme. Un label aussi digne d'intérêt que la Loki Foundation bien que trop discret malheureusement (pas de site web, peu d'informations autour).

Note : 5/6

Page 63/249 DEINONYCHUS : Ark of thought

Chronique réalisée par pokemonslaughter

Après deux albums où l'amateurisme régnait en maître, Deinonychus passe donc le cap du troisième album en s'offrant enfin les moyens et le recul nécessaire pour proposer un disque mûr à la fois mûr et enfin réalisé correctement. En effet, le sieur Kehren s'offre enfin une production digne de ce nom, il a enfin bien pensé à vérifier si ses leads étaient en harmonies avec ses accords, et surtout, il a su créer une atmosphère absolument unique sur son oeuvre. Et oui, si pour beaucoup ce "Ark of thoughts" constitue l'un des disques les plus mélancoliques existants ce n'est pas pour rien... Pour ma part je nuancerai un peu en précisant qu'il s'agit ici je le répète d'une musique unique, désabusé, hurlante profondément dépressive, comme une espèce de tourbillon de tourments qui vous emmène vers le fond. Sur la base de claviers en nappe voire de quelques /cloches/clavecins de ci de là, d'accords de guitares naviguant entre black metal et dark dépressif, de leads désesperantes (plutot mineures à la Empyrium, mais lorgnant parfois vers des sonorités que je trouve presque arabisante), Kehren hurle sa douleur tout le long de ces huit titres. Narrée, pleurée, carrément hurlée à la mort, sa prestation est une fois encore incroyable, en parfaite adéquation avec le fond muscial. On sent une réelle sincérité dans ces hurlements. Communicative, surprenante, sa voix représente la principale pierre qui consrtuit l'étrange atmosphère de cet album. Mais ce chant ne fait pas tout, bien heureusement. Comment décrire ce que dégage ce disque... Des sonorités de claviers parfois kitsch parviennent à créer un sentiment de magnificence, de rêves oubliés, les guitares foncièrement metal viennent alors les renforcer et appuyer cet effet "majestueux" que je confère personnellement à cet album. Je ne sais pas pourquoi, mais je lui ai toujours trouvé une certaine "classe". Pas de fautes de goûts (excepté la batterie qui devient boite à rythme sur les rares blasts), tout est parfaitement cohérent, une sorte de longue agonie mid tempo, propre à se remémorer toutes les erreurs passées. Pourtant, "Ark of thoughts" ne m'invite pas forcément à l'introspection, il s'écoute au calme bien evidemment mais plus pour ressentir la douleur d'un Autre, quelque chose qu'on ne ressent pas forcément (cf ce dernier morceau entre lumière et noirceur avec ses cris de bébés... un peu lourd au demeurant, mais cela fonctionne). J'entends par là que nous n'avons pas forcément un album planant qui peut vous emmener à milles lieues d'ici comme pourrait le faire un Empyrium par exemple. Non nous sommes clairement ici en présence d'un dark/black dépressif qui sait malmener l'auditeur, qui sait l'emmener dans des recoins obscurs où les âmes pleurent ("Leviathan" et son break black metal terrifiant), où guitares et claviers se renforcent, s'entrecroisent pour former cette osmose désesperante. Croyez moi, l'émotion est au rendez-vous. Marco Kehren marque ici un sacré disque, le genre que vous n'entendrez pas deux fois, la séduction n'est peut-être pas instantané mais croyez moi en terme d'ambiance, voilà bien un sacré morceau dans le monde du dark/black dépressif...

Note : 4/6

Page 64/249 : The cult is alive

Chronique réalisée par Nicko

Ouais, on avait été prévenu avec le mini/single "Too old too cold", Darkthrone reste Darkthrone envers et contre tout, même pire. Attitude punk jusqu'au-boutiste, production nécro (d'ailleurs, c'est mêem enregistré aux... Necrohell 2 Studios ! C'est pas moi qui l'invente !), style prends-toi ça dans la gueule et ferme-la ! Pour le raffinement, on repassera. Pour l'album, honnêtement, on n'est pas loin de la caricature (oh, doux euphémisme !). Alors oui, l'atmosphère est bien sombre, très dépouillée (ils n'ont pas grand chose à apprendre sur ce plan-là les norvégiens), le feeling au niveau des riffs est présent (pas tout le temps, mais quand même !), le chant de Nocturno Culto fait littéralement peur tellement on sent le gars possédé (un putain de chant black metal !), mais après... Les compos sont simplistes, toujours la même recette, toujours la mêem chose (l'impression de tourner en rond...) et à la fin, je me fais vraiment chier ! Le pompom, c'est quand Fenriz chante. Le contraste avec Nocturno Culto est flagrant ! Je ne parlerai pas des quelques solos de guitare (heureusement rares), tellement ils sont ridicules. L'édition limitée contient un clip... tout à fait à l'image de l'album. On a l'impression de voir un truc filmé avec un camescope des années 80 avec une qualité d'image ultra-pourrie (avec la neige et tout !). Sinon, bah on voit Fenriz et Nocturno Culto en répèt', dans la forêt, sur une route, en train d'headbanger... Voilà ! Autant le 3/6 du mini est un peu sévère, autant là, la note est totalement justifiée, un album à la durée de vie ultra-limitée et pas inspiré. Déception.

Note : 2/6

Page 65/249 SOULMAKER : Démo I

Chronique réalisée par Nicko

Voilà un jeune groupe français de l'est du pays qui évolue dans un heavy-metal qu'on peut facilement qualifier de conventionnel et fidèle à la grande tradition du style, encré dans les années 80. Je dois avouer que je suis un peu embêté avec ce CD 3-titres tellement le style est conventionnel. Par contre, attention, c'est pas la démo avec tous les clichés du genre, là, c'est même plutôt de bonne qualité, bien interprété. L'avantage, c'est que l'écoute est facile, un pur produit inspiré par les Iron Maiden et consort, avec un son moderne, actuel. Mais tous les ingrédients du genre sont là, à savoir une bonne rythmique soutenue, un chant clair (principalement en français !) puissant, des solos sympas, des compos qui tiennent la route, des riffs plutôt accrocheurs. Soulmaker part du bon pied, techniquement, ils sont au point et leur musique est sûre de plaire aux fans de heavy-metal pur et dur. Maintenant, ce qu'il leur manque, c'est une propre identité, un style personnel, s'ils veulent espérer percer. C'est tout le mal que je leur souhaite. Un début honnête.

Note : 3/6

Page 66/249 COOPER (Alice) : Brutal planet

Chronique réalisée par Nicko

6 ans ! Putain, 6 ans qu' n'avait pas sorti de nouvel album studio, depuis "The last temptation" ! Du jamais vu dans la carrière de l'américain. Alors qu'on sentait depuis quelques temps que sa carrière était en perte de vitesse (absence de nouvel album studio, sortie d'un live, d'une box 4-CD récapitulative...), le voilà qui nous sort un CD tout bonnement excellent ! C'est bien simple, pour moi, c'est ni plus ni moins que le meilleur album d'Alice Cooper depuis "Welcome to my nightmare", sorti 25 ans plus tôt ! Aussi, ces quelques dernières années ont vu l'arrivée d'artistes tels que Marilyn Manson ou Rob Zombie (et son groupe White Zombie) dans des styles très rock-shock moderne, une sorte de relève dans ce genre créé par Alice. Et bien, le voilà qui remet les pendules à l'heure ! Ce "Brutal planet", c'est sa manière de dire : "Dieu, ici, c'est moi !". Cet album est le plus combre, et de loin, de tout ce qu'il a fait jusqu'à présent. Très fortement inspiré par White Zombie (faut pas oublier que Rob Zombie était invité sur le live "A fistful of Alice"), les guitares se font plus aggressives et acérées avec une rythmique de plomb (emmené par l'excellent Eric Singer aux fûts - oui, c'est bien le batteur de Kiss) faisant littéralement tomber Alice dans du metal et délaissant pour cette fois le rock plus ou moins traditionnel. De plus, Cooper introduit quelques plans et sonorités mécaniques lorgnant même vers l'indus ! Bref, alors qu'il est âgé de 52 ans (!), le voilà qui se met au goût du jour avec un album très moderne, rythmé, varié et inspiré. Parce que là aussi, il faut le dire, Alice Cooper a réussi la pari d'intégrer dans sa musique tous ces nouveaux paramètres, ces nouveaux styles. Car, oui, cet album sonne entièrement comme du Alice Cooper, il y a ce style, cette touche, cette intensité, ce chant (qui n'a quasiement pas changé avec le temps), bref, ce style Alice Cooper reconnaissable entre mille. Que dire de ces morceaux intenses comme "Wicked young man", ce "Pick up the bones" à chanter sous la douche (!), ce "Take it like a woman" très touchant ? Voilà de purs morceaux typiques d'Alice ! Non, "Brutal planet" n'est pas un album opportuniste, c'est un album moderne prouvant qu'Alice Cooper sait évoluer sans se vendre et qui montre qu'il est toujours le Maître, que les autres n'ont qu'à bien se tenir ! Ce nouvel album est une galette majeure dans la carrière du quinquagénaire, une grande réussite.

Note : 5/6

Page 67/249 COOPER (Alice) :

Chronique réalisée par Nicko

Et c'est reparti comme en 14 ! On ne l'arrête plus. Après le succès de "Brutal planet" et le retour sur le devant de la scène d'Alice, le voilà qui nous revient un peu plus d'un an après la sortie de cet album avec ce "Dragontown". Franchement, moi, à la sortie de cet album, j'étais encore sur le cul du choc que fut "Brutal planet" et de la tournée qui suivit. C'est donc avec un grand étonnement que j'ai vu débouler ce nouveau CD. Et c'est clair, il ne fait pas le poids. Il est dans la droite lignée de "Brutal planet", mais en un peu plus rock n' roll, une sorte de mélange improbable entre le passé et le présent d'Alice. Mais bon, ici, ça le fait pas ! Quand on écoute "Deeper", qui est une véritable copie quasi-conforme du morceau "Brutal planet", je me dis qu'Alice a voulu récolter le plus vite possible les fruits du succès du précédent album. Aussi, de son côté, "Dragontown, le morceau, fait carément penser (en restant gentil...) à "Pick up the bones". Là, contrairement à l'album de 2000, la sauce ne prend pas. "Fantasy man" doit être le seul titre véritablement bon de l'album, le reste allant du mauvais au conventionnel. De plus, le concept autour des dragons et de l'Asie ou de je-ne-sais-quoi, j'ai pas trop vu où ça menait ni musicalement où cette orientation se matérialisait, ni comment ! Bien que varié (on notera d'ailleurs un "Disgraceland" - hommage masqué à Elvis ? - rigolo et décalé), le style "vite fait-bien fait" est trop présent et on ne peut s'empêcher finalement de penser que cet album est bâclé. Voilà donc ce que j'appelle un album loupé, un incident de parcours en quelque sorte.

Note : 2/6

Page 68/249 ZORN (John) : Hockey

Chronique réalisée par Nicko

Beaucoup le savent, mais chroniquer une zornerie est loin d'être évident. Ca demande un certain talent artistique peu éloigné de celui des protagonistes de ces zorneries ! C'est un peu comme rentrer dans une cage aux lions sans se faire bouffer. Il faut savoir apprivoiser la bête, se faire accepter, comprendre son langage, faire profil bas, mais aussi savoir se faire respecter quand on se fout de notre gueule. Là, en plus, il doit s'agir d'une médaille d'or dans la catégorie des zorneries, une top niveau. "Hockey", issu dans fameuses "Parachute years" (coffret de 7 CD's - avec Zorn, tout est dans la démesure...), c'est de l'extrême... Ce CD est divisé en deux parties, toutes 100% improvisées. La première, datant de 1978, est électrique et propose deux pièces longues (avec deux premières courtes, histoire de se mettre en jambe). Le but de ces deux morceaux est d'installer une atmosphère pesante, mais dépouillée. Ca enchaine différents bruitages divers et variés, faits avec des guitares, du piano et de la clarinette, mais toujours en laissant entre chaque partie (ou sous-partie, comme vous le sentez) des moments calmes, appaisants. Bon, après, honnêtement, il n'y a rien de transcendant là-dedans, c'est même plutôt chiant. Arrive la deuxième partie, de 1980, composée de 13 titres courts (voir très courts !), acoustiques. Et là, c'est du délire. En gros, tous les morceaux ont le même schéma. Il s'agit en fait d'un enchainement de notes très courtes (à de très rares exceptions près) de violon, de percus et de clarinette (jouée façon canard empalé en train d'agoniser !). En fait, le but du jeu, c'est que chacun des protagonistes balance sa note (la plus courte possible, c'est mieux !) avant son voisin, en l'occurrence ici, avant ses petits camarades de jeu !!! En tout cas, c'est l'effet que ça fait. Et je trouve ça vachement fun. C'est sans queue ni tête, c'est super sacadé, ça ressemble à du grind acoustique calme (j'imagine la tête de Saïmone à la lecture de ces termes !!). C'est totalement stérile et débile, mais putain, qu'est-ce qu'on s'en fout !!! Voilà du gros foutage de gueule, oui, mais clairement assumé et là, à petite dose, ça me fait délirer ! Qu'est-ce qu'il faut pas faire des fois pour se rendre intéressant ??!! ha ha ha !

Note : 3/6

Page 69/249 UNSEEN TERROR : Human error

Chronique réalisée par pokemonslaughter

Là avec Unseen Terror on touche le super vieux. Pensez donc du proto grind de 87, avant même que le bassgod n'intègre ! C'est donc lui que l'on retrouve, aux fûts cette fois-ci, avec Mitch Dickinson (que les aficionados d'earache connaissent sûrement...) à la gratte et au chant sur ce disque. Je ne connaissais en vérité de Unseen Terror quasiment rien, si ce n'est le côté "culte" que beaucoup lui attribuent. En voyant le "Scum" de ND comme disque "frère" de ce "Human error" c'est donc tout en joie que je le pris dans mon sac, esperant donc me faire joyeusement lacérer les oreilles à la maison. Et bien dites moi, une fois arrivé, quelle déception... Putain qu'est ce que ça a vieilli !!! Aucune puissance, des riffs pseudos complexes qui ne se retiennent jamais, un batteur limite poussif... Argh ! Bon, ok remettons les choses dans leur contexte. En 86-87 le grind à l'anglaise c'était encore vraiment une sorte de dérivée du thrash et du hardcore boostée à l'extrême, avec ce petit côté punky (qui se retrouve d'ailleurs sur certains morceaux, "Divisions" par exemple) qui donne l'énergie à l'ensemble. Seulement ici, l'énergie franchement, faut déjà une bonne quinzaine d'écoutes pour passer la prod' infâme. Pas qu'elle soit inaudible ou quoi que ce soit, non elle se montre jute complètement inadaptée, avec un son de batterie "tic tic tic", des guitares "pluies de graviers" et un mixage carrément trop propre pour l'ensemble. Et ce n'est pas ce chant mi thrash mi core de l'époque qui va ratrapper quoi que ce soit... Après, on se retrouve avec 20 petits brûlots de death/grind tous jumeaux les uns les autres, bridés par la technique limite de Embury, gâchés par ce chant carrément vide de toute émotion... Et ce n'est pas ce trip avec Garfield plutot cool pour finir l'album (un break acoustique dans du grind, et ouais !) que mon estime pour ce disque va remonter. Les titres démos présents sur la réédition sont déjà plus sympas, merci la prod' crado, mais l'impression que tout le monde se fait chier à jouer et écouter reste aussi flagrante... Précurseur sûrement, bon à l'époque je ne pense même pas... Et alors actuellement c'est même pas la peine...

Vieux, dans le mauvais sens du terme.

Note : 2/6

Page 70/249 LOVE LOST BUT NOT FORGOTTEN : Love Lost But Not Forgotten

Chronique réalisée par Powaviolenza

Ce premier CD des Love Lost But Not Forgotten, c'est une énorme baffe screamo dans la gueule doublée d'un méga coup de pied powerviolent dans les tibias. Screamo-violence, pas d'autre étiquette à coller sur ce concentré de violence incontrolée et juvénile. Du screamo, LLBNF garde le côté torturé, triste et suicidaire, les riffs magnifiques alternants passages acoustiques/éthérés et déchaînements de fureur; de la powerviolence, la batterie souvent speedée, le feeling chaotique, les voix écorchées à l'extrême, le tout enrobé dans une bonne couche de technicité et une certaine complexité dans les structures (il y a beaucoup de riffs) pouvant rapprocher l'objet de la scène "hardcore technique", la propreté et l'aspect démonstratif en moins. Car LLBNF ne sont pas des techniciens comme The Dillinger Escape Plan ou des maniaques comme As The Sun Sets; juste des ados suicidaires expulsant toutes leurs colères / frustrations amoureuses à travers leurs instruments de façon brutale mais un minimum sophistiquée. Et avec du feeling : les chants sont extrêmement malsains, vomis, hurlés jusqu'à la mort (pas de voix claires ici!), pouvant parfois paraître limite grotesques (certains passages me font presque penser à des hénissements de chevaux) mais toujours suintants de passion et de sincérité; et certains riffs puent tellement la mort qu'ils marquent pour longtemps celui qui tentera d'apprivoiser cette tempête sonore. "Means To No End", l'intro de "Loathing", "Push Past", la furie de "Unfound" et la folie du génial et dernier titre "Swallow" vous feront à tous les coups ressentir un petit quelque chose, et à moins d'être allergique au style, je ne vois pas comment rester de marbre devant un tel putain de feeling. Acme et les premiers Converge / Cave In ne sont pas loin : c'est noisy, violent, et les mélodies sont simples mais sincères. D'un point de vue strictement instrumental, la batterie blaste souvent mais sait doser la violence en usant d'énormément de breaks et d'un jeu de cymbales très fourni. La basse sait se faire présente et utile, parfois même virevoltante, jusqu'à devenir essentielle dans le son LLBNF à la production approximative mais abrasive, raw mais attachante, laissant chaque instrument se distinguer des autres malgré un rendu assez fouillis (mention spéciale aux passages acoustiques qui ont vraiment la grande classe). Ce premier CD de LLBNF a tout de même un défaut : tous les riffs sont loins d'être parfaits, et la jeunesse, si elle confère à l'objet un côté attachant, se traduit aussi par un trop-plein de riffs pas tous utiles. Heureusement, l'objet ne dure pas trop longtemps et passe finalement comme une lettre à la poste, aucun titre ne dépassant les 2 minutes 50. Un excellent premier album, donc, pour un groupe malheureusement trop éphémère, dont la personnalité sonore unique marquera à jamais la scène screamo. En tous cas, ce disque m'a foutu une claque comme peu d'autres dans le style... Du hardcore comme on en fait plus assez.

Note : 5/6

Page 71/249 TUXEDOMOON : Holy wars

Chronique réalisée par Twilight

'Je vis et pourtant je ne vis pas, j'attends tandis que la vie passe...',une basse lourde qui se met en marche comme une valse funèbre, une trompette déchirante traverse l'air tandis que des orgues se croisent dans le lointain, puis c'est un saxo mélancolique qui se tortille...'The waltz'...Tuxedomoon, rien à dire, c'est tout un univers, un monde où cold wave, new wave croisent un jazz triste, des touches d'avant-garde et une larme d'électro. Ainsi 'St-John' parvient-il à faire cohabiter des slaps de basse, des petits orgues, des cuivres délirants et une voix vaguement hantée pour un feeling pas si évident à décrire. Le groupe aime à faire se rencontrer des sons cheaps (le rythme de 'Bonjour tristesse', le melodica de 'Some guys') et des lignes profondes, des harmonies improbables pour un résultat d'une cohérence imparable. Rien d'extraordinaire là-dedans, Tuxedomoon est par définition une formation insaisissable, certes pas aussi barrée que les Residents, mais tout de même. La ligne de construction s'articule principalement sur une new-wave expérimentale et des touches de free jazz pour les jeux de cuivre, soit des rythmes programmés la plupart des temps, une rythmique hâchée assez typique des 80's, pas mal de sons d'orgue et des vocaux passionnés, comme possédés, volontiers malmenés par les effets à l'occasion ('Hugging the earth') et pourtant, rien de gratuit...L'émotion est bien là, un sentiment intime, triste, que l'on couve en son fort intérieur sans vraiment savoir s'il fait du bien ou du mal (l'excellent 'In a manner of speaking', le mélancolique 'The waltz'...). Pourtant le feeling peut se faire plus malsain et inquiétant (le cabaret possédé et allumé de 'Some guys', 'Watching the blood flow' avec ses orgues de foire et ses cuivres barrés). Tuxedomoon a un talent inné pour tirer le meilleur de sons improbables (ces fameux orgues que l'on trouve sur n'importe quel clavier bon marché mais qui prenne ici une ampleur fabuleuse comme sur le magnifique 'Egypt'). Peut-être un de mes albums favoris de cette formation si étrange.

Note : 5/6

Page 72/249 SIOUXSIE AND THE BANSHEES : B-sides & rarities box set

Chronique réalisée par Twilight

Après les Cure avec 'Join the dots', c'est au tour de Siouxsie and the Banshees de nous sortir une compilation de faces B, d'inédits et autres perles introuvables dans un coffret 4 cds splendide accompagné d'un livret proposant des photos, les textes des morceaux ainsi que des informations. Cet objet indispensable propose notamment les quatre chansons du mini 'The thorn' (uniquement sorti en vinyl) soit des versions magnifiques des déjà efficaces 'Placebo effect' et 'Overground' agrémentés de discrètes cordes. Parmi les faces B, je retiens celle du single 'Cities in dust', 'An execution', l'un des meilleurs titres de ce coffret: lourd et glauque, il évoque de par ses percussions inquiétantes les pièces les plus noires du side-project The Creatures, les guitares hurlantes et l'atmosphère funèbre en plus; signalons également l'inquiétant 'Eve white/Eve black' que l'on trouve en version live sur 'Nocturne', une reprise du '20st century boy' de T.Rex, une variation un brin cabaret autour du culte des morts mexicains ('El dia de los muertos'), un 'I promise' particulièrement fascinant, une bonne reprise du 'All tomorrow's parties du Velvet Underground', 'Black sun', un 'Drop dead' ouvert par les rugissements de Siouxsie... A côté de celà, nous trouvons quelques curiosités comme une interprétation de 'Il est né le divin enfant' (en français, je vous prie) ou une version en allemand de 'Metal postcard'. Vu la qualité de la plupart de ces titres, on se dit que décidément, il eût été vraiment dommage de les laisser dormir en face B de singles introuvables pour une grande partie.Il va encore falloir casser votre tirelire, les amis.

Note : 5/6

Page 73/249 COMBATIVE ALIGNMENT : Hidden sleep

Chronique réalisée par Marco

Après la tornade de sortie en 2003 pour le duo allemand et à l'exception de deux participations à des compiles c'est le calme plat courant 2004. Arnolt Heise en profite alors pour éditer quelques collègues et amis sur sa propre structure, Avatar Records. Et c'est en mars 2005 que Combative Alignment ressurgit avec ce ep composé d'un seul et unique titre. Ce 'Three nights without streaming' laisse derrière les aspects rituels qui jusqu'ici faisaient la marque de fabrique des allemands. A part quelques cloches ça et là, on nage en pleine ambient à la limite de la bande original de film, nappes épiques ou au contraire plus douce et sacrées, passages plus industriel dans un crescendo qui retombe progressivement comme en début de morceau. Une approche un peu différente comparée aux albums précédents, mais toujours empreinte de la personnalité mystérieuse de Combative Alignment.

Note : 4/6

Page 74/249 DARKTHRONE : The cult is alive

Chronique réalisée par Iormungand Thrazar

S'il y a bien un groupe qui mérite une double chronique pour ses albums, c'est bien Darkthrone. De plus, sur ce coup, je ne suis pas d'accord avec mon compère. Je lis dans beaucoup de commentaires que Darkthrone se répète et fait grosso modo toujours la même chose, et il est difficile de dire le contraire. Mais je ne vois que très peu de fans de groupes comme ACDC se plaindrent de ce fait, pourtant changent-ils eux? Darkthrone est pour moi toujours aussi bon à travers les années, les décennies même et cet album ne déroge pas à la règle. Car finalement Darkthrone c'est quoi? Tout simplement une machine à riffs, une invitation au headbanging, une production "do it yourself"et une fuck-off attitude encore plus prononcée avec ce "The cult is alive" mais qui a toujours été bien présente chez ces Norvégiens. Minimaliste, simpliste, direct, oui Darkthrone l'a toujours été. A chaque sortie d'un nouveau Darkthrone, à la première écoute je reste toujours sur ma réserve, mais en les enchainant, on se rend compte de l'efficacité du combo car tout simplement, on ne l'enlève plus de la platine, on se surprend à l'écouter plusieurs fois dans la journée, et on le fredonne sous la douche. Quand je lis partout que ce Darkthone est très punk , hello on se réveille là dedans, il n'y a rien de nouveau à ca, même si c'est légèrement plus prononcé notamment sur les morceaux de la fin du disque, Darkthrone pratique ca depuis "Hate them". Les trois premiers morceaux sont du Darkthrone pur et dur, avec le hit en puissance qu'est "Too old too cold" qui fait mouche à chaque fois. "Graveyard Slut" est très rock'n'roll basique avec Fenriz au chant et constitue au final le Darkthrone qui me séduit le moins. De manière générale d'ailleurs, j'ai toujours préféré les titres écrits par Nocturno Culto que ceux de Fenriz, qui sur cet album il est vrai sont encore plus basiques que précédemment. Je ne mets pas un cinq à ce disque (comme je le fais facilement pour tous les autres Darkthrone) car les trois titres de fin, à savoir "Tyster På Gud", "Shut Up", "Forebyggende Krig" (bien que le refrain de ce dernier est plutôt jouissif) me semblent moins performants que le reste. Un excellent "De Underjordiske (Elia Capitolina)" qui aurait très bien pu figurer sur un "Under a funeral moon" avec son riff tout nécro du début. Un solide enregistrement de Darkthrone à mes yeux, qui s'essouffle un peu sur la fin, mais de la piste 1 à la piste 6, c'est du pur bonheur (hormis "Graveyard Slut un peu en dessous). Quant au clip, il ne fallait pas s'attendre à plus d'un groupe pareil, pour les effets spéciaux, il y a d'autres groupes qui font très bien

ça. Le culte est bel et bien en vie. Qu'on se le dise.

Note : 4/6

Page 75/249 BLOODY MARY : Blood'n'roll

Chronique réalisée par Twilight

J'ai eu peur un instant quand j'ai eu le cd entre les mains, n'avais-je pas simplement affaire à une version italienne des 69 Eyes ? Ouf, à priori, les Bloody Mary sont bien des poseurs mais plutôt dans une veine after Midnight, ce qui est déjà plus mon rayon. Certes, on trouve bien ce côté goth'n'roll aux guitares appuyées présent chez les Finlandais mais les Italiens ne cherchent pas continuellement à plagier Type O Negative. Je ne suis pas non plus en train de dire qu'il s'agit d'un groupe super, original et intègre. Peut-être bien que leur ambition est de ressembler aux 69 Eyes et de devenir une formation à gothopouffes; ils ont les ingrédiens pour: une voix profonde et sensuelle sans être trop grave, des guitares sombres qui pourraient plaire aux fans des Finlandais, un look goth glam...Musicalement, le disque contient de très bons morceaux, comme l'excellent 'Icy blue' qui ouvre avec un feeling London after Midnight, 'The second chance' qui m'évoquerait une version plus soft de Love like blood, pareil pour 'Before the rain'. Hélas, ils ne sont pas en majorité en comparaison avec le mauvais ('Learning to fly' trop commercial et facile à mon goût) et l'anecdotique, soit la plupart des titres restants. Ce n'est pas toujours désagréable mais les mélodies sont plates, le son sonne trop déjà entendu et le spectre du mauvais côté des 69 Eyes plane trop près par moment. Il faudra donc faire mieux si les Italiens veulent séduire autrement que par leur plastique (encore que je soupçonne une partie peu exigeante du public goth de leur faire plus que bon accueil).

Note : 3/6

Page 76/249 CLARK (Anne) : Hopeless cases

Chronique réalisée par Twilight

Anne Clark, c'est avant tout une poésie urbaine grise et désenchantée, des mots qui courent le long des rails, parcourent les rues désertes des villes industrielles de l'Angleterre ou les quartiers de Londres tels qu'on les trouve dans 'My beautiful laundrette' de Stephen Frears, longent le béton et les littorals sales, des textes récités plus que chantés par une voix froide, sans espoir dans laquelle on sent pourtant des traces de colères non éteintes. C'est aussi une musique, électronique, forte et évocatrice, marquée du sceau de la new wave qui sait allier des rythmes dansants, avec un feeling froid et des atmosphères profondes. On pourrait hasarder une comparaison avec Depeche Mode pour la recherche au niveau des sons et le talent pour écrire des mélodies redoutables, mais chez Anne Clark le ton est beaucoup plus noir et malsain. Cet aspect est renforcé encore de par cette récitation froide, presque spectrale. Ecoutez donc des titres comme les fabuleux 'Up', l'inquiétant 'Now' dont l'aspect puissant et grandiloquent lui confère une touche quasi religieuse ou 'Armchair theatre'. D'autres sont plus insidieux comme 'Cane hill' et ses ambiances grises que l'on retrouvera dans le trip hop de Portishead des années plus tard, 'This be the verse' dont la musique genre fête foraine urbaine contraste avec la violence du message du texte et je ne parle même pas de la tristesse des deux instrumentaux 'Poem without words' qui ouvrent et tirent le rideau sur ce disque qui, il faut le dire, est un chef-d'oeuvre.

Note : 6/6

Page 77/249 CLARK (Anne) : Pressure points

Chronique réalisée par Twilight

Anne Clark, poètesse échevelée, rebelle mélancolique...Anne Clark qui a su user de l'électronique, à l'instar de formations comme Eyeless in Gaza, Depeche Mode, Ultravox...pour créer des climats profonds et sombres, bande-originale de ses mots, comme autant de courts-métrages intérieurs. Si les morceaux de ce second opus n'ont, à mon avis, pas encore la force évocatrice et l'efficacité que l'on trouvera sur 'Hopeless cases' deux ans plus tard, ils n'en demeurent pas moins très bons et typiques du son Anne Clark. Une récitation à la fois désenchantée et passionnée, une musique alliant rythme et ambiances grises, new wave et électro clinique, en bref des morceaux qui vingt ans après n'ont pas pris une ride que ce soit dans leurs sonorités ou les arrangements. Il suffit d'écouter 'The power game' avec ses touches de cordes synthétiques, le mélancolique 'Tide' ou même le dansant 'Red sands' pour s'en convaincre. Artiste sans concession et underground, Anne Clark n'a pas obtenu la reconnaissance de formations comme Depeche Mode mais mérite largement le statut de musicienne culte que beaucoup lui reconnaissent avec raison.

Note : 5/6

Page 78/249 FLINT GLASS : Nyarlathotep

Chronique réalisée par Marco

4 ans après les superbes circonvolutions egypto-futuristes de 'Hierakonpolis' Flint Glass nous revient avec un hommage à l'oeuvre de Lovecraft en la personne de ce 'Nyarlathotep' sombre et mélodique, affable en atmosphères inquiétantes. Difficile de rendre justice à l'oeuvre du reclus de Providence déjà réputée intransposable à l'image, mais heureusement l'univers sonore particulier souvent usité par l'écrivain est une manne pour biaiser avec bonheur. En rendant 'hommage' au messagers des dieux lovecraftiens, chaos rampant fourbe et redoutable, Flint Glass ouvre une porte qui aurait du rester condamnée à tout jamais en invoquant Yog-Sothot ou Cthulhu, en nous transportant très loin sur l'inconnue Yuggoth ou en narrant l'histoire de l'arabe dément Abdul El-Alhazred, l'auteur du maudit Nécronomicon. Les rythmiques servent à merveille le coeur de cet album, à savoir les nappes et les mélodies, tour à tour faussement doucereuses et denses, brouillant les pistes et ne livrant aucune clé sur les univers visitées. Electronica industrielle tribale, courts instrumentaux menaçants, dark-ambient glaciale, voilà une vision personnelle et inédite de la mythologie cthulhienne dans ce qu'elle a de plus effrayant et pourtant si attractive. L'excellente production rend compte du travail d'orfèvre effectué et la continuité avec 'Hierakonpolis' s'enorgueillit de participations de remixeurs expérimentés qui offrent de nouvelles lectures de ces cauchemars. Les visuels du digipack sont de plus à tomber par terre, illustrant essentiellement les terres glacées du plateau de Leng et des arcanes de Kadath, lieux emblématiques de l'univers de Lovecraft. Flint Glass réussit un pari pas forcément gagné d'avance en s'attaquant à un thème rebattu qui aurait pu servir d'alibi à un manque flagrant d'inspiration, ce qui heureusement est loin d'être le cas du français. Peu importe que vous soyez familier de l'oeuvre de Lovecraft ou non, la qualité de 'Nyarlathotep' va au-delà du sujet d''étude', ce qui à mon sens est la marque des grands. FHTAGN !

Note : 5/6

Page 79/249 O-HEAD : Steps Across the Cortex

Chronique réalisée par Phaedream

Une fine séquence en mode écho ouvre ce 2ième opus de O-Head. La séquence accélère à travers les gémissements du synthé. L’atmosphère est sombre. Une 2ième séquence en spirale vient donner plus de mordant à Twilight Pilot qui se métamorphose en belle mélodie. Le souffle se meurt dans l’écho des bruits atmosphériques de Otherwordly Journeys. Une ligne séquentielle hésitante émerge d’un beat langoureux. Le synthé fait danser ses notes au-delà des sons vaporeux tout en façonnant sa mélodie. Un autre bon titre. The Loneliness of the Deep Space Traveller mélange voix en fusion et soupirs mellotronnées. Un long titre avec un doux intro où les accords de piano s’harmonisent tant bien que mal à un synthé indécis. Une belle ligne séquentielle vient secouer cette courte léthargie au gré de percussions savamment dosées. Bien que timide, le beat est harmonieux et finit par prendre une tangente techno pondéré mélodieuse. Oracle Eye est une pièce comme je les aime. Des particules de bruits étouffent un synthé plaintif. Une ligne séquentielle se fait entendre avec des percussions agressives et des salves de poussière cosmique. Le synthé s’éveille autour d’un son mellotronné des années 70. Les sons, les accords et les solos fusent de toute part, tout en gardant une cadence d’enfer. Une corne d’abondance sonore, Oracle Eye est un pur bijou auditif. La finale fait écho sur les voix mécaniques de Delta Ceiphi. L’approche est douce et le synthé berçant. Une ligne séquentielle s’éveille. L’ouïe en alerte, une 2ième ligne s’installe. Le synthé est nerveux et crache des accords qui se répètent en spirale et font place à une guitare très Froesienne. À jeter par terre tant la surprise est grande. On retrouve tout ce fabuleux festin musical sur Colours Become Shapes. Une longue pièce de Berlin School qui vient clôturer de brillante façon Steps Across the Cortex. L’ambiant côtoie les séquenceurs à multi lignes. Bref, près de 30 minutes de pure folie, quasiment des traits de génie. Steps Across the Cortex d’O-Head est assurément un bijou de création et de recherche artistique. C’est un album plein à l’os qui s’écoute avec plaisir et satisfaction. Un album comme il en sort rarement. Un album que les purs et durs doivent se procurer sans hésitations.

Note : 5/6

Page 80/249 ORGAN: : Apoplexy In Six Parts

Chronique réalisée par Powaviolenza

Etrange disque que voilà ! Assez introuvable (limité à 300 exemplaires), affublé d'une pochette hideuse dans un coffret DVD, "Apoplexy In Six Parts" nous est proposé sous la forme d'un double CD, dont nous nous intéresserons ici surtout au premier, qui se trouve être, mettons tout de suite les choses au clair, un petit bijou. Essayez d'imaginer un instant ce que pourrait donner un groupe composé de (Discordance Axis, Burnt By The Sun, Atomsmasher / Phantomsmasher; Melt Banana, Human Remains, East West/Blast Test, Municipal Waste, etc...), immense batteur au jeu ultrapuissant reconnaissable entre milles (en particulier ses blasts), et de Yusaf Pavez (aka Mr Fixit / Vicotnik de DHG, Ved Buens Ende, Code, etc...) et Carl-Michael Eide (aka Czral / Agressor, génie derrière Virus, Ved Buens Ende, Aura Noir, DHG, Cadaver et 20000 autres machins géniaux). Ajoutez-y une bonne dose de psychédélisme et une pincée de feeling black norvégien, tuez le chanteur et vous obtenez Organ. Le line-up n'est bien sûr pas composé de ces bestiaux là (ça se saurait), mais il aurait largement pu. En effet, le jeu de batterie m'a immédiatement fait penser à un mélange entre la puissance de Dave Witte (comment le premier morceau peut-il ne pas évoquer Atomsmasher?) et la finesse de Carl-Michael : des blasts super-vénères à la Discordance Axis et une grosse caisse surpuissante avec des breaks et un jeu de cymbales tout en feeling; quand aux riffs, ils tiennent autant des grands Ved Buens Ende et de leurs alter-egos modernes Virus (magnifiques arpèges, harmonies étranges, psychédélisme omniprésent) que des vagabonds fous de DHG (folie classe et froideur norvégienne). En clair, "Apoplexy In Six Parts" est un bon gros pavé de black-metal étrange et typé "avant-gardiste" comme seuls les norvégiens savent pondre de façon exquise, mais avec le petit plus qui fait la différence : des morceaux assez courts (dont certains ne dépassent pas les deux minutes) et instrumentaux (le chant ne manque d'ailleurs absolument pas), quelques samples filmiques discrets (dont un assez scabreux au début du 4ème morceau), et quelques petites touches de clavier bien kitsch. Certains riffs sont magnifiques et valent vraiment le détour, le jeu de basse a la grande classe, la prod aérée et terrible, avec un son de batterie très organique (héhé), et l'ambiance bien présente, roots et folle, raw mais douce en même temps. Six titres absolument exceptionnels, donc, que tout amateur de trucs étranges et différents se doit d'écouter au moins une fois dans sa vie, même les réfractaires au black-metal - qui n'est ici qu'une base musicale lointaine, Organ allant beaucoup plus loin, le deuxième CD étant quand à lui 100% électronique. Je ne suis sûrement pas le plus qualifié de Guts pour chroniquer un tel objet, n'ayant aucune affinité avec ce style, mais ces 20 minutes d'electro m'ont parues plutôt chiantes, alternant nappes ambient et grooves drum'n'bass sans réel feeling, et surtout, sans réel rapport avec le génial et organique premier CD : pas d'ambiances bizarroïdes et glacées ici. Seul le deuxième morceau au beat assez noisy m'a paru sortir du lot, mais un amateur d'electro vous éclairerait sûrement d'un tout autre son de cloche que le mien. Au final, "Apoplexy In Six Parts" se révèle donc être un objet extrêmement intéressant et original, à essayer de toute urgence.

Note : 5/6

Page 81/249 : of Throbbing Gristle

Chronique réalisée par Trimalcion

On ne peut pas évoquer un groupe aussi important que Throbbing Gristle, une des formations qui fut à l'origine de la musique "industrielle", en parlant uniquement de musique, justement, tant leur démarche s'inscrit dans un mouvement artistique plus vaste visant à une remise en question fondamentale des valeurs traditionnelles de la société, à leur subversion, et ce par la ré-appropriation séditieuse de certains de ses codes, pour mieux les faire exploser de l'intérieur. Si ces premiers enregistrements studios, qui ne connurent que très tardivement une véritable sortie (histoire d'entretenir le mythe ?), datent semble-t-il de 1975 (l'année même où Lou Reed balança à la face d'un public médusé son fameux "", est-ce vraiment un hasard ?), c'est en 1977 que parut le premier album "officiel" du groupe. Et cette date doit bien évidemment nous interpeller, puisqu'elle verra également l'avènement du punk, qui en tant que mouvement d'idée, poursuit les mêmes manoeuvres subversives, même s'il le fait d'une manière moins sombre et moins tortueuse. Les membres de Throbbing Gristle se veulent des artistes contemporains plus que de simples musiciens : plusieurs de leurs installations et de leurs happenings, jouant avec des symboliques de rites sacrificiels nazis, de cérémoniaux pornographiques, de meutres violents... firent scandales. Genesis P-Orridge, qui lui-même joue sur les ambiguïtés émanant de sa personne et de son identité sexuelle, y débitait ses histoires de transgression glauques et sanglantes sur un ton monocorde (ce qu'il continue à faire ici) ; ses partenaires s'y mettaient à nu sur quelques sonorités de synthé très cheaps - on faisait avec les moyens du bord. Il fallait provoquer le scandale et l'indignation par une morale destructrice... Le collectif "COUM Transmissions" (dont faisaient partie les membres du futur groupe) y réussit avec une performance nommée "Prostitution" à la gallerie ICA de Londres, qui marqua également la fin de son existence. La musique n'était qu'un autre moyen pour parvenir aux mêmes fins... Pour en revenir à ce premier disque, cette oeuvre "cachée" qui ne fit sa ré-apparition qu'en 2001, eh bien il reste à mon sens (et rétrospectivement) une pièce fondamentale, essentielle du puzzle. Tout Throbbing Gristle est déjà là, sans compromission ni tâtonnement : peu ou pas d'accroches mélodiques ou rythmiques, du bruit, des boucles harsh noise qui se meuvent en rotations machiniques infernales ("Final Muzak", irrésistible), parfois insupportables, des échos électroniques d'outre-tombe qui confèrent à la chose un aspect rituel ("Scars of E"), des tôles froissées, un son totalement crade et brouillé. Sur l'impressionnant "Very friendly", Genesis P-Orridge éructe durant plus de dix-huit minutes son histoire macabre alors que la machine à broyer s'emballe de plus en plus avant de s'abîmer doucement ("There's been a m...m...murder..."). "10 pence" prolonge cette expérience extrême de manière moins torturée mais plus percutante. Les bruits de foules, conversations, discours, se mêlent le plus souvent subrepticement à la boueuse avalanche sonore ("Whorle of sound"). L'aspect quasiment horrifique de cette musique ne doit pas nous faire oublier un facteur essentiel, que les pochettes et les pseudonymes des membres du groupe nous rappelle : le second degré - derrière le marasme, il y a la dénonciation en bonne et due forme d'une société qui consomme "industriellement" l'art. Genesis P-Orridge imite donc le philosophe cynique qui avait l'habitude de cracher tout le temps, et que Platon invita chez lui en lui demandant de ne rien salir : pour ne pas cracher par terre, il lui crache à la figure. En conclusion, il y a dans cet "album" jusqu'au-boutiste et génialement inaudible l'essence même de Throbbing Gristle. Je serais presque tenté de dire qu'il est inutile d'aller plus loin. Mais ils iront plus loin, et influenceront de manière déterminante tous les groupes de rock qui auront cessé de croire en l'Homme, de Suicide à Joy

Page 82/249 Division. Indispensable.

Note : 4/6

Page 83/249 THROBBING GRISTLE : of Throbbing Gristle

Chronique réalisée par Trimalcion

" for industrial people". C'est ici que naît, officiellement (même si de manière encore très confidentielle), la musique "industrielle" : ce nom même (qui au départ, n'a rien à voir avec l'utilisation de samples "urbains", bruits d'usines, machines, ou je ne sais quoi) est en réalité une gifle envoyée à la face de l'industrie du disque, des rapports commerciaux, consuméristes, mécaniques et artificiels qui régissent le rapport des hommes entre eux et leurs rapports à l'art en particulier... L'ironie cinglante de ce slogan ne doit tromper personne : toute vérité en art est illusoire, tout le sacré et l'absolu s'effritent, et ne doit rester que le vide. La musique industrielle, cette lèpre qui doit ronger le business musical de l'intérieur, s'immisce de manière discrète dans le grand organisme, comme un virus qui sera appelé à propager progressivement son empire, pour le rendre malade et finir par le tuer. Au départ, donc, une cassette, limitée à quelques centaines d'exemplaires (une tradition tenace dans ce style), une pochette pour le moins sobre, un enregistrement dont la promotion ne sera assurée que par les "performances" que les quatre artistes d'avant-garde ont pu assuré lors de diverses prestations dans d'obscures salles londoniennes. Ces visées nihilistes, jusqu'au-boutistes de produire de la non-musique connaîtront nécessairement le medium le plus confidentiel. Et leur succès, leur extension, manifestera d'ailleurs leur échec, puisque l'indus deviendra fatalement (et très rapidement, avec les membres de Throbbing Gristle eux-mêmes), un genre parmi d'autres, récupéré, avalé, digéré par le système, même s'il se maintient plus ou moins dans l'underground. C'est ce qui rend ces premiers témoignages historiques particulièrement précieux. Leur extrêmisme et leurs visées destructrices sont resservis intacts. Après les inquiétantes nappes d'"Industrial introduction", c'est l'immersion directe au coeur des nauséeux "Slug Bait" et "Maggot death", qui répand ses ondes maléfiques au travers d'une brume synthétique percée par la voix distordue et réverbérée de Genesis P-Orridge, qui débite ses soliloques de la "Death factory" ("Music from the death factory" : un slogan...) Les avatars lives sont indissociables des versions studios, tout simplement parce que c'est au cours de leurs performances en public que se joue l'essentiel du processus créatif, dans ce qui reste pour une bonne part des improvisations (les différentse versions d'un même titre n'ont d'ailleurs pas grand-chose en commun - et sont présentées sous forme d'extraits, saisissements d'un point de départ ou d'un point d'arrivée, d'un moment de grâce macabre) ; une expérience douloureuse à base de sons perçants et d'une dialectique de la transgression, qui agit sur l'auditoire, et le pousse à réagir d'une manière ou d'une autre. "After cease to exist" (autre improvisation en public, transférée directement depuis la source instrumentale sur la bande), devait fournir la bande originale de leur film-performance du même nom - la tonalité nettement plus ambient renvoit bien à ce qui est suggéré par le titre : un "voyage" en forme de transmigration de l'âme après la mort physique, une longue méta-bande-son. "United", son beat cheap et sa mélodie pop presque "normale", préfigurent à leur manière tout l'electroclash à venir. Quant à "Zyclon B Zombie", j'ai envie de retranscrire tel quel le commentaire de Genesis P-Orridge, qui résume les paradoxes de cette musique : "a verbal joke in deliberate bad taste, featuring the extensive mangling of instrument generated sounds in an attempt to project to the listener the actual feeling of hysteric coma whilst being gassed to death in Auschwitz. It was recorded live on a mono-cassette recorder. This single in many ways sums up the strengths and weaknesses of TG. The satire of a pop single, became a popular single that outsold all other TG releases before and after". Un drôle de "popular single" tout de même, un cauchemar oui. Quoi qu'il en soit, cet

Page 84/249 album reste l'ultime et provocante aspiration d'un souffle mortel sur la musique populaire. En quelque sorte, le disque terminal.

Note : 3/6

Page 85/249 THROBBING GRISTLE : D.O.A : The third and final report of Throbbing Gristle

Chronique réalisée par Trimalcion

Pour beaucoup une révélation, voici le meilleur disque à mon sens de Throbbing Gristle, groupe qui avec quelques autres (Cabaret Voltaire, SPK) inventa la musique industrielle, et dont l'éclatement provoquera la naissance d'autant de projets dont l'influence continuera à être déterminante (Coil, Psychic TV, Chris & Cosey). Pourtant, la fabrication de cet artefact musical étonnament élaboré marque également, du point de vue de l'idéologie, de la transgression sans limites, de l'interrogation perpétuelle du système qu'ils s'étaient fixée au départ, un échec, puisque les membres du groupe s'acceptent comme de véritables musiciens, ayant à coeur de produire des atmosphères qui émanent de la plastique du son, du choix des samples, de l'homogénéïté d'un continuum sonore (créé cette fois-ci entièrement en studio) qui suggère, palpite, et vit... Le spectateur n'est plus comme avant radicalement mis en face de ses peurs et de l'inanité de ses attentes. Il peut à présent écouter la "musique" de Throbbing Gristle en prenant du plaisir - elle cherchera moins à remettre en question son esclavage, sa soumission aux codes du système, ce qui restera malgré tout une visée de l'indus, mais une visée en filigrane, qui ira bien vite s'évanouir dans la grande mascarade electro-new wave des années 1980, bien peu d'artistes ayant réussi à maintenir le flambeau allumé. Passons maintenant à la teneur musicale proprement dite de ce disque. Les sons électroniques crus et minimalistes, l'utilisation rudimentaire de l'informatique (en 1978), les grincements macabres d'un violon désaccordé (terrifiants "Weeping", "We hate you..."), les beats répétitifs décharnés qui accompagnent des échantillons de films, de conversations... suffisent à créer l'atmosphère glauque sur laquelle Genesis P-Orridge pourra débiter sa morne et macabre litanie, la voix souvent broyée dans le mixer ("Hamburger lady"). En d'autres moments, c'est la suspension dans le vide du son concret - mystère de sa provenance et captivation de ses échos (les voix enfantines de "Hometime" avec le son cristallin d'une guitare se répercutant dans des limbes métaphysiques) ; "ab/7a" est un express kraftwerkien lancé à toute vapeur ; "Walls of sound" dresse une muraille sonore hérissée de pointes acérées ; "Hit by a rock" lance un cri primal ; une angoisse étouffante plane sur les répliques d'"E-Coli"... Il faudrait en fait décortiquer chaque titre pour montrer comment, l'un après l'autre, ils génèrent leur monde sonore, leur ambiance propre. Et si Throbbing Gristle se réapproprie peu à peu certains codes du rock et de la pop, il n'en reste pas moins une formation aventureuse et avant-gardiste, qui se joue des sons électroniques et des technologies de l'époque pour créer un disque de terreur psychologique, foisonnant et fascinant, complexe comme un cauchemar - qui passe haut-la-main l'épreuve du temps.

Note : 5/6

Page 86/249 RAMASES : Space hymns

Chronique réalisée par Progmonster

Dites ; moi je veux bien essayer de contenter tout le monde et effectivement me cantonner à des genres bien précis. En l'occurence, le jazz et le progressif. Comme ça, ça arrangera tout le monde, chacun de son côté, et on n'en parle plus. Seulement, c'est pas moi qui décide. Et encore, je ne parle pas là d'un choix rédactionnel délibéré, mais bien de la musique qu'il m'est donné d'écouter, de la musique qu'il m'incombe de vous décrire. Il se fait que je suis avant toutes choses subjugué par les artistes et les disques qui s'arrachent au consensuel, qui brisent les barrières, qui dépassent les limites restrictives d'un genre. Beaucoup d'entre vous auront l'honnêteté de se reconnaître aussi dans ce descriptif sommaire. Pour cette raison seule, il me sera, je pense, toujours impossible de satisfaire les quelques sombres imbéciles qui s'emploient à expérimenter surtout les limites de notre patience, un rôle qu'ils prennent tellement à coeur qu'il finit par valider notre credo qu'ils ont si souvent décrié. Je dois bien le reconnaître, le projet Ramases, parce que finalement assez léger et détaché dans son esthétique, ne semble pas correspondre à l'idée que l'on se fait d'une musique sombre. Pourtant, tout nous pousse à croire le contraire. "Space Hymns", concept album fumeux, pur produit de son époque, nage en plein psychédélisme folk et ésotérisme de pacotille, guidé par un de ces prophètes auto-proclamés sans doute tombé sur la tête à la lecture d'une aventure des Quatre Fantastiques... Contemporain de Comus, Ramases partage avec ces derniers cette approche folk, presque bucolique. Et si le grain de folie est incontestable, il n'y a par contre pas de manifestations évidentes d'une noirceur ou d'un goût prononcé pour le macabre. À l'instar du groupe de Glen Goring, voire des albums les plus déterminants de , il paraît presque impossible à l'écoute de ce "Space Hymns" laissé sans suite que David Tibet ait forgé la carrière de Current93 sur base de sa seule inspiration ("Quasar One", "Molecular Delusions"). Plus anecdotique, l'imagerie fabuleuse de l'album que l'on doit une fois encore à Roger Dean et la présence au grand complet du groupe 10CC avant qu'il ne se forme ont fait de ce disque une rareté qui s'adresse davantage aux personnes curieuses de découvrir la genèse de ce que deviendra la musique gothique.

Note : 3/6

Page 87/249 SEMPER EADEM : Divagations esthétiques

Chronique réalisée par Marco

Bien avant d'élimer nos conduits auditifs avec les assauts bruitistes de Lith, David Vallée a débuté avec Semper Eadem, versant dans la mélancolie et les ambiances éthérées. Deux démo-tapes et un cd-r précèdent de 7 années 'Divagations esthétiques' et c'est avec plaisir que l'on redécouvre ce projet neoclassique où instruments à vent, cordes et piano s'épanchent sur le monde des rêves et des espoirs déçus. L'attente et le souvenir des temps jadis est au coeur de ce mini-album délicat aux arrangements sobres et aux visuels superbes. On retrouve sur 'Geister' et 'Reflets d'un songe trop flou' l'univers de Fin De Siècle à ses débuts, mais avec une touche particulière d'onirisme, à cheval entre le rêve éveillé et le sommeil agité. Des spectres semblent hanter les lieux de ce ep, saisissant la moindre opportunité de communiquer avec le dormeur qui s'aventure, déboussolé et cherchant une réponse à ces images sybillines et ces sons mystérieux qui l'assaillent. Le cd-rom inclu dans l'édition limitée associe d'ailleurs le son à l'image en proposant une illustration énigmatique et esthétique de certains des titres. Un très belle boîte à musique qui plonge l'auditeur dans une rêverie agréable et troublante à la fois. Une boîte que l'on se prend à réouvrir le plus possible dans l'espoir d'y trouver quelque chose de nouveau à chaque lecture.

Note : 4/6

Page 88/249 SPORTO KANTES : Act.1

Chronique réalisée par dariev stands

Déjà, de l’objet émane quelque chose de repoussant, de peu accueillant. On sens que Sporto Kantes ne brûle pas d’envie de sortir de l’underground : une paire de seins un brin difformes en guise de pochette, un lettrage militaire, et à l’intérieur du digipack, que peut-on lire ? « Next time, you’d better buy vinyl ». Sympa. Autant dire qu’on s’apprête à être rebuté en insérant ce disque dans la platine. Et là, on se prend un coup de massue derrière les oreilles qui nous rappelle le vieil adage pas si caduque « ne pas se fier aux apparences ». « Confused », perle de trip-hop brumeux, rivalise sans honte avec les plus grands orfèvres de Bristol… Une superbe intro lugubre, suivie d’un beat étouffé, puis une voix soul qui semble complètement égarée, plantent le décor. La nuit tombe sur la ville… Une fumée âpre s’échappe des bouches d’égouts pour aller se perdre parmi des néons blafards, tandis qu’une ondée martèle le goudron scintillant… Bref, un morceau évocateur ! Si seulement le reste de l’album avait été de cet acabit ! Malheureusement, le trip-hop n’était que la partie la plus réussie de l’exercice de style auquel vont se livrer Benjamin Sportes et Nicolas Kantorovwicz (le nom Sporto Kantes est une fusion de leur noms). Voilà comment on pourrait définir le reste : Grand chaudron au fond duquel se débattent cuivres en folie, mariachis, beats hip-hop, samples de films et ritournelles ragga, le tout enfoui dans un maelström bien sale et désinvolte, à des lieues des compositions bien sages de Moby. Non, le gros patchwork défoncé balancé ici lorgnerai plutôt du côté des Beastie Boys gloutons de « Ill Communication » ou encore du Tricky schizo de « Blowback ». La mécanique fonctionne pas mal, et le duo ratisse large : musiques cubaines sur « Mundo », atmosphères purement cinématographiques sur « 18h27 », reggae jovial sur « Buster » (hommage au grand Prince Buster, auteur de « one step beyond » et « police & thieves »), le tout parfois entrelacé dans un maelström comme la fin des années 90 a su en produire (Midnite Vultures de Beck par exemple). L’approche instinctive et tout sauf snob ou intellectuelle rappelle le Sandinista des Clash, ou encore certaines formations de Ninja Tune. Hélas, la concurrence est rude dans le genre, et si ce disque se laisse volontiers écouter, il ne nous tiens scotché que sur la première track. C’est peu. Chose amusante, Nicolas Kantorovwicz est l’ex bassiste des Wampas, d’où le titre « Never Trust A Guy Who’s Never Been A Punk »… Que les Wampas lui renverront dans la figure avec leur album de 2003 : « Never Trust A Guy Who,

After Having Been A Punk, Is Now Playing Electro ». No comment.

Note : 3/6

Page 89/249 HELLEBAARD : Valkyrenvlucht

Chronique réalisée par Yog Sothoth

Pour faire rapidement les présentations, Hellebaard est un duo Hollandais officiant dans un style Pagan Black à tendance moyenâgeuse, qui délivre ici son second effort. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que ces gars là ont réuni tous les moyens à leur disposition pour nous sortir la daube ultime du genre : que ce soit avec le son faiblard des guitares, la boite à rythme absolument ignoble ou encore le chant « Black » complètement ridicule, rien ne nous est épargné, le summum étant atteint avec les parties médiévales tellement atroces qu’elles n’auraient même pas pu prétendre à servir de fond sonore à une épreuve de Fort Boyard. Ce disque se voudrait comme « un hommage à la Terre ancestrale et aux anciennes croyances païennes » (dixit la bio, merci, c’était marrant), et se retrouve au final à patauger dans l’amateurisme et le kitsch le plus insupportable. Alors bon, on peut trouver ça amusant durant les 10 premières minutes, mais même de ce point de vue là, l’album est tellement saoulant qu’il est presque impossible de l’écouter intégralement… C’est juste mauvais quoi.

Note : 2/6

Page 90/249 DOWD (Johnny) : Wrong side of Memphis

Chronique réalisée par Progmonster

Avec son regard noir à la Billy Bob Thornton et ce masque déformant d'un sérieux qui prête à rire - voire l'inverse - Johnny Dowd se présente à nous d'emblée comme un intriguant personnage. Et pour cause ; son tout premier album au titre ô combien prometteur s'avère être un incroyable condensé de malaise et de déviances arborant les couleurs d'un conformisme de façade. La mort qu'on attend. La mort que l'on aimerait donner aussi. Cette folie qui nous ronge. Ce réel enfin qui nous cloue littéralement sur place et qui nous pousse à contempler le fruit de notre inéluctable déchéance. Voilà, dans les grandes lignes, ce qu'il y a au menu de ce "Wrong Side of Memphis" dont la modestie des moyens a pourtant de quoi faire de l'ombre aux plus grands. Sorte de Nick Cave version country blues ou, mieux encore, nouveau Tom Waits du pauvre qui ne commet pas encore l'erreur de faire de la culture du bizarre une fin qui justifierait tous les moyens, Johnny Dowd est en réalité un exemple de réorientation professionnelle réussie. Pendant longtemps seul patron d'une petite entreprise, ce n'est qu'en 1996, à presque cinquante ans, qu'il réalise son vieux rêve en enregistrant ce qui constitue encore aujourd'hui son oeuvre la plus marquante. Avec des titres comme "Meurtre", "Unique Issue", "Comme un Chien", "Un Type comme les autres", "Le prix du pêché" ou "Je n'existe pas", il n'est pas difficile de s'imaginer que l'ambiance générale est loin d'être festive. Et les textes, noirs, font preuve d'un cynisme et d'une absence totale de scrupule à vous faire froid dans le dos. Et tant pis pour ceux qui considèrent que les paroles n'ont aucune importance ; ils auront ainsi délibérément pris la décision de ne pas vouloir s'intéresser réellement à ce disque. Une voix tremblotante pas toujours juste mais pétrie d'émotions contradictoires, un espace musical sommaire à l'atmosphère toujours tendue où la sacro-sainte guitare acoustique est parfois dérangée par un synthétiseur aux lignes bien inquiétantes ("Papa, Oh, Papa", "Wages of Sin"), il n'en aura fallu pas beaucoup plus à Johnny Dowd pour faire de ce "Wrong Side of Memphis" le disque de country rock le plus lugubre du vingtième siècle pourrissant.

Note : 5/6

Page 91/249 SMAGGHE (Ivan) : How to kill the DJ [part one]

Chronique réalisée par dariev stands

Ivan Smagghe, ex-vendeur de disques et DJ au Pulp, a fondé le duo Black Strobe avec Arnaud Rebotini au début des années 2000, et lancé les soirées « Kill The DJ » au Pulp. Derrière cette appellation s’est vite regroupé un collectif assez ombrageux, à l’esthétique noir et blanc rappelant parfois Underground Resistance. Ce premier album mix sorti en 2002 fait étalage des capacités du DJ Star de la bande, Ivan Smagghe. Un gaillard somme toute assez érudit qui balance ici un disque du genre à foutre la honte à Bob Sinclar. Des raretés pour la plupart, agencées en rang serrés, qui achèvent de pervertir la House en lui injectant de bons shoots d’electro-pop dark soigneusement dosée. Cette electro-là se veut opportuniste et hédoniste, et ne s’embarrasse pas de boniments pour enflammer le dancefloor. La plupart des titres assènent des lignes de basses décomplexées, ouvertement eighties tout en datant pour la majeure partie de 2002-2003. Sauf quand le DJ décide de faire une petite incursion vers les vraies années 80, celles qui ont inspiré la déferlante electro des années 2000… Et qui choisit-il ? Ministry ! En voilà une bonne nouvelle !! Le pire, c’est que ça ne dépareille pas avec les claques electroclash telles que « Black Out » de Chelonis R. Jones ou encore « Freak » de Suck - joli patronyme. Ce dernier (une reprise des fabuleux Sexual Harrassement) réalise la collision entre les voix vocodées de Parliament et les grooves roboratifs de DJ Hell… On pense aussi à Prince période « Black Album ». Il y a pire comme référence. « No Way You Can Sleep » de Digital Tongue est une perle noire rappelant le « Crispy Bacon » de Laurent Garnier, une sorte de brûlot techno pour plantes carnivores, sur lequel Smagghe toaste allègrement. A ceux qui lui demanderaient d’envoyer les BPM , Ivan Smagghe répond « Yes Sir I Can Hardcore » - toutes proportions gardées quand même – et enchaîne sur « Memorabilia » de Soft Cell, la face b de Tainted Love ! Bref, un mix plutôt homogène, sacrément compact, et clairement orienté vers les sons des années 80… Ne pas y voir une quelconque parenté avec le revival eighties de Daft Punk, par exemple. La mode du retour des années 80 est vaste, et plusieurs tendances s’y définissent. Ici, c’est l’option furie robotique, mais le mix se termine tout de même par une charmante petite chansonnette reggae histoire de calmer le jeu, qui derrière ses aspects innocents est quand même une reprise de Queen période disco par un groupe d’électro-pop allemand… Le côté partisan de la moindre bizarrerie n’est jamais loin.

Note : 5/6

Page 92/249 DARVULIA : L'alliance des venins

Chronique réalisée par Iormungand Thrazar

Le bourbier total. Suite aux remarqués "L'ombre malicieuse" et "Belladone", Darvulia nous présente son deuxième album d'une noirceur abyssale intitulé "L'alliance des venins". Le groupe français composé de Kobal (ex-Fornication) et de Akhron (ex-Nuit Noire) pratique un black metal total, cru, mélodique et lancinant. La production de cet album est bonne et sombre, l'auditeur bénéficie pleinement de ses effets. Darvulia a plusieurs bons points comme armes dévastatrices: une voix excellente, raw, quelques intonations qui peuvent faire penser à Meyna'ch parfois, un jeu de batterie très bon, une alternance passages mid-tempo lancinants et passages rapides ravageurs réussie et une ambiance crasseuse. Pas besoin de faire tout un pataquès à l'aide de déclarations tapageuses et autres "statements" bien connus du mileu pour être performant et bon. Le premier titre du disque, "Göqkre", est bien représentatif des compositions du groupe: passage violent et obscur puis passage atmosphérique avec deux lignes de guitare entremêlées que n'aurait pas renier un Negura Bunget. "Monotones conjurations" est un excellent morceau, vicieux et puissant. Il faut plusieurs écoutes pour apprécier "L'alliance des venins" à sa juste valeur, vous ne pourrez plus vous en passer si vous franchissez ce cap. "La manoir aux cadavres d'enfants" débute par un passage dissonant enchaîné sur un riff déglingué qui me fait passer à du Lugubrum par son originalité. C'est mon titre préféré, tant les riffs utilisés sont peu communs et surtout, il nous présente une autre particularité de Darvulia: ces riffs de break étouffés avant le déferlement sonore et les vocaux ichoreux de Kobal. Le tout est très bien installé, pas de ponts inutiles et naïfs ici. Le reste de l'album est de cette même teneur froide, boueuse et totalement noire; le riff cyclique de "La semeuse" ou l'accrocheur "Malignite De Sorcière" en attestent. C'est véritablement un tourbillon apocalyptique cotoyant par moments la folie. Le rituel et desaxé "Toolkrh Belladone" offre de la respiration à l'album avant le final "Nous Sommes Les Plaies Infectes De Ce Monde" qui referme l'oeuvre comme celle-ci avait commencé, dans les profondeurs de l'obscurité. La pochette est sobre mais très efficace et assez inhabituelle, petit regret cependant que les paroles ne soient pas imprimées. La version vinyl devrait suivre dans l'année et je m'en réjouis d'avance. Darvulia frappe très fort avec cet album qui impose le groupe en tant que fleuron du black metal hexagonal. Qu'on se le dise.

Note : 4/6

Page 93/249 BARDO POND : On the ellipse

Chronique réalisée par Progmonster

Parler de "On The Ellipse", sixième album du collectif américain Bardo Pond, c'est un peu comme trahir les secrets d'un tour de magie bien rôdé. Ce n'est pas forcément ultra spectaculaire mais l'effet tout à fait remarquable qui en découle engendre une telle admiration qu'elle provoque en retour une frustration d'égale proportion. Un cercle vicieux où l'antagonisme pulsion/répulsion fonctionne à plein tube, comme nous empêchant de nous dépêtrer de cette faiblesse humaine qu'est le goût de l'interdit. On a connu les frères Gibbons moins paresseux, plus naturellement tournés vers des riffs mélodiquement porteurs quand ils faisaient cracher leurs guitares chez Matador (les albums "Amanita" et "Dilate" en particulier). Mogwai aussi est passé par là, et la comparaison trop rapide et trop confortable qu'on a érigé entre les deux ne rend justice en vérité à aucune des deux formations. Pour leur première publication sur le label All Tomorrow's Parties - référence affirmée qui pourrait peut-être déjà nous donner un premier indice - Bardo Pond impose de manière radicale sa façon de (conce)voir les choses. Un post rock fiévreux qui, plutôt que de s'abandonner aux charges intempestives, préfère prendre son temps en installant des ambiances vénéneuses, lentes, lentes, mais lentes... et lourdes, lourdes... mais légères à la fois ! Lourdes parce que les guitares y mettent tout leur poids, parce que, aussi, le tempo ne s'emballe jamais, entêtant, pesant. Légères parce qu'une flûte distante et mystérieuse plane en permanence au-dessus de ce magma de décibels en fusion, parce que, pour ce faire, elle est également accompagnée de la voix charmante mais tout aussi lointaine de Isobel Solle249erger. C'est bien simple ; sur "On The Ellipse", Bardo Pond fait la nique au néo-psychédélisme bien propre sur lui de Spiritualized. Il devient un socle branlant à l'urgence communicative, prenant le relais du fabuleux "Loveless" que My Bloody Valentine avait laissé pour orphelin il y a plus de dix ans déjà.

Note : 4/6

Page 94/249 TYNER (Mccoy) : Inception

Chronique réalisée par Progmonster

Le rôle ingrat occupé par McCoy Tyner au sein du quartette classique de John Coltrane n'a peut-être pas su donner à tout le monde une image nette et précise de ce pianiste extrêmement raffiné. Perpétuelle brise de calme ayant fort à faire face à une tempête dont la puissance semblait à chaque fois décuplée, la part de travail et l'évolution artistique du dompteur d'ivoire a souvent été mise en perspective, voire confinée, au travers de ce seul poste de modérateur de fortune. Aussi fringant que Bill Evans, aussi décisif que Herbie Hancock, McCoy Tyner compte malgré tout parmi les quelques forces tranquilles qui ont su imposer l'élégance du jazz modal, au point même de sacrifier ses ambitions personnelles pour l'amour d'une esthétique qui lui semble alors primordiale, la seule voie possible. Car si pour la postérité, son nom reste indissociable de l'ombre de Coltrane, c'est peut-être aussi parce qu'il n'a jamais réussi à développer son art au-delà du périmètre dessiné par l'aura magnétique du géant. Quelqu'un d'appliqué et de sensible, mais beaucoup trop timide que pour prétendre donner de la voix et se faire une place. Les débuts de McCoy Tyner en tant que soliste se font dans la maison Impulse! On reste en famille grâce à la présence décisive de Elvin Jones. Le contrebassiste Art Davis vient compléter la formation qui fait donc de "Inception" un album de trio jazz tout ce qu'il y a de plus classique. Encore trop rattaché à une approche bop, on est somme toute assez loin de ce à quoi Tyner nous a habitué, loin aussi du trio magique Evans/La Faro/Motian qui venait alors de publier le mythique "Sunday at The Village Vanguard", sorte de prolongement autiste au sortir de "Kind of Blue". On ne manquera toutefois pas de noter que sur les six titres proposés en écoute, quatre sont signés des deux mains de McCoy Tyner et, parmi eux,

"Sunset" et "Effendi", premiers signes évidents d'une évolution tout en nuance.

Note : 3/6

Page 95/249 TYNER (Mccoy) : Live at Newport

Chronique réalisée par Progmonster

L'audace, c'est braver des interdits. C'est oser faire des choses que notre morale réprouve. L'audace, c'est se lancer dans l'inconnu, en ayant le minimum requis de confiance en soi pour croire que, quoi qu'il advienne, on pourra faire face à tout type d'imprévu. L'audace, il en fallait à McCoy Tyner pour se produire en public dans les conditions difficiles décrites en long et en large dans les notes de pochette. Un concert qui en réalité n'aurait jamais du se produire. Une invitation acceptée parce que la raison première de tout musicien est bien sûr de vivre par et pour sa musique. Le pianiste se sentait particulièrement exténué avant d'entamer son concert ce soir de 5 juillet 1963 à Rhode Island. Trop d'heures de sommeil à récupérer, le moral dans les pieds. Il apprend qu'on l'attend sur scène, en fin d'après-midi, à la tête d'un quintette totalement inédit. Les bandes d'enregistrement sont prêtes ! Pour rendre les choses plus croustillantes encore, on ne remet plus la main sur la trompette de Clark Terry, oubliée dans une bagnole, et on chope au passage Charlie Mariano, supposé être parti pour le Japon. Les plus critiques auront raison de se poser une question simple ; que penser de tout ce long préambule ? Simple coup de marketing sensé embellir les choses et transformer ainsi l'anodin en exceptionnel à la barbe des plus naïfs ? La mahonnêteté n'est pas vraiment le genre de la maison... Et puis, les faits parlent d'eux-mêmes ; excepté Mickey Roker, Tyner n'a jamais joué de sa vie avec les trois autres membres du groupe dans lequel on compte également le contrebassiste Bob Cranshaw. Compte tenu des circonstances, "Live at Newport" est un disque qui s'en sort plus qu'avec les honneurs, car rien de tout ceci, à aucun moment, ne transparaît. Une improvisation collective ("Newport Romp") et une composition personnelle ("Monk's Blues") s'ajoutent à une sélection de standards de haut vol qui réduisent le jazz à son rôle le plus fondamental ; la célébration de l'instant.

Note : 3/6

Page 96/249 TYNER (Mccoy) : Today and tomorrow

Chronique réalisée par Progmonster

"Contemporary Focus" nous permet enfin de renouer le contact avec le McCoy subtil et élégant qui va bientôt s'illustrer sur "Crescent" et "A Love Supreme". Lyrique, flamboyant, énergique, voilà un morceau qui parvient enfin à concilier le meilleur du monde modal et post bop, plus à même à satisfaire les oreilles avides de modernité. Et cette dualité se retrouve exprimée partout sur le disque, à commencer par son titre, "Today and Tomorrow", qui laisse présager de l'ambition de l'auteur. Un disque partagée de façon très concrète, bien que privilégieant l'alternance. Une division qui s'opère déjà au regard des enregistrements : trois titres en trio ("A Night in Tunisia", "Autumn Leaves" et "When Sunny Gets Blue"), enregistrés en juin 1963 en compagnie de Albert Heath et Jimmy Garrison, et enchassés au milieu des trois autres. Il s'agit une fois encore de standards, interprétés dans un esprit ma foi fort proche de ce que l'on avait pu déjà écouter sur "Inception". Assumons qu'il s'agit là de la facette "présent" du disque, bien qu'on serait tenté aujourd'hui de considérer cela sous un angle encore plus passéiste. Le "demain" est représenté quant à lui par "T'Na Blues", "Three Flowers" et le déjà cité "Contemporary Blues", tous enregistrés en février 1964, au milieu d'un ensemble beaucoup plus étendu qui inclut, outre Butch Warren et Elvin Jones, trois souffleurs en la personne de Thad Jones, Frank Strozier et John Gilmore, les apparitions de ce dernier en dehors de l'Arkestra de Sun Ra étant suffisamment rares que pour être soulignées. Les thèmes sont assez magnifiques, "Three Flowers", une composition personnelle, empruntant à la progression d'accords de "My Favorite Things", mais si dans l'ensemble c'est un mieux évident par rapport à ses publications précédentes, on regrettera le manque d'implication notable des multiples intervenants pour leurs parties solistes respectives. "Today and Tomorrow" reste une des dernières réalisations du pianiste pour

Impulse! Une de ses plus personnelles et accomplies aussi.

Note : 4/6

Page 97/249 TYNER (Mccoy) : Expansions

Chronique réalisée par Progmonster

Plus d'un an plus tôt, le fantastique album "The Real McCoy" nous signifiait à sa façon que le pianiste emblématique du Coltrane de l'âge d'or était arrivé en quelque sorte au summum de sa créativité. Prouvant, si besoin est, qu'il brûlait lui aussi du feu d'une passion irrepressible. Assez en tout cas pour faire douter ceux qui semblaient jusque là convaincus que le souffle lyrique qui habitait des albums tels que "Impressions" ou "Meditations" n'était du qu'au seul talent et à la vision du célèbre saxophoniste. Bien qu'ayant cessé de jouer pour lui dès 1966, c'est tout de même en orphelin de ce dernier depuis plus d'une année qu'il publie "Expansions", premier chapitre - et le plus significatif peut-être aussi - d'un revirement qui, pour un homme aussi modeste et réservé que McCoy Tyner, peut paraître radical à bien des égards. Désormais membre à part entière de la maisonnée Blue Note, il n'a à présent plus aucun scrupule à se servir ni des facilités, et donc des possibilités qui s'offrent à lui, ni de la grande disponibilité des autres musiciens du label pour, lui aussi, s'arracher au langage du post bop devenu, semble-t-il, trop convenu à ses yeux pour entrer dans une ère où il n'a par contre plus peur de voir les choses en grand. Extrapolant le travail entamé sur "Tender Moments", embarquant avec lui le batteur Freddie Waits déjà présent sur "Time for Tyner", McCoy Tyner aligne un groupe ambitieux où officient Woody Shaw, Gary Bartz, Herbie Lewis, Ron Carter, déterminant au violoncelle sur trois quart des titres, et enfin Wayne Shorter. Sans jamais en partager l'étouffante ambiance, on pourrait dresser un pont entre "Expansions" et l'obtus "The All Seing Eye" du saxophoniste précité. Autrement dit, un jazz modal (le très asiatique "Song for Happiness") se frottant aux préceptes freeform dans des pièces souvent longues et véhiculant des atmosphères plutôt troubles, dont le calme apparent dissimule en réalité des tensions générants la même fascination que les oeuvres de Grachan Moncur III ou Jackie McLean.

Note : 4/6

Page 98/249 TYNER (Mccoy) : Extensions

Chronique réalisée par Progmonster

Inutile de nier l'évidence ; ce premier album de McCoy Tyner à l'aube d'une nouvelle décenie étend bel et bien sa toile modale à partir de ce qu'il avait déjà développé sur le tout aussi bien nommé "Expansions". Toujours aussi aventureux mais formellement beaucoup plus plaisant et accessible auprès du profane, "Extensions" voit une nouvelle fois le pianiste s'entourer d'incroyables pointures. Aux Ron Carter, Gary Bartz et Wayne Shorter qui ici rempilent viennent à présent se greffer l'inimitable Elvin Jones mais aussi Alice veuve Coltrane. Si comme le montre le line-up, l'héritage Coltranien n'est pas prêt de s'estomper, Tyner, fidèle à lui même, ne conçoit toujours pas de mêler violence et intensité. Paradoxalement, c'est peut-être sur "His Blessings", la plus aérienne des quatre compositions originales qu'il nous propose ici, que ce leg apparaît le plus évident. Délicat et précieux comme la rosée du matin, image que le son délicat de la harpe incarne à merveille. Ailleurs, le travail impressioniste du pianiste reste l'immuable ligne d'horizon sur laquelle viennent se poser les uns après les autres les remarquables solii de Bartz et Shorter comme autant de balises lumineuses se frayants un chemin au travers d'une brume épaisse. Cette fois, McCoy Tyner semble s'être définitivement débarassé des tics inhérents au hard bop, la nervosité, la vitesse, mais on pourrait très bien mettre cela aussi sur le compte des musiciens qui l'accompagnent, des musiciens avec lesquels il partage pour le coup cette même sensibilité. Tout paraît plus vaste, plus spacieux sur "Extensions". On y retrouve cette même vibration caractéristique qui, de Coltrane à Sanders, ont toujours appelé à l'élévation, au dépassement de soi. Dans le strict prolongement des "Song of Happiness" et "Peresina" issus de l'album précédent. Un de ces disques qui véhicule avec lui le fantasme du Grand Orient, comme avant lui les "Ju Ju" et "Speak No Evil" de Wayne Shorter, ou comme les

"Ptah, The El Daoud" et "Journey in Satchidananda" d'Alice Coltrane apparus à peu près à la même période.

Note : 5/6

Page 99/249 TYNER (Mccoy) : Sahara

Chronique réalisée par Progmonster

Après un "Asante" étonnant, ultime rendez-vous avec Blue Note, où Tyner se voyait partager l'affiche avec Buster Williams, Billy Hart et Mtumé - des musiciens affiliés à la famille Headhunters - l'évolution logique dans la carrière du pianiste eut été que, tôt ou tard, lui aussi, comme Hancock, comme Corea, comme Zawinul, comme Jarrett (parfaitement monsieur ; pour cela écoutez l'album "Expectations" sur Columbia en 1971) cède à l'appel de l'électronique. Il n'en sera rien. Sans le vouloir, nous venons là de mettre le doigt sur ce qui je pense est la raison principale qui explique pourquoi McCoy Tyner demeurera pendant si longtemps un acteur de l'ombre. Le hasard n'est pour rien dans le fait que les noms précités soient connus du plus grand nombre, même auprès de ceux qui pourtant ne s'intéressent pas au jazz ; voilà en effet des artistes qui, en flirtant avec l'esthétique rock, se sont ouverts les portes de la notoriété en refermant au passage pour certains d'entre eux celles de la respectabilité. McCoy Tyner n'a jamais cru à l'électrique. Cela ne fait pas pour autant de lui un artiste rétrograde. Il estime - et sur ce point on ne peut pas lui donner tout à fait tort - que le systématisme avec lequel l'électrique est utilisé dans ces toutes jeunes années soixante-dix devient un prétexte pour les artistes jazz adeptes de la loi du moindre effort. Comme le démontre sans détour "Sahara", son premier album pour Milestone, McCoy Tyner y poursuit son inéxorable quête dans des landes de plus en plus immenses et mystérieuses, pratiquant une musique au final aussi tumultueuse que celle des premiers Weather Report sans pour autant concéder du terrain aux effets de mode. "Sahara" a même des airs de petite révolution tant le pianiste s'y montre affable, gourmand et particulièrement à l'aise quel que soit le contexte dans lequel il évolue (le tendre "A Prayer for My Family", l'exotique "Valley of Life" où il s'improvise joueur de koto, les nerveux "Rebirth" et "Ebony Queen", et l'imposante plage titre). Sonny Fortune, à l'alto et au soprano, et le dynamique batteur Alphonse Mouzon consolident l'entreprise en y injectant intensité et énergie. Un grand disque à redécouvrir.

Note : 5/6

Page 100/249 PROJECT ANDREW ROTTEN : En Passant

Chronique réalisée par Phaedream

Après Andreas (Axess) Morsch, Anrew Rotten est le 2ième membre de Pyramid Peak à y aller d’un effort solo. Est-ce significatif d’une fin prochaine ou l’explication du plafonnement créatif du Peak? Toujours est-il que, comme son comparse, Rotten étonne par sa créativité et son audace. En Passant est l’une des œuvres méconnues de 2005, pourtant il s’agit d’un titre remarquable, l’un des bons de cette année. Des effets mécaniques sonores lancent En Passant. Lentement les synthés gémissent sur une intro légère. Le beat évolue de façon hypnotique et sensuelle. Les fines percussions nous plongent en plein Berlin School. Derrière une fine ligne séquentielle les synthés gémissent avec de plus en plus de force. Cette introduction est représentative d’En Passant du Project Andrew Rotten. Sharp Sequencer est un titre plus nerveux. La guitare de Ralf Marschner fait un alliage étonnant et plaintif avec le synth de Rotten. Arythmique la pièce embrasse un côté jazzy. Après une longue intro spatiale, les séquenceurs et percussions s’agitent pour donner un rythme nerveux, saccadé à Again and Again. Un bon titre qui casse et termine sur un rythme plus soutenu. Depression est plus posé. Une douce ballade cosmique qui bat à un rythme sensuel, imposé par une percussion lourde et un synthé gémissant. Plus nerveuse X-Ray se déchaîne sur des synthés et des percussions agressives. Un beau titre qui nous amène à l’excellent Breath qui trône au sommet de cet opus avec de belles lignes de percussions séquentielles qui épousent tantôt des rythmes en spirale, tantôt des rythmes nerveux et échevelés. Un bon titre qui aurait fait le répertoire de TD. Avec son intro austère Spiders On The wall évolue sur des synthés et séquenceurs dansant. Un titre avec un excellent jeu de percussions et d’effets sonores. La ligne séquentielle de Pulse est incroyablement pesante. L’orientation musicale de la pièce nous ramène aux meilleurs moments de TD des années 80. Un titre génial qui progresse et converge vers un éclatement sonore retenu en boucle par des percussions et des séquenceurs tranchants et saccadés. Un boléro cosmique qui laisse échappé des notes indisciplinées qui résistent à une cacophonie annoncée. En Passant est une agréable surprise. Andrew Rotten réussit un tour de force en livrant un album où les pièces évoluent et les rythmes cassent tout en y maintenant le petit côté mélodieux des premières œuvres de Pyramid

Peak, comme l’excellent Ocean Drive.

Note : 5/6

Page 101/249 DEMOLITION HAMMER : Tortured existence

Chronique réalisée par pokemonslaughter

Demolition Hammer fait partie de ce lot de groupes du début des 90's qui a été trop vite oublié. Pourtant le groupe va proposer dans sa courte discographie (3 albums...) un thrash/death d'un excellent niveau, voire plus que cela sur "Epidemic of violence" leur deuxième album... Mais non, trop vite oublié je vous dis... Il faut dire, présenter son premier album avec une pochette aussi affreuse, fallait le faire. Mais bon, dès le premier riff de "44 caliber brain surgery" on comprend vite à quoi on a affaire. Demolition Hammer boxe dans la catégorie thrash/death qui bastonne. Même si bien moins extrême que sur son deuxième album, "Tortured existence" est le genre de disque qui ne vous lache pas, le genre d'album dont chaque titre est comme un nouveau parpaing bien speed qu'on vous balance à la gueule. Les assauts thrashy s'enchaînent sans discontinuer, c'en est réellement impressionant. La sensation de vitesse du batteur n'est pas encore franchement présente, du coup le groupe change intelligemment ses tempos pour aérer ses compos. Varié dans ses rythmiques, classique dans ses riffs (quelque part entre un Sepultura époque "Beneath..."/"Schizophrenia", avec des pointes assez Dark Angel), parfois mélodique (aah ce break de basse sur "Hydrophobia" !), et surtout ultra vindicatif dans son approche, Demolition Hammer pose ici un disque de thrash/death tout à fait recommandable. Assez original et inspiré pour traverser les âges (merci le chant de Steve Reynolds, entre un Death et Kreator), suffisamment extrême pour tenir encore le niveau actuellement, produit bien comme il faut pour mettre en avant les qualités du groupe (hargne, riffing...), "Tortured existence" a tout du disque qui aurait du marquer. Mais tout cela était sans compter sur le futur deuxième album... A un tel point que finalement, cet album ne devient qu'une ébauche de ce qui va arriver. tout les éléments qui vont nous péter à la gueule sont présents à l'etat embryonnaire : la hargne je vous disais, les choeurs limites core, les breaks à la double furieuse... Ici, on sent un groupe qui se cherche encore, naviguant tour à tour entre death old school et thrash typique 80's. Mais voilà bien un problème qui n'en est pas un, car en plus de propose run album tout ce qu'il y a de plus cohérent, varié et crunchy à souhait, ils vont vite trouvé le compromis idéal entre thrash et death pour balancer leur second disque...

Note : 4/6

Page 102/249 DEMOLITION HAMMER : Epidemic of violence

Chronique réalisée par pokemonslaughter

Argh ! "Epidemic of violence" second album de Demolition Hammer est une véritable déflagration death/thrash comme j'en ai rarement entendu, un vrai classique, le genre d'album qui figure sans problème dans le top 10 du genre. Après un "Tortured existence" qui posait les bases du groupe, Demolition Hammer se radicalise totalement et pose là un putain de pavé jusqu'au boutiste comme pas deux, extrême au possible dont le seul but est de lamnier l'auditeur à coups de riff thrash boosté au death. Nous n'avons pas affaire ici à un disque composé de 9 chansons, mais d'un gros bloc de 40 minutes ultra extrême. Pour situer le style, disons qu'il vous suffit de prendre la rage et l'instantané d'un Dark Angel ("Darkness descends) dans lequel on capterait enfin les riffs, et le riffing d'un Sepultura (époque 89), le tout recouvert d'un chant craché type thrash allemand. Côté guitares, on nage ici en plein paradis de la power chord. Toujours inspiré les riffs super rapides démontrent une réelle maîtrise du style : tremolo, mute à 200 à l'heure, solos "je pars dans tous les sens" qui se payent le luxe d'être personnel... Argh et que dire du travail de la batterie ! En plus de posséder un son ultra brutal, mat, clair et bien en avant, Vinny Daze ne se gêne aps pour envoyer la purée quand il le faut (c'est à dire quasiment tout le temps). Double pédale à fond, ralentissement opportuns ("Carnivorous obsession"), l'impression de vitesse est ébouriffante. Et cette voix ! Ca crache, ca hurle, ca bastonne, Demolition Hammer choppe sa victime à la gorge et ne la lache plus (argh "Aborticide", e morceau me donne envie de me jeter contre les murs). Ce disque est une vraie performance en soi, un modèle de volonté d'en découdre, on ressent vraiment cette envie de tout exploser. Ceux qui cherchaient un Kreator encore plus féroce, ou un Sepultura ("Beneath...") moins simpliste devraient mouiller le caleçon... Le son n'est d'ailleurs pas étranger à cette férocité, puissant, clair, doublé de guitares au grain unique. Certains pourront reprocher l'absence de gros hit, et la ressemblance des morceaux. Certes, mais je pense que cela rentre dans le feeling de l'album : ce disque c'est la guerre. Ca ne s'arrête jamais, à chaque écoute, on attend ce break qui va calmer un peu le groupe... en vain, il ne viendra jamais. Littéralement impressionant, un chef d'oeuvre de brutalité non contenue, jusqu'au boutiste d ela première à la dernière seconde, un must have pour tout amateur de thrash/death.

Note : 6/6

Page 103/249 NUCLEAR ASSAULT : Survive

Chronique réalisée par pokemonslaughter

En matière de Nuclear Assault, je crois qu'il ets bien difficile de faire une différence objective en terme de qualité entre les trois premiers albums. Ces trois disques sont à posséder tout simplement, en tout cas pour tout amateur de thrash, et tenter de les noter chacun de façon objective relève du pur fantasme. Ne tenez donc pas trop compte de la note plus bas, elle prend complètement en compte mon avis complètement personnel... D'un autre côté cela peut peut-être en aider certains connaissant mes goûts à se faire une idée... "Survive" est donc pour beaucoup le meilleur disque avec "Handle with care", ma foi je crois préferer le suivant. Pourtant "Survive" a de quoi impressioner. Ce son tout d'abord, absolument énorme, qui envoie encore chier bon nombre de prods en 2006. Le style également qui a désormais trouvé ses marques comparativement au premier album. Nuclear Assault est un pru groupe de thrash direct, sans fioritures, simple et puisant. Pas de compos à rallonges remplies de ponts ou autres foutaises du genre, nan les quatres thrasheurs trouvent les 4 riffs suffisants pour faire une compo, et montent des hits à tour de bras. Et quels riffs ! Tous plus bateaux les uns que les autres (quoiqu'il faille un certain poignet pour les executer comme ça), et pourtant si puissant. voilà bien le crédo du groupe : Nuclear Assault c'est puissant. Pas prises de têtes les gars, les tempos alternent entre heavy ("F#") ou bien thrash bien rapide, avec des ralentissements bien opportuns comme sur la très mélo "Fight to be free" (le gros hit de l'album avec son arpège tristounet). Et puis il y a quand même ce cachet, cette capacité à poser des chansons reconnaissables entre milles, aidées par le chant inimitable de John connelly, entre thrash "chanté" et vociférations hystero-énervées... Peu de choses à dire finalement sur cet album tout ce qu'il y a de plus appréciable, Nuclear Assault est clairement en forme ici, le feeling thrash 80's y est plus que pregnant et les compos toujours aussi communicatives en terme d'énergie. On sent la progression depuis "Game over" par le biais de morceaux à l'atmosphère plus travaillée ("Wired" assez sombre) et des tempos qui n'hésitent pas à se ralentir. Ceci étant dit, le groupe suit fidèlement les bases qu'il s'est posé sur son premier album, notamment avec la traditionnelle chanson débile ("Good times et bad times" et son côté très hard fm, "Got another quarter") et des morceaux aux structures simples et catchy (l'esprit punk n'est jamais loin)... Un excellent disque si l'on se place au niveau de la scèhne globale, mais seulement un bon disque dans la disco de Nuclear Assault à mon sens...

Note : 4/6

Page 104/249 THROBBING GRISTLE :

Chronique réalisée par Trimalcion

Enfin du funk sur Guts ! Aussi étonnant que cela puisse paraître, après l'indus harsh noise et les litanies ultra glauques de son leader tourmenté, la formation britannique décida en 1979 de rendre hommage à ses véritables idoles, j'ai nommé James Brown, George Clinton et Kool & the Gang (dont le "Jungle boogie" a bien évidemment inspiré le fameux "Discipline"). Bon d'accord, c'est une blague (nulle, je sais). N'empêche. Si le détournement des standards commerciaux en vigueur à l'époque devient le sport favori de Throbbing Gristle, force est de constater que leur musique prend peu à peu des contours très audibles. Bien sûr, la pochette et le titre sont là pour parasiter les codes du tout-venant dans les charts de l'époque, pour proposer sa non-musique, pour piéger une fois de plus les prisonniers du système... "20 jazz funk greats" est l'autre grand classique du groupe avec "DOA..." Une musique un peu plus accessible, donc, pulsée, dansante parfois, mais qui en dernier ressort parle tout autant à l'inconscient, se veut le déclencheur de pulsions primitives qui, longtemps enfouies, reffrénées par un surmoi trop puissant, n'en rejailliraient qu'avec plus de force. Cet album est celui de la synthèse : il résume et porte à un certain degré d'aboutissement tout ce que le groupe a pu apporter de nouveau et d'important. Nombreux sont les artistes qui payent encore aujourd'hui ce lourd tribut. La note dominante est celle d'une electro froide et minimaliste, clinique (que des Belges écriront "Klinik"), avec des beats souvent très cheaps et dépouillés ("20 jazz funk greats", "Convinving people", les kraftwerkiens "Still walking" où les beats naviguent de part et d'autre de la stéréo tandis que Genesis P-Orridge se fait entendre d'une voix morne et hésitante, et "Walkabout", avec séquenceur moog et générateur de fréquence au rendez-vous) ; entre deux morceaux pulsées ("Hot on the heels of love", novateur et réjouissant par son côté electroclash, même si un peu gênant sur l'ensemble de l'album), arrivent des intermèdes plus ambient, ténébreux, oppressants ("Beachy head", sa corne de brume synthétique, ses nappes menaçantes et ses... mouettes ; "Exotica", "Tanith"...) Genesis P-Orridge se fait moins présent, mais ses interventions sur quelques morceaux cultes n'en prennent que plus de force : "Six six sixties" (je l'aime bien, celui-là), avec ce qui semble bien être une guitare électrique, "Persuasion", où le minimalisme travaillé avec la précision du scalpel s'avère aussi efficace que le marasme sonore des premiers méfaits, et bien sûr le grand morceau de bravoure, qui justifie à lui seul l'écoute de ce disque : il s'agit bien entendu des deux longues versions captées en public de l'hymne "Discipline", dont je demande d'ailleurs aux vrais fans d'indus, qui se sont faits de la formule "We need some discipline here !" une véritable marque de reconnaissance, le sens réel. Le matraquage provocant de la pulsation, les sons crissants et violents, et les hurlements du leader doivent-ils nous plonger dans un mauvais trip à base de réminiscences d'une invasion nazie, le tout pour dénoncer "l'industrialisation" inéluctable des hommes et de la musique ? Une évocation de IIIème Reich post-industriel et transexuel pour les décadents des pays développés en mal de sensations fortes ? Le stade ultime de la perversion ? Un moment d'anthologie en tout cas, et qui nous rappelle le lieu où la musique du groupe parvenait à décupler sa puissance : sur scène. Cependant, avec "20 jazz funk greats", outre qu'ils deviennent par moments des faiseurs de hits en puissance (le packaging de la chose nous avait prévenus), Throbbing Gristle commence déjà à se répéter, à "faire recette". Reste un classique, un vrai, dont on devra se souvenir au moment des bilans.

Page 105/249 Note : 4/6

Page 106/249 FREE SYSTEM PROJEKT : Moyland

Chronique réalisée par Phaedream

La musique de Free System Projekt n’est pas pour toutes les oreilles. Je ne dis pas ça par snobisme. C’est une réalité. Au fil des ans, Marcel Engels a développé une musique atmosphérique fortement influencée par la Berlin School des années 70. Plus précisément à l’époque de Phaedra et Rubycon de Tangerine Dream. Donc pas de ce qui a de plus accessible. Moyland n’échappe pas à cette lourde atmosphère dominée par des synthétiseurs nappés de mellotrons aux essences flûtés auxquels sont ajoutés des chœurs galactiques. Segmenté en 5 actes, la première partie fut enregistrée lors du dernier Hampshire Jam. L’ouverture est planante et atmosphérique sur un fond de mellotron à saveur de flûte. Un lourd synthé inonde nos tympans et mets la table à une ligne séquentielle au rythme pesant, lourd. Noyé par cet afflux de séquenceurs, le synthé est mordant et épouse la forme de cors, puisant à même les sonorités d’antan de Tangerine Dream. Du bo249on! La 2ième partie veille sur sa précédente comme une grande sœur. Statique, le séquenceur mue subtilement pour augmenter la cadence. Les synthés sont plaintifs et agonisent lentement. Moyland 3 est hautement atmosphérique avec ses percussions qui tourbillonnent et cherchent une issue. Par contre, Moyland 4 et 5 sont de purs délices. Soufflé par un vent cosmique, le séquenceur s’anime à fond de train. Les synthés se chamaillent sur un rythme nerveux. Les solos sont juteux et se disputent une cadence qui va en croissant. La tempête se calme pour reprendre son souffle cosmique. Mais on n’en reste pas sur notre faim. Moyland 5 repart de plus bel. Une savoureuse fondue de la partie 1 et 4. Transition sort de nulle part avec sa sonorité fluide. Le titre est nerveux, le synthé est clair et bat la cadence sur un séquenceur alerte. Un contraste avec l’atmosphère sombre et ténébreuse qui règne sur l’ensemble de Moyland. J’ai bien aimé ce dernier effort de FSP. Moyland a tous les ingrédients pour plaire aux amateurs de MÉ, les purs et durs. De longues pièces qui dérivent au gré de nos imaginations. De lourds séquenceurs et de beaux solos de synthé. De quoi passer d’agréables moments.

Note : 4/6

Page 107/249 GRAVEN : The shadows eternal call

Chronique réalisée par Iormungand Thrazar

Trois ans aprés "Perished and forgotten", les Allemands de Graven reviennent avec "The shadows eternal call". Pas de gros changement à l'horizon, toujours ce raw black trop influencé par Darkthrone, une petite amélioration au niveau du son cependant, mais ça sonne toujours bien cru. Alors certes, c'est pas mal fait, il comporte quelques bons passages, mais c'est tellement générique et peu original que ça en devient vite chiant. Je m'ennuie quand j'écoute ce disque, tant d'autres groupes font la même chose en bien mieux. C'est simple, j'ai la constante impression d'écouter un plagiat total du "Transilvanian hunger" de Darkthrone, c'est flagrant à l'écoute de titres comme "Lords of the winter" ou "From a distant path". Même Vronth le batteur joue à la manière de Fenriz. Ce qui pourrait être un groupe intéressant tourne donc à l'inutile et au dispensable, sans aucune identité propre. Il n'y a que la pochette qui ne soit pas à jeter. Ils ont poussé le vice jusqu'à pratiquement pomper un morceau de Darkthrone comme titre de leur album: "The dance of eternal shadows", ça vous rappelle rien? Alors certes, beaucoup de groupes sont influencés musicalement par Darkthrone mais là je trouve que c'en est trop, c'est d'une platitude affligeante et d'un manque d'intérêt complet. Que dire de plus, pas grand chose, je suis aussi peu inspiré pour écrire une chronique plus développée que Graven à l'écriture de ce disque, c'est dire. Autant écouter les origines que représentent Darkthrone que cette pâle resucée sans

âme. Inutile.

Note : 2/6

Page 108/249 FREE SYSTEM PROJEKT : Protoavis

Chronique réalisée par Phaedream

Pour les amateurs de son atmosphérique et analogue des années 70, ceux qui se jugent comme étant des purs et durs, Free System Projekt est une valeur sûre. Conservatrice, la gang à Marcel Engels n’ose pas sortir de son style et nous offre une autre belle petite galette aux chaleurs d’antan. C’est sur un fond galactique très atmosphérique, qui rappelle Earthstar sur Skyline, que débute In the Ocean of Tethys. Une légère flûte nous amène à une fine ligne séquentielle et In the Ocean of Tethys démarre après un long intro hésitant. Le séquenceur est flottant et enveloppant avec une belle nuée de synthés. Les bruits atmosphériques croisent une flûte enchantée sur un rythme soutenu qui va en spirale, appuyé par des choeurs issus du mellotron. Le rythme nuance et devient plus pulsatif vers la fin, toujours nappé de mellotron (mode TD) et d’un doux synthétiseur, pour mourir sur une fine percussion séquentielle. Une bonne pièce. La pièce titre est plutôt longue. Le début est lent et planant. C’est peut-être un petit peu long. En fait, il faut se rendre jusqu’à la 20ième minute pour se mettre un petit quelque chose sous l’oreille. Moi qui n’affectionne pas trop l’ambiant, j’ai du patienter un bout petit bout avant que mon orteil bouge sur un léger séquenceur. Trop peu trop tard. Le mal est fait, j’ai a eu le temps de décrocher. Quoiqu’elle vaille l’oreille cet espace d’agitation est trop ordinaire pour endurer un si long début atmosphérique. Un rythme et une sonorité que l’on retrouve sur In the Ocean of Tethys. Plus courte et ça aurait été parfait. C’est sans surprise que Desolate Landscape conclut Protoavis. Bâtît sur le même moule que FSP confectionne ses œuvres, l’intro ambiante nous guide vers un séquenceur alerte qui est solidement appuyé par un synthé mordant qui danse et danse encore sur des mutations séquentielles. Une pièce comme je les aime; en constante évolution. Protoavis poursuit sur la lancée d’Atmospheric Conditions. Un album aux ambiances sombres enveloppées d’un synthé suave et mellotroné qui nous ramène aux fines années de la Berlin School. Une odeur de déjà entendu. Malgré certaines longueurs, c’est un cd qui vaut le détour. Mais les longueurs, c’est relatif. Pour les nostalgiques il n’y a pas de longueurs.

Note : 4/6

Page 109/249 THORR'S HAMMER : Dommedagsnat

Chronique réalisée par Yog Sothoth

Pour amorcer cette chronique, je vais commencer par me débarrasser de certains détails d’ordre biographique que vous vous devez impérativement de connaître si vous vous retrouvez un jour à discuter Doom Death 90s au court d’une quelconque soirée mondaine. Oui, Thorr’s Hammer est bien le premier projet de petits gars qui ont plutôt pas mal fait carrière depuis (liste des gars en question juste au-dessus, liste non exhaustive des projets sur la gauche). Oui, les vocaux Death sont bien tenus par une petite blondinette de 17 ans à l’époque, qui aurait pu en apprendre beaucoup à certains collègues mâles en terme de « cavernosité » vocale (et là pour épater la gallerie, vous pouvez même rajouter que la demoiselle était à l’époque casée avec Ihshan, c’est vraiment très intéressant). Et enfin, oui, cet enregistrement est la première sortie du label Southern Lord, qui s’est quand même bien développé depuis. Maintenant, ce disque a quand même un peu plus à faire valoir que les quelques anecdotes qui s’y raccrochent, parce que quelque part, on tient quand même là une pierre quasi-angulaire du style. D’ailleurs, on aurait avec « Norge » l’un des rares tubes du genre : dopé par une rythmique « coup de bélier » à 20 BMP couplée à un son de grattes tout dégueulasse directement sorti d’un bon vieux Winter ou Celtic frost, le chant, alternant le guttural carrément terrifiant par Miss Doom 95 (en Norvégien pour le coté exotique) et des passages en chant clair façon ritournelle mélancolique au coin du Fjord, donne la petite pointe d’originalité qui fait toujours plaisir, sur ce titre qui fait définitivement parti des incontournables du style, à tel point qu’il éclipse partiellement les deux morceaux suivants, un peu plus basiquement Doom Death, sans chant clair, et aux riffs un peu (à peine) moins mémorables. Au final, cet enregistrement marque surtout l’esprit par sa capacité à restituer le coté primitif / crasseux des pionniers du style et à pousser tous les éléments caractéristiques du genre (son, tempo) dans leurs derniers rentranchements. La réédition 2004 se termine avec un morceau live extrait d’un des deux concerts donnés par le groupe au court de sa brève existence, pas foncièrement original par rapport aux titres précdents, et qui se distingue juste par un son encore plus crade (Necro Doom Death primitif des cavernes ?) et une petite mélodie de guitare assez vicelarde, dans laquelle on se permettra de voir les prémices du projet suivant du duo O’Malley / Anderson (Burning witch, pour ceux qui ne suivent pas).

Note : 5/6

Page 110/249 THUNDRA : Worshipped by chaos

Chronique réalisée par Iormungand Thrazar

Deuxième album de Thundra, ce "Worshipped by chaos" fait suite à "Blood of your soul" sorti six années auparavant. Il a été enregistré début 2005, le temps que le groupe trouve un label après avoir quitté Spinefarm et un peu végété. Un groupe assez éclectique, mélangeant plusieurs influences qu'on pourrait qualifier de black metal mélodique et épique avec des influences heavy et un son puissant. Une diversité que l'on retrouve également dans les vocaux avec un chant black ,un chant death et une voix claire qui fait indéniablement penser à la performance vocale de Juhani Palomäki sur le premier album de Yearning, "With tragedies adorned". C'est même à s'y méprendre tant le ton Steven Grindhaug est similaire à ce dernier. Une oeuvre complexe avec de très bons passages comme le rageur "On thorns", le technique "Hatred declared" ou le dernier morceau éponyme du disque, qui n'est pas loin d'être le meilleur, un début avec une voix me rappelant Abbath sur le Immortal deuxième période. Une influence de Thundra, au même titre que Borknagar ou Arcturus, voire le récent Emperor. Une musique agrémentée de passages avec synthé/piano et de guitares acoustiques ("The existing darkness", très mélodique) bien exécutés, on ressent un gros travail en amont et la composition est de qualité, sinon talentueuse. Le groupe est composé de l'ancien bassiste d'Einherjer, Stein Sund, et du batteur d'Enslaved sur "Eld", Harald Magnus Helgeson. Pour résumer, Thundra nous offre un croisement entre brutalité et mélodie très carré, plutôt technique avec des musiciens doués. Il ne constitue sans doute pas l'album qui changera la musique extrême norvégienne comme le vend Black Lotus, mais certainement un très bon album, dense,fignolé et aux visages multiples mélangeant beaucoup d'influences et de styles. Un groupe à surveiller, ils pourraient frapper encore plus fort dans les années à venir. Excellent!

Note : 5/6

Page 111/249 CULT OF LUNA : Somewhere along the highway

Chronique réalisée par Chris

On ne présente plus Cult Of Luna. En cinq années et trois albums les suédois sont devenus une valeur sûre de la vague post hardcore, parvenant sans peine à s'extraire de la masse sans cesse grandissante des suiveurs pour imposer leur propre univers et leurs propres règles du jeu... Avec "Somewhere along the highway", leur nouvelle offrande, ils frappent à nouveau très fort, et pour la première fois livrent à l'auditeur ébahi que je suis un disque que l'on peut sans peine qualifier de chef-d'oeuvre. Oui ça y est nous le tenons ! Ce nouvel album, leur quatrième donc, représente en effet la quintessence du post hardcore dans toute sa splendeur. Cult Of Luna nous livre ici sept compositions magnifiquement progressives, sombres et puissantes, dont les lignes mélodiques, subtilement imparables, se cachent derrière le mur de guitares impressionnant que dresse le groupe. On se trouve devant un album plus racé, plus fin que son prédécesseur, réduisant la part des vocaux hurlés et laissant ainsi plus de place à la musique captivante du groupe, à ses guitares saturés et par moment savoureusement dissonantes. "Somewhere along the highway" est un irrésistible mélange entre post-rock et rock apocalyptique, le chainon manquant entre "Oceanic" d'Isis et "Times of Grace" de Neurosis. "Somewhere along the highway" est un coup de maître, un disque d'une intensité et d'une maîtrise exceptionnelles. Cult Of Luna avance, et nous avançons avec eux... Cet album va vous faire tourner la tête jusqu'à l'ennivrement...

Magnifique !

Note : 6/6

Page 112/249 GODARD / JOUSSE : Les écrans sonores de Jean-Luc Godard

Chronique réalisée par Trimalcion

Jean-Luc Godard fut une des figures marquantes de la Nouvelle Vague au cinéma (au départ un petit groupe de critiques des Cahiers du Cinéma : Godard, Chabrol, Rohmer, Truffaut... menés par le théoricien du mouvement André Bazin : dans un film d'auteur, le réalisateur doit manier sa caméra comme l'écrivain utilise sa plume... Il s'agissait surtout de s'insurger contre l'académisme sclérosé du cinéma de "qualité française" de l'époque), et le Suisse restera certainement dans l'Histoire pour "À bout de souffle", "Le mépris" ou encore "Pierrot le fou" (peut-être son chef-d'oeuvre). Si on est en droit de lui préférer la flamme jusqu'au-boutiste qu'ont pu manifester, dans le même mouvement, des génies tels que Chris Marker ou Jean Eustache, on ne peut nier que c'est à lui que revint l'influence "intellectuelle" la plus déterminante, car sur ses vieux jours, il est devenu une sorte de gourou que l'on venait consulter pour en extraire l'omnisciente parole, et ses idées sur le Cinéma et son déroulement dans l'histoire humaine du XXème siècle, il les a résumées dans un monumental "Histoire(s) du cinéma" (en huit volets !) qui remonte, remixe et repense une multitude de films choisis par ses soins pour explorer et recomposer à sa manière la mémoire du septième art. C'est alors que Manfred Eicher, le patron du fameux label allemand de jazz et musique contemporaine ECM, lui proposa de rééditer "Histoire(s) du cinéma" sous la forme d'un coffret de plusieurs disques accompagnés de livres. Ce qui fut fait. C'est à la suite de cette entreprise que Godard accorda au critique français Thierry Jousse (des Cahiers, bien sûr) un entretien-fleuve diffusé sur France Culture, et, pour marquer cet événement considérable et graver la parole du maître dans les siècles des siècles, le label de Radio-France jugea bon de sortir un disque reprenant intégralement cette longue entrevue. Ce disque ne contient donc pas de musique, ni même de montage intéressant de bandes sonores de films ; il reprend tout au plus quelques très courts extraits de la version audio de "Histoire(s) du cinéma" (rappelons que Godard était à l'origine ingénieur du son, et que le son reste un de ses domaines de prédilection). Non, d'un bout à l'autre, c'est à la parole du maître que nous avons droit, relancée efficacement (et respectueusement) par le questionnement de Thierry Jousse, et franchement, ça ne présente pas grand intérêt, à moins d'être un fanatique écervelé (pléonasme) de l'oeuvre, ou plutôt (et c'est plus grave) de la personne de Jean-Luc Godard, devenu vieillard pontifiant et radoteur. Ainsi, le premier message divin, celui qui ouvre le disque, est le suivant (cité textuellement) : "Euh écoutez je pense que le son oui autant puisque mais c'est peut-être propre à la Nouvelle Vague puisqu'on parlait beaucoup" (???) et de se comparer à Proust. Bon, la suite devient plus compréhensible, rassurez-vous. Il n'empêche que ce long discours prétentieux, quelquefois profond et passionnant mais le plus souvent creux, n'a guère d'intérêt à être ainsi écouté sur disque. On y apprend (entre autres) que Godard n'aime pas la "musique de film", y compris celle des siens, ni la musique sérielle, qu'il considère comme de la "musique nommée" ; qu'il aimerait le free jazz s'il était capable d'en écouter ; qu'il a harcelé Pierre Bourdieu et Serge July à propos de leurs positions sur la guerre au Kosovo ; que les droits d'auteur, ça l'énerve ; que le son des téléphones portables est pourri et que les gens semblent s'en foutre ; qu'il avait penser aller filmer Keith Jarrett ; que dans sa vie, il a "essayé de foutre le bordel" mais n'a pas réussi et a été chassé... Bon. Jean Baudrillard ou le café du commerce, à vous de voir. Mon conseil : ne vous laissez pas arnaquer et, tant qu'à faire, dirigez-vous plutôt vers les "Histoire(s) du cinéma" chez ECM.

Page 113/249 Note : 1/6

Page 114/249 PRYAPISME : Pump up the pectine

Chronique réalisée par Iormungand Thrazar

Nommé d'après cette maladie célèbre de l'érection aigüe et chronique, Pryapisme est un jeune groupe auvergnat originaire des alentours de Clermont-Ferrand. Les groupes inutiles y pullulent comme partout, mais une fois n'est pas coutume, ce n'est pas du tout le cas avec ce dernier. Impossible de catégoriser la musique du groupe dans une case, elle est le résultat d'un mélange des genres inattendu et osé. Ils se qualifient de "jazz core disco metal", mélangent des influences aussi diverses que la musique de jeux vidéos, le jazz, l'électro, la bossa nova, le metal. Bref, ils sont forcément amateurs d'artistes comme Fantomas, Mr Bungle et Mike Patton. Sortie en 2005 et autoproduite, la deuxième démo de Pryapisme qui fait suite à "Or bleu" (2001) est une démo d'une qualité que l'on aimerait retrouver plus souvent. Le son est très correct, beaucoup de groupes autoproduits souhaiteraient avoir une telle sonorité. La musique du groupe est riche et dense, sans réelle structure couplet-refrain, beaucoup de changements de rythme, folle, vigoureuse et instrumentale (excepté quelques cris de loups "humains" ou éructations spontanées). Une bonne idée d'ailleurs que de ne pas avoir noyé une musique aussi intéressante sous un flot de voix parfois totalement inutiles. Le groupe est cohérent, ça s'entend, à noter la bonne performance de Ryko à la batterie dont on entend l'aisance indéniable derrière les fûts. Vous l'aurez compris en lisant les titres, le groupe existe dans un univers original bien à lui, décalé, old-school mais avec des sonorités modernes et qui ne se prend pas trop au sérieux. Pour autant la musique n'est pas bâclée ni ridicule le moins du monde, au contraire, il vous faudra plusieurs écoutes pour l'apprécier à sa juste valeur, et même après ça, vous n' y arriverez peut-être pas. Pas mal de breaks atmosphériques qui ne font que renforcer les passages plus violents avec des juxtapositions d'effets que j'ai rarement entendu. Devant la difficiulté d'analyser proprement la musique proposée par Pryapisme (eux-mêmes ont du mal, puis finalement on s'en fout), je vous invite à écouter les deux extraits liés à cette chronique. Gageons qu'avec un peu plus de maturité et la possibilité pour les membres du groupe de travailler plus souvent ensemble (les membres ne résidant pas dans les mêmes villes et pour certains en études à quelques centaines de kilomètres), Pryapisme pourrait grandir vite. A suivre de près!

Note : 4/6

Page 115/249 GAINSBOURG (Serge) : Histoire de Melody Nelson

Chronique réalisée par Trimalcion

Le chef-d'oeuvre de Serge Gainsbourg (un échec commercial retentissant au moment de sa sortie) n'a pas pris une ride. Il continue à chaque écoute de foudroyer l'auditeur par sa modernité et par une ambiance véritablement indescriptible : chaleur organique de la voix parlée, chuchotée, mixée très en avant, qui nous conte la rencontre accidentelle du narrateur avec une gamine dont il tombe passionnément amoureux, et qui finira par mourir dans un crash aérien ; convulsions indomptables et libres de la guitare électrique ; rythmique étourdissante et pulmonaire, qui laisse toute la place à une basse gonflée, voluptueuse, malaxée de manière diabolique ; et bien sûr des volutes de cordes ensorcelantes, dont la somptueuse beauté vient parfaire le spleen sombre mais souverain qui se dégage de cet album. Car la brièveté de chacun des épisodes (le texte est également un des plus beaux de Gainsbourg) : la rencontre, la déclaration d'amour, la description de l'hôtel précédant l'ivresse érotique, et enfin la convocation des esprits (les choeurs du final...) par les sorciers de Nouvelle-Guinée (qui attendent qu'un avion s'écrase pour pouvoir en piller le frêt) fatale à la nymphette Melody : tout cela, par-delà l'incommensurable beauté, nous renvoie à une insondable tristesse et à un profond mal de vivre. On ne dira jamais assez combien ce concept-album, mêlant dans une brume malsaine chanson française et pop anglo-saxonne, a profondément marqué les esprits. Bien sûr, Gainsbourg n'en était pas à son coup d'essai, après d'excellents débuts dans une chanson plus traditionnelle quoique souvent décapante (du "Poinçonneur des Lilas" à "Couleur café") et de véritables perles inspirées par l'icône Brigitte Bardot ("Initials B.B.", "Bonnie and Clyde", "Comic strip", "Je t'aime... moi non plus"). On ne louera jamais assez non plus l'autre grand artisan de cette sulfureuse réussite, j'ai nommé l'arrangeur Jean-Claude Vannier, qui venait de co-réaliser un autre chef-d'oeuvre, le premier album de Brigitte Fontaine ("Brigitte Fontaine est..."). Bref, ce disque sublime et capiteux, qui tournoie, qui groove, qui apaise et qui excite, qui raconte et prophétise, qui joue avec le symbolisme et l'art pour l'art tout en transgressant les interdits et en répandant ses arômes délétères, reste une référence incontournable pour qui voudra faire de la musique pop avec ambition, et la pousser dans ses retranchements les plus sombres et les plus audacieux.

Note : 6/6

Page 116/249 GAINSBOURG (Serge) : L'homme à tête de chou

Chronique réalisée par Trimalcion

"L'homme à tête de chou" est le second grand album concept de Gainsbourg, pour ainsi dire le jumeau de "Melody Nelson", cinq ans après : même trame narrative (une histoire d'amour qui se termine mal, où le héros, cette fois-ci, tue lui-même par jalousie la femme qu'il aimait, Marilou, shampouineuse nymphomane, et finit en hôpital psychiatrique), mêmes ambitions de révolutionner tranquillement les aspirations d'une musique pop qui semble décidément trop étroite pour lui, par des sonorités complètement inédites, des influences allogènes qui installent des ambiances inouïes. Plus que jamais, Gainsbourg veut expérimenter, lui, le premier homme qui allait jouer du reggae en France (avant d'être imité par tant de fâcheux...), le provocateur de la "Décadanse" (qui fit suite à Melody Nelson) et de "Nazi rock", le touche-à-tout qui venait de réaliser son premier long-métrage pour le cinéma ("Je t'aime... moi non plus"). Bien entendu, l'aliénation, l'impasse des passions amoureuses et érotiques, le suicide, la drogue... tout cela reste au centre des préoccupations de l'artiste. Avec "L'homme à tête de chou", c'est l'anatomie d'un basculement dans la folie qui est faite. Le narrateur schizophrène, obsédé par les turpitudes sexuelles de son amante, finira par voir les symptômes de son mal matérialisés par sa transformation en légume crucifère. Le texte est encore une fois un bijou de poésie décadente. Musicalement aussi, nous pénétrons tout droit dans l'antre de la folie, avec ce qui restera le disque le plus génialement avant-gardiste de Gainsbourg : clochettes nuageuses, guimbarde en roue-libre et percussions tribales ou distordues ; synthétiseurs spatiaux et orgues d'envergure planante ; rock groovy terrifiant d'efficacité ; ritournelles proto-reggae ; pop lyrique et épique (grandioses "Variations sur Marilou")... L'alliage de cette démence littéraire et musicale parvient presque à égaler "Histoire de Melody Nelson", pour ce qui restera un autre sommet de chanson française destructrice de bonnes moeurs et de civilisations...

Note : 5/6

Page 117/249 SEIFERT (Erik) : A Trip To Nebula Cluster

Chronique réalisée par Phaedream

Erik Seifert est un musicien allemand qui est produit et distribué par l’étiquette SynGate. Fortement influencé par Vangelis, Kraftwerk, Tangerine Dream et Jean Michel Jarre, il nous livre un album avec des compositions écrites entre 1992 et 2003. A Trip to Nebula Cluster est donc une sorte de compilation qu’il a regroupé sous un album concept. Une longue pièce séparée de 9 titres. La musique est continuelle et est rattaché par des effets cosmiques sonores qui traversent nos oreilles et qui en mettent plein l’ouïe. Si j’ai senti l’influence de TD et Jarre, j’y ai aussi flairé une forte influence du duo allemand Software (Peter Mergener et Michael Weisser). Avec Liquid Thoughts, nous sommes dans un univers statique ou vent, chœur et flûte rôdent afin de s’agripper à une première ligne séquentielle. Et c’est en rappelant les premières œuvres de Software que A Trip to Nebula Cluster prend son envol. Hésitante, la mélodie tente de suivre une fine ligne séquentielle. C’est léger et le jeu des percussions qui font écho est bien réussi. Tout au long de la pièce titre, on retrouve les essences qui composeront la totalité de cd; des séquences qui changent constamment d’orientation, des percussions issues d’effets sonores, du mellotron synthétique qui fait les sons de flûte, de chœur, de vent, et d’arrangements orchestraux. Le début ambiant de Before Lift Off est vite récupéré par un doux séquenceur hypnotique qui souffle une belle mélodie qui nous amène à Acceleration. Comme son titre le suggère, le rythme est plus rapide. Les synthés, qui se mêlent aux étoiles filantes et aux percussions audacieuses, déboulent des mélodies qui se perdent dans les méandres spatiales de Blue Sky. Derrière des voix d’astronautes, un petit beat hypnotique gagne en force. Lent il est traversé par des effets sonores galactiques. La séquence change pour accélérer sa pulsation et se termine dans le souffle synthétique de Lost in Space. Une douce ballade synthétique avec violons, flûtes et chœurs cosmiques. Le synthé est plaintif et crache sa nostalgie. Cloué à nos rêveries, on est séduit. Cette douce complainte traverse la frontière de Outer Rim, où les percussions prennent la commande auprès d’un synthé nerveux. Mélodieux le séquenceur augmente ses cordes synthétiques d’un degré pour jouer et modifier l’harmonie, de concert avec de géniales percussions. Un titre habillé en masse, qui en mets plein les oreilles. Bien que rattaché avec Outer Rim, Drifting Home semble déconnecter de l’ambiance spatiale de A Trip to Nebula Cluster. Mais ça ne lui enlève en rien sa beauté. C’est un titre doux et hypnotique, avec des flûtes aux sonorités du Moyen Orient qui sont accompagnés de légers tablas. Reentry progresse sur les cendres de Drifting Home. Le début est statique et souffle des synthé hésitants traçant subtilement une ligne séquentielle qui se développe sur un rythme irrégulier. J’ai été agréablement surpris par A Trip to Nebula Cluster d’Erik Seifert. J’avais déjà entendu Thrust Avis (paru en 2004) et je n’avais pas vraiment accroché. Ici, il sort tout son attirail et en met plein les oreilles. On sent nettement les traces de ses influences et c’est un agréable délice que de passer au travers A Trip to Nebula

Cluster.

Note : 5/6

Page 118/249 SYSTRAL : Black Smoker

Chronique réalisée par Powaviolenza

Systral, c'est THE all-stars band allemand, composé exclusivement de la fine fleur de la culte "Bremen Scene" : on y retrouve donc les tueurs derrière Acme, Carol et Mörser. Et autant vous le dire tout de suite : ça tue. Premier constat : la prod est énormissime, assurée par le grand gourou du son Brémois, Dirk Kusche (qui est à la scène hardcore Brémoise ce que Frederik Nordstrom est à la scène de Gotebörg, responsable des sons de tout ce qui a pu faire la renommée de cette scène : Acme, Carol, Mörser, Inane, etc... - et qui tient d'ailleurs ici aussi le rôle de bassiste). Tous les éléments typiques du son allemand sont donc présents : son de basse sec et saturé sans tomber dans la bouillie, grattes énormes et amples, rendu général extrêmement dynamique et cru, abrasif et puissant, et surtout noisy. Sérieusement, le son colle vraiment une baffe comme rarement, une sorte de parfait mélange entre le son Entombed et le son Acme. Un rapprochement qui ne se fait d'ailleurs pas qu'au niveau de la prod : si les Systral de "Fever" (leur précédent méfait) officiaient plutôt dans une sorte de Acme boosté au , ici l'influence principale se retrouve plutôt dans le death'n'roll de Entombed : gros putain de feeling rock'n'roll et racines death-metal sont donc au rendez-vous! Et loin de ne faire que copier les suédois, j'irais presque jusqu'à dire que Systral en transcende le style en y rajoutant une bonne dose d'ultraviolence (le jeu de batterie et les deux chanteurs de Mörser y sont pour beaucoup) et des samples parcimonieusement bien placés de foule en délire, donnant à "Black Smoker" un feeling live et festif absolument jouissif : certains morceaux donnent l'impression d'avoir été enregistrés dans un stade rempli à rabord de fans bourrés jusqu'à l'os ("Roll The Dice" / "Black Smoker" / "Worldmaster/One For The Crowd"). "Black Smoker": dix brûlots de death'n'roll aux riffs bourrés de feeling, dont l'intensité ne retombe jamais, et qui se payent le luxe, en sachant se faire un minimum variés, de mettre de côté la linéarité qui aurait pu gâcher cette galette. Et c'est cela qui fait ici toute la différence avec le clone de Entombed lambda : le côté "core", se traduisant par un certain groove moshisant omniprésent, quelques riffs noisy typiques de Brème, un double chant ultra efficace, et des passages tout en lourdeurs parfois quasi-sludgiques qui sont assez rares pour surprendre - de même que les quelques blasts. Chaudement recommandé à tous les amateurs de sons

énormes, de rock'n'roll qui s'écoute très fort, et de metal puissant et classe.

Note : 5/6

Page 119/249 ANTHEIL (1900-1959) (George) : Jazz sonata / Sonatina / La femme 100 têtes

Chronique réalisée par Trimalcion

George Antheil, compositeur américain ayant passé le plus clair des années 1920 à défrayer la chronique en Europe, lui-même pianiste virtuose adorant le scandale, fut un peu le continuateur de Stravinsky au piano, avec ces rythmes à la mécanique implacable et cette sauvagerie tribale (c'est à ça surtout que les compositeurs "sérieux" pensaient lorsqu'il faisaient référence au "jazz" à l'époque) ; sur cela, il projetait les idées de ses amis surréalistes sur la création artistique, l'oeuvre devant être le fidèle reflet des rêves (c'est-à-dire du refoulé inconscient) de son auteur, avec pour y parvenir des collages invraisemblables et l'utilisation de l'écriture automatique. "Jazz sonata" et "Sonatina" (éloquemment sous-titrée "Death of the machines", car pour lui, le siècle des machines aussi avait droit à sa musique), composées en 1922, font preuve de cette modernité décapante, art "dégénéré" et enflammé, violent et dissonnant, où le piano retrouve sa vocation d'instrument à percussion. "La femme 100 têtes" (1932/33) - un titre que n'aurait pas renié André Breton - cadavre exquis musical composé de pas moins de 45 mouvements, aussi brefs que fulgurants, fait davantage alterner ces moments furieux avec des passages plus lents et oniriques, qui remplacent un temps par un autre temps. Un disque ébouriffant qui, avant que le compositeur ne retourne vers un langage beaucoup plus traditionnel, continue d'exhaler le soufre.

Note : 4/6

Page 120/249 : Death before dishonour

Chronique réalisée par Twilight

Si l'on considère bon nombre de documentaires ou ouvrages sur le punk anglais, certains estiment sa durée de vie comme n'excédant pas 1978, éventuellement 79, la suite n'étant déjà plus qu'une bouffonnerie à leurs yeux. Comme pour marquer la fin de cette époque, Margaret Thatcher est élue premier ministre cette année-là. Quelle que soit l'opinion sur la question, difficile pourtant d'ignorer l'existence d'une formation baptisée The Exploited qui verra le jour au tout début des 80's. Prônant une attitude radicale, le groupe reprend le 'No future' des Sex Pistols qu'il transforme en ' Punk's not dead !'. Arborant iroquois colorés, perfectos surcloutés, nos lascars durcissent le ton, les guitares, et accélèrent le tempo. Pour eux, pas de concession, le système capitaliste est pourri et doit être combattu par tous les moyens possibles (du coup, Maragaret Thatcher et Ronald Reagan s'en prendront pour leur grade). Autant l'avouer, en règle générale je suis plutôt fan de punk old school et le style violent des Exploited ne me convient qu'à moitié. Pourtant au milieu du bruit et de la fureur, ces agités sont capables de nous pondre quelques joyaux incendiaires qu'il serait dommage de négliger. Si les spécialistes citent en général (avec raison) le fabuleux 'Troops of tomorrow', 'Punk's not dead' ou ''Death before dishonour', le groupe a selon moi écrit bien d'autres excellents titres moins reconnus mais aussi indispensables. 'Death before dishonour' en inclut un bon paquet, à commencer par 'Anti UK', 'Power struggle' ou 'Barry Prossitt'. La recette est simple, la rythmique est soit très rapide, soit lourde, les guitares sont sales et empruntent leurs riffs au métal plus qu'au rock. A celà s'ajoute la voix de Wattie Buchan scandant sa colère. Certaines chansons comme 'Don't really care' évoquent le style du Ministry de 'Mind is a terrible thing to taste', les machines en moins. Ca secoue, ça laboure le ventre mais ce ne sont pas les meilleurs titres bien que leur efficacité ne soit pas à démontrer. La véritable richesse des Exploited se découvre sur des brûlots comme l'excellent 'Sexual favours' et sa ligne de basse qui donne le tempo, rejointe par les roulements de la batterie, et des attaques de guitare qui donne envie de se rouler par terre; cerise sur la bière, des choeurs féminins sur le refrain. Un brin moins excitants mais néanmoins drôlement bien ficelés, 'Drug squad man' mené par une rythmique roulante comme en raffolent les goths post-punk ou encore un 'Jesus is dead' plus influencé par le garage . Dans ces moments-là, et surtout dans ces moments-là, on comprend que The Exploited n'ont pas usurpé leur statut de formation culte du punk. A noter que cette réédition propose en bonus les mini 'War now' et 'Jesus is dead'...merci beaucoup ! 4,5/6

Note : 4/6

Page 121/249 BASTIEN (Pierre) : Musiques machinales

Chronique réalisée par Trimalcion

Je me souviens de la réponse du respectable Dominique A, à qui l'on demandait quel disque français il ferait découvrir à un ami étranger (ou extra-terrestre) sans courir le risque de se fâcher avec lui. Il en cita trois, parce que, disait-il, ils n'avaient aucun équivalent nulle part : "Comme à la radio" de Brigitte Fontaine, "#3" de Diabologum, et ces "Musiques machinales" de Pierre Bastien. Le nom éveillait en moi un vague écho, mais le voir en si bonne compagnie suscita bien évidemment davantage de curiosité. La démarche de ce compositeur français rappelle bien évidemment l'artisanat sonore furieux, anarchique et sans frontières d'un Pascal Comelade (autre petit-fils de John Cage) avec qui il a d'ailleurs souvent collaboré. À ceci près que Pierre Bastien ne se contente pas de récupérer ici ou là les instruments les plus exotiques et les plus loufoques : il les fabrique lui-même, ou plutôt il fabrique un interprète, un medium capable d'en jouer, le "Mecanium", son orchestre créé "en confectionnant ses machines musicales à l'aide d'instruments africains augmentés de poulies, de courroies, de moteurs de pick-up et de structures empruntées au Meccano". Le résultat désoriente au premier abord, c'est le moins que l'on puisse dire, et "extra-terrestre" est en effet le mot qui convient le mieux pour décrire les ambiances produites ici, où des instruments traditionnels africains, ancestraux, sont mus par des mécanismes tous plus ingénieux, ahurissants et tordus les uns que les autres, qui les enclenchent en boucle. Sur cette rythmique incongrue, Pierre Bastien greffe ses motifs improvisés, mélodies répétitives jazzy et langoureuses, à la trompette, au trombone ou au violon. Albert Durand nous décrit cette démarche expérimentale refusant le recours à l'électronique comme "la manifestation d'un engagement moral". Pourquoi pas. Mais ce qui est frappant au fil des écoutes, c'est la parfaite cohérence sonore de l'ensemble : Pierre Bastien crée SON monde, et ce monde ne refuse pas de s'ouvrir à la beauté, à l'émotion, bien au contraire. Cette musique renvoie à quelque chose d'ancien, de profond, de vrai, qui submerge bientôt l'auditeur et le terrasse aussi sûrement que n'importe quelle oeuvre composée sous le sceau de "l'authenticité" (notion qui voisine le mythe). Donc, Pierre Bastien a beau nous faire entendre (tenez-vous bien), de la cithare inanga semi-automatique, du meccano-violoncelle, du xylophone rotatif, des violons peuls mécanisés, de la harpe du Zaïre robotisée, j'en passe et des meilleures, son oeuvre, à mille lieues d'un travail réservé au laboratoire ou de tout exotisme kitsch, s'avère essentielle par son intense vitalité et son caractère touchant aussi bien qu'intemporel. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si l'unique reprise de ce disque est celle du mythique "People in sorrow" de l'Art Ensemble of Chicago : la démarche de Pierre Bastien, par sa recherche d'une harmonie profonde entre africanisme ancestral, musique contemporaine expérimentale, et jazz, semble bien proche de celle du collectif américain, et parvient également à effleurer un langage à la fois neuf et universel. Un disque splendide, mystérieux, à écouter au moins une fois avant de mourir.

Note : 5/6

Page 122/249 MANNGARD : Circling buzzards

Chronique réalisée par Iormungand Thrazar

"Circling buzzards" est le premier album des norvégiens de Manngard, groupe peu connu puisqu'il n'avait sorti qu'un ep éponyme auparavant. Manngard pratique un death/ technique, par moments saccadé et pas noyé dans le à outrance. La voix n'est pas typiquement outre-tombe, mais se rapproche d'un Tom Araya sur l'album de reprises punk de Slayer, "Undisputed attitude". Les textes du disque sont basés sur une oeuvre de l'écrivain américain William Faulkner qui relate l'histoire d'une famille américaine possédant une ferme, un père tyrannique et monstrueux à sa tête qui les entrainent à commettre des atrocités, des voyageurs qui disparaissent de manière étrange et qui selon la rumeur, finiraient dans les marécages alentours. Passées ces considérations conceptuelles, Manngard, quoiqu' efficace sur certains morceaux, n'impose pas assez sa patte à mon goût, le rendu fait parfois penser à du The Haunted un peu trop linéaire. Ceci est peut-être dû à l'inexpérience du groupe, mais les morceaux du disque ne se différencient pas assez les uns des autres. On a donc une galette honnête pour un premier album mais pas encore assez personnel. Le point fort du groupe me semble la diversité dans les vocaux, qui changent au sein d'un même morceau comme sur "It was demons", et alternent entre vocaux "Tom Arayesques", voix plus death et d'autres plus hardcore furieux ("Into the quagmire"). On notera au passage la belle apparition de Grutle Kjellson d'Enslaved dans un registre vocal purement black metal dont le groupe s'éloigne peu à peu sur un morceau assez différent du reste de l'album, plus black metal. Le groupe a peut-être trop tendance à partir dans tous les sens, il manque une ligne directrice bien propre, mais il n'y a pas de raison étant donné les capacités instrumentales de Manngard que cela n'arrive pas avec un peu plus d'expérience et de maturité. Un premier essai honorable donc, qui demande confirmation et approfondissement par la suite.

Note : 3/6

Page 123/249 REICH (B.1936) (Steve) : Early works : Come out / Piano phase / Clapping music / It's gonna rain

Chronique réalisée par Trimalcion

Les travaux de jeunesse de Steve Reich sont passionnants à plus d'un titre. Tout d'abord, ils portent en germe tous les procédés qui seront mis en oeuvre dans ses futurs opus. Ensuite, outre l'intérêt "archéologique" qu'on peut leur porter, ils sont dotés d'un véritable pouvoir d'hypnose et de fascination, qui n'appartient qu'à eux. Enfin et surtout, c'est avec ces travaux que l'on prend le mieux conscience de l'influence déterminante que l'oeuvre de Steve Reich a pu exercer sur toutes les musiques électroniques basées elles aussi sur la répétition et sur l'effet de transe, sur les battements métronomiques ultra-rapides et le matraquage régulier d'un échantillon sonore, sous-bassement du morceau. À partir de 1965, les recherches du compositeur américain sont en effet axées sur l'effet obtenu à partir du déphasage graduel de deux bandes qui passent chacune en boucle un même échantillon sonore très bref. Ainsi, dans "Come out" (1966), un jeune homme ayant pris part à une émeute à Harlem, blessé, doit montrer une de ses plaies aux policiers pour être emmené à l'hôpital et témoigne ensuite lors de son procès, sa phrase se terminant par "...come out to show them", extrait monté en boucle par le compositeur, laquelle boucle est entendue d'abord à l'unison de part et d'autre de la stéréo, puis un décalage s'opère progressivement, laissant la place à deux voix disctinctes. Dans le même temps, une réverbération plus forte apparaît. Au fil des douze minutes, c'est bientôt quatre voix puis huit que l'on pourra distinguer. "It's gonna rain" (1965) est fondée sur le même principe, à ceci près que l'extrait sonore est plus long et change en cours de route, ce qui crée une impression globale encore plus envoûtante et hypnotisante. Car cette voix humaine qui, détournée ainsi, produit bientôt un canon ultra-complexe, un rythme, des harmoniques propres, possède indéniablement le pouvoir d'entraîner l'auditeur dans un état second. "Different trains" réutilisera d'une autre manière des témoignages authentiques "musicalisés" et faits prisonniers des structures que le compositeur leur impose ; de même dans la fascinante partie centrale de "City life", avec des instruments joués live qui s'inviteront pour renforcer les harmoniques. Puis les voix échantillonées seront elles aussi remplacées par de "vraies" voix dans "Desert music" et dans "Tehillim". Les déphasages graduels prendront également plus d'ampleur avec "Music for 18 musicians". Mais l'essentiel est déjà là ; et je dirais même que l'utilisation de bandes rapproche ces essais, par leur caractère agressif nous entraînant aux frontières du chaos, d'une sorte de techno hardcore avant la lettre (la fin de "It's gonna rain" est vraiment terrible). "Piano phase" (1967) reprend la technique du déphasage avec deux pianos jouant en direct - un son qui sera amplifié et développé avec "Six pianos" et "Music for 18 musicians". Quant à "Clapping music" (1972), son économie de moyens (Russ Harte249erger et Steve Reich qui tapent des mains !) dans la mise en oeuvre d'un procédé similaire, renforce encore la perception que l'on peut avoir d'une extraordinaire complexité rythmique, et annonce déjà les lignes de percussion de "Tehillim". Bref, il ne manquera plus à Steve Reich, après ces premiers essais déterminants, qu'à aller faire un petit saut en Afrique de l'Ouest pour définitivement trouver ses marques. Mais la révolution est déjà en marche et rien ne pourra l'arrêter. Un disque essentiel.

Note : 5/6

Page 124/249 SYNDROMEDA : Last Days on Earth

Chronique réalisée par Phaedream

Danny Budts (Syndromeda) est un musicien Belge qui fait de la musique depuis le début des années 90. Il a conçu ses premiers synthétiseurs et a monté son propre studio, lui donnant ainsi une totale liberté artistique. Indépendant, il crée sa musique, comme un artiste peint ses toiles; sans compromis. Sa toile de fond est le synthétiseur. Comme un virtuose, il aime en sortir le maximum. Des sons tordus, sulfureux et aigus ses notes, ainsi que ses solos, sont la structure même de ses compositions. Last Days on Earth en est une exemple frappant. Ballad of Love and Mystery démarre en grande pompe orchestral. Une nuée de violon couve une basse pulsation séquentielle, d’où émergent des clés sonores qui tourbillonnent dans un espace sonore riche. Les chœurs, les strings, bref les beautés d’un mellotron sont utilisées à profusion. Atonique, le beat est séquentiellement lourd. L’effet aurait été meilleur avec une pièce plus courte. Un synthé sinueusement lent débauche The Secret Life of A. Une discrète pulsation se fait entendre et mue en une séquence plus accélérée. Le séquenceur s’emmêle avec les percussions électroniques. Le rythme change, les synthés sont plus agressifs. Et tranquillement, la pièce s’essouffle pour faire place à The Sense. Une pièce avec un rythme qui pilonne, qui fait du surplace et qui est bombardé par des gros accords et des gros solos de synthé. Too Hot in Hell ne se démarque pas plus. Malgré les soubresauts des séquences, la pièce ne prend pas véritablement d’envol. C’est statique et on est toujours en attente. C’est la faiblesse de Last Days on Earth de Syndromeda. Nous sommes toujours en mode attente. Les synthés, notamment le mellotron, sont superbes. Les séquenceurs et les percussions sont en arrière plans, donnant l’illusion d’un manque de chaleur, de profondeur. Très synthétique on a l’impression de nager en eau froide, avec quelques courants chauds. Ça ne lève pas comme on le penserait. S’adressant à un auditoire plus restreint, le dernier Syndromeda est plus expérimental et demande plus d’écoute. Et comme les grandes

œuvres incomprises, il gagne à être écouté plus souvent.

Note : 4/6

Page 125/249 PAUVROS (Jean-François) / RED / AKCHOTÉ (Noël) : Écume ou bave

Chronique réalisée par Trimalcion

J'imagine bien les trois guitaristes d'"avant-garde" entrer en studio pour enregistrer un disque pareil. "Ha ouais, c'est cool, rien que sur notre nom, on peut squatter peinards les studios de Radio-France, la classe ! - Putain, t'as vu le matos ? Mais qu'est-ce qu'on va bien pouvoir en faire ? - Euh, j'en sais rien. T'as une idée, toi ? - Euh, non. - On s'en fout ! On sait jouer, bordel ! On va tous improviser en même temps, jouer n'importe quoi comme on sait si bien le faire, et vous verrez qu'en deux jours on aura gravé un disque ! - Ouais, t'as raison. Sur plus d'une heure, y'aura bien cinq ou dix minutes intéressantes. Moi je vais faire des buzz avec mon ampli, je trouve ça trop marrant, toi tu pourras jouer de la guitare acoustique amplifiée, ça changera un peu de toutes les sonorités saturées qu'on a l'habitude de faire depuis des lustres avec nos grattes électriques trafiquées. Et toi, de temps en temps, frotte tes cordes avec un archet. J'ai vu Fred Frith faire ça une fois, en concert, ça tuait. - Ha ouais, hé hé. - Et attendez, pour aller avec le disque et faire croire que c'est une musique organique et vraiment aventureuse, j'ai commencé à rédiger un putain de texte, tenez, je vous en lis un morceau : "Avec les doigts (tous ceux valides), avec les épaules, le buste, le tronc et la nuque. Un ampli qui chauffe chaque instant un peu plus, une envie qui ne correspond à aucune autre et qui pour peu ne fera pas écho..." et puis comme titre, j'ai pensé à un truc un poil intello et situationniste, comme un clin d'oeil aux branleurs qu'on intéresse un peu : "Écume ou bave" - Ho la vache, t'as raté ta vocation, toi, c'est écrivain que t'aurais dû faire, pas guitariste. - Oui, c'est ce que m'ont dit la plupart des gens qui ont acheté mes disques ! (rires)". Et quelques mois plus tard : "Ça y est, les gars, il est sorti ! - Fais voir ? Wah ! Le beau packaging ! Rien que grâce à ça, personne pourra dire qu'il s'est fait avoir ! - Nom de Dieu, et vous avez vu ce qu'ils ont écrit en dos de pochette ? "Jean-François Pauvros, Red et Noël Akchoté en profitent pour faire le point sur trente années d'agitation musicale." - Ha ha ha ! Rien que ça ? (Fous rires)."

Note : 2/6

Page 126/249 TUSK : Get Ready

Chronique réalisée par Powaviolenza

Je l'ai attendu ce CD. Et c'est un euphémisme. Etant un gros, gros fan de Tusk, cette réédition remixée / remasterisée de "Get Ready", leur premier CD, ne pouvait que me faire bouillir d'impatience, même si je ne voyais pas trop l'intérêt d'un remaniement du son - celui-ci étant déjà excellent à la base. Après réception de ma tant désirée commande, première claque : l'artwork de (monsieur Hydrahead / Isis / etc) est comme à l'accoutumée très, très classe, tout en psychédélisme bizarre, composé essentiellement de têtes de mort oranges virevoltant dans un chaos guerrier de cercueils aériens. Deuxième claque, plus mitigée : le son. A la base, "Get Ready" avait une prod franchement noisy, débordante de saturation, avec une batterie ultra-organique et dégueulasse apportant une touche roots qui participait bien à la personnalité de ce CD. Alors OK, dans le "Get Ready" 2006, tout est plus lisse, mais la Alan Douchisation jarte une bonne partie de ce son de batterie raw et ultra brutal dont je parlais plus tôt. On a donc affaire à un gros son propre plus commun, sûrement pour ne pas rebuter les fans de Pelican (à la base simple side-project de Tusk...!) qui découvriront les mighty Tusk par l'intermédiaire de cette réédition... Mais passée cette petite déception, on s'aperçoit que le remixage permet de (re)découvrir toutes les petites subtilités riffistiques qui étaient légèrement noyées dans le bruit. Et "Get Ready" en regorge : il se dégage de ces neuf titres un feeling absolument unique mêlant harmonies bizarres et forestières (qui seront d'ailleurs largement développées dans leur second et dernier opus, "Tree Of No Return") et ultraviolence grindisante. "Get Ready", c'est le passage au milk-shake de "Sounds Of The Animal Kingdom" de Brutal Truth (dont l'ambiance est assez similaire je trouve), de l'urgence d'Acme et de l'originalité de Discordance Axis ou Exit 13, avec un léger côté early Converge, le tout recraché sous forme de masse sonore terreuse et organique. Au menu, des blasts ultra rapides et abrasifs complètement jouissifs, une voix possédée oscillant entre cris extrêmes et passages parlés, des riffs bizarres et dissonnants au possible (avec originalité), mais au feeling assez "méditatif" (proche de Pelican) malgré tout. Un maëlstrom d'expérimentations bien utilisées, telle que cette cythare cosmique sur "Green Love" (mon titre préféré par ailleurs) ou bien la mandoline psychédélique de "Six-Act Descent To The Lower Reaches", et de violence presque maitrisée - quelques trucs sonnent un peu approximatifs mais ne gênent absolument pas. Quelques passages proto-Pelicanesques viennent ralentir parfois le tempo ("A Animal Has A Nice Day", "Six-Act Descent To The Lower Reaches") sans que l'intensité générale en patisse. Le chaos sonore développé est harmonieux et presque apaisant. Neuf titres, neuf chef-d'oeuvres de hardcore grindisant et noisy : rien à jeter. De plus, les six live présents dans la réédition nous permettent de se faire un aperçu de la tuerie que devait être ce défunt groupe sur scène : execution parfaite sans mettre de côté le feeling, enregistrement très correct. La section multimédia nous fait profiter en vidéo (de très bonne qualité) de l'enregistrement de ces titres (visiblement dans le studio d'une radio) et d'une interview malheureusement non sous-titrée. Achat extrêmement conseillé donc pour tous les amateurs de grindcore non conformiste, de hardcore violent et noisy et de Pelican. Reformez nous Tusk, putain de bordel !

Note : 6/6

Page 127/249 DEMIGOD : Slumber of sullen eyes

Chronique réalisée par pokemonslaughter

Groupe culte de la scène death finlandaise, l'expresison n'étant pas pour une fois galvaudée, X-treem se dit qu'après tout c'est dans les meilleurs pots qu'on fait les meilleures soupes. alors pourquoi pas ressortir une vieille soupe ? Ma foi même bien pourrie, elle tue encore celle-là ! Très difficile à trouver actuellement cette réédition tombe très bien pour une fois. Demigod est donc un pionnier du death en Finlande, mais également un pionnier dans le style death" sombre". Non, Immolation'a rien inventé, il suffit d'écouter cette galette, tout est déjà là. Le riffing crade, entre un Immolation et le premier Amorphis, les petits arrangements de claviers, le chant "soufflé", les compos variés à la fois catchy et travaillées. Un peu l'archétype du disque réussi tout simplement. Pour certains cela sonnera forcément daté, et il aura quelque part raison. Le son de l'époque, les rythmiques aussi, mais pourtant je trouve que le disque n'a pas pris une ride... En terme d'ambiance voilà bien un gros monstre, quelque part en furie, poisseur et désolation, Demigod pose ses riffs infâmes, parfois à pleine vitesse, d'autres fois quasi pachydermique (certains passages font penser à Autopsy)... Difficile cependant de détacher un quelconque morceau, l'effet "monolithe" est très présent, de même que le côté austère de la chose. Le disque est sale, crade comme un mauvais film gore avec ce son de gratte putréfié, la batterie s'enflamme de façon calculée... La recette est la même que sur la plupart des confrères, seule l'atmosphère change. Même alternance de riffs mutés avec tremolo, quelques solos, une rythmique adéquate n'hésitant pas à taper quelques contre temps de temps à autres... Bref, les amateurs de death sombre qui cherchait le maillon manquant entre un Entombed et Immolation devraient se ruer sur cette réédit', on tient là un sacré disque du genre...

Note : 5/6

Page 128/249 HAEMORRHAGE : Apology for pathology

Chronique réalisée par pokemonslaughter

Ah ben ils en auront mis du temps pour le sortir celui-là les espagnols de Haemorrhage. Ceux qui me connaissent savent que je porte ce groupe en haute estime, notamment leurs deux albums "Grume" et "Anatomical inferno" qui n'avaient pas leur pareil pour mélanger groove et ultra brutalité grindgore. Depuis est sorti en 2001 "Morgue sweet home", disque sympa sans plus et assez convenu. On aurait pu s'attendre à quelque chose de vraiment nouveau pour ce "Apology for pathology" (excepté la pochette, excellente au demeurant), et bien... non. Haemorrhage nous ressort encore et toujours la même recette qu'il maîtrise si bien. Le souci c'est que ça fait maintenant 4 albums qu'ils nous resservent la même sauce, et ce coup-ci avec la quasi même prod' que le précédent... Alors ouais, tout coule vachement bien. Le combo alterne entre gros blasts, passages typés death old school et breaks "groovy" mais l'accroche d'antan n'est plus vraiment là. Franchement j'ai du mal à comprendre ceux qui encensent cet album, c'est à croire qu'ils n'ont jamais entendu "Grume" par exemple !!! Le groupe fait toujours de la bonne came c'est indéniable, mais n'évite pas le piège de l'autoplagiat. Chaque morceau en rappelle un autre, on ne s'ennuie pas vraiment mais quand on y réfléchit un peu : "Apology for pathology" est une resucée de "Morgue sweet home" (en légèrement plus old school) qui lui même était une resucée des anciens albums qui eux même étaient une resucée du "Reek of putrefaction" de Carcass... Merde ça fait beaucoup quand même, surtout pour un style qui fait de la simplicité son crédo. Je n'ai donc aucune envie de m'évertuer à décrire le genre joué ici, nous avons affaire à un nouveau méfait de Haemorrhage, chantre du Grindgore européen, en forme moyenne ici, qui n'arrive à réellement surprendre que sur sa dernière plage "Apology for pathology", grosse pièce de quasi doom/death à l'ambiance "clinique" super bien instauré. C'ets bien grâce à ce morceau que le groupe se paye la moyenne, esperons qu'il persevère dans cette voie plus sombre et évolutive, là j'ai l'impression que tout a été dit...

Note : 3/6

Page 129/249 HELDON : Only chaos is real

Chronique réalisée par Trimalcion

Pour faire revivre le projet Heldon presque 20 ans après, Richard Pinhas s'entoure de nouveaux musiciens, et, outre l'écrivain de science-fiction Norman Spinrad (complice de longue date, qui a souvent officié auprès du guitariste en concert, et qui apportait sa contribution sur l'extraordinaire "Houston 69" dans l'album "East/West"), il a choisi de convoquer Maurice G. Dantec, avec qui il collabore en parallèle sur un autre projet, plus avant-gardiste, "Schizotrope". Accointances futuristes, nietzschéennes, deleuziennes et post-modernes... qui n'apparaissent guère ici, tant les paroles, chantées en Anglais par le pénible David Korn, sont noyées par une rythmique technoïde plombée et les boucles de guitare métatronique de Richard Pinhas, qui n'a rien perdu de sa hargne, mais qui ne fait que recycler péniblement des plans déjà entendus sur "Stand by", avec un vernis metal/electro bourrin vite lassant et une production beaucoup trop lisse pour enrober le tout. Je manque sans doute de références en matière de metal contemporain pour trouver des points de comparaison judicieux, mais ce dont je suis sûr, c'est d'une l'absence de nuances et de subtilité à laquelle le Français ne nous avait guère habitués jusqu'ici. Non, ce disque n'est pas chaotique : il offre un rock efficace, certes, mais froid, sans âme, et surtout terriblement rectiligne et prévisible. Dommage.

Note : 2/6

Page 130/249 BENIGHTED : Identisick

Chronique réalisée par pokemonslaughter

Mine de rien, Benighted, sans trop remuer la scène à coups de publicités foireuses ou autres déclarations débiles, commence à creuser sérieusement son trou et à s'imposer comme un groupe de niveau international en ce qui concerne le death brutal... Ce n'est d'ailleurs pas ce "Identisik" qui me fera mentir. Dans être du niveau de son prédecesseur, l'effet de surprise ayant disparu, Benighted parvient à se montrer d'une brutalité assez peu courante... Sans non plus atteindre des sommets de violence, le schema reste assez traditionnel, le combo français mélange un peu tout ce qui se fait en matière de "brutal" pour proposer une espèce de patchwork dont l'efficacité est imposisble à remettre en cause. Du Napalm Death ("Suffer the children est d'ailleurs repris), du hardcore, quelques riffs black, du At The Gates, du Carcass, du Dismember, du Suffocation, Du Cryptopsy, on entend un peu de tout sur ce disque... C'en est d'ailleurs très flagrant sur les deux premiers morceaux, à un tel point que l'effet "collage de riffs" n'est pas absent... Dommage car il y avait de quoi tout péter. Heureusement la prod' ultra puissante rattrape le coup et parvient à rendre n'importe quelle power chord ultra bourrine. Notez le bien, cette galette contient des accélérations ultra brutales (genre la fin de la 3) et des riffs qui vont vous calmer instantanément, et en soit ce n'est pas rien. Trè franchement, comme pour le précédent, j'ai été bien explosé suite aux premières écoutes. Puis contrairement au disque précédent, certains morceaux ont commencé à me lasser (la 4), certaines influences cores tombent un peu comme un cheveu sur la soupe, bref des petits détails qui font la différence au fil des éoutes... Attendez vous donc à quelque chose de sérieusement burné, qui ose même quelques ptits délires (trip samba "hommage Atheist" sur la 4), dommage que le chant soit toujours aussi "rotté", car avec quelque chose de plus puissant on aurait peut-être quelque chose d'encore meilleur. M'enfin il paraît que c'est un excellent frontman, et après tout cela n'engage que moi. "Identisick" se pose ainsi comme un super petit frère d"ICP" tout ausis brutal et varié dans ses influences, mais encore trop dans le "collage"... Un gros 4 tout de même pour le premier disque a m'avoir fait stoppé toute activité annexe pour me concentrer sur son écoute...

Note : 4/6

Page 131/249 DEATHEVOKATION : Blood demo 2005

Chronique réalisée par pokemonslaughter

Deathevokation joue la carte du old school, et à ce petit jeu là, ils ne font pas semblant ! Pensez donc, le groupe est allé jusqu'à inclure un inlay type K7 avec la version promo du disque, au cas où nous aurions envie de copier le cd sur K7 et d'avoir une démo "true old school"... Bon, sarcasmes passés, concentrons nous sur le musical. Il est à la hauteur de tout ce qui l'entoure, c'est à dire ancré profondément dans le début des 90's, avec à mon sens une attirance toute particulière pour le death bien sombre tel qu'a pu le jouer un groupe comme Asphyx. Seulement Deathevokation ne dégage pas vraiment la même atmosphère, à vrai dire il n'y en a même pas vraiment. Pourtant l'intro classique "ambiance de cimetière" est bien là, tout comme l'interlude acoustique et les quelques riffs inquiétants à deux lignes de guitares... La faute à quoi ? Je pense principalement ce son, qui s'il a été enregistré dans des conditions types répètes, se montre beaucoup trop propre et pas assez puissant pour réellement dégager toute l'essence des compos du groupe. Car de l'idée il y en a. enfin de l'ide, dions plutôt une certaine continuité dans ce qu'ont pu faire les grands Asphyx, , voire Dismember par moment (le nom du groupe ets d'ailleurs tirté d'un morceau des suèdois). L'ensemble sonne du coup super mou, alors qu'on sent un fort potentiel pour sortir une ambiance bien nécro "as hell"... Quelques leads inspirées (voire même gros gros solos), des riffs classiques, un batteur un peu poussif, un chant commun, Deathevokation me laisse bien mitigé au final. A réécouter avec un son adapté au style, je suis sûr que cela pourra se montrer bien plus intéressant.

Note : 3/6

Page 132/249 MORPHEUS DESCENDS : Ritual of infinity

Chronique réalisée par pokemonslaughter

Triste histoire que celle d'X-treem records, label ayant commencé sur les chapeaux de roues avant de lamentablement s'enfoncer dans une boulimie de signatures toutes plus nazes les unes que les autres... Histoire de se redorer sûrement, quoi de mieux que de faire son oldy et de rééditer des vieilleries que tout le monde a oublié ? C'est donc comme ça qu'X-treem a décidé de donner une seconde chance à Morpheus Descends et ce "The ritual of infinity", qui s'était bien noyé dans la masse de sorties de 92. Le truc, c'est qu'à l'époque Morpheus Descends c'était déjà super mou et convenu... Imaginez en 2006. Alors ok on retrouve le son typique de ces années, notamment au niveau des guitares, une certaine ambiance crasse se dégage du disque, mais franchement... On s'emmerde grave. Pas de surprise, pas de dynamique, Morpheus Descends est juste mou en fait. Pourtant il y a de l'idée, le groupe travaille ainsi principalement sur des mid tempos recouverts de gros riff tremolo typiques de l'époque mais sans jamais vraiment trouver la recette qui fera bouger nos têtes. Alors oui, certaines accélérations sont bien senties et on sent que les gars maîtrisaient le style, mais une telle incapacité à coller un riff qui tient dans la tête relève quelque part de l'exploit. Même constat pour les bonus de la démo, avec cependant un petit plus pour le côté Asphyx crado qui se dégage. On pense ainsi globalement à un Suffocation sous anxiolytiques, tant dans le son que dans le chant, voire un Cannibal Corpse époque "Butchered" côté riffing, mais finalement on ne retiendra qu'un disque tout à fait moyen dont l'intérêt d'etre réédité en 2006 s'avère finalement carrément inexistant.

Note : 2/6

Page 133/249 THROBBING GRISTLE :

Chronique réalisée par Trimalcion

"We demonstrate that anyone CAN do anything (...) Our existence is a profound comment on records, music and the record Industry." Et voilà où le terme de musique industrielle prenait encore sa source avec Throbbing Gristle : un commentaire, une invective situationniste à l'encontre de la société du spectacle, qui se nourrit de l'esthétique punk : on ne sait pas jouer de la musique et on le revendique. Cela ne nous empêche pas de pénétrer l'industrie musicale et de nous en nourrir. "Heathen earth" est le dernier album studio officiel de Throbbing Gristle à paraître avant le split inévitable (car une continuation aurait été contraire aux principes jusqu'au-boutistes mis en avant depuis sa création). Sous-titré "The live sound of T.G.", il fut enregistré en public et en direct par les membres du groupe, dans des conditions quasiment identiques à celle d'un "vrai" concert, mais sans les impondérables (genre se faire lancer des canettes de bière sur la tête, ça leur arrivait souvent) et en bénéficiant de quelques avantages techniques du studio. De fait, ce témoignage présente nettement mieux que le terrible et historique "Second annual report", constitué essentiellement de véritables captations en live. Bien sûr, et comme annoncé, (pseudonyme ô combien grâcieux qui se réfère à l'opéra de Mozart "Così fan tutte", faut-il le rappeler) joue toujours de la guitare d'une manière très... "minimale", Chris Carter n'est pas précisément un virtuose des claviers mais il programme les "rythmes" (attention), ne sait jouer de rien non plus mais il est le bidouilleur et tripatouilleur de bandes en chef, quant à Genesis P-Orridge, il se fait plus discret en paroles mais tient la basse (si si) et pose en uniforme nazi sur la pochette intérieure. Seulement voilà... le but des concerts était de tenter l'expérience des limites et de torturer l'audience présente - et c'est bel et bien sur ce terrifiant "Heathen earth" que la formation y parvient le mieux - une atmosphère constamment sombre et oppressante ; un sentiment profond et envahissant d'angoisse : jamais Throbbing Gristle n'aura touché si près du but : la modernité, c'est l'inconnu, et l'inconnu ne peut susciter que l'effroi. Dommage que le single "Adrenalin", ajouté après coup et paraissant hors-sujet, suivi de "Subhuman", vienne quelque peu rompre l'ambiance. Mais tout de même, "Heathen earth", c'est la tristesse ("...can the world be as sad as it seems ?") et la PEUR.

Note : 5/6

Page 134/249 THE SHADOW ORDER : Untold

Chronique réalisée par Iormungand Thrazar

Les hérétiques héllènes sont de retour 5 ans après leur premier album "Raise the banners" avec ce second méfait intitulé "Untold". Entre temps, ils avaient réalisé une partie excellente sur le split cd avec le catastrophique Grom, ainsi qu'un split ep avec le groupé québecois Akitsa. Ce qui est appréciable avec The Shadow Order, c'est que le groupe progresse à chaque sortie et sur ce nouvel album, ils ont fait très fort. Athalwolf de Wolfnacht ayant quitté le groupe, la direction musicale a nettement évolué. Le rendu est moins brut de décoffrage que "Raise the banners" mais toujours aussi mélodique et surtout beacoup plus carré et cohérent. Là où auparavant, un bon morceau en cotoyait un moyen, dorénavant, la musique du groupe est solide, homogène et massive. Pour méchamment généraliser, on pourrait décrire cet album comme un mix de Burzum (les breaks de "Hark the Beast of Prey", "One road to walk" et de "Untold" y font indéniablement référence), de Darkthrone et le côté direct et aggressif d'un Thesyre. En insérant le disque dans la platine, je m'attendais plutôt à un The Shadow Order période "Sons of Zeus", raw et mélodique, mais le groupe a su avec brio conserver ces deux aspects en les combinant avec une aggressivité décuplée et un son massif et bruyant. Il s'agit sans aucun doute de la meilleure réalisation du groupe, une folie maintenant contrôlée, espérons qu'ils continueront dans cette voix. Les vocaux éraillés de Pyrron sont toujours à leur avantage et le très prolixe Aithir martèle ses fûts comme jamais. Cerise sur le gâteau, le groupe nous offre une jolie édition digipack avec un bon artwork; je trouve par contre dommage que le groupe ait imprimé les paroles en grec alors que les titres et les vocaux sont en anglais. Ceci dit, on tient là un excellent album diablement efficace dont les écoutes s'enchaînent sans temps mort et sans se forcer. Indéniablement une réussite.

Note : 4/6

Page 135/249 LIQUID BRIDGE : Cornucopia

Chronique réalisée par Phaedream

Même si Liquid Bridge est un nouveau groupe de MÉ, il n’en n’est rien. Le duo travaille ensemble depuis 1985, et ça se sent lorsqu nous écoutons Cornucopia. Une œuvre mature, qui embrasse plusieurs styles, sous une influence de TD, Vangelis et Jarre. C’est avec une douceur qui foisonne le New Age que les premières notes de A Cold Guinea se font entendre. Le rythme progresse avec légèreté, entouré de bruits ambiants spatiaux. La pièce titre se veut la pièce de résistance. Longue de près de 50 minutes, elle est interrompue de plusieurs passages ambiants, visant à en modifier la séquence de base. On entend de tout sur des rythmes cassants, à la fois ambiant, groovy et jazzé ou légèrement cadencé. Des orchestrations de violon, des sons de flûte, de guitare, de saxophone, bref une panoplie d’instruments qui viennent et se perdent sur une longue procession. J’aime bien les dernières minutes où le rythme est plus nerveux et soutenu. C’est bon, c’est une longue pièce qui a ses faiblesses. Je crois que ça aurait été plus réussi si la ligne séquentielle aurait été en mode mutation progressive. De cette façon, les passages à vide passeraient mieux. Bon, c’est mon humble opinion. Andalucian Plain est tout à fait réussi. Le séquenceur est sombre et modifie subtilement sa course sur un beau jeu de synthé. Le rythme est soutenu et l’ambiance est autant spatiale qu’atmosphérique. Pour plusieurs Liquid Bridge est la révélation de 2005. La découverte! J’irais pas jusqu’à appuyer ses énoncés. J’ai trouvé Cornucopia bon, honnête. Un bon cd qui comprend quelques longueurs et qui se perd dans les différents styles qu’il emprunte. Un bon premier cd qui laisse entrevoir de bonnes choses.

Note : 4/6

Page 136/249 SPIRITUS MORTIS : Fallen

Chronique réalisée par Yog Sothoth

Idée reçue n°1 : Les Doomsters sont lents.(formé en 1987, Spiritus mortis aura quand même mis la bagatelle de 14 années à dénicher son premier contrat avec le label Rage of Achilles, après avoir réalisé une bonne dizaine de démos). Idée reçue n°2 : Les Doomsters ont la poisse (le label susnommé stoppera ses activités peu de temps après la sortie du premier album éponyme du groupe). Idée reçue n°3 : Les Doomsters DOIVENT être influencés par Black sabbath (et évidemment, les gars de Spiritus mortis sont très influencés par Black sabbath, pouvait-il en être autrement ?)… Bref, je pourrais en aligner des chapelets de clichés pour boucler cette chronique, mais ça ne serait vraiment pas rendre justice au groupe. La guigne semble les avoir enfin un peu lâché, et les finlandais (idée reçue n°4 : Les bons Doomsters sont finlandais) sortent aujourd’hui leur second album, toujours dans une veine Doom traditionnel teinté de Rock 70s et de Heavy Metal. On peut supposer que le style du groupe n’a pas changé depuis l’époque des démos, dont la plupart des titres sont tirés, et ne changera probablement jamais. Et tant mieux quelque part, ces gars là ont bossé leur truc suffisamment longtemps pour être en mesure de pondre des titres simples et directs, dotés d’une production merveilleusement old school qui met en valeur des riffs plutôt efficaces, dont certains rappelleront immanquablement les grands classiques du genre (idée reçue… hum… ok j’arrête). La seule touche d’originalité est apportée par l’ajout sur certains titres d’un orgue qui donne un petit coté Deep purple pas désagréable. Pour clôturer le tout, le groupe nous offre une ballade sobrement intitulé « Goodbye », assez horriblement kitsch pour aller faire concurrence à l’atroce « Voice in the wind » des américains de While heaven wept. Un second disque correct donc, avec lequel les fans de Doom trad ou de Heavy « à l’ancienne » devraient trouver leur compte.

Note : 4/6

Page 137/249 REVENANT : The burning ground

Chronique réalisée par pokemonslaughter

DEmigod, Morphesu Descends, Revenant, X-treem music se fait archiviste ? Si cette initiative était très judicieuse pour Demigod, elle l'est beaucoup moins pour Morphesu Descends, et également pour Revenant. Je m'entends bien : musicalement Revenant est à des lieues au dessus de Morpheus Descends, mais l'intérêt de cette compil' me semble lui aussi bien limité. Pour les profanes, Revenant fait partie de cette première vague de groupes de death, et comptait en se srang un certain john Mc Entee (Incantation). Le style est plus technique que la moyenne tout en restant éloigné d'un Suffocation par exemple. non, ici on peut penser à une sorte d ecopulation entre du Pestilence ("Testimony.."), du vieux Morbid Angel, et un ffeling proche d'un Atheist/Cynic dans le fond. Car sur la forme, mis de côté la basse qui va jouer seule par moment ou ces rythmiques décharnées, l'ensemble reste relativement facile d'accès malgré ce premier abord un peu rebutant. M'enfin, s'il fallait chroniquer Revenant la note serait tout autre, car le groupe a du talent, non ici il faut nuancer et chroniquer "The burning ground". Pourquoi cette précision ? Et bien parce qu'il ne s'agit pas d'un album, mais d'une "compile de raretés". La bonne blague, faudra me citer les fois où ça a été intéressant ce genre de trucs. Peut-être dans ce cas là c'est vrai, si on tombe sur un fan de Revenant (ils ne doivent pas courrir les rues). "The burning ground" contient donc deux Eps ainsi que l'intégralité des démos plus deux inédits. On peut ici voir nettement l'évolution d'un death metal assez classique, parfois original (le chant notamment, entre un Cadaver et Pestilence), vers un techno death plus furieux mais pas forcément ultra accrocheur. Certains diront que Revenant n'a jamais eu la reconnaissance qu'il méritait, je crois surtout que Revenant n'a jamais été un groupe exceptionnel tout simplement. Cette réédition n'a pour but que d'aguicher les "nouveaux" fans d'old school, car malgré sa qualité musicale tout à fait correcte, je ne vois pas trop (à part les pigeons sus nommés) qui irait acheter ce disque.

Note : 3/6

Page 138/249 BLACK BLEEDING : The awakening

Chronique réalisée par pokemonslaughter

Toujours aussi fin le Gab, le voilà qui nous déterre une formation de black/death dont je n'avais encore jusque là jamais entendu parler. Ma foi, je le savais déjà, mais on n'entend pas toujours parler des meilleurs groupes. Dans le genre "puissant" Black Bleeding n'est pas le dernier de la file ! Officiant dans un style proche d'un Belphegor, voire quelques pointes de old Arkhon Infaustus, Black Bleeding joue la carte du gros mélange black et death metal. Black par ces riffs qui respirent les accords démoniques, ces ambiances sentant le souffre ; Death par cette approche très brutale, ces breaks typiques du genre qui "cassent" une dynamique et ce chant pas si éloigné d'un Immolation par moment. De sacrées références donc. Oui mais un groupe qui se contente simplement de proposer un produit bien fait, qui procure un bon défouloir lors des premières écoutes mais qui en contrepartie s'apprend vite et demeure sans surprises... Une succession de riffs tous efficaces mais déjà entendus. Le riff d'entrée de "The sleeper has awakened" déjà entendu sur le dernier Mephistopheles, ceux de "Proxima centauri" qui me rappellent immédiatement Blood Red Throne... "Demonic quantum" s'en sort un peu mieux, mais emprunte toujours ses accords ce coup-ci dans la scène black suèdoise... Alors en même temps, cette pratique est courant, mais cette fois ci, le manque d'ambiance souligne ce manque de personnalité. Et ce n'est pas la très clichée outro sous forme de nappes de claviers ambiantes qui va changer grand chose... Black Bleeding ? Un groupe de black/death cool, simple et défoulant, sans plus. Les amateurs de Belphegor et autres hybridations "evil" death/black devraient apprécier. Gros 3...

Note : 3/6

Page 139/249 BOMB SCARE CREW : Reign of the sharks

Chronique réalisée par pokemonslaughter

Le crew est de retour et c'est pour vous laminer la gueule ! Ahah désolé j'ai pas trouvé mieux comme introduction... Bomb Scare Crew, souvenez-vous en était un petit groupe de metalcore de villeurbanne dont la chronique en ces pages n'avait pas suscité grand chose si ce n'est l'indifférence... Avec cet album autoproduit et distribué sur musicast (corrigez si je me trompe), BSC passe au cran supérieur. Le son tout d'abord prend un sérieux lifting, produit par le type d eKalisia, celui-ci a évité les clichés metalcore traditionnels et a opté pour quelque chose de plus personnel, acoustique et original. Je ne vais pas chercher à savoir si cela était volontaire ou non, soulignons simplement que cette prod' demeure un atout certain. Et oui, il arrive que le son soit important aussi, messieurs les intégristes, surtout quand on compare les morceaux issus de la démo avec leur sversions sur l'album : c'est... mieux. Mais ces compos alors ? Et bien elles ont gagné en dynamisme, en accroche et en richesse; On ne tient pas là le groupe ultime du genre, mais BSC a nettement progressé dans son songwriting. L'album tout d'abord, qui ne lasse pas sur sa globalité. Les morceaux se suivent sans trop se ressembler, les breaks mélodiques tombent bien, le chant fait tout les efforts possibles pour masquer son manque manifeste de puissance et d'originalité. Le groupe bourré de bonnes intentions en somme. quelques harmonies rappellant immédiatement la scène metal suèdoise actuelle, des mosh parts classiques mais qui doivent se montrer redoutables dans la fosse, BSC a su composer un disque dans son intégralité, et ça, ce n'est pas rien. Je vous avoue être surpris par cette galette ne vérité. Sans me transcender ou posséder de gros moments phares, "Reign of the sharks" a su me réconcilier avec ce melange metal et hardcore, plutôt "mainstream" dans l'approche (on évolue ici en terrain très connu, plutot américain dans l'esprit), et ça aussi, ce n'est pas rien... Sympathique disque, belle progression tant dans le son, le dynamisme ou la composition depuis la démo.

Note : 4/6

Page 140/249 BAXTERS : Insanity and illusion

Chronique réalisée par Saïmone

En voilà une démo qu'elle est pas dégeu ! On assiste depuis quelques temps à un revival du rock noisy, avec les inusables Sleepers, le nouvel Unsane, Gravity slaves, Tantrum et tout leurs amis. C'est clairement dans cette scène qu'on peut classer Baxters, le rythme super binaire et le son harsh des guitares façon rasoir à granule ne trompent pas. Baxters lorgne néanmoins plus du côté de Sleepers que d'Unsane (à mon plus grand désarroi il est vrai), privilégiant la mélodie (et ce même dans les lignes de chant, rocailleux mais modulé) à l'attaque frontale façon Caterpillar dans ta gueule de petite merde sale pute. La basse est énorme, vous n'avez pas besoin de moi pour le savoir, et les riffs se partagent arpèges crade et power chords de manière très efficace et inspirée. Reste que le tout manque un peu de personnalité et de puissance, malgré un son aux petits oignons: on a plutôt l'impression d'écouter de la pop ultra couillu qu'un véritable disque de noise, malgré les efforts des musiciens. Allez les gars, arrêtez de jouer les gentils, nous on veut une branlée à coups de coudes où les morsures sont autorisées, on aime tellement ça.

Note : 4/6

Page 141/249 BLIND MYSELF : Worst-case scenario

Chronique réalisée par Saïmone

Passons maintenant à Blind Myself, qui réussit l'exploit de faire un (petit) peu mieux que Shagrath. Même si le style n'est pas très éloigné (metalcore, en gros), Blind Myself insuffle suffisamment de mélodies et d'esprit rock à de son "metal" pour qu'on ne s'en lasse pas trop vite aka 3 ou 4 morceaux.. Riffs souvent insignifiants, une voix claire à pleurer, une voix hurlée relativement agréable et une patate à demi-chaude, Blind Myself ne manquera pas d'évoquer un mauvais Pearl Jam metallisé voir pourquoi pas un Hatebreed rockisant… oui, la comparaison peut paraître saugrenue, mais c'est le premier nom qui me vient en tête au son de ces rythmes moshisant pourtant sans puissance. Un album relativement inspiré mais sans saveur, qui pêche par une absence totale de personnalité et de conviction: probablement que les musiciens eux-même n'y croient pas… alors pourquoi perdre son temps ?

Note : 2/6

Page 142/249 SHARGATH : Memento finis

Chronique réalisée par Saïmone

L'autre fois, poky est venu me remonter les bretelles car j'avais oublié de chroniquer 2 promos, Shagrath et Blind Myself, que j'avais foutu dans un coin poussiéreux pour les effacer de ma mémoire quelques minutes plus tard, l'insignifiance de leurs musiques n'y étant certainement pas pour rien. A l'heure de rendre des comptes aux labels qui nous ont envoyés ces deux galettes, je réécoute Shagrath, et je découvre quoi ? Un power metal lorgnant vers le neo metal voir le metalcore. Non, ne riez pas, il y en a qui aime ! Mais pas moi. Alors plutôt que de vomir de manière subjective et oesophagique sur cette petite rondelle à la magnifique pochette, je me cantonnerais à une simple description musicale accompagnée de calembour. La musique du groupe est donc ultra binaire (nique ta mère), les guitares ne connaissent que 2/3 notes bien hachées (poil au nez), la voix essaye du Phil Anselmo et se retrouve à faire goret d'étable (inoubliable) en période de chasse aux champignons (tête de con), alors que la production évoque ces groupes de neo des 90's type Kilgore (tête de mort). A oublier très vite (tu pues d'la b…).

Note : 1/6

Page 143/249 THE FANTASTIKOL HOLE : Mathematikol oil

Chronique réalisée par Saïmone

Quand on voit la gueule du promo sheet délivré par le groupe, on a vraiment envie de se marrer. C'est une véritable orgie de références à laquelle on assiste, sur pas moins que la moitié du papier ! Et tenez vous bien, pas n'importe qui: Voivod, Napalm Death, Autechre, Destroyer, Ruins, Plastikman, Today is the day, Motorhead, Slayer, The Locust, Fugazi, Meathook Seed, Blood from the soul, Nasum, Clossamite, Death, Brutality, Arab on radar, Coroner, Zeni Geva, Pansonic, Tekken, Brutal Truth, Pierre Henri, Boulez, Converge, Agoraphobic nosebleed, Daughters, Shall not Kill, Entombed, The Meteors, Pugent Stench, Dismember, Mouse on mars, Iron Maiden, Tin RP, Asterisk, Dazzling Killmen, Oi Polloi, , Enslaved, Malevolent Creation, Berg sans Nipple, Xenakis, Atari Teenage Riot, Les Thugs, Carcass, Spiritualized, Pole, Naked City, Monster Magnet, Blood Brothers, Nuclear Assault, Disharmonic Orchestra, "O", Ground Zero, Celtic Frost, Bolt Thrower, Gorge Trio, Alva Noto, Devo, Discordance Axis... (on reprend son souffle). Autant de noms exhibés comme ça, le résultat ne peut qu'être prétentieux et totalement pourri. Déjà, le nom du disque… Et bingo mon salaud, voilà de la merde bien verte de pourriture faite avec mon cul si seulement il avait quelques doigts pour tritouiller le caca qui déborde. Les mecs ils sont terrifiants, ils font - en gros - du chaotic hardcore qui se veut metal, se réclament expérimentaux (rire) et "freaky". Bon, vous commencez à m'connaître, on me la fait pas à moi. Alors bon, certains riffs sont plutôt bien vu - même si le son direct-to-pc, pas si mauvais, ne joue pas en leurs faveurs, mais bordel de dieu, c'est quoi cette boite à rythme au son pourri et complètement mal programmée ? Du gros n'importe quoi rythmique, même pas carré, des trucs ultra rapides insignifiants tellement impuissants. Mettez-y par-dessus des voix hurlées, criardes ou growlisante, au choix, et voilà… Le genre d'album qui prend autant de temps à confectionner qu'à écouter. Un truc bâclé loin d'être à la hauteur de sa prétention. Et dire qu'un des gars joue dans Still Volk, c'est à n'y rien comprendre… Je ne mets même pas 2 pour la volonté. A se demander ce qui est passé par la tête de basement apes… Coup de gueule.

Note : 1/6

Page 144/249 UNDER EDEN : The savage circle

Chronique réalisée par Saïmone

Promo shit au pilori, n-ième épisode. Cette fois, c'est du ricain. Dans le livret, c'est marqué Death-metalcore, avec une production "à la Hatebreed". Yeah. Metalcore, ça, Under Eden l'est, mais il est original dans la mesure il remplace les voix criardes hardcore ultra convenues par des growl death ultra convenus. Ça nous fait une belle jambe de bois à marcher dans la merde ça. Mais pas du pied gauche hein, ça porte malheur. Donc le metalcore, on pourrait en parler des heures… ya de bonnes idées, de bons riffs, des fois ça mouline sec - le 2e titre, vraiment puissant, mais d'autres fois, ça patauge sec - le titre d'après, soit le 3e: la voix grasse est totalement décalé avec les effets mid-tempo heavy qui rame à s'élever et à groover, et ne parlons pas de ce solo aux confins du ridicule technique. Mais ce que je préfère, c'est la voix claire, à mourir de rire: le mec il se croit lyrique, il aurait pu passer à nouvelle star il serait dans les inoubliables… on est loin d'un Christophe ou d'un Gael ! Bref, passez à côté de ce truc reviens à s'endormir alors qu'on a ramené le plus gros boudin de la boite de nuit chez soi: on ne loupe rien…

Note : 2/6

Page 145/249 MASTIC SCUM : Mind

Chronique réalisée par Saïmone

Il y a différentes façon de parler du metalcore: soit on peut se moquer du look des musiciens, dreadlooks et tatouages, piercings, casquettes; soit on se moque des paroles du livret, qui se vautrent dans des clichés metal que même le plus pourris des groupes de death gore n'oserait pas (citons "violate witch flowers", "to hell with good intentions", "devil inside", j'en passe); soit on parle de la production énorme, artificielle, qui ne sert qu'à masquer l'absence totale d'inspiration et de technique chez les musiciens; soit on laisse parler simplement la note et on passe à autre chose. Merci, au revoir.

Note : 2/6

Page 146/249 THE FINAL SIGH : If you're not part of the solution, you're part of the problem

Chronique réalisée par Saïmone

On rigole une dernière fois avec The Final Sigh qui prétend jouer du "jazz-metal parsemé de moments épic et post-hardcore chaotique". Hum, oui, pourquoi pas, de toute façon, avec un titre aussi pompeux... Mais la première écoute ferait plutôt penser à du metalcore couplé à du sikth, pour la pseudo-technique des musiciens ( ? faites moi rire !) et cette voix criarde insupportable de niaiserie anticouillue au possible. Vous connaissez mon avis sur le metalcore, je ne m'attarderais donc pas sur ces voix claires à vomir de honte et de ridicule, ces mélodies téléphonées et ce gros son qui camoufle bien le désastre. Tiens, ça me fait penser à une blague: c'est un mec qui pue de la gueule (type Nicko), qui essaye de draguer une nana (type Poky), le tout armé d'une petite bite (type Saïmone) et qui prend tout un tas de bo249ons Lavogienne pour son haleine (type

Proggy); et la nana de lui dire: "Tu trouves pas que ça pue ? On dirait que y'a une merde derrière un sapin".

Note : 2/6

Page 147/249 ANTIGEN SHIFT : The way of the north

Chronique réalisée par Marco

Après s'être lancé dans l'aventure électronique en s'inspirant de son compatriote de Iszoloscope ou en flirtant avec les arrangements plus subtil de Detritus le canadien Nick Thériault déboule avec son deuxième album et fait les honneurs de Ad Noiseam. Abandonnées les séquences agressives pures et dures, l'industriel est remisé à de rares exceptions près et le canadien s'attache ici à décrire des régions nordiques de manière plus posée et onirique. Le travail des nappes, très aériennes, les rythmiques alliant trip-hop et electro-dub ('Verglas', 'Black ocean burial') et des séquences en constant renouvellement (le superbe 'Tundra') offrent une vision nouvelle d'Antigen Shift, plus 'mature' oserai-je. Les morceaux les plus dansants comme 'Peacekeeper' ou 'Refuge' conservent une teneur 'downtempo' qui permet aux ambiances de s'exprimer sans être étouffées par les seules structures rythmiques et le tout se développe dans une limpidité et une accroche des plus efficaces. La production à la hauteur des ambitions de l'album est tout aussi claire et exacerbe plus que par le passé l'énergie d'Antigen Shift notamment sur le délirant 'Toppling drunk...'. Au regard de tous ces éléments on en appréciera encore plus la présence constante de mélodies en tant que tel et non comme de simples faire-valoir, et ce jusqu'au 'Fimbul winter' final. Dans un genre en constante évolution mais aussi fourmillant de voilà un album qui place désormais Antigen Shift sur le haut du panier.

Note : 5/6

Page 148/249 KONAU : Speech from the shadows

Chronique réalisée par Marco

En attendant le prochain album de New Risen Throne (sur un label de renom) vous pouvez sans hésitation vous précipiter sur celui de Konau, projet commun de Subinterior et New Risen Throne. Pas de surprise sur un éventuel changement de style certes, mais un aboutissement sonore évident pour les italiens qui réussissent ici le tour de force de réunir leur propre vision de la dark-ambient en y ajoutant un soupçon d'industriel façon Inade ('Repentance') ou Raison d'Être dernière époque ('Deep'). Un son pesant, les basses très présentes se fondent dans les nappes en un amalgame compact d'où émerge des élans mystiques à l'impact indéniable. Chaque titre se suffit à lui-même mais se veut la continuité du précédent, dans l'esprit des anciens travaux de Lustmord comme 'Heresy' ou 'The place where the black stars hang'. Konau a le mérite de s'éloigner du tout NRT ou du tout Subinterior, confrontant les deux univers avec une intelligence et une subtilité qui servent on ne peut mieux ce superbe album. Attention, contenu hautement dépressif !

Note : 5/6

Page 149/249 I.O.S.T. : Greetings from tchernobyl

Chronique réalisée par Saïmone

L'exercice promotionnel du chroniqueur est à double tranchant… Combien de daubes faut-il s'envoyer avant de tomber sur une perle ? Je vous le demande, hein, vu l'assommante quantité de purin qui s'entasse gentiment près de mon ordinateur, attendant mes vannes qui tapent en dessous de la ceinture en écoutant à peine plus de la moitié du disque sous peine de faire une crise d'angoisse tellement l'exercice est justement insupportable. Heureusement, IOST ne se trouve pas dans la première catégorie… mais ne se trouve pas non plus dans la deuxième. Ni mauvais, ni génial, le grind de IOST trouve du sens à sa vie grâce à un deathgrind efficace mais trop linéaire. Les blasts sont ultra rapides, les riffs sont deathisants à souhait, et les vocaux, partagés entre un gaillard et une faible femme, sont plutôt bons quoique manquant singulièrement de folie - notamment cette faible femme qui est, j'en suis sûr, capable de faire bien pire. Le fait que je ne sois pas fan de deathgrind - malgré l'humour, qui pour une fois m'a fait rire - n'est certainement pas étranger à ma note, mais vous me connaissez, le grind et moi, c'est une vieille histoire, et je suis intraitable, autant que dans le choix de mes lunettes. Vous reprendrez bien un peu de tripes de porcs sous cellophanes ?

Note : 3/6

Page 150/249 SLIT : Cronaca nera

Chronique réalisée par Saïmone

Rien qu'à voir la backcover du skeud, avec les mecs aux gros bras tatoués, on sait que Slit ne va pas faire dans la dentelle. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que ça dérouille sec niveau cervicale. D'obédience volontiers Hatebreedienne (le gros son qui latte, la double grosse qui mouline), Slit défonce la nuque niveau riffs qui ne sont pas moins que des tueries thrash mid-tempo que n'aurait pas refusé un old Sepultura ralenti (carrément ouais) voir même un The Haunted pour les trips les plus mélodiques - rares, je vous rassure. Le tout mosh méchamment ("7even demons" est assez incroyable dans le style), parfois viens poindre une pointe de death (blasts, fast picking) dans ce magma hardcore incandescent à la rythmique implacable - une tuerie en concert, pour sûr. Dommage que cette voix gâche un peu la dynamique de l'ensemble, aussi bien dans le rayon criard où elle se fait trop gentillette, que dans le rayon grave où elle manque singulièrement de puissance et de charisme. Reste que prendre une petite claque par un groupe qui évolue dans un style qui ne pardonne pas la médiocrité, c'est tellement jouissif que je ne peux que vous encouragez à jeter vos biceps et vos marcels dans cette galette pleine de sueur.

Note : 4/6

Page 151/249 UPHILL BATTLE : Blurred 1999-2004

Chronique réalisée par Saïmone

Uphill Battle, si vous êtes crêtus, si vous avez des pattes de 15 cm ou si vous aimez le vomi de bière, vous devez connaître, sinon c'est que vous avez passé les 5 dernières années à lécher les croûtes de votre grand-mère à l'hôpital. Uphill Battle, c'est le groupe de crust le plus taré apparu depuis… bien longtemps. Voix de bûcheron, riffs punk, batterie survoltée qui sait blaster quand il faut, Uphil Battle c'est ça mais pas seulement: nos californiens se permettent des balades en territoires hardcore décomplexé mais complexe (à coups de syncopes et de fast picking dans tout les sens), et même des trahisons avec des arpèges en son clair ici et là… Du grind-punk intello en quelque sorte, une crête avec des grosses lunettes carrées… "Blurred", c'est une compil' d'unreleased, de démos et autre raretés de splits obscurs pour la première fois réunis sur le même CD. Et même si ça s'étale sur une période de 5 ans, les différences entre les titres de 1999 et 2004 sont extrêmement minime, sauf peut être en terme de production, plus énorme au fil du temps. Parce que bon, on parle de crust grind ici, pas la peine de vous faire un dessin. On en prend plein la gueule pendant 50 min et on dit merci… Merci.

Note : 5/6

Page 152/249 YOG : Grindcore deluxe

Chronique réalisée par Saïmone

Vous vous souvenez, je vous parlais des promos qu'on recevait, les daubes, les perles… Si Yog se trouve bien quelque part, c'est dans cette dernière catégorie. Leur grind est tout simplement surpuissant ! Oeuvrant dans une veine que je qualifierais de psychologiquement instable, les p'tits gars de Yog (un nom à faire du doom ça) nous offrent une seconde démo digne du meilleur Kinder Surprise. Technique mais pas trop (comprendre "ne joue pas du chaotic machin"), complexe mais pas trop (comprendre "technique mais pas chiant"), relativement varié (comprendre "joue du grind mais sait varier les plaisirs"), cette démo figure en bonne place dans mon top 5 démo 2005. Voyez plutôt: une voix hurlée criarde suffisamment grave pour être excellente et donc pleine de personnalité, une batterie qui claque sec (des blasts quasiment sonique), des gros riffs qui groovent, tour à tour punk, hardcore, thrashy (ouais !) et, pour ne rien gâcher, une production au poil, un peu propre mais qui a le mérite d'être très audible… Que demander de plus ? Un LP qui soit dans la même veine que les deux premiers titres complètement ahurissant ? Allez, faites moi plaisir…

Note : 5/6

Page 153/249 SHOEMAKER LEVY 9 : Pantheon

Chronique réalisée par Saïmone

Shoemaker Levy 9, en dehors de son nom à coucher dehors, est un putain de groupe de chaotic hardcore metal sa race, ce qui, par les temps qui courent, n'est pas mince affaire. Non pas que Shoemaker Levy 9 soit plus fou, plus technique, plus syncopés ou plus ridicule que ses confrères Psyopus, Red Chord, The End et j'en passe. Non, Shoemaker n'apporte rien au schmilblick des 450 plans par morceaux, des dissonances désormais classiques, des interludes jazzy, vous connaissez la chanson. Shoemaker est juste simplement excellent dans toutes ces catégories: techniques sans trop en faire, dissonances bien senties, douce folie au niveau des blasts, voix hurlée hystérique, Shoemaker est a priori un bon groupe de chaotic machin. Là où il devient excellent, c'est dans cette puissance qu'il contient, cette intensité qu'il maintien, comme dans ce premier album d'Ion Dissonance: ça pue l'authenticité (malgré le concept de l'album qu'on qualifiera de pompeux, mais ça fait partie du folklore, que voulez vous…) jusque dans ce son, incroyablement puissant, mais suffisamment harsh pour qu'on y croit. C'est bien simple, il s'agit de ma seule claque chaotic truc depuis… allons-y carrément ouais: Ion Dissonance. Vous êtes prévenu.

Note : 5/6

Page 154/249 SUMMONING : Oath bound

Chronique réalisée par Iormungand Thrazar

Ca faisait un bail qu'on l'attendait celui-là, il est enfin arrivé et c'est une satisfaction, c'est le moins qu'on puisse dire. Cinq ans après leur deniere album "Let mortal heroes sing your fame" et trois ans après un mini cd de deux titres "Lost tales", ce "Oath bound" arrive à point nommé. Le groupe nous ramène les guitares pour un album comparable à un mélange entre "Stronghold" et "Let mortal heroes sing your fame". Laissez vous gagner par 70 minutes de musique onirique et épique pleine d'émotions. Le disque débute sur "Bauglir", une intro réussie, véritable marque de fabrique du groupe, claviers grandiloquents, percussions et passage parlé sombre. A noter la belle fin, une sorte de marche guerrière reprise par des uruk-hai belliqueux. "Across the streaming tide" est du Summoning pur et dur: orchestrations présentes tout au long du morceau, guitares en toile de fond, éructations distantes et ambiancées, percussions tribales au service d'une pièce de 10 minutes excellente. Le troisième morceau du disque est mon coup de coeur (avec le morceau épilogue): "Mirdautas Vras". Ce qui rend ce titre particulier à mes yeux est l'utilisation des voix et les effets ajoutés, on se croirait sur un champ de bataille aux côtés d'orques mourants tentant un dernier coup d'éclat fatal. Ces effets bestiaux sont la parfaite continuation des vocaux de Silenius sur ce morceau sans guitare similaire à ce que le groupe fait sur "Let mortal heroes sing your fame". Le riff de guitare qui entame "Might and glory" fait de suite penser à Stronghold, conclut sur des choeurs puissants et des croassements de corbeau. "Beleriand" sonne vraiment vieux Summoning période "Dol Guldur", notamment avec les vocaux occultes et profonds de Silenius et une ambiance médiévale de toute beauté. "Northward" débute sur une intro percussions-piano réussie et se met en place doucement mais tranquillement: un titre calme et évocateur avec une nouvelle fois une belle performance de Silenius au chant et une ambiance où plusieurs pistes se mélangent dans une alchimie parfaite et délicate. "Menegroth" introduit quelques passages à la harpe bien placés (bien entendu, la majorité des bruits et sonorités dans Summoning sont réalisés au clavier) dans un titre grandiloquent. Enfin arrive l'épilogue subtil et monstrueux qu'est "Land of the dead", 12 minutes en guise de coup de grâce: une intro typiquement Summoning aux claviers doux et féériques, l'arrivée des percussions et de ces riffs éthérés, ultra mélodiques, presque lointains. Petite mélodie à la flûte, passages atmosphériques, une incroyable mélancolie se dégage de cette pièce. Cerise sur le gâteau avec ces choeurs magnifiques, épitaphe au guerrier mort et s'envolant vers d'autres cieux. Un morceau superbe, tout simplement. Summoning aura eu raison de nous faire attendre car ce "Oath bound' est en tout point excellent. La bande son parfaite pour une ballade en forêt, une authentique

échappatoire hors de cette réalité puante. Qu'on se le dise.

Note : 5/6

Page 155/249 WAREHOUSE 99 PROJECT : Social leper's club

Chronique réalisée par Saïmone

Quand la bio d'un groupe annonce Captain Beefheart, Jesus Lizard, Black Flag, ou Fugazi, le chroniqueur prend peur. Qu'est-ce qu'on essaye de me faire bouffer encore ? Dès la 2e piste en route, on commence à gentiment à headbanguer, la grosse rythmique binaire Shellacienne aura tôt fait d'écraser ta sale gueule de fan d'indie rock sur la moquette de ta chambre d'étudiant payé par tes parents. Et god que ça fait du bien. "Das ist gut" qu'ils disent. Même cette intro au banjo sur le titre d'après ("my name is sam") fait du bien - moi qui déteste cette instrument: la mélodie est tout simplement imparable, reprise à la guitare électrique puis à la bouche par la délicieuse Karine Larivet, tandis que l'horrible Alderman, mélange vocal improbable entre Buzz Osbourne et le mec des Jesus Lizard, déblate quelques paroles complètement fun. "Cheapskate" voit un orgue défoncé faire le mariolle sur fond de rythmique Gang of Fourienne qui aurait enculé une mouche sur du papier glacé. Citons "Filthmouth" et son intro hilarante, clin d'oeil à la musique répétitive type Riley / Glass qui dévie sur une orgie mélodique complètement imparable (pour la 2e fois ouais). Je vous ai parlé de "Cult Hero" ? Trip punk avec la faible femme du groupe au micro, complètement sexuel et Black Flagien ? Ou alors "Social leper's club" et sa clarinette déglinguée qui couine sur ce rythme lancinant ultra répétitif, qui ne serait pas sans rappeler un certain Captain Beefheart tiens… ? Bon, je vais pas vous faire tout les titres un par un, vous auriez compris qu'on tient là une véritable tuerie rock alternatif indé je sais pas quoi, éclectique à souhait, dont l'ambition n'est certainement pas de révolutionner le monde du rock mais d'être fun jusqu'à l'étouffement, une perle de sueur sous les aisselles et le t-shirt "fuck Franz Ferdinand" qui va avec. En bonus, vous pourrez appuyer sur la touche replay, l'album étant fait pour que le dernier titre s'enchaîne avec le premier… C'est t'y pas beau ça hein ? Et pour une fois que la bio ne dit pas de connerie, sortez les doigts de vot' cul et achetez ce disque foutre dieu ! ROCK YOUR COCK !

Note : 5/6

Page 156/249 ELECTRIC MASADA : At The Mountains Of Madness

Chronique réalisée par Saïmone

Quand j'ai vu sur le site Tzadik que John Zorn préparait un live (à Moscou et à Ljubljana) d'Electric Masada, imaginez un peu mon excitation, le live d'Electric Masada à New York pour les 50 balais du bonhomme faisant partie de mes 5 albums coup de cœur de 2004... Quand j'ai pu ouïr ce double album, ma déception fut double: d'abord parce qu'il ne s'agit que des mêmes titres que sur le premier live (à 2 ou 3 exceptions près) et qu'il s'agit également des mêmes titres sur chacun des 2 CD (à 2 ou 3 exceptions près)… Foutage de gueule ? Certainement. Alors bon, je suis partagé… entre la qualité de cette double rondelle qui est d'un niveau saisissant, et l'absence totale de nouveauté et d'innovation par rapport au live précédent… le fait qu'il ait été enregistré à 2 endroits différents ne change absolument rien, ni aux sons, ni à la production, ni aux impros, celles-ci se cantonnant aux mêmes gimmicks, renversants certes, mais pour l'originalité on repassera… Je ne vous ferais certes pas l'affront de recopier la chronique de chris pour vous dire qu'on assiste là une sorte de mélange entre les mélodies de Masada, la furie de Naked City et les impros type Game Piece, et que le tout est particulièrement jouissif, excitant, délirant, survolté et complètement indispensable; non, mon travail de chroniqueur est aussi d'être critique sur les démarches commerciales des labels, et nous sommes en présence ici d'un bel effeuillage du porte-monnaie, car comment ne pas se ruer sur un tel disque au vu de la qualité de son prédécesseur ? Un disque à boycotter (car inutile dans l'absolu, et atrocement cher), mais indispensable… Je mets quoi comme note maintenant ?

Note : 4/6

Page 157/249 KAYO DOT : Dowsing anemone with copper tongue

Chronique réalisée par Saïmone

Kayo Dot (et à fortiori Toby Driver) est un paquet cadeau musical: il enrobe les jours tristes de Noël, sans qu'on sache vraiment ce qui se cache sous le carton. "Downsing anemone with copper tongue" est à ce titre une vraie fausse surprise... Le changement dans la continuité. L'oxygène de ce monde onirique reste le même, mais les paysages arc-en-cielliste pleins de couleurs et de déformations déliriumesque laissent placent à des nuages gris, uni, quasi monochromique. Moins accessible que "Choirs of the eye", moins délirant, moins metal, moins Jeff Buckley, plus jazzy, plus sombre, plus labyrinthique, mais aussi plus contemporain dans son acception presque arrogante du terme, tant les dissonances, les structures alambiquées et les schémas répétitifs évoquent la musique atonale et minimaliste si chère à notre Trimalcion national, le dernier Kayo Dot n'en demeure pas moins une fabuleuse pépite sculptée comme une orchidée sauvage. La voix polymorphe de Toby se mêle à un violon omniprésent, qui n'hésite pas à embrasser un piano fortement reverberé, qui se trouve embarqué dans un complot de cuivre envers cette guitare cristalline et convulsive. La batterie, plutôt discrète, accompagne de loin la troupe, observe sans frayer de chemins, excepté dans ces moments guerriers où il faut tout défoncer à coup de barre de fer et de basse distordue… "Downsing Anemone…" est un album sans réelle surprise, qui s'en révèle néanmoins fascinant et qui se savoure avec patience. Il prend ainsi l'allure d'un "Eurêka"(Aoyama) musical: un noir et blanc léché et mélancoliquement jauni comme une vieille photo; une narration errante linéaire mais inattendue, lente, lente, mais pourtant passionnante; un sentiment de perdition, à chercher du sens, d'avoir été volé, enrobé par les relents de mort qui rôde… (qu'est-ce qui faut pas faire pour vous inciter à voir ce film !). Un disque lyrique.

Inattendu. Magique.

Note : 5/6

Page 158/249 : Sing to god pt I & II

Chronique réalisée par Saïmone

Progmonster, cherchant n'importe quelle excuse pour ne pas chroniquer et se dorer la pilule sous le soleil de Belgique, en bon feignant qu'il est, n'a pas chroniqué "Sing to God" des Cardiacs. Honte hérésique et que Dieu le con-damne à écouter éternellement "Frances the mute" de Mars Volta. Certes, le bougre ne l'avait pas… mais n'empêche ! On a que ce qu'on mérite n'est-ce pas ? Moi Saïmone, en bon érudit sympathique altruiste par-dessus le marché, j'ai le droit d'écouter "Sing to god". Pourquoi ? Parce que je suis un fan d"Infinity", le truc de , vous savez, le mec à poil… Quel rapport me direz-vous ? Le rapport est simple: "Sing to God" + psychose maniaco-depressive = Infinity. Oui mesdemoiselles, oui mesdames, oui messieurs, oui Proggy. Ce disque est une tuerie, la plus folle sans doute dans la carrière déjà longue de nos tachycarde préféré. C'est bien simple, on trouve déjà toute l'essence et l'allumette d'Infinity ici: l'ambiance comédie musicale déjantée, les chœurs de nains de noël sous acide, les synthés énorme divin quasi psychédélique, la défonce à la bûche glacée, la douce folie dégénérée des vocaux (n'hésitant pas à monter très haut pour s'écraser de plus belle sur un mur de clochettes en chocolat), les cuivres - très présents, le son de guitare cristallin comme joué dans un aquarium de l'espace, les mélodies qui dressent les cheveux sur la tête par leur nature chimique type savant fou prit d'une crise onirique façon enfant devant une tonne de sucettes au LSD, etc… Moins barge néanmoins qu'un Townsend - moins psychotique, moins instables, moins personnel, mais plus post-punk, plus loufoque, plus rock, plus Zappatesque (les cuivres bon sang !), les Cardiacs réussissent le tour de force de faire quasiment aussi bien que le Canadien, tout ça quelques années auparavant déjà ! A se demander si ce dernier ne s'en est pas inspiré pour son fameux album… quoiqu'il en soit, vous ne DEVEZ pas passer à côté de ce disque, au risque d'être damné (justement) et con et salopard et ainsi vous retrouver à encenser des trucs comme Etron Fou Leloublan… n'importe quoi j'vous dis…

Note : 6/6

Page 159/249 ORCHID : Chaos is Me / Dance Tonight !

Chronique réalisée par Saïmone

Le Chaos c'est moi… ah ouais carrément ! Certains fans de screamo surfant sur Guts réclamaient du vrai screamo pur et dur, pas un truc de tarlouze à la Envy où le mec chouine à longueur de disque, non, un truc de mecs virils qui n'hésitent pas à essayer de se suicider avec brutalité, comme avec un rasoir rouillé ou une grappe d'hameçon dans la gorge. Bon, bah voilà Orchid les gars, vous connaissez j'imagine ? Pour la petite histoire, je n'ai découvert ce groupe que très tard, alors que je connaissais déjà son plus grand adversaire et rival Reversal of Man depuis un bon moment… là n'est pas la question. "Chaos is me", c'est clairement pas à mettre en toutes les mains. Contenant également la furie "Dance tonight! Revolution Tomorrow", il est peu probable qu'un jour un groupe aille aussi loin dans ce style. C'est pas compliqué, c'est le truc le plus arraché que j'ai jamais entendu, et je ne suis pas né de la dernière pluie. Là où Reversal of man évolue dans un registre plus sombre (bien qu'extrêmement véloce également), Orchid opte pour l'hystérie pure et dure, le déferlement de hurlement criard à s'en faire péter les tympans, la batterie qui sursaute tellement qu'elle en blaste comme une vierge devant sa première verge, des riffs malades et torturés qui vomissent littéralement leurs convulsions à s'en casser les dents tellement le pauvre gars doit serrer la mâchoire de rage. Orchid va tout simplement plus loin dans la violence que 99% des groupes de grind: DE LA FURIE FURIEUSE je vous dis. Tellement extrême que c'en est éprouvant. Et le pire, c'est que ça reste mélodique, et, osons le terme, émotionnel. Improbable. Et quand on écoute Bucket full of teeth (dont fait partie la moitié d'Orchid), on se dit que les mecs sont loin d'être soignés… Malade. QUAND LA VIOLENCE T'APPELLE FAUT JAMAIS FAIRE

DEMI-TOUR !

Note : 6/6

Page 160/249 REVERSAL OF MAN : This is medicine

Chronique réalisée par Saïmone

Reversal of man, c'est le côté obscur du screamo, une version moderne d'Uranus en quelque sorte… moins porté sur l'hystérie que leurs compères d'Orchid, Reversal plonge la tête de l'auditeur dans un bidon d'essence et lui fait tenir une allumette entre les dents. Préférant les roulements de batterie aux blasts, une voix légèrement distordue pas complètement criarde mais absolument torturée aux hurlements psychotique plus classiques, les petits gars de Reversal font surtout mouche avec leurs incroyables riffs post-hardcore Neurosien… en 100 fois plus rapides. Autant dire que l'heure n'est pas à la rigolade. Reversal est en colère, Reversal à la haine, mais Reversal a peur aussi: il regarde les buildings s'élever toujours plus hauts, les gens se robotiser un peu plus chaque jour, se défoncer aux anti-dépresseurs pour oublier l'absence totale de rapports humains et se donner une bonne raison de se lever le matin et de ne pas aller tuer son voisin. This is medicine ouais. Alors plutôt que de faire fonctionner les grands groupes pharmaceutiques, Reversal joue de la musique. Expulse tout ce qu'il a sur le cœur sans réfléchir. On devrait en faire autant ouais, alors on écoute Reversal pendant 20 min, c'est déjà ça… c'est une peu redondant mais ça fait du bien, ça soulage. Et c'est quoi

20 min dans une vie ?

Note : 5/6

Page 161/249 ULTRALYD : Chromosome gun

Chronique réalisée par Saïmone

Toi, lecteur, tu aimes le free jazz ? Pire, tu vénères Painkiller, te scarifies sur du Brötzmann et tu t'endors avec Alan Silva ? Ultralyd est pour toi: une orgie free hardcore en quatuor avec un saxo qui couine comme rarement (Frode Gjerstad, qui a joué avec pas moins que Derek Bailey - RIP, Peter Brötzmann ou William Parker). La basse, particulièrement énorme, n'est pas sans rappeler celle de Laswell chez le Painkiller susnommé: un groove du tonnerre, un son sec et profond avec juste ce qu'il faut de reverb. La grosse part de gâteau se partage entre Gjestard donc, qui nous assomme littéralement de hurlements saxophonique supersonique Zornien et de surcroît parfois agaçant, et Olsen, le batteur, qui rock plus qu'il ne tabasse, sans s'exciter pour rien, sans trop en faire, qui stabilise l'ossature des impros d'une frappe sèche et précise comme un coup de coude dans les tempes. Le guitariste, lui, est souvent éclipsé par ses talentueux compères, trop discret qu'il est, et c'est bien dommage, car lorsque ce dernier intervient ("zooblast", "brown degree"), c'est un coup de massue de distorsion lourde doomesque qui s'abat sur nos têtes, renouant avec les atmosphères sombres et pesantes du Painkiller d'antan. Mais ne vous méprenez pas, Ultralyd n'a que peu de point de commun avec Painkiller - et je doute d'ailleurs que ce soit leur but; non, Ultralyd n'a que faire des ambiances, c'est juste un magma de lave en fusion qui explose dans les oreilles, ça crépite, ça défoule, du pur free juste pour l'orgasme de l'instantané… un Ejaculatorium ouais... dont le bon goût est de nous proposer un disque de 30 min, pas trop long, par peur de lasser. A écouter sans modération.

Note : 4/6

Page 162/249 BALROG : Bestial Satanic Terror

Chronique réalisée par Nicko

Balrog était à l'origine le projet solo du chanteur/guitariste de Genital Grinders et de Garwall. Alors que ces deux groupes évoluaient respectivement dans du grind/death et du heavy/black, Balrog est, quant à lui, depuis le début encré bec et ongle dans un black metal brutal très suédois. En 2001, un premier album, "Kill yourself", a été enregistré et édité, et depuis lors, il n'y avait plus eu grand chose de nouveau à se mettre sous la dent. Et puis là, en 2006, c'est le retour, par l'intermédiaire d'Holy Records (label de Garwall... que Balrog a quitté depuis !). Et pour faire les choses en grand, le projet solo est devenu un vrai groupe à part entière avec entre autre la bassiste d'Aborted et le batteur de Misanthrope. Et le résultat après tous ces changements est très convaincant. En fait, ce qui est bien avec cet album, c'est sa facilité d'approche et son efficacité. Les riffs sont incisifs et entrainants avec une rythmique imposante. Pour faire une comparaison, je dirais que ça se rapproche beaucoup de Naglfar en bien plus sombre. On retrouve cette alternance de blasts destructeurs et d'up-tempos énergiques, et surtout les styles de riffs sont proches de ceux des scandinaves. Ah l'école suédoise... Mais ici, l'ambiance est franchement noire du début à la fin. Le chant y est d'ailleurs moins criard "aiguë" et même souvent doublé avec du chant guttural. Par contre, ce qui manque, c'est un peu d'originalité. Balrog joue du black brutal et il le fait bien, mais il manque encore de personnalité, cette touche qui ferait vraiment décoller l'album. Il reste cependant très convaincant et devrait à coup sûr ravir les fans de black brutal. Un très gros 4.

Note : 4/6

Page 163/249 COOPER (Alice) : The eyes of Alice Cooper

Chronique réalisée par Nicko

Toujours là... Alice Cooper est toujours au top. Et le voilà là où on ne l'attendait pas. Alors qu'il vient de nous sortir deux albums aux sonorités indus plus modernes, cet "Eyes of Alice Cooper" est du pur rock n' roll énergique et direct ! 2 guitares, 1 basse, 1 batterie, Alice et c'est parti ! 13 titres de rock de base, pied au plancher mais diversifié et varié, du riff inspiré à tous les morceaux, la Alice Touch, bref, que du bonheur ! Voilà l'album typique qui fout la patate et à chanter sous la douche. Les paroles sont fun, c'est pas prise de tête, la production est bonne mais dépouillée. Les ballades sont belles et on retrouve tout au long de l'album l'humour de l'américain. On a aussi bien entendu un morceau sombre et inquiétant ("This house is haunted"), très réussi. Que dire de plus si ce n'est qu'on retrouve aux fûts l'excellent Eric Singer de Kiss et à la 6-cordes Eric Dover qui fut en son temps chanteur du 's Snakepit ! Et si vous n'êtes pas encore convaincus, je peux vous assurer qu'il s'agit de l'un des deux albums ayant le plus tournés chez moi en 2003. Un retour aux sources inespéré ! Du grand Alice.

Note : 5/6

Page 164/249 TRIUMVIRO : Journal infirme

Chronique réalisée par Nicko

Voilà un trio intéressant, vraiment très intéressant. Triumviro, c'est un groupe de rock. A première vue, c'est ce qui se fait de plus courant, le rock. Ici, ça va un peu loin que ça. Ce qui est vraiment bon dans ce CD, c'est l'intensité musicale. Triumviro joue une musique relativement calme, mais forte et parfois, comme sur "La fille de l'émail", pesante. Ca lorgne d'ailleurs même du côté du post-rock, avec une basse en son clair bien présente. C'est ce qui, selon moi, donne toute sa réussite à l'album, cette maitrise des ambiances, ce style calme et doux et pourtant su puissant et prenant. Ce groupe me fait d'ailleurs penser à un autre jeune groupe français que j'ai découvert l'année dernière (l'une de mes révélations 2005), devianz. Les compos sont plutôt courtes, directes, 2-3 minutes en général et pas plus de 4 minutes 30. Bref, Triumviro va à l'essentiel et il le fait bien. Niveau chant, je trouve qu'ils veulent trop en faire, c'est trop propret et mis en avant. J'aurais aimé plus de puissance et de profondeur dans ce secteur. cependant, ce CD reste très sympa, avec un excellent feeling, on se laisse prendre, absorber dans leur son et leurs atmosphères très facilement et irrésistiblement. Une bonne découverte !

Note : 4/6

Page 165/249 MY NAME IS NOBODY : I hope you're well, I am and I send you my fingers

Chronique réalisée par Trimalcion

"My name is nobody", c'est Vincent Dupas, nantais, "singer-" de son état... Et voilà ce qui arrive en France lorsque des magazines genre les Inrockuptibles portent régulièrement aux nues, depuis quelques années, un artiste comme Will Oldham, qui n'en demandait pas tant. La "hype" arrive, l'engouement dans les milieux branchouilles, puis, inéluctablement, les épigones. La ressemblance ici est tellement criante que c'en est gênant, aussi bien au niveau de l'aspect "artisanal" de l'enregistrement, des arrangements (alternance de guitare seule et d'accompagnements country lo-fi à la sur "Viva last blues"), que de la voix (même manière de chanter, même timbre...) Malgré des mélodies attachantes, tout est trois crans en-dessous du modèle, forcément : l'inspiration (malgré quelques beaux et tristes moments, dont le morceau éponyme et un superbe "Black eyed monkeys"), le son, beaucoup trop lisse quand même. Et pour tout dire, "l'humeur" : sans remettre en cause le travail et la sincérité de "My name is nobody" : ça manque cruellement de tripes. Mais il est vrai que "I hope you're well, I am and I send you my fingers" ne pouvait pas honnêtement reprendre à son compte le désespoir et la noirceur qui émanent des meilleurs disques de Palace/Bonnie Prince Billy : il ne reste donc qu'un disque de pop inoffensif, pas désagréable, et qui accessoirement n'a absolument rien de sombre ni d'expérimental.

Note : 2/6

Page 166/249 MINISTRY : Dark side of the spoon

Chronique réalisée par Iormungand Thrazar

Ouch! Quatre ans après le monolithique et culte "", le groupe américain nous revient avec un album différent et ça, l'auditeur le comprend dès les premières minutes de "Supermanic Soul", morceau efficace au possible avec le même rythme de batterie tout au long du titre, une furie mise de côté précédemment et de retour avec ce "Dark side of the spoon", titre clin d'oeil au "Dark side of the moon" de et qui fait directement référence à l'addiction à l'héroïne d'Al (-Qaïda, Buck Satan, ce que vous voulez en fait) Jourgensen. "Whip and chain" est plus dans la lignée du précédent "Filth Pig", hypnotique avec une ligne de guitare ichoreuse. Deuxième single en puissance après "Supermanic soul" avec "Bad blood", qui a terminé sur le bande originale de Matrix, qui nous présente une belle montée en puissance, un titre au refrain accrocheur qui tient l'auditeur en haleine. "Eureka pile" groove dans tous les sens, le son de basse de ce disque est vraiment superbe, profond, boueux et puissant. Surprenante la touche jazzy de "Step" très entrainante et son tempo qui appelle au pas de danse, un bonheur au réveil pour commencer la journée. Ministry est toujours au top et ça s'entend. Preuve en est encore avec ce morceau solide comme un roc, "Nursing home", sa basse vrombissante, son banjo subtil et son saxophone fou. Quel titre! Ministry inclut ensuite deux titres bien sombres avec "Kaif" et "Vex and silence". Ce dernier est lancinant au possible, c'est un peu le "The fall" de ce disque, presque dépressif et lourd en émotion. "Dark side of the spoon" conclut sur "10/10", un titre instrumental court avec saxophone en guise d'outro. Rendez vous enfin à la la piste 69 où l'on peut entendre une personne chanter comme au téléphone remerciée par quelques applaudissements. Une oeuvre sombre et décadente à ranger aux côtés des autres réussites du groupe. Ministry est bien en vie après cette longue absence, imaginatif et toujours aussi performant. Beware!

Note : 5/6

Page 167/249 MINISTRY : Rantology

Chronique réalisée par Iormungand Thrazar

Officiellement présenté pour commémorer les 25 années d'existence du groupe, ce faux best-of n'est pas uniquement là pour ça. Ca, on ne le comprend qu'ensuite en apprenant que le groupe sortira son prochain album "Rio grande blood" prévu pour mai 2006 sur son propre label et donc qu'il a quitté Sanctuary Records. Cette fausse compilation sert donc également à ça, à se défaire du contrat avec leur maison de disque. Faux best-of donc car le groupe nous présente des titres retravaillés au minimum, avec quelques bribes ajoutées ou accélérées par ci, par là. "No W redux" possède maintenant un solo et les samples de Carmina Burana ont été accéléré. Finalement, le titre le plus intéressant pour les die-hard fans de Ministry est le suivant puisqu'inédit et à paraître sur "Rio grande blood". Intitulé "The great Satan", nouveau surnom du président des Etats-Unis, il nous présente un Ministry très direct, avec des vocaux assez violents, beaucoup moins subtil que par le passé depuis, il faut le dire, le départ du compère de toujours contribuant forcément à cette nouvelle donne. Finalement, les éléments ajoutés aux morceaux, notamment sur les titres de "House of the mole", sont inutiles et dispensables. Les samples de "N.W.O." tiré du cultissime "Psalm 69" ont été accélérés puis un speech de George W. Bush a été ajouté, comme si ça ne suffisait pas, des fois on se dit qu'Al aurait du continuer la drogue. Le son de "Stigmata" a été densifié avec encore l'ajout de quelques samples, mouais, pas convaincu du tout. Le groupe a changé le speech qui ouvre "" en le rendant au final moins bon. "Bad blood" a été retravaillé, si besoin en était, avec une nouvelle intro plus industrielle et une sonorité mécanique nouvelle a été introduite. Un ajout pas trop mal et sympathique avec cette cornemuse tout au long de "Unsung", titre de "Animositisomina". "Bloodlines" n'est pas un nouveau titre contrairement à ce que l'on pourrait croire, mais en fait "So what" dans une version nettement différente quand même avec un refrain totalement neuf. Il s'agit d'un titre qui a été utilisé pour le jeu vidéo "Vampire-The bloodlines". Ensuite, les trois titres live sont totalement du remplissage pour ceux qui possèdent "Sphinctour", puisque "Psalm 69", "Thieves" et "The fall" en sont tirés. Inutile, n'est-ce pas? Finalement, on se dit que cette compilation, or d'être destiné à mettre fin à leur contrat avec Sanctuary Records, est faite soit pour les néophytes complets de Ministry, soit pour leurs die-hard fans qui entendront de suite les petits changements, même si force est de reconnaître qu'à part pour "Bad blood" et "Unsung", ils sont le plus souvent à décharge des titres, originellement parus dans une meilleure version. Reste donc ce "Great Satan", mise en bouche de "Rio grande blood". Inutile et dispensable, mais on les aime quand même.

Note : 3/6

Page 168/249 MELEK-THA : Astrum argentinum

Chronique réalisée par Marco

Ah Melek-tha...ses couleurs satanico-horrifiques, ses thématiques guerrières, ses ambiances apocalyptiques. Tout un programme ! S'il est une chose que l'on ne peut reprocher à Lord Evil (oui oui, bon passons) c'est bien de se croiser les doigts. Chaque année voit en moyenne 3 à 4 sorties pour le français (officielles ou éditions limitées en cd-r) et il n'est vraiment pas aisé de le suivre dans toutes ses pérégrinations. La qualité elle varie d'un album à l'autre, se teintant d'excellence comme du vraiment passable, la trop grande production n'y étant certainement pas étrangère. Premier opus d'une très longue lignée 'Astrum argentinum' nous plante déjà le décor apocalyptico-occulte dans lequel évolue Melek-Tha mais se présente comme l'une des oeuvres les plus ambient de toute la discographie du projet, où les nappes empruntent autant à l'ambient pure qu'à la bande-son de film comme en atteste les nombreux samples (dialogues et b.o. même !) parsemant les compositions. Lord Evil n'hésite pas non plus à pomper des séquences d'autres grands noms comme Raison d'Être avec 'Midian graveyard' (séquence rythmique et arrangements neoclassiques samplés de 'Prospectus I'). Le morceau n'en reste pas moins très bon, mais le procédé un peu osé. Percussions métalliques, cloches ou 'mélodies' perverties et détournées en de sombres litanies maléfiques constituent le lot de Melek-Tha qui sans vraiment surprendre par une originalité propre a déjà le mérite honorable de provoquer le malaise avec une orgie d'atmosphères insalubres et d'incantations démoniaques dérangeantes.

Note : 4/6

Page 169/249 MELEK-THA : De magia naturali daemoniaca

Chronique réalisée par Marco

2 ans de silence pour Melek-Tha, le temps de trouver un label pour donner une suite à 'Astrum Argentinum'. Un silence sacrément mis à profit pour préparer le déchaînement des forces infernales qui bientôt envahiront notre monde en de sombres heures finales. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que Lord Evil n'y va pas avec le dos de la cuillère ! Samples hystériques (la série des 'Hellraiser' en tête), chairs en putréfactions, rituels sataniques célébrés sur fond de dark-ambient vraiment glauque tout y passe pour provoquer un sentiment de fin du monde de plus en plus avancée. Selon le point de vue, on trouvera que le français en fait trop ou que s'il y en avait moins l'effet serait tout autre. A vrai dire, les deux visions sont tout à fait valables, après tout Lord Evil est loin d'être le premier à recourir aux samples de films d'horreurs mais l'on se dit par moments que la musique de Melek-Tha gagnerait en impact plus concret en dépassant le 'collage' un peu basique qui par endroit est vraiment trop flagrant. Pourtant 'De magia naturali daemoniaca' parvient au-delà des poncifs (imageries, titres ampoulés) à créer des hymnes infernaux efficaces, épiques et terrifiants pour peu qu'on se laisse prendre au jeu. La puissance des arrangements entre neoclassique et indus-ambient pesant mue l'oeuvre en une symphonie qui mixerait tous les éléments de films d'horreurs et des pages de grimoires oubliés ou interdits. Une plongée interminable qui sent le soufre, le sang et la folie des hommes. Un des tous meilleurs Melek-Tha, fortement conseillé pour débuter.

Note : 5/6

Page 170/249 RADIO MASSACRE INTERNATIONAL : Emissaries

Chronique réalisée par Phaedream

C’est toujours avec plaisir que j’écoute du RMI. Dès qu’il y a une nouvelle parution c’est avec empressement que je la découvre. Et ce même si une nouveauté de RMI n’en est pas nécessairement une. Quelques 10 ans plus tard et son 24 cd plus loin, le trio anglais conserve toujours la même approche musicale, la même structure de composition. Il n’a pas vieilli d’une ride. Longues introductions ambiantes, synthé lourd, mellotron enveloppant, guitare et séquenceurs fuyants. La bonne vieille méthode Berlin School. Le cd 1 est un enregistrement studio. Typique à ses ouvertures Seeds Crossing the Interstellar Void part le bal sur une note ambiante. Le ton est solennel, les bruits s’agitent laissant toute la place à la six cordes qui exalte de solos ambiants psychédéliques. Un peu à la Force Majeure de TD. Le séquenceur s’agite en mode galop et c’est la courte effervescence. Cette brève explosion sonore se meurt sur un époustouflant mellotron flûté qui nous impose un mélodieux ver d’oreille, qui colle aisément aux tympans, tout en faisant le lien avec A Priest Crossing Frozen Water. Doux mellotron, synthé nerveux et un séquenceur tout en rythme, la pièce explose sur des solos de guitares éthérées. Le rythme diminuant, laisse toute la place à la dextérité de Gary Houghton. Et tranquillement nous plongeons sur la même mélodie qui clôturait la plage un. Mad Bob's Self-Inflicted Torment est une jolie ballade hypnotique qui valse dans l’air et qui s’essouffle pour ne devenir qu’une bouffée de vent emplit de sons atmosphériques. Des particules vocales flottent dans l’espace et nous amène à The Emissaries Reveal Themselves. Enveloppée d’un discret synthé, le séquenceur se chamaille doucement entre des accords de six cordes et des percussions de fond de bouteille. Toute cette querelle s’harmonise pour créer une subtile mélodie qui nous amène au très atmosphérique Ice Garden où synthé et guitares désordonnés nous retourne à la mélodie de départ; A Promise of Salvation. Enregsitré lors d’une émission radiophonique sur les ondes américaines, Star’s End WXPN, en mai 2004, Ancillary Blooms est tout aussi fidèle au répertoire de RMI. De la pure improvisation le synthé croise la six cordes sur un fond très ambiant. Le gros mellotron prend la relève et emplit l’atmosphère d’une lourdeur synthétique à trancher aux respires. Lente, l’intro va jusqu’aux premières notes de Mobile Star Systems où un séquenceur nerveux crache du rythme. Le beat séquentiel à la RMI. Une excellente pièce que Gary Houghton arpente avec sa guitare. A Piano Wanders the Incandescent Vapours est plus vaporeux. Sur une ambiance statique de sobres notes de piano font la coure à la six cordes. C’est mollo, c’est jazzé et ça se poursuit sur Sympathy for the Bedeviled, une pièce atonique avec une prédominance à la guitare électrique. The Arrival of the Seeds mord l’ouïe dès les premiers accords du séquenceur. Hypnotique, le ton est en spirale et est nappé d’un profond synthé. La guitare atmosphérique vient casser le rythme et jette ses accords sur les pavés d’une route intemporelle. Là je dois admettre que ça m’agace un peu. Le trio Anglais se ressaisit sur Deliverance from Nuclear Winter. Un titre avec du coffre, ainsi qu’une brillante ligne séquentielle qui se divise, nous en mettant encore plus sous les tympans. Emissaries demande quelques écoutes, et aussi des concessions. Moi qui n’aime pas trop le genre planant et atmosphérique, j’en ai eu une bonne dose. Omniprésente, la guitare m’a agacé quelque peu. Par contre, il y a de beaux petits moments, notamment sur The Emissaries Suite, qui collent aux tympans et que l’on veut réentendre. Donc, il faut se taper l’essence vaporeuse. Et là on s’aperçoit que cette essence à une âme, une

Page 171/249 histoire à conter. Et c’est comme cela que l’on tombe dans le piège RMI.

Note : 4/6

Page 172/249 MELEK-THA : Post nuclear race

Chronique réalisée par Marco

En marge de la production 'officielle' (entendez par là des 'vrais' cds pressés), Lord Evil étanche sa soif de compositions en produisant d'autres oeuvres sur des labels moins connus et en tirage très limités. Comme son titre l'indique, 'Post-nuclear race' laisse de côté les gimmicks satanistes de Melek-Tha pour traiter de l'apocalypse sous un angle bien plus prosaïque à l'aune du nucléaire et des conflits internationaux qui menacent de transformer la planète en décor pour une suite de Mad Max ou autres joyeusetés du crû. Plus insidieuse et rampante, l'ambient industrielle de Melek-Tha s'abreuve ici d'images flippantes de sociétés humaines qui s'entretuent pour la prise de pouvoir en reproduisant finalement les mêmes comportements qui condusisirent à la chute ici décrite. Un monde apocalyptique illustré par des séquences très répétitives qui trainent souvent en longueur malgré un thème de départ intéressant (certains morceaux atteignant quand même les 20 minutes...). Une atmosphère anxyogène relayée par des samples enflammés et des thèmes indus froids et agressifs mais qui manque sévèrement d'accroche et de diversité. Un thème rebattu qui aurait pu être transcendé, qui fonctionne pour une moitié du disque avant de lasser. Peut-être que l'uranium n'a pas été assez enrichi...

Note : 3/6

Page 173/249 RADIO MASSACRE INTERNATIONAL : Frozen North

Chronique réalisée par Phaedream

Pour plusieurs Radio Massacre International (RMI) n’est qu’un clone, un plagiat parfait de Tangerine Dream. Ce trio Britannique est sans contredit celui qui est resté le plus près de la sonorité de la musique électronique analogue des années 70. Une période faste où nos oreilles se sont moulées à des classiques tel Phaedra, Encore, Startosfear et Blackdance. Principalement inspiré par Tangerine Dream, RMI utilise la même recette gros synthé analogique, mellotron à volonté, le tout saupoudré de grosses guitares, de juteux séquenceurs et de bonnes percussions. Ce qui est encore plus savoureux de ce groupe est sans doute les percussions séquentielles qui sont à la sauce des années 83 avec Poland. Aux premières lignes de Wrecks nous sommes plongé dans cette douce atmosphère. Un soyeux mellotron souffle sur des tintements séquentiels, aux formes bouclées. Le synthé étend ses nappes flottantes sur un mouvement atonique aux effets sonores bigarrés. Vers la 6ième minute, une fine séquence apparaît et franchit l’opacité du mur synthétique pour accélérer lentement ce rythme traînant. De longs solos, un séquenceur balancé et des percussions volages font de Wrecks une pièce hypnotique qui accroche et qui fera la référence dans le répertoire de RMI. Si vous succombez à cette première pièce, dites-vous que le risque que vous tombiez dans la marmite est énorme. Bien que plus courte, What's The Point Of Going To Crete? reste dans le même moule. Le séquenceur est plus doux, et aussi plus fluide. Entouré d’un mellotron enveloppant il percute sur sa séquence. Avec Small Frozen North la ressemblance avec TD est indéniable. Léger séquenceur, synthé enveloppant, un petit beat hypnotique à la Sorcerer. La magie y est. Un court titre qui en dit long sur les racines et les influences du trio. Rosemary’s Baby est plus ambiante. Une pièce obscure où un suave piano émerge des profondeurs atmosphériques. Sombre Drown nous fait voyager sur des rythmes statiques qui changent en cadence. Après un lourd intro, la séquence augmente. Sur la même structure que Wrecks, Drown martèle aux cris d’une guitare stridente. La séquence s’enroule, part et revient hachuré de percussions métalliques. Un titre statique. Le cd 2 est un peu plus difficile à apprivoiser. Deux titres et deux longues pièces atmosphériques. Après une intro à effets sonores, un doux séquenceur se mettra en mode pulsation. Il flottera parmi les ondes du synthé statique et enveloppant. Le rythme est absent. Nous sommes en plein ambiant. Vers la 11ième minute le rythme s’agite et devient dramatique. Mais c’est de courte durée. Toute aussi atmosphérique, Frozen North IV est une pièce plus sensible, plus nostalgique. En mi parcours, la cadence augmente sensiblement. Un bon séquenceur avec une ligne basse traverse nos oreilles, soutenu par un synthé hésitant. Le rythme va croissant, se stabilise et termine sa course comme il avait commencé. Pourquoi un double cd? C’est la question. N’aurait-ce été qu’un simple, le premier cd, et Frozen North aurait été un classique en devenir. L’ajout d’un 2ième cd, assez soporifique (faut être honnête) assombrie le côté découverte, genre meilleur nouveau groupe, etc…À moins que RMI n’ait décidé tout de suite de montrer ses deux côté; l’analogue séquentiel avec rythme et l’ambiant…le très ambiant. Quoiqu’il en soit, Frozen North vaut la dépense. À la fois planant et modérément séquencé, le trio anglais fait de la haute voltige dans les sphères analogiques des années 70. Il y a de bons moments, comme il y en a des longs, cela dépend des goûts. Mais

Page 174/249 les purs et durs seront définitivement conquis.

Note : 4/6

Page 175/249 MELEK-THA : Decadence & genocide

Chronique réalisée par Marco

La machine Melek-Tha est en marche et impossible de la stopper. Alors autant s'y faire, Lord Evil est un malade, une machine à cauchemars qu'il faut alimenter de peur que ces prophéties apocalyptiques ne se vérifient plus tôt que prévu. 'Decadence & genocide' est dans la continuité des deux facettes présentées jusqu'ici, agressive et industrielle pure mais aussi dark-ambient sournoise abreuvées de samples de films et d'autres horreurs dont il vaut mieux ne pas connaître la provenance. Proche dans son concept de 'De magia naturali daemaoniaca' (séquence ambient profondes montant crescendo vers une tribalité inquiétante) cet album se veut toutefois plus soft en comparaison de ses prédécesseurs, on y trouve même une cover (enfin ce qu'il en reste) du 'Plaster Christ' de G.G.F.H. qui n'a de commun avec l'originale qu'un simple sample de voix. Cette reprise a cela dit le mérite d'être une refonte complète, mais l'information sur le procédé aurait été omise que l'on n'y aurait vu que du feu. Le morceau-titre atteint une fois de plus les 20 minutes et si certaines idées apparaissent intéressantes, c'est surtout l'ennui qui s'installe bien vite. Pas encore pour cette fois...

Note : 3/6

Page 176/249 MELEK-THA : Dehumanizer

Chronique réalisée par Marco

Et hop, un de plus ! Pas moins de 4 cds (autoprod et signatures) pour l'année 2000, voilà qui rend clairement compte d'une hyperactivité maladive. Si les deux précédents manifestes 'Decadence & genocide' et 'Post nuclear race' étaient plutôt soporifiques sur la durée, 'Dehumanizer' ré-injecte un peu de créativité chez Melek-Tha. Sans prétendre à une révolution de l'univers post-apocalyptique du projet, l'album a le mérite de provoquer l'attention, d'hypnotiser par son minimalisme contagieux, même dans ses moments les plus longs et agressifs ('Clerical terror-ism', 15 minutes). Une approche death-industriel qui évite l'endormissement et qui réveille un peu la bête invoquée sur les premiers albums grâce à des séquences rythmiques certes peu variées mais qui au moins ravivent l'ensemble des boucles souvent noyées dans la production massive. On est encore loin du dévastateur 'De magia...', mais il y a du mieux ! 3,5/6

Note : 3/6

Page 177/249 MELEK-THA : Evil is too strong

Chronique réalisée par Marco

Bon, vous êtes prêts ? Tabliers ensanglantés endossés, toque cornue de rigueur, poignards rituels pour procéder aux diverses éviscérations et découpes nécessaires en main, la leçon peut commencer. La recette est établie pour un rituel de 500 personnes, mais s'il y a des restes vous pourrez les accomoder à votre guise bien entendu. Donc en premier lieu, prenez un flacon d'essence de bouc 'Charnel numéro 666' et parfumez-en sans retenue le plan de travail. Puis découpez quelques tranches épaisses de nappes et de rythmes industriels qui vous serviront tout du long de la préparation jusqu'à la transe tribale finale. Portez à ébullition le mélange jusqu'à ce que vous entendiez des psaumes infernaux (si vous entendez 'ta mère en short H&M' c'est que vous avez oublié un truc). Dessinez ensuite un joli pentacle, ça sert pas à grand chose mais ça fait toujours plaisir. Prévoyez quelques lamelles de symphonies et des arômes de films d'horreurs pour relever la préparation que vous aurez soin de ne pas laisser reposer une fois retirée du feu. Une pincée de soufre, et le tour est joué. Toutefois, à consommer avec modération si vous voulez éviter le supplice de l'indigestion et des maux d'estomacs nocturnes. 3,5/6

Note : 3/6

Page 178/249 MELEK-THA : The sulfurik vortex

Chronique réalisée par Marco

Retour aux thèmes d'anticipations avec ce 'Sulfurik vortex' plus industriel, flirtant avec la noise et assez bien fichu pour ce qui est des ambiances paranoïaques et apocalyptiques. Il est vrai que Melek-Tha ne brille pas toujours par la réussite à force de sortir cd-rs et cds à tout va, mais heureusement il en ressort malgré tout quelques perles qui valent le détours. Beaucoup plus varié que tout ce que Lord Evil a bien voulu nous proposer jusqu'ici, 'Sulfurik vortex' martèle les conduits auditifs autant qu'il pose des atmopshères inquiétantes et noires ('Gerenation kelemath'). dans un univers qui emprunte autant à Mad Max qu'à Dark City ou tout autre film au propos post-apo. les samples de dialogues de films servent surtout en introduction et ne donnent plus la désagréable impression qu'une fois retirés il ne resterait plus grand chose. Voilà enfin un album dense et prenant, pas évident si l'on est allergique aux séquences répétitives mais qui révèle un véritable travail sur le son et les ambiances bien moins bâclé que sur les précédentes productions.4,5/6

Note : 4/6

Page 179/249 TODAY IS THE DAY : Willpower

Chronique réalisée par Progmonster

Me sens pas bien... La tête qui tourne... Envie de vômir... Pas manger, pas boire. Pourtant j'ai soif. Qu'est-ce qui m'arrive ? J'ai mal. Je crie. Je pleure. Non... j'hallucine ! Pourtant, ces cris... La colère. La rage. Le sang. C'est moi dans ce miroir ? Mais qu'est-ce que j'ai fait ? Et où je suis d'abord ? Ces cris... Quel bordel dans cette pièce. Cette nausée qui m'assaille et cette barre dans le crâne délimitent mon existence à une souffrance dont je ne puis m'extraire. Un poids que je n'identifie pas encore. Tout est si confus... Qu'est-ce qu'elle gueule cette chienne... Mes bras connaissent et portent encore en eux la trace d'un trop plein d'adrénaline. Les nerfs. Putain, j'ai les nerfs. Toujours ces cris... Mon malaise est profond. Il me fait regarder en moi, loin, bien profond. Là où tout est noir. Où l'infiniment petit rejoint l'infiniment grand. Le néant qui se confond avec l'infini, l'absolu. Et là, tout au bout de ce tunnel, cette étincelle, cette lumière me fait reprendre conscience peu à peu. J'émerge enfin de ce cauchemar, serein. Je porte une main à ma nuque et remonte lentement pour enfouir mes doigts dans mes cheveux en bataille. Oui, je commence à comprendre. Je souris... Ces cris... Je l'ai fait ! J'en suis quitte ! Il ne fallait pas me faire chier. C'était pas le moment. Pas maintenant. Un mot de trop, et ça peut partir en couilles. Je lui avais dis pourtant de ne pas me faire chier, putain. J'en pouvais plus. Je l'ai fait. Je vais mieux. Elle ? Là où elle est, elle n'emmerdera plus personne. Putain, c'est la merde. Oui, je réalise... Je l'ai tuée. La solitude... Ce n'est rien à côté de ce que je ressens en ce moment. Qu'est-ce qu'on va dire encore ? Que c'est un drame comme il en existe plein d'autres, engendré par la précarité... Rien à foutre. Plus rien à foutre. De tout. Á bout, je suis à bout. Ma tête est malade. Ah, je me marre. Ouais, je suis dingue. Et vous savez quoi ? Ça me plaît. Y a quelqu'un en moi, je ne sais pas qui c'est. Mais, là, après tant d'années de révoltes tuées dans l'oeuf, les frustrations, l'humiliation... Ce cauchemar qu'on ose appeler vie... Là, oui, Il vient enfin de s'exprimer. J'ai lâché prise. J'ai ouvert les vannes... Enfin ! Ça gueule, ça hurle. Et je jubile. C'est l'extase. Putain de névrosés de merde que nous sommes. On n'est jamais autant soi-même que quand on perd le contrôle. Elle l'a appris aujourd'hui. À ses dépends. Quelle conne... J'ai toujours le tournis, mais ce vertige... Il a un goût d'ivresse. Le goût... De la puissance ! Mon Dieu, oui... Comme si j'étais... Comme si j'étais devenu... Dieu lui-même. J'ai... J'ai le pouvoir de donner la mort. Et il me tarde de recommencer.

Note : 5/6

Page 180/249 MELEK-THA : Armageddon theory

Chronique réalisée par Marco

L'an 2000 aura été plus que chargé en ce qui concerne les sorties Melek-Tha, et il n'y a pas de raison pour que ça ne continue pas ainsi. La preuve avec ce premier opus de 2001 qui renoue avec les préoccupations apocalyptiques du projet. Musicalement on reste en terre connue, mais avec une volonté d'agresser pure et dure. Indus noise ou rythmique ('Terror'), proche des productions ant-zen dans l'idée mais en beaucoup plus crade et moins subtil, un peu comme si Genocide Organ et Brighter Death Now avaient avalé du speed. Cela dit on est loin des attentats polémiques du premier ou anar du second. 'Terror' s'avère le plus intéressant des titres, minimaliste au départ, progressif puis explosif pour retomber comme il a commencé. Passé ces 15 minutes, on retombe dans une morne tentative de secouer les fondations avec largement moins d'intérêt

*ronflements de rigueur*.

Note : 3/6

Page 181/249 MELEK-THA : Inferno

Chronique réalisée par Marco

Oh tiens Melek-Tha se met au vinyle ! Objet fort joli que ce picture-disc au creux duquel sont gravés des sillons infernaux qu vous n'aurez aucunement besoin de faire jouer à l'envers pour en ressentir les effluves stygiennes. On retrouve 'Midian graveyard' tiré du premier album, ici retravaillé et plutôt efficace, ambiances lourdes et rythmique pachydermique. 'Inferno' fait dans la 'mule' avec ses percus guerrières et ses voix chuchotantes. 'Behind the mask' est déjà plus intéressant, atmosphères vraiment malsaines, effets incantatoires sur les voix, cris de douleurs, sonorités indus typé CMI première époque. Enfin, comme on pouvait s'y attendre, 'Luciferian march' fait dans l'épique et martial, célébrant l'arrivée du Prince des Ténèbres comme il se doit. A part cela, rien de spécial, les collectionneurs apprécieront l'objet, les autres attedront patiemment le retour à l'époque 'De magia naturali daemoniaca', et qui les en blâmerait ?

Note : 3/6

Page 182/249 THIS MORN' OMINA : Les passages jumeaux : le 25ième degré~le 33ième degré

Chronique réalisée par Marco

3 ans après avoir commencé une nouvelle trilogie Mika Goedrijk nous livre la suite de 'Le serpent blanc...', toujours sur le même principe. Un premier cd essentiellement electro-tech-trance et un second plus ambient et ethnique. La première observation concernant le premier disque est que la mélodie semble avoir pris les devants, un peu à l'instar du dernier Empusae d'ailleurs. Les basses sont étonnament plus en retrait, même sur les morceaux de bravoure dance-floor que sont 'Ma/i/nomai/' ou '(the) world tree' qui fonctionnent de la même manière que les titres-phares du précédent opus mais avec moins d'impact. Du coup la musique de TMO gagne en structures mélodieuses assez simples mais relativement diversifiées pour que chaque morceau y trouve sa patte. Les longues intros sont toujours de la partie mais cette fois la progression est plus nette et moins stéréotypée (moins d'explosion de percus, plus de développements mid-tempo). Ce qui déçoit en revanche c'est la production très (trop ?) clean, assez similaire à l'album précédent mais avec moins de relief. On comprend que l'intérêt réside ailleurs que dans le laminage pur et dur et en ce sens l'album est une réussite, mais il lui manque un truc en plus pour faire grimper le taux d'enthousiasme. Le second cd révèle d'ailleurs beaucoup plus de richesses en matière de rythmiques et d'ambient. Plus aventureux et hypnotique ('Agayu') il rappelle l'aspect plus ethnique que TMO avait déjà magnifié sur '7 years of famine' en variant ses thèmes et ses atmosphères. Les possesseurs de l'édition limitée auront à coeur de se défouler sur les versions raccourcies et 'boostées' des titres les plus énergiques du premier disque et qui auraient mérité de figurer en lieu et place des versions finales. Un bon album qui plaira aux fans, bien que décevant d'un certain point de vue car trop calqué sur son prédécesseur, mais qui devrait combler les néophytes pour une première approche.

Note : 4/6

Page 183/249 YOSHIHIDE, LASWELL, YOSHIGAKI : Soup live

Chronique réalisée par Saïmone

Yoshihide, Laswell, Yasuhiro, en voilà une affiche qui fait rêver ! Bien que je ne connaisse que très peu le dernier drille (batteur de son état - et qui, après vérification, s'avère être l'un des batteurs de Yoshihide au sein de Ground Zero), l'idée d'une réunion entre le talent guitaristique de Yoshihide (bien plus convaincant que ses nombreuses errances en terrain Dj) et celui de Laswell, couplée à de nombreuses interventions de saxo, éveillait en moi une sensation proche de l'éruption volcanique, mélange de curiosité et d'appréhension. Pas de bol, cette réunion, intéressante sur le papier, s'avère franchement caduque. Là où on pouvait s'attendre à une orgie de communication entre les délires limite noise de la guitare du japonais et des enfoncées glauque de l'américain, on assiste ni plus ni moins à un jam d'une mollesse inhumaine, groove certes (merci au batteur, qui, s'il ne fait pas de miracle, tient la barque au bord du naufrage), mais où les capacités de l'un et l'autre sont sous-exploité jusqu'à la honte. Laswell se contente de frotter ses cordes sans conviction, tandis qu'Otomo s'essaye aux gammes bluesy-jazzy qui ne lui vont vraiment pas. Reste ces interventions aux saxo et aux claviers qui relèvent le niveau, apportant une couleur plus psychédélique et plus jazz à l'ensemble, presque 70's par moment, où l'on croirait voir renaître ces bonnes vieilles improvisations de hippies défoncés à la Sweet Smoke, et dieu merci, elles sont nombreuses ! Mais pour s'en taper 2h, il faudra être courageux… Allez, je mets

3 pour l'intervention des guests, parce qu'aujourd'hui je suis clément et non plus saïmone.

Note : 3/6

Page 184/249 YOSHIHIDE (Otomo) : We insist?

Chronique réalisée par Saïmone

L'œuvre de Yoshihide pourrait s'inscrire dans une logique de continum samplatoire tendant vers l'absolue jusqu'au boutiste "Consume Red", de mes amis Ground Zero. "We insist?" est, à l'instar de "Silangan Ingay", un album prémisse de ce que pourra donner le maître plus tard. Nous avons donc déjà tout les ingrédients du futur premier album de Ground Zero: des samples dans tout les sens mélangé à de vrais instruments - guitare au premier plan évidemment, des ambiances urbaines nippones qui côtoient des boites à rythme type 80's et des sons de synthés complètement kitsch, bref, du collage comme on le connaît et qui ne présente pas de réel intérêt pour l'auditeur, le tout s'inscrivant dans une démarche plus personnelle de l'artiste, celui-ci créant pour lui-même… en un mot comme en cent: chiant. Là où le disque devient intéressant, c'est dans sa deuxième moitié, avec ses titres de musique (Techno, Acid Jazz, Be-Bop, Thrash,…), dont la durée n'excède pas la minute, et dont l'extrémisme noise n'a rien à envier à l'ami Merzbow: triturage, trifouillage, découpage, remodelage, défonçage, collage, destructurage et gloubiboulgage. De minuscules pièces de bruits qui font la course du fun. Plaisant. Mais bon, ça ne représente que 15% du disque… une curiosité, pour les fans de l'artiste, les autres passeront leur chemin avec raison.

Note : 2/6

Page 185/249 YOSHIHIDE (Otomo) : Tatikiuri: Japan/China Point of Sales Tour

Chronique réalisée par Saïmone

N'ayons pas peur des mots: les disques solos et duos de Yoshihide sont rarement passionnants. Ce "Tatakiuri" ne déroge pas à la règle, en se situant, comme d'habitude, comme une sorte d'ersatz de Ground Zero, le père Otomo ayant vraisemblablement une obsession pour les samples qui dépasse allègrement celle de ses aînés et modèles Schaeffer et Henry. "Tatakiuri", c'est donc 23 pièces, partagés entre les samples toujours incongrus de Otomo (bruits d'aéroports, de sons de rues, de radio, …) et le violon de Rose, lui aussi incongrus car pas à sa place du tout. L'aspect collage des œuvres du japonais est ici plus qu'évident, à tel point qu'il en devient vulgaire. Et ne parlons pas de ces innombrables guests qui viennent en rajouter une couche à tout ce bazar n'importe quoi même pas fun, dont l'intérêt, proche du nul, n'est autre que de rendre service à leur ami en pleine crise de mégalomanie. A éviter.

Note : 2/6

Page 186/249 INADE : Samadhi state

Chronique réalisée par Marco

Alors qu'il n'était même pas annoncé officiellement par le groupe lui-même un nouvel album d'Inade parait, prévu à l'origine pour le concert à Tokyo en mars 2006 et finalement disponible dans le reste du monde. En fait de nouvel album il s'agit de sessions inédites datant de quelques années, retravaillées pour coller au nouveau concept live du duo allemand dont on a pu avoir un aperçu lors de leurs denières performances. Dans la religion hindoue, le Samadhi est un état supérieur de conscience qui permet de plonger en son fort intérieur. Pour cela l'abandon de tous éléments sensibles (de son propre corps et de son environnement) est nécessaire afin d'atteindre un état de transe assez impressionant, celui-ci conduisant au ralentissement de la plupart des fonctions vitales. 'Samadhi state' est ainsi en complète corrélation avec son propos : le rythme y est posé, lent et juste évolutif pour en savourer l'effet de transe. Les basses sont plus discrètes, servant plus la construction qu'elles ne la soutiennent. L'aspect éthéré de la musique d'Inade devient ainsi la principale composante de ce rituel visant à effacer les frontières entre organique et spirituel pour en dépasser les contingences terrestres. Moins impressionnant au premier abord, le son d'Inade dévoile au fur et à mesure une profondeur autre que celle qui jusqu'ici tenait avant tout de la débauche d'infra-basses telluriques. Avec 'Samadhi state', les allemands prouvent que leurs compositions peuvent parler d'elles-mêmes en combinant intelligement production classieuse et subtilité harmonique. Inspiré, habité, maîtrisé et bluffant.

Note : 5/6

Page 187/249 AMORAL : Decrowning

Chronique réalisée par Yog Sothoth

Pffff… j’ai beau écouter et réécouter ce disque (pas par plaisir, juste pour essayer d’en sortir une chro valable…), je ne vois franchement pas ce que je pourrai vous raconter de passionnant là-dessus. Les cinq finlandais d’Amoral évoluent dans un style à la croisée du gros Power Metal et du Thrash Death moderne « à la scandinave ». Bien évidemment, le son est énorme, et ça joue très technique, avec des changements de rythme à la pelle et des solos de guitares plutôt bien foutus, sans être transcendants… La même chose pour les riffs, sympas mais pas franchement mémorables. Maintenant, en dehors du fait qu’il pourrait postuler aisément au titre de disque à la pochette la plus laide de l’année, ce disque n’a pas grand-chose de plus à faire valoir de plus que ce coté bourrin / technique, et à la longue, c’est tellement répétitif qu’on finit par trouver ça complètement chiant. A la limite, on peut imaginer que dans des conditions optimales (gros son donc), le groupe pourrait se révéler plus sympa sur scène, mais sinon, j’ai du mal à saisir l’intérêt… pas fondamentalement mauvais mais juste inutile.

Note : 3/6

Page 188/249 LOITS : Vere Kutse Kohustab

Chronique réalisée par Iormungand Thrazar

La scène metal estonienne n'est pas très connue dans nos contrées. Pourtant, Loits devrait attirer l'attention en dehors de son pays balte d'origine de par la qualité de sa musique. Le groupe pratique un black metal très mélodique mais direct, propice au headbanging sans être bourrin , fortement teinté de rock et de quelques passages au synthé bien sentis. Après un "Ei Kahetse Midagi" de bonne qualité, le groupe de Tallinn revient avec un second album chez Ledo Takas Records, "Vere Kutse Kohustab" Les vocaux de Lembetu alternent entre un ton râpeux et un chant clair du plus bel effet qui se fait un peu plus rare tout de même. La majorité du disque est mid-tempo avec des accélérations fatales, permettant au groupe de créer une atmosphère particulière avec la présence de claviers, d'effets, et même d'accordéon, sur la première piste par exemple, "Soomepoiss" ("Finnsih boy"). Cet album contient des hits en puissance tels que "Aeg Ärgata", qui possède une reminiscence Satyricon, le mythique "Vanade Leegionäride Laul" avec ses voix claires de toute beauté, ou encore "Kodu" avec ses voix claires excellentes et "Furor Aesticus". Le groupe a eu la très bonne idée de traduire tous ces textes dans le livret, puisque les paroles sont à l'origine en estonien, ce qui permet au curieux de saisir le concept textuel de Loits, qui traite principalement du peuple estonien à l'époque de la Seconde Guerre Mondiale, d'abord sous l'égide communiste puis sous celle du national-socialisme allemand. Cerise sur le gâteau, Ledo Takas Records a décidé, devant l'indéniable qualité de l'oeuvre, de la produire dans une superbe édition digibook, avec covers rigides, livret conséquent avec textes traduits et belles photos travaillées, limitée à 1000 copies. Un conseil, jetez-vous dessus avant de le regretter. Ce "Vere Kutse Kohustab" est un album énorme, incroyablement accrocheur, talentueux tout en restant simple, limpide et efficace. Un groupe méconnu plus que prometteur dont je trépigne d'impatience à l'idée d'écouter un nouvel album.

Note : 5/6

Page 189/249 LOITS : Ei Kahetse Midagi

Chronique réalisée par Iormungand Thrazar

"Ei Kahetse Midagi" est la réédition en cd du premier enregistrement du groupe, originellement sorti en format cassette sur Beverina Productions en 2001, réédité depuis par le label Seven Gates of Hell en digipack. On ressent d'emblée cette patte Loits qui sera encore plus caractérisée sur le second album des estoniens, "Vere Kutse Kohustab". Ce "Ei Kahetse Midagi" présente un Loits plus violent tout de même, avec moins de passages mid-tempo, mais toujours ces riffs ultra-mélodiques, taillés pour la scène, comme en témoigne le break d'un premier titre excellent intitulé "Tulisilma Sünd". La voix de Lembetu est râpeuse comme à son habitude sans prendre une place outrageuse comme chez certaines formations. Toujours présents également ces claviers qui confèrent à Loits une touche folklorique bien agencée dans une structure musicale de qualité. "Sinimäed 1944" est d'ailleurs un court interlude au piano avec quelques percussions qui ,ma foi, aurait presque pu figurer sur un album de Dernière Volonté, avec cette touche nostalgique que le projet français affectionne tant. Le troisième titre, "Toelised Kuningad", débute sur des guitares acoustiques, puis se met en place progressivement un véritable rouleau compresseur. C'est là qu'on ressent que ce premier album sonne par moments plus black metal que son successeur. Par contre, on entend clairement les éléments rock'n'roll que le groupe revendique sur le morceau suivant, "Valge Nägu", un morceau mid-tempo très efficace jusqu'à un break dévastateur. Pas de voix claire sur ce disque qui apparaitront sur "Vere Kutse Kohustab". "Ei Kahetse Midagi" est un premier album de qualité, de nombreux groupes souhaiteront avoir un premier essai aussi talentueux, quand je vous dis que Loits n'est pas une formation comme les autres. Il fait moins bloc de pierre comme le second album, moins homogène, mais on entrevoit déjà toutes les possibilités artistiques du groupe de Tallinn. Un "Sinu mees, sinu vend, sinu poeg" conclut l'album de belle manière. Une oeuvre qui va être rééditée au moment de cette chronique sous plusieurs formats avec des bonus tracks comparé à la première version, cd, cassette, digipack et vinyl. Si vous avez découvert Loits avec "Vere Kutse Kohustab", vous aurez forcément envie de plonger plus loin dans les racines du groupe. Ce "Ei Kahetse Midagi" ne vous décevra pas. Hailz

Legion Estland!

Note : 4/6

Page 190/249 MINISTRY : In case you didn't feel like showing up

Chronique réalisée par Iormungand Thrazar

"Au cas où t'avais pas envie de te pointer".....Ministry vient jusqu'à chez toi. Voilà en substance ce que nous dit ce titre du premier album live de Ministry. Au moins les bougres font preuve d'imagination contrairement à tous ces groupes qui intitulent leur disque "Live in...". Particularité qui perdurera avec les tournées suivantes de Ministry intitulées "Sphinctour" ( pour la similarité phonétique avec sphincter), "Fornicatour" pour fornicateur (fornicator) ou encore dernièrement, Masterbatour pour masturbateur (masterbator, master=maître). Mais revenons à ce live. Six titres enregistrés pendant la tournée nord-américaine 1989-1990 de Ministry, trois titres tirés de "The land of rape and honey" que sont "Deity", "The missing" et "Stigmata", et trois titres qui figurent sur "The mind is a terrible thing to taste", à savoir, "So what", "Burning inside" et "Thieves". Le son est excellent pour un live, peut-être même trop par moment, si bien que le rendu peut sembler proche d'un enregistrement studio (probablement le résultat du mixage), finalement c'est surtout dans les vocaux monstrueux d'Al et dans le son de batterie qu'on reconnaît la furie qu'un concert de Ministry représente. Le culte est crédité en tant que "serment du drapeau" ("flag pledge") dans le livret; pour ceux qui ont vu la vidéo "Tapes of wrath", regroupant tous les clips du groupe, c'est l'allumé qui porte la bannière étoilée en feu et qui harangue le public lors du clip live de "The land of rape and honey". Un clip qui était d'ailleurs tiré de la cassette vidéo "In case you didn't think like showing up" que je n'ai pas eu l'honneur de voir, mais un jour, je l'aurai. Un live surpuissant, un "So what" mythique de plus de 11 minutes avec un complètement déchaîné, encore mieux que sur disque je trouve. Le son de batterie sur l'intro de "Burning inside" est énorme, pour un titre jouissif au refrain dévastateur. Les samples sont bien en avant puis arrive le génial "Thieves", avec son intro culte, le sample du commandant dans "Full Metal Jacket" de Kubrick toujours présent bien entendu dans cette fin apocalyptique. Définitivement, le meilleur morceau de ce live en compagnie d'un "So what" épique. Ministry conclut sur un "Stigmata" qui prend toute son ampleur en live, exit le son studio un poil faiblard qu'il avait sur le disque "The land of rape and honey". Une fin comme il se doit, un concert de Ministry est une superbe expérience que je recommande à tout le monde. N'étant pas un grand fan de disque live, je n'aime pas mettre de trop grosses notes à ceux-ci, c'est pourquoi un 4/6 me semble mérité pour un témoignage capturé en concert. Indispensable pour les fans du groupe, ça, c'est certain.

Note : 4/6

Page 191/249 PEARL JAM : S/t

Chronique réalisée par Progmonster

À l'annonce de chaque nouvelle sortie de Pearl Jam, c'est toujours pareil. Depuis "No Code", on s'est senti obligé de nous vendre les mérites du prochain toujours plus fort, plus puissant. "Non, mais tu vas voir, celui-là, il paraît qu'il rocke dur. Non, mais vraiment cette fois..." Un retour au source quoi ; "Ten", "Vs." et "Vitalogy", les seules vrais incontournables Pearl Jam, personne ne s'y est jamais trompé. "Riot Act" a succédé à "Binaural", lui-même à "Yield", et rien, jamais, de ce retour hargneux si souvent proclamé. Ou alors en de trop timides occasions que pour être complètement crédibles. Mais sont-ce les fans ou le groupe lui-même qui désirent tant renouer avec cette approche ? Pour mettre tout le monde d'accord, le meilleur moyen encore de faire avaler des couleuvres, c'est de se servir de symboles forts, de ceux qui n'ont besoin d'aucun justificatif pour démontrer un vrai changement en profondeur. Voilà une tâche que remplit à merveille la cuvée 2006 du dinosaure de Seattle ; quoi de plus imparable en effet que de donner comme titre à son nouveau disque celui du groupe lui-même, manifeste d'une identité enfin retrouvée ? Quoi de plus déconcertant aussi que de voir celui-ci sous un emballage aux couleurs chatoyantes, du genre que l'on verait plus volontiers sur un disque estampillé électro ? Comme souvent, comme toujours, la formule se répète, éculée ; "Life Wasted" frappe fort, notamment grâce à un style d'écriture juste ce qu'il faut d'un peu plus alambiqué que pour y croire à ce changement. Puis l'album s'enlise rapidement dans ces vieilles habitudes. Il y a certes un plus grand nombre de morceaux que de coutume à déployer une certaine énergie ("Big Wave" ou "Comatose", presque post punk). Efficaces mais sans plus. Les plages plus tempérées obligatoires arborent leurs fragrances acoustiques qu'à trois reprises seulement ("Parachutes", "Gone" et le pénible "Come Back"). Enfin, quelques titres aux envolées vaguement plus épiques, mais qui sonnent plus poussifs qu'autre chose ("Unemployable", "Inside Job"), complètent ce tableau peu glorieux. Mais qu'est-ce que je veux au juste ? Quel ridicule procès d'intention suis-je en train de faire à ce groupe depuis trop longtemps déjà fatigué de tout ce cirque ? Il y a des histoires d'amour qui durent. D'autres qui finissent par lasser. Pearl Jam n'est pas prêt de changer. Cela, je l'accepte. Ce qui me gêne plus par contre, c'est qu'on tente de nous le faire croire. Pearl Jam, ce n'est un secret pour personne, est devenu une institution. Il ne nous reste donc plus qu'à agir en conséquence. Si vous êtes devenu à ce point accro, passez à la caisse pour obtenir votre nouvelle dose. Si vos oreilles se languissent de n'avoir plus été agréablement surprises et malmenées depuis de nombreuses années, faire une nouvelle fois abstraction du dernier Pearl Jam vous évitera la déception d'un achat inutile.

Note : 3/6

Page 192/249 TOOL : 10.000 Days

Chronique réalisée par Progmonster

6/6 sans restrictions à cette nouvelle bombe signée Tool ! Aaah, quel plaisir de retrouver les lourdes lignes de basse de Justin Chancellor, le jeu tortueux du guitariste , les parties de batterie toujours plus exposées au langage exotique des musiques du monde de et, bien sûr, la voix majestueuse de qui réussit encore ici à nous surprendre en nous montrant de nouvelles facettes de son immense talent. Si vous comptez parmi les fidèles à avoir adhéré à tout ce que le groupe californien a réalisé depuis "Aenima", le monstrueux "" compris, j'insiste, alors précipitez vous sur ce "10.000 Days" ! Moins ouvertement violent que son prédécesseur, Tool revient ici à un discours plus nuancé, sorte de synthèse entre les deux meilleurs disques du groupe à ce jour. Bon... Fini de déconner... Ce que vous venez de lire, c'est, en gros, l'affabulation possible d'une contre-chronique que prépare déjà secrètement dans son coin notre webmaster adoré. C'est moins ma réputation d'empêcheur de tourner en rond qui est en jeu ici que mon souci de me montrer le plus juste possible, en échappant, tant que faire se peut, à l'excitation et à l'emballement généralement induit par des sorties telles que celles-ci, attendues par un nombre conséquent de personnes. Je ne présume pas de mes forces ; je ne dis pas que j'y échappe, mais j'essaye. Pour gonfler la légende, si le nouveau Tool porte le titre de "10.000 Days", c'est peut-être aussi parce qu'il essaye de transmettre l'idée comme quoi un temps considérable, presque interminable, leur fût nécessaire pour accoucher dans la douleur de ce nouvel opus. Moi, je veux bien, mais ça ne veut strictement rien dire... Il existe des albums beaucoup plus complexes que celui-ci qui ont nécessité nettement moins de temps. L'inverse est vrai aussi. "10.000 Days" est un très bon album, ne nous y trompons pas. S'il ne surpasse pas "Aenima" (ce qu'aucun album du groupe ne parviendra jamais à faire si vous voulez mon avis), je le trouve cependant nettement plus emballant que "Lateralus". Il n'est pas question de faire ici le procès d'un album pour lequel je n'ai jamais eu mon mot à dire, aussi m'en remettrais-je une fois encore au temps qui finira bien par faire son travail auprès de ceux qui ont trop rapidement abondés dans le sens de cet album qui avait pour défauts de vouloir dissimuler le manque de profondeur de ses propos dans des effets faciles et un excès de décibels, faute de mieux. "10.000 Days" n'évite pas les longueurs inutiles lui non plus (la plage titre) mais l'ambiance générale et le soin du détail apporté à ces compositions où leur vraie sensibilité mélodique peut enfin s'épanouir sans ressembler comme ce fût parfois le cas à un emboîtement à l'emporte-pièce d'idées éparses, tous ces éléments font que l'on traverse "10.000 Days" sans jamais s'ennuyer. On est même plutôt captivé au fur et à mesure que l'on progresse dans celui-ci, avec de nouvelles insolentes réussites à ajouter à leur tableau de chasse ("Jambi", "The Pot", "Rosetta Stoned" ou l'hybride exercice électronique de "Intension"). Pas un chef-d'oeuvre donc, mais un très (très) bon album. Et dire que j'étais parti dans l'idée de lui coller une sale note...

Note : 5/6

Page 193/249 ZAWINUL (Joe) : The rise and fall of the third stream

Chronique réalisée par Progmonster

Petite leçon d'histoire ; pour comprendre le présent et mieux anticiper l'avenir, un regard éclairé sur le passé n'est jamais inutile. Être conscient de cela, c'est déjà commencer à comprendre la démarche qui est la nôtre quand nous explorons en amont comme en aval la discographie d'un artiste même si, à un moment ou à un autre, il finit par échapper à la définition de ce que nous considérons comme étant sombre et/ou expérimental. Le premier exercice en solitaire du pianiste de Canno249all Adderley et futur matière grise du laboratoire fusion Weather Report réunit chacun des éléments précités. Réalisé au beau milieu des années soixante, à une époque où le jazz ne savait plus où donner de la tête tant le nombre de directions inédites possibles était élevé, "The Rise and Fall of The Third Stream" célèbre un genre aujourd'hui révolu, même si la prétention artistique qui l'enrobe a depuis, de temps à autres, refait surface sous des formes diverses. Ce genre, c'est celui auquel le titre de l'album fait référence ; le Third Stream, courant musical dont la paternité revient à Gunther Schuller et qui tentait en réalité de créer un pont entre musique jazz et musique classique. Certains après lui ont tenté de donner leur vision de la chose - le Modern Jazz Quartet entre autres - mais, de manière générale, vu le manque d'enthousiasme provoqué par cette nouvelle alternative, le Third Stream s'est rapidement transformé en cul de sac. Le saxophoniste William S. Fischer veut malgré tout revenir sur cet épisode et c'est à lui que l'on doit toutes les compositions de ce disque où Zawinul n'est finalement qu'un exécutant, s'essayant pourtant déjà au piano électrique, une première ! Pourtant, on ne peut s'empêcher de penser d'ores et déjà au groupe fusion auquel il donnera le jour quelques années plus tard, ses notes de piano pastel, sa dynamique à mi chemin entre rock et jazz, auxquels le Third Stream vient greffer ses prétentions classiques (violons et violoncelles) et thèmes hérités du Free Jazz. Le Third Stream n'a pas eu d'avenir, mais il n'est pas inutile de revenir sur ce passé, dès à présent.

Note : 4/6

Page 194/249 ZAWINUL (Joe) : Zawinul

Chronique réalisée par Progmonster

Je vous avais parlé de "Infinite Search" du contrebassiste Miroslav Vitous. Je vous avais touché un mot également de la trilogie fusion chez Blue Note signée Wayne Shorter, "Super Nova", "Moto Grosso Feio" et surtout "Odyssey of Iska". Cet album éponyme de Joe Zawinul est la dernière pièce à rajouter au dossier, le dernier témoin de l'aventure Weather Report qui est alors sur le point de commencer, là, à quelques mois seulement ("Arrival in New York City" introduisant à sa manière l'approche cinématographique qui fera le succès du groupe jusqu'à "Black Market" compris)... Les trois musiciens se retrouvent donc et vont bientôt mettre en commun cette passion qui les anime tous pour une musique plus impressioniste, tout aussi détaillée en riches éléments et autres nuances de mille et une couleurs, mais qui va radicalement s'échapper des voies toutes tracées par les formes les plus restrictives et académiques du jazz. Pas sot, Zawinul a, comme souvent, mis ses services à dispositions d'artistes de talent - et non des moindres puisqu'il s'agit ici ni plus ni moins de lui-même - afin de tester le potentiel de ses propres compositions. Je parle bien entendu du mythique "In A Silent Way" auquel Zawinul donne ici un nouvel éclairage, moins expensif mais tout aussi poignant. Moins abstrait, plus pondéré, l'album jete néanmoins les bases de cette musique impalpable, flottante, preque féérique, comme sortie d'un rêve. Des qualités rares et précieuses. "Doctor Honoris Causa" (dédié à Herbie Hancock qui participe par ailleurs à la fête) et plus encore "Double Image" en sont les manifestations les plus évidentes. Ce disque s'adresse à tous les amoureux de musiques libres et aventureuses. À celles et ceux qui aimeraient aussi élargir leur horizon et entendre ce qui a pu se faire de tout aussi enivrant aux abords de la galaxie Davisienne alors que le trompettiste allait radicaliser son propos. À celles et ceux enfin qui, comme moi, considèrent les premières années de Weather Report comme un instant charnière dans l'histoire du jazz contemporain.

Note : 5/6

Page 195/249 AXESS : First light

Chronique réalisée par Phaedream

Axess c’est Axel Stupplich, l’un des trois synthésistes du groupe de MÉ progressive Pyramid Peak, et First Light est son premier album solo. Un album très près des sonorités du Peak et on ne s’en plaindra pas. C’est rythmé, bien séquencé avec de beaux petits bijoux de tendresse ou des séquences matraques. Un opus qu’il faut écouter attentivement, afin de ne rien manquer des subtiles progressions qui épanouissent un premier album fort convaincant pour Axess. Des strates mellotronnées, à la Shine on you Crazy Diamonds de Pink Floyd, flottent dans une ambiance vaporeuse. L’intro atonique d’Awekening est de courte durée, car un séquenceur lourd s’empare du rythme sur de bonnes percussions séquencées, qui accélèrent un tempo étourdi par de sublimes strates synthétiques tournoyantes. La profondeur musicale s’amplifie avec des notes qui virevoltent sur une séquence plus lourde, transpercée par de superbes solos, aux sonorités du Peak. Une pulsation résonne dans le champ magnétique de Distant Sun, où notes et percussions éparses se greffent à une séquence verticale qui épouse un mouvement saccadé. Couches synthétiques, chœurs astraux et stries métalliques couvrent les ondes d’une séquence dont le rythme crescende subtilement, faisant de Distant Sun un genre de demi boléro statique. Echoes of Eternity est toute une pièce. Plus rythmée, la structure musicale est moulée comme dans Distant Sun. L’impulsion est frappée de notes claires et de solides percussions, déviant subtilement son axe parmi des envolées synthétiques multiples, incluant de fabuleux solos. Un vrai tourbillon musical intense qui s’atténue en mi parcours sur une ondée atmosphérique où striures synthétiques flottent sinueusement, parmi des effets sonores analogues et métalliques. Sur l’écho d’un bourdonnement égaré, naît une superbe séquence hachurée sur des percussions claquantes. Une séquence rotative accompagnée par de superbes solos, déchirants et harmonieux que l’on voudrait entendre encore et encore. Les notes de First Light forment une séquence bouclée sur des mellotrons violonés. Sur des pulsations vibrantes, la séquence devient plus limpide et ondule sur des coups de d’archets virtuels, sonnant une charge violonée. Pulsation plus animée sur une séquence plus intense, les solos de synthé surplombent avec la sonorité du Peak un mouvement méthodique qui suit un parcours sobre. Shadows Of Dawn débute sur un tempo lent. Traîné par des effets sonores et des striures mélodieuses, le beat s’anime légèrement avec de fines percussions feutrées et un synthé plus enveloppant qui siffle, autant qu’il fuse, de courtes harmonies. Une belle ligne de basse moule l’ambiance qui s’agite sur des notes nerveuses et une séquence lourde, qui dévie sur un beat ‘’techno dance‘’ au rythme plus animé sur des percussions tintantes et des synthés aux solos mélodieux. L’intro de The Sermon est superbe et me rappelle la mélodie de Vangelis sur Albedo 0.39; Alpha. Une mélodie carillonnante qu’une ballerine sillonnerait avec grâce. Et encore plus lorsqu’une séquence s’y moule, ajoutant lourdeur et sensualité sur un mouvement lent aux synthés accablants et symphoniques. Une superbe ballade électronique. Des gongs tibétains, sur des strates enveloppantes, ouvrent Infinity. On s’attend à un titre aux ambiances tibétaines, lorsque de courtes stries oscillent sur une séquence dandinante, donnant le coup d’envoi à un rythme tourbillonnant avec fureur. Des séquences de notes fracassantes et limpides serpentent en multi vrilles, sur des percussions ravageuses. Un techno métallique inondé de chœurs virtuels sans souffles. Un titre agressif pour un party ‘’Zombie-Rave‘’. First Light mérite que l’on s’y arrête. Ne faites pas comme moi et balancer l’album aux calendes grecques sans

Page 196/249 vraiment y accorder une écoute attentive. Car sur Fisrt Light, on part d’un extrême à l’autre; du beau Berlin School à des transes hypno techno aux structures particulières à Axess, qui frôlent celles du Peak. Un album aux séquences multiples qui subdivisent les rythmes sur des mélodies accrochantes, des techno arrache pied, et des synthés aux sonorités équivalentes aux couleurs des prismes. Un bon cd qui vaut le détour.

Note : 4/6

Page 197/249 FRUSTRATION : Full of sorrow

Chronique réalisée par Twilight

Il y a selon moi deux types de révolte sociale, l'une plutôt 'collective' qui consiste à crier des slogans, à cerner des problèmes ciblés, clairment identifiés, une sorte de confrontation avec un ennemi défini; l'autre plus sourde, plus interiorisée et existentialiste qui aspire déséspérément non pas à la lutte mais à l'éclatement des barrières pour l'accomplissement de soi. Je la résumerais par le 'Here are the young man, a weight on their shoulders' de Ian Curtis. J'ignore s'ils approuveraient mon interprétation mais selon moi les musiciens de Frustration appartiennent à cette seconde catégorie que leur nom symbolise à merveille. Ce nouveau mini est empli de tension, d'envie de taper contre les murs, d'une colère sourde qui voudrait éclater mais qui ne comprend pas...'Are you so blind ?' Le cri est lancé d'emblée. Un clavier rapide et minimal lance une boucle maladive, la batterie se greffe, la voix crie et c'est le déluge de guitares post punk dans la plus pure tradition des Joy Division, Warsaw ou les premiers The Fall. Le groupe libère une musique sans concession, noire et énergique, qui martèle ('Full of sorrow' est carrément martial et évoque volontiers les débuts de Death in June). Nostalgie 80's ? Non, les 90's ont détruit beaucoup d'illusions et les formations comme Frustration tombent à point nommé pour rappeler que l'underground, c'est une philosophie et qu'il est encore temps de se poser des questions. 'Full of sorrow' confirme donc pleinement le potentiel du premier mini et c'est sereinement que nous attendons enfin un album longue durée.4,5/6

Note : 4/6

Page 198/249 ROSE ET NOIRE : Tracé dans le bleu

Chronique réalisée par Twilight

Rose souffrée, séduction poivrée d'un cabaret faussement hanté qui prend des intonations trip hop doucement hallucinées ('Rose c'est la vie')...Rose noire qui a toute sa tristesse à offrir, une obscurité d'alcôve, sensuelle, où les mots de Marie Möör se coulent comme des serpents sur une rythmique électro à la fois douce et grinçante...Rose érotique et poétique où les soupirs semblent rechercher une autre dimension, un cocon moite et grésillant...C'est dans un bleu de velours que le duo trace des lignes alliant froideur synthétique, expérimentation technoide et sexualité feutrée, une rencontre improbable et pourtant réussie entre la passion et la sensualité du cabaret, la mélancolie urbaine du trip hop et l'aspect désincarné de la machine...Parfois, le ton se fait plus léger et ironique ('Perhaps' et 'Moi ombre toi ombre', pas les meilleurs d'ailleurs, tant au niveau musical que des textes) mais la noirceur prédomine, comme si une Emily Simon perverse nous guidait lentement dans un labyrinthe de tentures lourdes et chargées, à la fois envoûtantes et étouffantes avec pour bande sonore un mélange de sonorités ambient et grésillantes...Un album qui parle aux sens par tous les pores de la peau.

Note : 5/6

Page 199/249 PATCHWORK : Patchwork

Chronique réalisée par Phaedream

Patchwork, c’est le duo Hollandais Ruud Heij & René Janssen. Paru en 1998 sur Quantum Records, la compagnie Strange Charm Records en fait un ré-édition en 2005. C’est tout en douceur que Synthetic Nature ouvre ce bel effort du duo Heij/Jamssen. Une fine ligne séquentielle pulsative, appuyé par un sobre jeu de percussions électroniques, coule aisément avec un soyeux synthé mélodieux. Les séquences jouent avec les tonalités, modifiant subtilement la mélodie. In memory of Humanity est plus complexe. Un titre à évolution, il débute avec une ambiance atmosphérique nappée d’un dense synthé. Une fine ligne basse augmente la cadence et nous inonde l’ouie d’excellents passages de synthé aux sonorités suaves et sensuels. Le titre se termine sous un doux synthé larmoyant. Une bonne pièce aux couleurs de la Berlin School Avec Initial Timeline, le duo est plus audacieux avec ses rythmes et chœurs africains. Tranquillement les rythmes se fondent dans une atmosphère hypnotique où percussions et flûtes dominent. Le synthé y est superbe. Un autre excellent passage. Mysterious Discovery est plus tranquille. Une longue tirade minimaliste hypnotique qui est traversé de moments atmosphériques planants. La ligne de basse est superbe. Le mouvement atmosphérique se poursuit sur Navigate, mais c’est de courte durée. Une fine ligne séquentielle en émerge. Le rythme et les percussions y sont soutenus par un synthé éthéré. Les notes virevoltent sur une ligne de plus en plus basse. Plus planant Everglades est un long souffle vaporeux guidé par un synthé dense et nuancé. Meadow est la pièce de résistance de Patchwork. Nerveux, le jeu des percussions nous introduit sur un séquenceur en pleine voltige sonore. L’impact est à couper le souffle. La basse est puissante, le séquenceur pesant et les notes de synthés hachent l’ambiance névrotique de Meadow. Un petit chef d’œuvre en soit. Patchwork est sans aucun doute l’un des bons albums de la nouvelle vague de la Berlin School. Un titre qui a passé inaperçu et c’est dommage, car il vaut le détour. Heij et Janssen marchent sur les sentiers de la vieille garde, avec la technologie d’aujourd’hui. Un cd mélodieux avec de bons séquenceurs et d’excellent synthé. Si vous avez passé à côté, il faut vous jetez sur cette réédition.

Note : 4/6

Page 200/249 : Disintegrate

Chronique réalisée par Iormungand Thrazar

Troisième album du groupe norvégien, "Disintegrate" fait suite à "Aeon". Zyklon pratique un death metal brutal et parfois mélodique avec quelques maigres réminiscences black metal. Oui, la production est puissante, oui; Trym (ex-Emperor, ex-Enslaved) martyrise toujours bien ses fûts, on reconnait également la patte mélodique de (ex-Emperor) à la guitare, mais je dois dire d'emblée que je ne suis pas du tout séduit par les vocaux du chanteur Secthdaemon (notez le subtil jeu de mot). En fait, ils ne sont pas mauvais du tout, loin de là, ils sonnent tout simplement beaucoup trop brutal death metal à mon goût, je les trouve quelquefois déplacés. Par exemple, prenez les couplets du deuxième morceau "Disintegrate ", on dirait tout simplement du Deicide. Ils sont par contre plus en phase avec la musique sur le troisième titre "Ways of the world ". Alors, je n'ai rien contre Deicide, au contraire, surtout tout ce qui vient avant "Serpents of the light" inclus, mais la direction musicale que prend Zyklon est pour le moins suprenante, mais ça, ils en ont parfaitement le droit,simplement, je trouve les vocaux très peu performants. On a donc alternés, des passages brutal death metal bourrin à la Deicide et des passages mélodiques sur un tempo moins soutenu qui finalement sont bien les meilleurs du disque. Un album qui met l'accent sur la variété et le crossover entre deux genres (bien que ce disques soit à mes yeux bien plus death que black), certes très bien réalisé, mais manquant sincèrement de liant à mon avis. Un groupe comme Thundra arrive par exemple très bien à marier plusieurs genres, mais pour moi, Zyklon n'y parvient pas bien. Comme le dit la biographie du groupe, "Disintegrate se porte garant de jongler entre du death et du black metal", en effet, mais gare à ne pas égarer des balles en chemin. Objectivement, ce disque est plutôt pas mal, mais je le trouve beaucoup trop formaté et finalement il ne détient que peu de charme. On s'embête rapidement au bout de quelques morceaux, et on guette une bonne suprise qui finalement ne vient jamais et on sombre dans la somnolence. Je trouve que ce groupe est porté plus par ses musiciens et leur curriculum vitae respectifs que par une qualité musicale à toute épreuve. Il est sur que l'on a affaire à des musiciens talentueux et aggueris, mais on a la forte impression qu'ils se sont soit endormis soit n'ont pas réalisé de gros efforts à la composition de cet album, car c'est réellement là que le bât blesse. On a donc un disque entre deux eaux, le cul entre deux chaises, ni bon, ni mauvais, bien interprété mais aseptisé, sans imagination, propre et sans surprise. Nous verrons ce que le futur réserve à Zyklon, mais cet album n'augure rien de très bon. Un disque moyen, ni plus, ni moins.

Note : 3/6

Page 201/249 DRUDKH : Blood in our wells

Chronique réalisée par Iormungand Thrazar

Après plusieurs écoutes du disque précédent de Drudkh, "The swan road", je me disais que le groupe ne parviendrait pas à faire mieux. Car contrairement à ce que je peux lire ici et là, j'ai toujours trouvé "The swan road" supérieur aux deux précédents disques, plus varié, plus travaillé, moins monotone et moins facile. Force est de constater que j'avais tort, Drudkh frappe de nouveau très fort avec son quatrième album qui, en effet, est probablement supérieur au précédent. Le son est un poil meilleur, et les compositions marient à merveille les points forts de la discographie de Drudkh. Les riffs mélancoliques et nostalgiques de "Forgotten legends" et "Autumn aurora" (comme par exemple la quatrième piste intitulée "Solitude") combinés à une diversité plus prononcée, quelques accélérations jubilatoires (notamment le riff magistral de la fin de "Furrows of gods"), une lourdeur plus avancée ("When the flame turns to ashes") et les solos de guitares, quatre éléments qui caractérisaient déjà selon moi "The swan road". Un autre élément que le groupe développe bien plus à mes yeux est cette identité slave dans les riffs, à l'instar d'un Astrofaes par exemple. C'est difficilement définissable mais les sonorités actuelles de Drudkh m'évoquent plus les contrées de l'Est que ne le faisaient les deux premiers opus. On ressent une tristesse, une noirceur toute particulière, et surtout à mon humble avis, on s'embête moins qu'au début du groupe, avec des riffs répétés à outrance et un tout moins ambiancé. Les interludes folkloriques tirés d'un film intitulé "Mamaj" sont également une très bonne initiative, déjà amorcée sur le disque précédent avec l'outro, que l'on retrouve ici sur l'intro et au début des morceaux. L'homme à qui le groupe rend hommage au milieu du livret est Stepan Bandera, chef de l'Organisation Ukrainienne Nationaliste (OUN) et fondateur de l'Armée Insurrectionnelle d'Ukraine (UPA), prisonnier des camps de concentration nazis pendant le deuxième guerre mondiale. "Blood in our wells" est un creuset d'émotions vives sans un seul temps mort ou passage de remplissage. Les textes sont tirés de travaux d'auteurs ukrainiens, dommage qu'ils ne soient pas traduits en anglais (remarque quand on voit la traduction en anglais de textes russes par des groupes, comme par exemple OId Wainds, qui finalement sont incompréhensibles, cela vaut peut-être mieux). Au passage, je voulais passer un petit coup de gueule envers Supernal Music pour le prix exhorbitant de l'édition limitée de l'album: un boitier style dvd, des liserés dorés, et un livret légèrement plus grand si j'ai bien compris, avidement vendu 15 livres (soit 150 francs) sans les ports et bien entendu seulement trouvable chez eux, ça doit faire une belle marge comparé au coût de fabrication, après c'est sur, les gens font ce qu'ils veulent de leurs deniers. "Blood in our wells" est une ouevre compacte et indispensable à tous les amateurs de black metal mélodique, avec des musiciens de qualité et dotée d'une bonne production. Il constitue à mes yeux LE chef d'oeuvre de Drudkh. Il s'annonce difficile à surpasser, mais comme précédemment, je peux me tromper.

Note : 6/6

Page 202/249 TANGERINE DREAM : Phaedra

Chronique réalisée par Phaedream

Phaedrea est à la MÉ ce que Sgt Pepper’s des Beatles est au rock; un album phare qui influencera une multitude de musicien et révolutionnera le monde de la musique expérimentale, psychédélique et électronique. Situons-nous dans le contexte. Le rock progressif évolue à cire d’oreille. Pink Floyd secoue les colonnes avec l’étonnant Dark Side of the Moon. L’échantillonnage musical fait ses premiers pas et l’utilisation de séquenceur établit ses premières lignes. Toujours à l’avant-garde, la gang à Froese se procure des nouveaux équipements et concocte un premier album de rock planant qui fait entendre des harmonies, des mélodies. C’est la naissance de la Berlin School. Très ambiant le début de l’opus se fait entendre à travers un vent métallique à résonance spectrale. Les premiers pas de la musique gothique viennent de se faire entendre. Un synthé tourbillonnant sillonne nos oreilles avec discrétion. L’ouïe en attente, le synthé s’amplifie et jette les bases d’une première utilisation d’un séquenceur dans l’œuvre de TD. Le rythme est sombre, tranchant et soutenu par un galop mellotroné qui se décompose et s’écrase sur une banquise d’effets sonores. L’air ambiant refait surface et nous entraîne dans une galaxie vaporeuse qui fume encore de ses cendres. Phaedra redéfini le genre et lance la désormais célèbre Berlin School. Les lignes séquentielles qui torturent cette pièce seront désormais un classique dans la construction des lignes séquentielles d’aujourd’hui. Souvent on peut entendre sur différents groupes de MÉ, les bases de ce titre culte. Mais cela demeure toujours une période sombre où le planant a le dessus sur le rythme. C’est donc avec un léger synthé qui se contorsionne que Mysterious Semblance at the Strand of Nightmares suinte ses larmes. Un titre fantomatique qui s’étire littéralement pour faire une mélodie surréaliste. Très statique, la pièce n’en demeure pas moins attirante avec son côté austère. Toujours dans une ambiance spectrale/spatiale Movements of a Visionary prend forme autour de bruits atmosphériques. Tel l’œil d’un cyclone, les notes virevoltent sur elles-mêmes et se fondent dans un néant intemporel. Sequent C clôt par une flûte éthérée qui plane et fond en silence. L’empreinte de Peter Baumann. Même avec nos oreilles d’aujourd’hui, Phaedra a à peine vieilli d’une ride. L’enveloppe musicale est dense. Les synthés et le mellotron n’ont plus de secret pour le trio Allemand qui enclenchera une série d’albums fort délicieux qui changeront la perspective de cet art contemporain. Album culte, album phare les premiers coups de séquenceurs créant une mélodie ont surpris et charmés. Un coup de génie culturel qui n’a d’égal que les classiques modernes. En 2005 Phaedra a été repris et remixé par Edgar Froese, et son fils Jérome, sur l’étiquette EastGate. Les puristes ont hennis au scandale. Je suis partagé. S’il est vrai que ce remixage a honni l’ambiance analogue des années 70, il n’en demeure pas moins intéressant pour ceux qui ont découvert le rêve mandarin que sur le tard. Par contre, à choisir entre la première version et celle de 2005, Phaedra 74 l’emporte haut la palme. Un cd à posséder, ne serait-ce que pour comprendre les racines de l’évolution de la MÉ.

Note : 5/6

Page 203/249 CORTEGE FUNEBRE / INTO DAGORLAD : Split cd

Chronique réalisée par Iormungand Thrazar

Première production du jeune label Haunted Moor Records, ce split cd nous présente deux groupes français, quatre titres chacun et un dernier titre où se rejoignent les deux groupes ("Morgue"). Commençons avec le premier groupe, Cortege Funèbre, qui nous propose un raw black metal sombre, mélodique et rageur, les vocaux de Lord Inferiis sont littéralement éructés, proche du ton d'un Pest de Gorgoroth. On notera le très bon "Ultime châtiment" et ses riffs mélodiques. Les quatre titres de Cortège Funèbre nous laissent entrevoir le potentiel du groupe, cependant la production est trop faible à mon goût. Je n'ai absolument rien contre les productions crues, mais je trouve qu'ici c'est trop boueux et que surtout elle porte préjudice à la musique du groupe, c'est à dire que de ce fait, on n'entend pas suffisament les variations et tout simplement les riffs. Les guitares saturées forment donc un mur trop opaque et monotone qui ne permet pas aux morceaux de donner leur plénitude. Il faut tout de même comprendre qu'il s'agit ici de deux jeunes groupes qui n'ont probablement pas encore les moyens d'obtenir une production plus appropriée, pas forcément moins raw d'ailleurs, mais plus efficace, spécialement au niveau des guitares. Ceci étant dit, ça n'enlève rien du tout à la bonne qualité et à la cohésion de titres comme "Ultime châtiment" et "Mortelle régénérescence", il est juste plus difficile de cerner l'identité musicale du groupe. Passons maintenant à Into Dagorlad. Niveau production, même constat, sauf qu'elle est légèrement plus puissante, et plus efficace au niveau des guitares et de la batterie notamment. Les vocaux sont moins aigus et plus retenus que ceux de Cortege Funèbre. Côté musique, Into Dagorlad propose également un black metal raw, cependant plus varié que le groupe précédent. Je dois d'ailleurs avouer une légère préférence pour le matériel d'Into Dagorlad que je trouve plus personnel, et du fait de la production, moins brumeux que celui de Cortege Funèbre, sauf pour les passages rapides qui ne ressortent pas comme ils pourraient le faire avec une production plus conséquente. Preuve en est le début de "Cythraul", blast beats et rapidité, qui pourrait donner un résultat plus convaincant. "Trones de cendres" (dont le deuxième riff me fait penser au break du titre II du "Nattestid ser porten vid' de Taake) et "Dernier chapitre" sont en tout cas des preuves que pour eux aussi, l'avenir pourrait être bon. "Morgue" qui réunit les deux groupes est une outro avec guitares lentes, quelques percussions éparses, et des cris mêlés dans une noirceur totale. Un split cd qui a l'honneur de nous présenter deux jeunes et intéressantes formations françaises, au potentiel certain, qui vont, j'en suis persuadé, bénéficier d'une meilleure production pour la suite, ce qui leur permettra de donner quelque chose de vraiment bon. Pour l'heure, ce disque est ce qu'il est: brut, cru et sombre. Deux groupes qui nous présentent leurs premiers ébats dont je vous conseille de suivre l'évolution. Un gros 3/6 pour la production qui tire le matériel des deux groupes vers le bas (arghhh, ce système de notation, pour moi, ca mérite un 3.5). Le futur sera raw ou il ne sera pas.

Note : 3/6

Page 204/249 HAMMILL (Peter) : Fool's mate

Chronique réalisée par Progmonster

Nous sommes tous appelés à faire des erreurs de jeunesse. En préambule à cette chronique qui annonce une salve d'une trentaine d'autres à sa suite, je voudrais faire mienne cette sentence et transformer ainsi cet aveu de faiblesse en un souhait d'excellence. Car jadis transporté par un élan juvénile et enthousiaste, il me tardait de vous parler au plus vite de . Même si, faut-il croire, j'ai malgré tout, moi aussi, contribué à la découverte de ce groupe auprès de certains de nos lecteurs, le regard que je porte sur mes premières chroniques me laisse sur un sentiment partagé. Bien que les ayant étoffées quelque peu depuis, elles ne font toujours pas honneur, à mon sens, à la grande force qui se dégage de leur oeuvre. Aussi voudrais-je publiquement déclarer ici que le compte rendu que je m'apprête à vous faire au sujet de la carrière solo de Peter Hammill sera tout sauf bâclé. L'aventure commence donc officiellement en 1971 avec "Fool's Mate". Rappelons toutefois que "", de trois ans son aîné, devait à l'origine paraître sous le nom de Hammill exclusivement mais fût attribué en dernière minute à Van Der Graaf Generator. Par ailleurs, signalons également aux personnes encore étrangères à cet univers que la frontière entre disques en solo ou disques en groupe est depuis toujours restée pour ainsi dire plutôt floue sur papier puisque, sur plus de quarante ans de carrière et autant d'albums, aucun disque ne sera enregistré sans la présence au préalable d'au moins deux autres membres de Van Der Graaf, Graham Smith et David Jackson les premiers. Quel bilan tirer de "Fool's Mate" ? Citer "The Aerosol Grey Machine" n'était pas fortuit puisque c'est de ce disque qu'il se rapproche le plus - et pour cause - le caractère extravagant en moins. Un album déjà fort personnel dont le charme tout relatif dépend de son aspect fourre-tout et quelque peu austère. Une collection de chansons faussement caustiques dont les instants les plus mémorables sont ceux où Hammill se livre dans une forme d'intimité impudique, avec arrangements pour guitare sèche ou piano/voix ("Solitude", "Vision", "Child", "The Birds"), rescapés d'une époque déjà révolue et qui sonne pour tout dire comme du matériel qui n'aurait tout simplement jamais su ou pu trouver sa place sur aucune des réalisations du groupe, pourtant encore en activité, mais plus pour très longtemps il est vrai ("Fool's Mate" sort au moment même où Van Der Graaf rentre en studio pour enregistrer ce qui deviendra ""). S'arrêter à ce seul "Fool's Mate", c'est ne conserver de Peter Hammill qu'une seule image ; celle du chanteur folk. Il ne mettra pas longtemps à nous prouver qu'il est bien plus que cela. Ma note peut paraître sévère mais c'est avant tout son manque de direction claire et précise qui est à déplorer. Erreur de jeunesse disais-je... Non. Plutôt un faux départ.

Note : 2/6

Page 205/249 HAMMILL (Peter) : Chameleon in the shadow of night

Chronique réalisée par Progmonster

"Chameleon in The Shadow of Night" est important à bien des égards. Et d'abord symboliquement. C'est en effet le premier des quatre albums que Peter Hammill publiera pendant le hiatus de quatre ans que s'imposera Van Der Graaf Generator. Cependant, on notera que le nombre des intervenants se limite cette fois au seul groupe, représenté de surcroît au grand complet, au-delà de toute espérance, grâce au bassiste Nick Potter, fidèle parmi les fidèles, que l'on avait perdu de vue depuis sa seule participation à "The Least We Can Do is Wave to Each Other". Important toujours parce que, même si le raccourci peut paraître facile, c'est à partir d'ici que les choses sérieuses vont commencer. Toujours dans le sillage de "Fool's Mate", le second Peter Hammill solo se développe sur base des seuls points positifs de son prédécesseur. Le côté presque nu de l'interprétation est encore davantage accentué ici ; que les membres de Van Der Graaf Generator fassent ou non acte de présence ne change rien à l'affaire. Sur des plages comme, d'une part, "In The End" ou "Easy to Slip Away", axés piano et voix, et d'autre part "Dropping The Torch" et "German Overalls", pour guitare et voix, l'écriture de Peter Hammill trahit l'importance de son rôle capital au sein du groupe. Les incursions timides d'une flûte, d'un mellotron ou d'effets hallucinogènes divers renforcent le côté fondamentalement noir, dramatique et ambivalent qui caractérise l'essence même de l'auteur. Les esprits damnés du générateur pourraient ainsi perdre leur temps à s'imaginer quel aurait été le relief de ces compositions si les arrangements avaient été conçues dans la perspective d'être incorporés par le générateur, mais ce serait alors refuser d'admettre que d'autres perspectives sont possibles. Dans l'absolu, ces titres, bien que dépouillés, ne sonnent pas pauvres du tout ; bien au contraire, la plupart d'entre eux génèrent des climats de tension tout aussi remarquables. Mais les plus récalcitrants à cette approche radicale seront sans doute ravis d'apprendre que la marque de fabrique du groupe s'illustre sur "Rock and Rôle" et plus encore à travers la suite schizophrène "(In the) Black Room/Tower". Van Der Graaf Generator unplugged ? C'est probablement le descriptif qui sied le mieux au contenu de "Chameleon in The Shadow of Night".

Note : 4/6

Page 206/249 HAMMILL (Peter) : The silent corner and the empty stage

Chronique réalisée par Progmonster

La débordante créativité de Peter Hammill ne connaîtra presque aucune pause. Il s'est rarement écoulé plus de deux ans entre deux de ses publications, qu'il enchaîne d'habitude avec une précision d'horloger, au rythme d'un disque par an. Et quelque fois même jusqu'à deux albums au cours de la même année ! Année faste donc que 1974 puisque nous serons fournis "In Camera" et "The Silent Corner and The Empty Stage", parmi les toutes meilleures oeuvres jamais réalisées par cet éternel écorché vif. Cette fois, toujours dans ce souci de pousser à chaque fois sa logique un peu plus loin, Hammill s'emploie à étendre le rayon d'action de sa plume la plus sophistiquée. Comme le dit le vieil adage ; chassez le naturel il revient au galop. Car, n'y allons pas par quatre chemins, "The Silent Corner and The Empty Stage" est le plus Van Der Graafien des albums de Peter Hammill. Et ce même si Nick Potter s'éclipse pour mieux ressurgir avec le K Group, mais ne brûlons pas les étapes ; ce sera seulement dans une dizaine d'année. Le guitariste Randy California (ex-Spirit) participe à la fête mais, comme pour Robert Fripp sur "Fool's Mate", son rôle reste anecdotique. Banton, Evans et Jackson, eux, sont beaucoup plus présents, c'est le moins que l'on puisse dire, et donnent de leurs personnes sur, entre autres, "The Lie", "Forsaken Gardens" ou l'ambitieux "A Louse is Not A Home", le tout oscillant dans des atmosphères évoquants tour à tour la folie de "Man-Erg" et la fièvre à venir d'autres titres emblématiques encore en devenir du générateur comme "La Rossa" auquel "Red Shift" prépare le terrain en quelque sorte. De loin, son album esthétiquement le plus rattaché à la grammaire progressive - façon Van Der Graaf Generator s'entend - "The Silent Corner and The Empty Stage" s'impose aussi comme le meilleur compromis pour toutes celles et tout ceux qui veulent aborder la carrière de Peter Hammill en solo sans prendre trop de risques ni être tout-à-fait dépaysés. Il faudra alors compter sur la sensibilité à fleur de peau de l'artiste et ses longs passages introvertis en mode acoustique ("Wilhelmina" et "Rubicon") pour permettre à ceux qui le désirent de poursuivre l'aventure hors des sentiers battus.

Note : 5/6

Page 207/249 HAMMILL (Peter) : In camera

Chronique réalisée par Progmonster

"In Camera" serait-il l'album oublié de Van Der Graaf Generator ? Pour la première fois, tout le monde n'est pas réuni autour du charismatique chanteur - seuls David Jackson et sont présents, avec, en renfort, Chris ! - et si les moments les plus furieux de ce nouveau brûlot, une fois de plus, ne peuvent nier l'évidence, c'est moins la sonorité ("Tapeworm") que la démence générale dans laquelle il baigne qui rend la chose envisageable. Album étrange, traînant derrière lui une aura maudite, qui donne une place de choix aux errances philosophiques les plus destructrices, aux tendances les plus lugubres et possédées du chanteur, se concluant en apothéose morbide avec le fameux "Gog Magog" que les intéressés connaissent que trop bien. Mais avant de faire la peau aux idées reçues sur ce titre, il n'est pas inutile de se pencher sur ce qui se passe en amont. Déjà, "(No More) the Sub-Mariner" nous laissait entrevoir que sur "In Camera" Peter Hammill ressentait le besoin de jouer franc-jeu afin d'étaler sans scrupules le déchirement existentiel dont il s'est toujours si pertinemment fait le chantre. C'est le Hammill qui hurle qui s'exprime surtout ici, et ô combien ! Le synthétiseur fait une entrée en force dans son univers, par l'entremise de David Hentschel - vous savez, le producteur des deux meilleurs Genesis, "A Trick of The Tail" et "Wind & Wuthering" - donnant à ce titre, et à d'autres, leurs côtés si angoissants. Dans un même ordre idée, et toutes proportions gardées, le débat fait rage quant à savoir quelle est la véritable utilité des dix minutes expérimentales qui mettent fin à l'imposant "Gog Magog" cité plus haut. Déclinaison toute personnelle de ce que l'on appele communément musique concrète, ce "Magog" psychédélique doit être perçu comme la résolution post-apocalyptique du "Gog" chaotique qui l'introduit ; ce jeu d'image mirroir entre la prédiction d'un malheur à venir, dont le héraut serait ici incarné par un orgue aux vertues sépulcrales, et le vide qu'il laisse derrière lui, projections mentales et abstraites du calme après la tempête, se révèle être d'une pertinence absolue, surtout compte tenu des références quasi prophétiques qui en définissent l'objet. Avec "In Camera" s'achève déjà le premier cycle de la dramaturgie Hammilienne, sur ce qui représente très certainement son chapitre le plus sombre et le plus expérimental.

Note : 5/6

Page 208/249 HAMMILL (Peter) : Nadir's big chance

Chronique réalisée par Progmonster

Difficile d'aborder cet énigmatique "Nadir's Big Chance" sans tomber dans les lieux communs rabâchés depuis des lustres par la presse internationale. À quelques mois de la reformation officielle de Van Der Graaf Generator, Peter Hammill nous revient avec un album que certains veulent voir comme précurseur du punk, carrément, oui vous lisez bien. Le terme, et Pete Townshend se l'étaient déjà disputés bien des années auparavant. Mais il est vrai que face à l'étonnante rugosité qui parcourt ce nouveau disque, un tel parallèle n'est en définitive pas usurpé. Concrètement, il est surtout bien plus naturel de voir dans ce nouvel exercice une rampe de lancement vers "" puisque le caractère trempé et sans concession de la seconde période du groupe prend probablement sa source ici. Beaucoup d'amateurs de musiques progressives ont encore et toujours du mal à accepter ce troc formel entre le symphonisme maniéré des débuts (et encore, Van Der Graaf fût loin de se conformer à ce genre) et l'énergie brute qu'ils vont rapidement adopter. , David Jackson et Guy Evans participent pour la dernière fois tous ensemble à un album de leur incontestable leader et font preuve d'une incroyable flexibilité, capables de se montrer aussi efficaces que carrés. Ses détracteurs reprochent à "Nadir's Big Chance" une écriture simplifiée. Je ne partage pas cet avis. En réalité, c'est l'absence de couleur strictement progressive qui embarasse ses mauvaises langues. Et quelque part tant mieux. Á l'écoute de la plage titre, "The Institute of Mental Health, Burning", "Nobody's Business" ou "Birthday Special", on comprend mieux le respect que lui a toujours voué Johnny Rotten en dépit des circonstances. On comprend mieux aussi ce qui a toujours fasciné David Bowie chez cet homme à la voix exceptionnelle. D'ailleurs, à l'instar du Thin White Duke, Hammill incarne ici le personnage de Rikki Nadir, passablement remonté contre l'industrie du disque, un point de vue assumé avec flamboyance qui rend encore plus grotesque la tentative désespérée de Ian Anderson de sonner un tant soit peu moderne sur le poussif "Too Old to Rock'n'Roll : Too Young to Die !". Enfin, cet exercice peut également être perçu comme une version autrement plus burnée du Roxy Music de "Virginia Plain", renforçant son aspect le plus rock, n'en gardant que les aspérités. Mais si nous voguons ici entre proto-punk et une forme de hard garage rock, Hammill n'en oublie pas pour autant de faire valoir sa facette la plus sensible comme l'attestent les ballades jamais mielleuses de

"Pompeii", "Shingle" ou "Airport".

Note : 4/6

Page 209/249 HAMMILL (Peter) : Over

Chronique réalisée par Progmonster

Le temps de conclure la trilogie noire du générateur, pratiquemment deux ans se seront écoulés. "Over" surgit donc du néant en février 1977, baigné d'une lumière blafarde qui cache en réalité bien son jeu. Comme le suggère le titre de l'album, l'auteur s'inscrit une nouvelle fois en totale rupture avec son passé, direct ou indirect. Rupture avec le rock révolté de Rikki Nadir, même si "Crying Wolf" permet à la transition de se faire en douceur. Rupture avec le Van Der Graaf Generator de la vieille époque, réintégrant momentanément Nick Potter et invitant pour la première fois le violoniste Graham Smith, rescapé des , précédant pour le coup de quelques mois seulement le lifting opéré par Van Der Graaf avec l'album "The Quiet Zone/The Pleasure Dome" ("Time Heals" et "Lost and Found", en écho à "La Rossa"). Rupture affective enfin, puisque, à l'image de "Blood On The Tracks", "Hear My Dear", "Face Value", "Tunnel of Love" ou "Devotion and Doubt", albums qui l'ont précédé ou qu'il précède, "Over" construit lui aussi sa trame narrative au sortir d'une relation amoureuse difficile. L'épure de "Fool's Mate" et "Chameleon in The Shadow of Night" refait donc surface. Mais pas de quoi s'affoler pour autant puisque ici le contexte appele à un tel traitement. Et que rêver de mieux que l'incroyable expressivité dont est capable la voix de Peter Hammill pour parler de peine, de douleur, de rancoeur, d'amertume, de rage et d'ironie dans autant de tableaux qui visitent cette palette de sentiments contrariés ? Les plages pour violon et voix que sont "Autumn" et "Betrayed" sont magnifiques même si les sujets traîtés demandent une approche différeciée. La surenchère dramatique atteint des sommets sur "(On Tuesdays She Used to Do) Yoga", limite inquiétant, ou encore "(This Side Of) The Looking Glass" où les arrangements pour large ensemble de cordes rappelent dans ses passages les plus solennels l'Allegretto de la septième symphonie de Beethoven. Fini. Tout est donc fini. Sans plus attendre, il faut se ressaisir. Et dès maintenant, regarder l'avenir droit dans les yeux.

Note : 5/6

Page 210/249 HAMMILL (Peter) :

Chronique réalisée par Progmonster

Le nouveau visage adopté par Van Der Graaf n'aura donc pas fait long feu. Le sulfureux "Vital" mettait un terme à priori définitif à cette fabuleuse aventure. Ce qui fait de "The Future Now" le premier album de Peter Hammill réellement post Van Der Graafien, et désolé pour le néologisme... Le premier aussi qui ouvre un cycle d'atermoiements où Peter Hammill va s'essayer à des expérimentations diverses, pour des résultats tout aussi mitigés. Un disque plus partagé que vraiment contrasté, un peu à l'image de sa pochette. En vérité, Hammill et sa bande jouaient leur va-tout avec leur double témoignage en concert, l'avenir du groupe restant donc bien incertain. C'est donc dans cet état d'esprit radicalement nouveau pour lui que Hammill boucle en moins d'un mois au printemps 1978 ce disque où, de son propre aveu, il essaye de construire quelque chose de sérieux, de concret, dans la perspective d'une carrière solo qui pourrait bien devenir du long terme et non plus de simples exercices de style capricieux. Pour autant, il ne faut pas envisager "The Future Now" sous l'angle d'un hypothétique compromis ! C'est loin d'être le cas, notamment quand on s'arrête sur sa deuxième face, loin de pouvoir prétendre à un quelconque succès commercial. L'empreinte de ses travaux passés persiste, Dave Jackson intervenant sur "Pushing Thirty" et Graham Smith sur l'étrange "Energy Vampires", "If I Could" faisant presque office de post scriptum à "Over", mais de manière générale, une ambiance pas forcément froide, je dirais détachée, s'en dégage. Elle évoquerait presque le second Peter Gabriel, en nettement plus lunatique cependant (cfr son travail vocal toujours aussi phénoménal sur le bien nommé "Mediaeval"). C'est aussi l'époque où les boîtes à rythme se démocratisent et si Peter Hammill parvient à en tirer le meilleur pour dessiner des chansons pop au calibrage irréprochable ("The Second Hand"), son approche sur "A Motor-Bike in Afrika", pas loin de Suicide finalement, ou "The Cut" est plus à même de satisfaire notre culte du sombre et de l'expérimental.

Note : 4/6

Page 211/249 HAMMILL (Peter) : ph7

Chronique réalisée par Progmonster

Neutre "pH7" ? Dans les manuels scolaires de science naturelle certainement, mais pas en ce qui concerne le huitième album solo de Peter Hammill. Si l'on excepte la plage qui ouvre ce nouvel opus, trop désinvolte pour être totalement crédible, nous tenons là un effort à la construction intelligemment négociée qui s'emploie surtout à extrapoler les options développées auparavant sur "The Future Now". Un départ en trombe à vrai dire avec "Careering" et "Porton Down", sonnant aussi actuel, si pas plus, que le dernier TV on The Radio. Et le fait que "Mirror Images", présent à l'origine sur le live "Vital", vienne compléter ce premier tir groupé de chansons passionnées a de quoi attirer toutes les faveurs de la vieille garde. Tout un symbole. Mais ce n'est pourtant pas à cette furtive touche nostalgique que l'on doit la réussite du présent disque. Je l'ai écrit plus tôt; c'est son sens de l'équilibre qui fait toute la différence. Les touches acoustiques sont réduites à leurs portions congrues avec "Handicap and Equality", "My Favourite" ou "Time for A Change" pour la guitare, et "Not for Keith" pour le piano. Quant aux textes, ils confirment, après "The Future Now", le revirement beaucoup plus engagé de l'artiste qui, sans prétendre avoir fait le tour des questions philosophiques, s'attache plus désormais à la description du réel et des inégalités inhérentes à notre modèle social ("The Old School Tie"). La suite "Mr. X / Faculty X" parachève le travail avec une nouvelle tranche de folie pas piquée des hannetons. Bien sûr, il serait tellement facile pour nous de réécrire l'histoire en ne conservant que le meilleur de "The Future Now" et de "pH7" pour en faire le meilleur Hammill depuis "In Camera". Ce serait là encore ne conserver qu'un seul aspect des choses. Celui qui nous convient le plus, au mépris d'autres qui ainsi juxtaposés nous permettent pourtant de mettre tout cela en perspective. Le chaméléon Hammill n'a pas choisi ce totem par hasard ; c'est un personnage complexe qu'il faut prendre la patience de découvrir. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que nous ne sommes pas encore arrivés au bout de nos surprises.

Note : 4/6

Page 212/249 HAMMILL (Peter) :

Chronique réalisée par Progmonster

Il est tout de même regrettable de s'entendre dire que le meilleur Hammill se trouve sur "Chameleon in The Shadow of The Night", "The Silent Corner and The Empty Stage" et "In Camera" ; à savoir, les trois albums de sa très longue carrière à avoir partagé une similitude esthétique marquée par l'univers de Van Der Graaf Generator ; comme si tenter de s'épanouir en dehors de cette influence n'avait aucune légitimité... Certes, en se retrouvant à la tête d'une discographie tellement impressionante en terme de quantité, il était sommes toutes logique d'y trouver du bon et du moins bon. Mais compte tenu de l'assiduité et de la sincérité absolue avec laquelle l'auteur nous a délivré tous ses disques, le bilan reste des plus positifs et impose le respect, les quelques ratés statistiquement obligatoires dans de telles proportions nous appelants à faire preuve d'indulgence. "A Black Box" n'en demande pas pourtant et il reste malgré tout trop souvent relégué comme second choix. Ce qui est une erreur à mon humble avis. À ce stade, Peter Hammill a compris que pour survivre il va falloir s'adapter. Et c'est sans trop se poser de question et en suivant son feeling qu'il embrasse les années quatre-vingt dans certains de ses aspects les plus intéressants. L'oeuvre qu'a forgé Peter Hammill est avant tout celle d'un auteur, pas celle d'un musicien. Aussi va-t-il trouver en la technologie de cette époque un allié de poids pour lui permettre de dessiner les ambiances noires qui l'habitent ou qui soutiennent la majorité de ses compositions. Dans ce cadre glacé, Peter Hammill se montre finalement bien plus ambigu que quand il se mettait en tête de nous jouer une ballade folk au son de sa guitare acoustique. Un clavier hanté par son propre écho sur "Losing Faith in Words", de l'expérimentation à tout va sur "The Jargon King" ou "The Wipe", de toute évidence, "A Black Box" tire les leçons de ses deux précédents efforts et cette fois enfonce le clou une fois pour toutes. "Fogwalking" ou "In Slow Time", par exemple, représentent parfaitement le changement d'approche dans l'écriture qui s'est lentement opéré ; on ne peut presque plus parler de composition puisque ces titres reposent désormais plus que sur leurs textures, ayant pour la plupart le profil d'une onde néfaste. La succession des plages courtes qui constituent sa première face consolide l'impact de ce nouveau mode opératoire, alors que "Flight", longue suite à rebondissements multiples qui applique aux recettes d'antan les saveurs actuelles, ravive une dernière fois le fantasme d'un Van Der Graaf Generator post moderne et chaotique décidément inévitable, scellant le sort d'un disque unique en son genre qui ne laissera personne indifférent.

Note : 5/6

Page 213/249 HAMMILL (Peter) :

Chronique réalisée par Progmonster

La lente matûration qui a poussé Peter Hammill à reconsidérer son approche esthétique depuis "The Future Now" trouve sa conclusion sur "Sitting Targets", dernier chapitre de cette deuxième phase. Le disque ne manque pas d'ambition, mais celle-ci se situe à un tout autre niveau que celle développée sur "A Black Box", son prédécesseur, et pour ainsi dire presque à l'opposé l'un de l'autre. Si on peut se risquer à parler ici de compromis, celui-ci n'a en vérité rien d'ouvertement choquant. Car oui, "Sitting Targets" est un album ouvertement rock ("My Experience" ou "Hesitation"... loin d'être ce qu'il y a de mieux sur le disque), le plus rock, le plus grand public de toute sa carrière. Conforme aux productions d'époque ; pour autant, vous ne trouverez pas ici de traces d'un "Making Plans for Nigel", "Ashes to Ashes", "Invisible Sun" ou "Games without Frontiers". Derrière son habillage gentiment new wave, "Sitting Targets" offre en réalité ce qui peut être vu comme le meilleur tir groupé de chansons jamais enregistrés par Peter Hammill. D'ailleurs, ce n'est pas un hasard si beaucoup de ces chansons vont figurer pendant longtemps dans ses différents tours de chant, y compris "Central Hotel", sorte de rencontre improbable entre AC/DC et Gary Numan. En ouverture, un convaincant "Breakthrough" montrait d'emblée que l'auteur n'avait décidément rien perdu de sa superbe, grâce à ce style d'écriture si particulier qui n'appartient qu'à lui, pleins de petites trouvailles qui permettent à ses titres de se fondre dans la masse sans perdre leurs spécificités ("What I Did" ou la plage titre qui se conclut en mode acapella légèrement dérangé). On le voit ; en dépit des apparences, Peter Hammill ne peut jamais se montrer parfaitement lisse. Il aime à se situer sur la brèche, sur le point de rupture à partir duquel tout peut basculer, dans un sens comme dans l'autre. Ailleurs, on retrouve donc la même ambiance poisseuse et presque épouvantable donnant un cachet inédit à ses derniers travaux ("Glue"), réminiscent aussi du grand

Eno de "Another Green World" qu'avec un petit effort d'imagination on remarquera par endroits.

Note : 4/6

Page 214/249 HAMMILL (Peter) :

Chronique réalisée par Progmonster

Début d'une éphémère troisième période avec ce disque paru à l'origine sur Naive en 1982. "Enter K" officialise en effet la naissance du K Group. Derrière les pseudos farfelus des membres de cette nouvelle formation se cache en réalité des visages bien familiers : Mozart (Nick Potter), Brain (Guy Evans) et le nouveau venu Fury (), l'énigmatique K n'étant autre que Peter Hammill lui-même. David Jackson est là, lui aussi, mais crédité en tant qu'invité uniquement (il ne se fait entendre que sur deux titres). En fait, sous prétexte de renouvellement en profondeur, notre flegmatique britannique fait du neuf avec de l'ancien, recyclant en quelque sorte le concept du personnage de Nikki Nadir dans une déclinaison plus "up to date" pour l'époque, et donc un peu dépassée en ce qui nous concerne. C'est aussi une solution toute trouvée pour l'auteur qui manifestait depuis un petit temps déjà son désir de renouer avec un réel esprit de groupe. Nous n'aurons malheureusement pas l'opportunité d'entendre concrètement ce qu'un tel revirement implique, exception faite peut-être des longues parties instrumentales d'un finalement trop long "Happy Hour". Dans l'ensemble, les titres de "Enter K" sont loin d'être mauvais, mais c'est avec peine qu'on y retrouvera une quelconque excentricité. Rien de bien noir ou de dérangeant à s'envoyer entre les écoutilles. Le ton général est plutôt upbeat, très en phase d'ailleurs avec ce que les années quatre-vingt nous auront apporté de plus superficiel... Toutefois, malgré l'énergie primesautière véhiculée par de plages telles que "Paradox Drive" ou "The Great Experiment", la marque de fabrique Hammillienne reste reconnaissable entre toutes. Et c'est encore plus évident sur "The Unconscious Life" et le remarquable de retenue "Don't Tell Me". Reste enfin "Accidents", seul morceau encore rattaché à l'étrangeté des "Future Now", "ph7" et autre "A Black Box" qui l'ont précédé, une chanson pop pas si droite dans ses bottes qui me ferait presque dire qu'à elle seule elle justifierait qu'on se rue sur ce disque. "Enter K" est un album plein de promesses qui en réalité n'en accomplit que quelques unes seulement.

Note : 3/6

Page 215/249 HAMMILL (Peter) : Loops & reels : analog experiments 1980-1983

Chronique réalisée par Progmonster

Intercalé entre "Enter K" et "Patience", "Loops & Reels" n'a absolument rien à voir avec la nouvelle partie de carrière récemment entamée par Peter Hammill. Il s'agit d'un recueil d'expérimentations sonores échelonnées entre la fin des années soixante-dix et le début des années quatre-vingt. Un album à part, farouchement expérimental celui-ci, et qui n'était d'ailleurs paru à l'origine que sous format cassette. Il est presque paradoxal de se dire que "Loops & Reels" va finalement bien plus loin que toutes les autres publications de Hammill datant de la même époque ! Voici en effet un recueil aventureux, préfigurant l'art du sample et dont l'instigateur a toutes les (bonnes) raisons de s'enorgueillir. Comme l'atteste la présence de "In Slow Time" dans cette selection - qui, pour rappel, figurait sur le bien nommé "A Black Box" - dans une version épurée sans doute encore plus décisive, c'est le Hammill musicien (ou devrais-je dire arrangeur ?) qui s'illustre ici. Et s'il n'y a bien sûr absolument rien de transcendant techniquement parlant sur cette galette, on retrouve en filigrane la fascination intacte du compositeur pour des ambiances troubles et ténébreuses, sorte de dark ambient avant la lettre ("My Pulse", musique commissionnée pour un ballet, s'épanchant sans crainte sur plus de quinze minutes), à situer sans doute quelque part entre les travaux de Fripp & Eno, ensemble ou séparément d'ailleurs, voire du Peter Gabriel de "Birdy". Il y a deux exceptions tout de même ; l'explicite "The Moebius Loop" et le renversant "A Ritual Mask", inédit réalisé à l'origine pour une compilation du Womad, réduisant à une peau de chagrin les efforts de fusion ethnique du même Gabriel sur son célèbre "Rhythm of The Heat", avec une approche, forcément, bien plus habitée et radicalement plus sombre. Vous l'aurez compris, "Loops & Reels" est une expérience recommandable en tous points. On regrettera seulement que Peter Hammill ait depuis décidé d'organiser lui-même une dichotomie dans ses travaux, dégraissant ses chansons de leur aspect les plus aventureux pour les concentrer sur des disques isolés ("Sonix" et "Unsung" plus tard). Et il ne faudra pas attendre très longtemps avant que les conséquences d'un tel geste se fassent rapidement sentir...

Note : 4/6

Page 216/249 HAMMILL (Peter) : Patience

Chronique réalisée par Progmonster

On ne rentre pas si facilement dans l'oeuvre de Peter Hammill. Au-delà des apparences plutôt convenues, il y a quelque chose de singulier dans son univers qui nous le rend aussi familier que fondamentalement différent. Ses mélodies ne sont pas toujours faciles, mais comme les plus fortes, elles parviennent à s'incruster dans notre mémoire avec une rare élégance. Le second volet des aventures musicales du K Group parvient enfin à concrétiser les espoirs et les intentions que Peter Hammill avait formulé un an plus tôt. Il faudra quelques écoutes pour pouvoir vraiment s'en rendre compte car en dépit d'un style plutôt conventionel se dissimulent en fait de redoutables petites pièces amères et vibrantes à la fois ("Just Good Friends"). Tout n'est pas parfait pour autant ; si vous étiez parmi ceux qui n'étaient pas parvenu à saisir le côté upbeat qui officiait d'ores et déjà sur "Enter K", un titre comme "Film Noir" devrait sans peine vous aider à y voir plus clair. Toujours entraînante, la musique du K Group a la vigueur du Peter Gabriel de "Shock The Monkey" sans pour autant en récolter les fruits. À l'image du couple "The Future Now" et "pH7", "Enter K" et "Patience" doivent s'écouter dans la foulée l'un de l'autre pour pouvoir en mesurer pleinement tous les effets. Des thèmes relativement forts ("Patient"), des rythmiques et une manière de procéder parfois entravées ("Jeunesse Dorée", "Train Time") finissent par en rendre l'écoute passionnante sur le long terme. En clair, il n'y a aucune raison de bouder les exercices solitaires de Hammill en ce début de nouvelle décennie ; elles possèdent à leur manière la même force de persuasion, la même forte personnalité que le King Crimson période "Discipline" ou les Talking Heads de la grande heure. Pourtant, le public du bon goût préfèrera cent fois dérouler le tapis rouge à des "90125", "Invisible Touch" ou autre "A Momentary Lapse of Reason" autrement plus stériles. "Patience" est le dernier album de Peter Hammill que l'on recommendera sans restriction aux débutants, alors que le bonhomme s'apprête à entrer dans une période des plus troubles, construisant à l'aveugle une longue phase de transition dont il ne sortira véritablement qu'à l'amorce des années quatre-vingt dix.

Note : 4/6

Page 217/249 HAMMILL (Peter) : The margin +

Chronique réalisée par Progmonster

Agrémenté d'un copieux second disque comprenant pas moins de dix titres supplémentaires, une pleine heure à trois minutes près, et ce dans le cadre de sa réédition 2001 chapeautée par son propre label Fie!, "The Margin" représente plus que le seul testament en concert du K Group ; c'est aussi celui de toute la seconde partie de carrière du Peter Hammill post-Van Der Graaf Generator, de 1977 à 1984, c'est à dire de "The Future Now" à "Patience" inclus. La fin d'une époque en quelque sorte. À l'image du fameux "Vital", "The Margin" possède la même force brute, ce même son "direct dans ta gueule" qui semble toujours être la manière la plus fidèle qui soit de traduire l'intensité d'une performance scénique. On ne pourra pas reprocher au groupe de manquer d'énergie, celui-ci offrant souvent une seconde jeunesse à des titres dont le véritable potentiel avait du mal à s'exprimer dans leurs versions studios. Une attention toute particulière est apportée aux chansons extraites de "Sitting Targets" ; plus de la moitié de l'album y est en effet représenté, et l'on ne pourrait taire plus longuement la rage et l'intensité apportées, par exemple, à "My Experience" et "Central Hotel" s'il ne fallait citer qu'eux. Il faut signaler également que ce second disque bonus a un son moins poli que celui paru officiellement en 1985, ce qui accentue davantage encore la férocité du propos. De plus, Hammill et le K Group font preuve d'une réelle inventivité en réadaptant parfois dans des arrangements forts éloignés des originaux des plages telles que "The Jargon King", "The Second Hand", "If I Could", ici exceptionnellement accompagné par le reste du groupe, voire l'imposant "Flight" - exercice bien difficile s'il en est et d'ailleurs pas pleinement satisfaisant - voire, plus loin encore, ceux d'une gloire passée ("Again", "Modern" ou carrément "The Sphinx in The Face", eh oui). À l'heure où une partie de son catalogue n'est plus disponible, la réédition de "The Margin" s'impose comme incontournable pour se familiariser avec l'essence même de cette période moins connue du bonhomme et pourtant tout aussi riche.

Note : 4/6

Page 218/249 HAMMILL (Peter) : Skin

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En changeant une nouvelle fois de label, Peter Hammill va enchaîner des albums peu inspirés, que l'on croirait presque avoir été réalisés sans la moindre conviction. Cette série maudite pour ainsi dire commence très mal avec "Skin", pas loin d'être le pire des quatre disques enregistrés durant cette période tumultueuse, et probablement aussi un des albums les plus dénués d'intérêts de toute sa carrière. Chansons pour la plupart sans reliefs perdues dans un dédale désastreux de sonorités synthétiques qui annihile tout éventuel effort désintéressé qui ne demande pourtant qu'à en développer une appréciation plus positive. À se demander même ce que tout ce beau monde est venu foutre là ; Stuart Gordon reprend officiellement le rôle autrefois dévolu à Graham Smith, Hugh Banton réapparaît, mais cette fois au violoncelle, David Jackson est fidèle au poste, et Guy Evans pour un ultime tour de piste, et pas des plus mémorables malheureusement. Comment justifier l'utilisation extensive des sonorités midi alors que Hammill a un groupe sous la main ? Comment ne pas se hérisser à l'écoute de ce pastiche d'ensemble de cuivres sur "Painting by Numbers" ou encore cette batterie plastique jetable et même pas recyclable de "A Perfect Date" ? "Now Lover" viendra beaucoup trop tard essayer d'inverser la tendance sur un disque où, pour la toute première fois, il paraît extrêmement difficile d'extraire plus de trois bons titres (seul "After The Show" vaut vraiment la peine, et encore ; seulement quand on est coutumier de l'univers de l'artiste). Bref, je ne vois pas l'utilité de m'épencher davantage en long, en large et de travers pour tenter de sauver ce qui de prime abord semble être condamné à l'oubli, en pure perte. Pas de tentative non plus de réhabiliter l'indéfendable comme on me l'a quelque fois reproché ici. Écoutez donc "Skin" - mais alors n'écoutez que lui - si vous avez l'inavouable intention de descendre l'artiste sans le moindre scrupules tout en prétedant en connaître un rayon (amis membres de Guts, si vous vous reconnaissez dans ce descriptif, oui, cette remarque s'adresse à vous).

Note : 1/6

Page 219/249 HAMMILL (Peter) :

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Peter Hammill ne donne pas beaucoup d'indication quant à la genèse de "And Close As This". Les voies du Seigneur sont impénétrables, dit-on, mais alors que dire de celles encore plus difficiles à suivre du charismatique chanteur anglais ? On aimerait bien savoir en effet comment est-il possible de passer de "Skin" à "And Close As This", et de "And Close As This" à "" ? Un comble que ce soit le disque le plus intéressant des trois qui tienne le profil d'intrus de service... La confondante simplicité de cet album alors inattendu en magnifie l'évidente beauté. Pourquoi, mais pourquoi diable s'est-il donc entêté à poursuivre la voie du tout à l'électronique alors que, comme on peut l'entendre ici, Hammill n'a pas besoin de beaucoup plus qu'un clavier pour donner vie à ses chansons ? Enfin... C'est vite dit car, ça et là, "And Close As This" promène quand même avec lui comme un boulet certains effets largement dispensables ("Confidence"). Deux pièces pour piano uniquement, "Beside The One You Love" et l'intemporel "Too Many of My Yesterdays", le reste ayant encore les faveurs du clavier numérique et de quelques rares et très discrètes séquences informatisées. La paupérisation de son environnement musical immédiat est en fait son enrichissement le plus sûr, et d'aucun de prendre acte ainsi que les seules révolutions propres à sa musique n'ont été jusqu'ici que formelles. Deuxième volet d'un possible triumvirat aux tendances quasi autistiques qu'il constituerait en compagnie de "Over" (1977) et "Clutch" (2002), c'est grâce à un album comme celui-ci que Peter Hammill a le plus de chance de séduire quiconque désirerait percer à jour le mystère de cette figure emblématique. "Empire of Delight", "Beside The One You Love", "Other Old Clichés" et "Sleep Now" jouent à fond la carte de l'intimité, là où "Silver" montre les dents, tendu sans jamais être agressif. Plus que le clavier, c'est la voix de Peter Hammill l'instrument roi, et "And Close As This" en rend bien compte. Un disque rare donc, et une bouffée d'oxygène bienvenue, perdue au beau milieu d'un océan de plate médiocrité.

Note : 4/6

Page 220/249 HAMMILL (Peter) : In a foreign town

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"In A Foreign Town" n'est franchement pas mieux que "Skin". Entre les deux, mon coeur balance pour déterminer quel est l'album de Peter Hammill le plus décevant sur plus de quarante disques ! L'homme n'est déjà plus que l'ombre de lui-même et si l'on trouvait déjà que sa carrière avait été jusqu'ici en dents de scie, la décennie qui arrive nous apportera comme lot de consolation encore quelques rares coup d'éclats dans un parcours toujours aussi exemplaire mais en vérité de plus en plus morne et morose. Au moins, cette fois-ci ne pourra-t-on pas reprocher à Hammill d'avoir compromis ses proches dans l'aventure puisqu'il décide d'assumer seul cette lourde tâche. Enfin... Seul, c'est beaucoup dire... On entend bien Stuart Gordon sur "Hemlock", mais ça s'arrête là. Et puis il y a Monsieur Pete Ridout dans l'ombre, un homme à qui l'on aimerait tant faire porter le chapeau de cette période si fadasse. Il serait peut-être moins douloureux pour les amateurs de se rendre à l'évidence que ce disque, tout comme "Skin" d'ailleurs, fait partie d'une lente évolution, dirons-nous strictement plus technique, qui voit Hammill s'essayer, comme de nombreux autres artistes à l'époque du reste, au sacro-saint système midi. Il y a forcément des ratés, et certaines chansons ici mériteraient clairement mieux que ce traitement pour le moins inapproprié qui déforce complètement la dynamique des compositions. La production reflète hélas la même pauvreté et enfonce davantage l'album dans la médiocrité. Mais il faut se dire que c'est là un mal pour un bien puisque, en définitive, si Hammill n'était pas passé par là, sans doute n'aurait-il pas pu négocier sereinement ce virage important qui, une fois pleinement maîtrisé, nous apportera des choses aussi superbes que "Oasis" ou "The Light Continent" bien des années plus tard. Alors, une fois n'est pas coutume, envisageons les choses sous leur meilleur angle ; réjouissons-nous d'apprendre que "In A Foreign

Town" n'est actuellement plus disponible...

Note : 1/6

Page 221/249 HAMMILL (Peter) :

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S'il fallait se retourner un instant sur la décennie qui vient de se clôturer et en faire le bilan, celui-ci ne serait pas spécialement brillant, démarrant plutôt bien pour rapidement se précipiter dans une seconde moitié des plus catastrophiques. "Out of Water" aura bien du mal à mettre les compteurs à zéro d'entrée de jeu ; la rapidité de Peter Hammill à enchaîner les publications les unes derrière les autres ne s'applique hélas pas à l'évolution de sa grammaire. Elle est bien lente, et ce long passage à vide n'a pas encore fini de faire des dégâts. Pour preuve ce disque, considéré pourtant par l'intéressé comme un tournant dans sa carrière. Et il est vrai que certaines pièces laissent entrevoir des lendemains plus intéressants, mais pour l'heure ces rares instants de lucidité sont soit encore trop peu nombreux, soit encore gâchés par la superficialité de certains arrangements ("Our Oyster" qui sonne, au mieux comme The Enid revu et corrigé). Peter Hammill prétend que la réussite de ce disque (sic) provient de la synthèse opéré par ses soins au sortir de "In A Foreign Town" entre ce qui marche et ce qui ne marche pas. L'un ou l'autre truc a du lui échapper forcément quand on écoute "Evidently Goldfish", "Not The Man" ou "Green Fingers", parce que là, c'est exactement ce qui n'allait pas qu'on entend. Peter Hammill n'est plus seul cette fois. Si c'est presque le K Group au complet que l'on retrouve (première étape avant "The Noise"), le compositeur n'a toujours pas trouvé de remplaçant à Guy Evans. Une machine programmée fera l'affaire, et si celle-ci s'avère agaçante pour le moment, on finira presque par la regretter dans un futur proche quand Manny Elias viendra assumer le poste... À retenir ; "No Moon in The Water" qui porte en lui les éléments du prochain "Fireships", véritable socle pour ses productions à venir, "Something about Ysobel's Dance", superbe duo acoustique violon/voix, et les deux pièces en clôture, "On The Surface" et "A Way Out" qui, si elles n'échappent pas à une grande partie des défauts précités, se démarquent tout de même par leur qualité d'écriture. "Out of Water" doit donc être pris au pied de la lettre ; Peter Hammill commence seulement à sortir la tête hors de l'eau.

Note : 2/6

Page 222/249 HAMMILL (Peter) : Room temperature live

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Audacieux témoignage en concert que ce "Room Temperature Live" puisqu'il propose ni plus ni moins que de reproduire l'intégralité du tour de chant de l'artiste tel que pratiqué à la veille du printemps 1990 et qui l'a amené à se présenter au Canada, aux États-Unis et en Angleterre dans la formule inédite d'un trio. Aux côtés des fidèles Stuart Gordon au violon et Nick Potter à la basse, Hammill roi accompagne son chant, poignant comme jamais, tantôt au piano, tantôt à la guitare. L'émotion est palpable de bout en bout durant ces copieuses cent quarante minutes remplissants les deux disques à ras bord. Austère alors ce "Room Temperature Live" ? Un peu oui, surtout pour toutes celles et tout ceux qui n'ont pas franchement pris l'habitude de pouvoir se passer d'une section rythmique digne de ce nom. Pourtant, Nick Potter n'est pas en reste et ne manque pas de faire vibrer ses cordes sur les titres les plus nerveux car, en dépit des apparences, ce disque peut aussi se montrer nerveux. Exercice sans doute plus difficile encore pour toute personne étrangère à cet univers sensible mais toujours passionné. Se posera donc très vite le problème du choix des titres, et vu le catalogue toujours plus conséquent des morceaux écrits par Peter Hammill, le chanteur a, de fait, l'embarras du choix. Comme souvent, et promotion oblige, priorité sera donc donnée aux dernières productions en date, entendez "Out of Water", "In A Foreign Town" et "Skin". "And Close As This" n'étant curieusement pas du tout représenté alors que, eu égard à son minimalisme assumé, c'était plutôt lui qu'on attendait. C'est finalement bienvenu puisque au moins deux des trois albums précités ont toujours souffert d'une production daté que des arrangements revus et corrigés ici permettent enfin d'apprécier à leur juste valeur. Hammill se fait plaisir en remontant jusqu'à son passé le plus lointain ; l'occasion de revenir sur "Vision", extrait de "Fool's Mate", son tout premier album. L'ombre de Van Der Graaf plane aussi par moments mais, comme d'habitude, on s'égare rarement plus loin que "The Quiet Zone/The Pleasure Dome". "Room Temperature Live" est au final un recueil vibrant de chansons au cachet Hammillien affirmé. En dépit de l'excellente prestation donnée ici par notre trio, cela restera avant tout une affaire destinée presqu'exclusivement à ses plus fidèles admirateurs.

Note : 3/6

Page 223/249 HAMMILL (Peter) : The fall of the house of Usher

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Voici sans aucun doute l'oeuvre la plus déconcertante jamais réalisée par Peter Hammill. Comme d'autres avant ou après lui - je pense à Pete Townshend ou à Roger Waters notamment - notre homme s'essaye lui aussi au rock opera, et Dieu nous préserve, s'il existe, qu'une telle idée puisse émerger un jour de l'esprit de Jimmy Page. Je m'écarte du sujet. Je disais donc opéra rock, mais rock est en fait un bien grand mot. Paraîtrait, à en croire la bio, que Hammill travaillait sur ce projet d'adaptation de la fameuse nouvelle d'Edgar Allan Poe depuis une vingtaine d'année déjà ! Manque de bol, c'est en 1991 qu'il décide de donner le jour à ce projet ambitieux, au sortir d'albums plutôt lamentables comme "Skin" et "In A Foreign Town" dont il va pourtant en partie tirer profit en adaptant, ô malheur, son travail en terme de programmation midi pour le bienfait de l'entreprise. C'est Some Bizarre qui se risque alors à produire et à distribuer la chose, fort mal d'ailleurs. Le disque est un échec. Et je me permettrais de rajouter : à tout point de vue. Cette foutue sonorité synthétique, cette programmation de batterie détestable enfoncent dans le grotesque un projet qui n'en demandait pas tant. Il y a une touche fondamentalement gothique dans "The Fall of The House of Usher", mais ainsi interprétée, elle n'est tout simplement pas crédible. Plus que probablement conscient de tout cela, et vu l'attachement évident que Peter Hammill porte à ce projet, il décida de se remettre au travail et proposa une seconde version huit années plus tard, gommant tous ces éléments kitchissimes qui figaient la version originale dans cette si pitoyable époque ; nouvelles lignes de chant du principal intéressé, plus de guitares, plus de vrais instruments aussi (le violon, bien sûr) mais, à mon grand dam, toujours aucune orchestration véritable. Au final, seules les voix d'origines des acteurs ont été conservées, à savoir celles de Herbert Grönemeyer, Andy Bell (oui, le chanteur de Erasure), l'épatante Lene Lovitch et la moins connue Sarah-Jane Morris. En un mot comme en cent : transfiguration ! La version reliftée de 1999 a de quoi effacer à jamais le mauvais souvenir laissé par l'édition 1991. L'aspect sombre et gothique y est nettement plus accentué et devrait râvir pour le moins les amateurs de Devil Doll. Pour ma part, je passe la main et j'attendrais peut-être pour me prononcer définitivement la version 2011 si jamais elle est inscrite au programme.

Note : 4/6

Page 224/249 HAMMILL (Peter) : Fireships

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S'il y a bien un élément regrettable et pourtant constant dans la carrière de Peter Hammill, c'est sa fâcheuse tendance à presque tout le temps mal débuter un album. "Fireships" ne déroge pas hélas à la règle avec "I Will Find You", un morceau qui aurait sans peine trouvé sa place sur ce "In A Foreign Town", de sinistre mémoire. Quand surgit de la brume "Curtains", on prend toute la mesure du contraste qui existe entre ces deux morceaux : c'est le jour et la nuit en plein, et, heureusement, c'est cette dernière option que Peter Hammill a choisi de poursuivre pour nous délivrer un nouveau chapitre tout en retenue de sa facette la plus introvertie. Alors, effectivement, l'artiste n'est pas tout à fait sorti de l'emprise du système midi. Et autant vous le dire tout de suite ; va falloir s'y habituer puisqu'il n'est pas prêt de l'abandonner. Toutefois, avec une expérience à chaque fois plus grande, impliquant une compréhension plus étendue et donc aussi une maîtrise qui à chaque fois se perfectionne un petit peu plus, Peter Hammill parvient à en tirer le meilleur parti, plus encore que sur "Out of Water" qui, en quelque sorte, l'y préparait. Donner un semblant de dynamique en pressant la touche "fake quantized drums" demeure plus que jamais une mauvaise idée, comme le prouve la plage titre qui montre ainsi que le chanteur n'est toujours pas parvenu à se mettre à l'abri de cette redondante faute de goût. Sinon, "Fireships", le disque, promène avec lui une atmosphère presqu'irréelle. J'utilisais le terme brumeux tout à l'heure, et ce n'était pas du tout innocent. Quand l'orchestration midi est employée, non pas pour remplacer l'un ou l'autre instrument, mais bien pour contribuer à l'assise de cette ambiance crépusculaire, dessinant des nappes denses et raffinées à la fois, le résultat s'avère être des plus probants. Il y a un côté presque new age dans le déroulement de ces plages, mais cela ne se limite pas à cela grâce notamment à l'intervention éclairée d'un réel ensemble de cordes conduites par David Lord sur "Incomplete Surrender" ou le déjà cité "Curtains". Les interventions plutôt rares de Dave Jackson, cette fois au soprano, suscitent à tous les coups l'émerveillement et illuminent véritablement un morceau comme "Oasis". On en viendrait même jusqu'à regretter que ce vieil ours n'ait pas été mis davantage à contribution tant il développe là une facette inédite et pour le moins fascinante de son talent. Ce n'est toujours pas avec ce disque que Peter Hammill pourra reconquérir les arènes du rock, c'est certain. Mais c'est là le cadet de ses soucis. Tout de même, pouvoir l'entendre réaliser encore des oeuvres à la forte personnalité comme celle-ci est un plaisir qui ne se refuse pas.

Note : 4/6

Page 225/249 HAMMILL (Peter) : The noise

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Suivant les changements subtils qui rythment les passages d'une saison à l'autre, c'est presque sans surprise que l'on note que sur "The Noise" Peter Hammill a voulu une fois encore renouer avec la dynamique du K Group. Excepté Guy Evans, désormais remplacé par Manny Elias, tout le monde est bel et bien présent, John Ellis et Nick Potter compris. David Jackson traîne encore sa patte sur un titre où l'autre mais rien de mémorable en fin de compte (on l'entend sur "The Great European Department Store", par exemple, mais le titre en soi est tellement pénible qu'on préfère en garder aucun souvenir). Seulement, au petit jeu du "qu'est-ce que ça vaut ?", si "Enter K" et "Patience" n'avaient en toute honnêteté qu'à moitié convaincu, "The Noise", lui, déçoit tout de suite. À l'écoute de son déjà vingtième exercice solitaire, on finit par se dire surtout que cela fait bien longtemps que l'on n'a plus entendu Peter Hammill se laisser transporter par de véritables accès de colère ou de démence, des titres comme le bluesy "A Kick to Kill the Kiss" ou "Where The Mouth is" ne faisant en réalité que s'énerver gentiment. Ce n'est pas encore ici que cela va se produire. Mais comme il s'agit de toute évidence de l'effet recherché, et que l'objectif n'est pas atteint, la pilule devient encore plus dure à avaler. Hammill pousse le volume un peu inutilement je dois dire ; on ne ressent à aucun moment le feu qui l'habitait encore du temps de "Flight". La plage titulaire démarre pourtant plutôt bien et laisse même entrevoir quelque chose de vraiment sombre et d'inquiétant. Mais là encore, ce sont les sonorités qui rebutent et qui rendent toute assimilation fondamentalement pénible. À quoi bon substituer un batteur à une programmation de batterie si c'est pour le faire jouer sur un kit électronique ? Avec "Planet Coventry" et "Primo On The Parapet" qui vont régulièrement apparaître dans la playlist de ses tournées à venir, ce sont peut-être là les seuls éléments à sauver d'un disque qui n'avait d'alléchant que le titre.

Note : 2/6

Page 226/249 HAMMILL (Peter) : There goes the daylight

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Au moment de sa parution, "There Goes The Daylight" semblait avoir comme seul rôle prépondérant celui de combler le vide laissé par l'absence de tout témoignage en concert relatif à Peter Hammill dans une configuration de groupe. On l'a vu avec "Room Temperature Live", et on le verra bientôt avec "Typical", et même "Veracious" en 2006, les représentations intimistes, elles, en solo ou en duo, ne manquent pas. En somme, c'est donc la place occupée jusque là par "The Margin" - pas encore réédité à l'époque, vous commencez à comprendre - que ce live de fortune tente de remplacer. Quelque soit l'angle adopté,"There Goes The Daylight" ne tient tout simplement pas la comparaison. Tout d'abord, l'album n'est pas double. Un soulagement sans doute pour ceux qui n'apprécient guère le personnage et qui se sentiraient vite découragés à l'idée de devoir se farcir deux disques d'affilée. Quoi qu'il en soit, cette remarque a beau être anecdotique et la moins embarassante de celles que je m'apprête à formuler, elle n'en revêt pas moins un poids significatif qui fera pencher la balance en sa défaveur. Ensuite, le choix des titres peut difficilement concurrencer la débordante énergie dont les plus chanceux avaient gardé un impérissable souvenir sur "The Margin". En se focalisant sur ses dernières productions ("In A Foreign Town", "The Noise"), Peter Hammill tente sans doute de redorer le blason de ses compositions toutes fraîches et dont il se sent, par la force des choses, beaucoup plus proche. Mais pour la férocité, on repassera. "There Goes The Daylight" ne jouit pas du son brut caractéristique de son illustre prédécesseur, et Manny Elias n'est pas Guy Evans non plus, je vous prie de m'excuser. Le groupe assure, est bien en place, mais se met rarement en danger. Avec la tension en moins, c'est finalement à un rock pépère auquel on assiste. Et cela est d'autant plus parlant quand le groupe s'attache à revisiter "Sign", "Empress's Clothes" ou "Central Hotel", tous issus de "Sitting Targets", et qui avaient également eu les honneurs d'une interprétation par le K Group. Reste alors l'inévitable piège de titres plus aguicheurs comme "Lost and Found" pour "Over" ou encore "The Habit of The Broken Heart" et "Cat's Eye/Yellow Fever" du regretté Van Der Graaf, seules roues de secours transformées en produit d'appel pour les quelques indécrottables nostalgiques qui se sentent vraiment concernés.

Note : 2/6

Page 227/249 HAMMILL (Peter) : Roaring forties

Chronique réalisée par Progmonster

Le problème avec le service que je rends - parfaitement messieurs - en rédigeant des chroniques, parce que, croyez-le ou non, c'est comme ça que je conçois mon travail, c'est que cela peut vite tourner en une forme de sentence définitive, que je ne souhaite pas particulièrement d'ailleurs, surtout quand elle est alors appuyée par de sombres spécimens en recherche de sensations fortes et qui prennent leurs désirs pour des réalités. On l'a vu - enfin, surtout les plus courageux d'entre vous qui se sont déjà farcis pas moins de vingt trois chroniques avant d'atterrir ici - la carrière de Peter Hammill est pour le moins chaotique, capable du pire comme du meilleur, osant tout et son contraire, tantôt sur un même album, tantôt dédiant un disque entier à chacune de ces approches particulières, alors bien malin celui qui pourra prédire avec exactitude les directions qu'empruntera le Thin Man après chaque nouvelle publication... Parmi le cercle très select de ses fans déclarés, "Raoring Forties" est régulièrement cité comme un des meilleurs albums réalisés par Hammill depuis... "A Black Box" ! J'aimerais préciser leur pensée, si toutefois c'est bel et bien ainsi qu'il l'entendait ; "Roaring Forties" est l'album qui s'efforce le plus de mimer "A Black Box". Et c'est là où le bas blesse précisément. Sur une progression d'accords similaire à "I Want You (She's So Heavy)", histoire de situer, "Sharply Unclear" est sans aucun doute le titre le plus convaincant du lot (le seul ?) en confirmant au passage ce point de vue si répandu. Puis, l'agencement des titres, bien que subdivisés en plusieures parties, renforcent l'impression générale. "Roaring Forties", si l'on passe sous silence "Your Tall Ship" qui aurait par ailleurs gagné à n'être joué qu'au piano, se conclut d'ailleurs sur "A Headlong Stretch", longue suite de vingt minutes qui recycle de vieux plans, "A Plague of Lighthouse Keepers" et "(In the) Black Room" compris. "A Headlong Strectch" n'est pas "Flight 2". Et "Roaring Forties", à mon grand regret, n'est pas "A Black Box 2" non plus, même si, de toute évidence, on s'est donné du mal pour tenter de nous le faire croire. C'est tout de même un bien meilleur album que "The Noise" (pas difficile), et un retour évident à une ambition clairement rattachée à l'idiome progressif.

Encore faut-il voir ce que Peter Hammill décidera d'en faire...

Note : 3/6

Page 228/249 HAMMILL (Peter) : X my heart

Chronique réalisée par Progmonster

C'est par ce disque que j'ai redécouvert Peter Hammill. Comme beaucoup, je m'étais arrêté à ses tous premiers essais pour découvrir que, même dans ses meilleurs moments, il ne pouvait égaler la puissance et l'intensité de Van Der Graaf Generator. Parcourant à rebours l'album photo de ses souvenirs, "Fool's Mate" m'avait dissuadé de reprendre l'exploration dans l'ordre chronologique. Mais voilà ; en 1996 "X My Heart" croise mon chemin sans prévenir et, méfiant, je m'enquéris auprès du vendeur pour savoir ce qu'il a pensé de l'album. Aujourd'hui, j'ai la conviction absolue qu'en réalité il n'a jamais écouté ce disque, le fourbe, mais sa réponse sans appel résume à elle seule bien des choses : "...c'est du Peter Hammill ; y a du bon et du moins bon". Et en effet, nous sommes sûr de ne jamais nous tromper en proférant de telles banalités. Pourtant elles vont comme un gant à cet artiste d'exception. J'ai peut-être moi-même abusé de ce raccourci en n'écoutant jamais une seule note de la quarantaine de disques que je vous soumets en ce jour mémorable. C'est vrai... Qui sait ? Je ne cours aucun risque. Y a même peu de chances que je me plante. C'est pas comme recopier tels quels des articles dans des magazines douteux. En plus, ça n'intéresse pas grand monde, alors franchement, pourquoi se priver ? Me croirez-vous donc si, tout bien considéré, je vous affirme ici même que "X My Heart" est sans doute le premier album post-"Fireships", "Fireships" inclus, à être parvenu à accomplir la synthèse que Peter Hammill cherchait depuis si longtemps ? Les titres sont ramassés, mais les compositions sont suffisamment riches que pour susciter un intérêt véritable ("A Forest of Pronous", "Narcissus (Bar & Grill)"). Voguant entre les arrangements plus rock de "Roaring Forties" et le climat tout en suspension du déjà cité "Fireships", "X My Heart" propose dans son ensemble des compositions plutôt fortes, aux mélodies mémorables ("Amnesiac", "Ram Origami") où la balance entre instrumentation et programmation redonnent enfin de vraies couleurs à ce qui, il y a peu encore, passait pour un artiste moribond. La voix de Peter Hammill n'est finalement jamais aussi belle que quand il se laisse aller à l'émotion qui l'envahit et, qu'il s'agisse de la version acapella de "A Better Time" ou de la noirceur tangible de "Earthbound", on ne peut pas remettre en cause son authenticité. Ni faire une croix sur cet artiste qui, lentement mais sûrement, semble renaître peu à peu.

Note : 4/6

Page 229/249 HAMMILL (Peter) : Sonix : hybrid experiments 1994-1996

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"Sonix", c'est cette fameuse autre facette de Peter Hammill, celle que l'on regrette un peu et qui s'était cristallisée en partie sur "Loops & Reels" il y a... Treize ans déjà ! Pas de chansons ici, mais des instrumentaux aux contours pas très bien définis qui résultent pour la plupart de commandes diverses. Ainsi, "A Walk In The Dark", "Hospital Silence", "In The Polish House" et les deux thèmes "Emmène-Moi" sont issus du film du même nom réalisé par Michel Spinosa. "Exercise for Louis" aurait du faire partie du film, mais comme souvent, rares sont les pièces développées dans ce but qui finissent par vraiment y figurer. L'occasion de se rattraper. La couleur de ces pièces est plus ou moins similaire ; Peter Hammill y met à contribution son ami Stuart Gordon pour de poignantes parties de violon. Mais pas toujours ; le système midi rôde toujours. "Labyrinthine Dreams", la pièce la plus imposante de cette collection à cause de sa durée, est une autre commande, pour un ballet cette fois. Plus mélancolique sans être pour autant parfaitement légère, c'est le piano, jusque là grand absent du disque, que l'on retrouve dans cette presque demi-heure contemplative perturbée par de rares effets vocaux induisant un changement de rythme et d'intention. Des pièces restantes, "Four to The Floor" passe presque pour une bonne surprise, puisqu'il s'agit en réalité d'une collaboration ouverte et inédite entre Hammill et son batteur Manny Elias. On aurait pu craindre le pire mais, gentiment percussif, il évoque avec naïveté l'ouest des Indiens d'Amérique. "Dark Matter", quant à lui, résulte d'altérations générées aléatoirement par des bandes magnétiques sur lesquelles ont été préalablement enregistrés des parties de guitares dissonantes. Ce descriptif quelque peu rébarbatif de mon point de vue à l'adresse de toutes celles et tous ceux qui considèrent qu'on ne peut parler d'un disque que de cette manière. L'un dans l'autre, "Sonix", s'il est de toute évidence honnête dans sa démarche, ne tient pas la comparaison avec d'autres oeuvres flirtant avec les rivages de l'avant-garde. Ce disque propose la vision d'un homme empli de bonnes intentions mais dotés de modestes moyens.

Note : 3/6

Page 230/249 HAMMILL (Peter) :

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Contrarié par l'expérience "Sonix", "Everyone You Hold" est à "X My Heart" ce que "Enter K" est à "Patience" ; à savoir un autre couple d'albums aux airs de faux-jumeaux interrompus dans leur développement par un disque d'expérimentation sonore (concernant ses derniers, il s'agissait de "Loops & Reels" en 1983, mais vous le saviez déjà si vous suivez un peu, moi, j'avoue, je fatigue à force de me répéter de la sorte). Plus concrètement, ce cru 1997 partage plus de similitude avec l'architecture sonore quasi désertique de "Fireships", voire de "And Close As This", que de son prédécesseur direct. Ceci étant, l'ambiance générale n'est pas vraiment à la fête. "Everyone You Hold" est introverti, oui, mais il est surtout bien sombre. Le calme tout relatif dans lequel évoluent ses neuf nouvelles compositions ont une qualité méditative aussi étonnante qu'évidente, élément qui accrédite, si besoin est, que Peter Hammill, depuis la mise en exercice de son label Fie! il y a cinq ans déjà, remonte tout doucement la pente, à son rythme, vraisemblablement entré dans une période de créativité artistique efficiente. On n'y croyait presque plus... Une fois n'est pas coutume, sur "Everyone You Hold", l'absence de batterie est un plus ; les programmations sur "Personality" et "Can Do" sont pour le coup largement suffisantes, même si on aurait pu s'en passer. Ce sont aussi, comme par hasard, les titres les moins attachants. La présence de Hugh Banton, elle, est une surprise, d'autant que sa seule intervention se résume au titre "Bubble", plongeant ce dernier dans une atmosphère gothique à renfort d'orgue hanté réminiscent de "The Fall of The House of Usher". Ce sont pourtant des titres comme le triste "Nothing Comes", le dramatique "From The Safe House", le quasi lithurgique "Phosphorescence", l'annonciateur "Falling Open" ou encore la si simple et si belle plage titre qui tirent raisonnablement cet album vers le haut qualitativement parlant, autrement vers le bas, frôlant presque la dépression. Malgré quelques réserves, une oeuvre telle que celle-là ne peut qu'aider à redonner du crédit à un artiste capital dont l'influence souterraine finira tôt ou tard par éclater au grand jour. Mes modestes chroniques sont, vous vous en doutez, une invitation ouverte à le découvrir sans plus tarder.

Note : 4/6

Page 231/249 HAMMILL (Peter) : This

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Ce disque a toutes mes faveurs. Vraiment. Je lui pardonne tout, ou presque. C'est un écueil auquel on aimerait tous échapper mais je ne peux que m'y abandonner faute de mieux car "This" est vraiment, j'insiste, un des rares disques de Peter Hammill à contenir aucun titre inutile. Ce compris les courts interludes instrumentaux de moins d'une minute que sont "Frozen in Place", "Unready" ou "Unsteady" qui, par ailleurs, renforcent considérablement l'homogénéité et la personnalité de l'album. Si je vous dis en plus que sa tentative laborieuse de faire ressurgir l'ombre du générateur sur "Roaring Forties" est ici enfin concrétisée... on se calme ...par endroits seulement, vous aurez alors à votre disposition suffisamment d'éléments en main pour pouvoir tirer vos propres conclusions. David Jackson s'avère être une fois encore décisif dans "Unrehearsed" dont la progression, jusqu'à l'explosion finale, a l'audace de nous remémorer les coups de sangs de "Pioneers over C." Ce coup de rétroviseur impromptu est plaisant, il ne faut pas se mentir mais si, sans le signifier clairement, j'évoquais en début de chronique quelques détails qui m'empêchaient de donner à "This" mon approbation sans restrictions, c'est parce que, sur un titre comme celui-ci, la vibration, la rondeur et la sueur des exécutants du Van Der Graaf originel sont encore et toujours troqués en faveur d'une instrumentation impersonnelle, presque froide, à mes oreilles. La même remarque peut-être faite pour "Fallen" qui, en fin de parcours, se laisse pourtant emporter dans un bref délire instrumental inattendu. Sur ce morceau encore, et comme pour d'autres titres de l'album ("Stupid" entre autres), on ressent l'influence des gammes orientales dans ses compositions, un autre plus non négligeable pour un disque qui ne manque pas de bonnes surprises. "Since The Kids" et "Nightman" font perdurer l'introspection ténébreuse de "Everyone You Hold" alors que "Always is Next" incarne, lui, le dernier mouvement nerveux de "This" avant que le disque nous plonge dans la torpeur de "The Light Continent". Ça, Peter Hammill ne nous l'avait encore jamais fait ! Une lente et douloureuse descente dans les affres de la rédemption où sa voix magique nous guide tel un phare dans la nuit la plus noire de toute, une nuit sans retour. Si l'on peut se permettre de faire la fine bouche quant au choix de production, il faut avoir aussi l'indulgence de reconnaître qu'elle s'inscrit dans le prolongement d'une esthétique mise en place depuis "Fireships", l'oreille ayant eu depuis tout le temps de s'y acclimater. Fascinant et réussi, "This" est, après "A Black Box", le disque de Peter Hammill qu'il faut absolument écouter pour se convaincre qu'il y a bel et bien une vie après Van Der Graaf Generator.

Note : 5/6

Page 232/249 HAMMILL (Peter) : Typical

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Je vais peut-être vous surprendre ; "Typical", double recueil de performances seul en scène, exercice à priori ô combien difficile, s'impose presque naturellement comme l'enregistrement live ultime et incontournable de Peter Hammill. Avant de revenir sur les raisons qui me poussent à de telles assertions, un petit historique s'impose. Ce nouveau témoignage apparaît dans les bacs au début de l'année 1999, un peu tard me direz-vous pour des concerts en solitaire donnés un peu partout en Europe sept ans plus tôt. Mais comme le dit le dicton, mieux vaut tard que jamais, surtout quand il s'agit de contrer toute une série de bootlegs apparus sur le marché depuis 1996. Hammill met peut-être du temps à réagir mais ce qu'il nous propose comblera tous ses fans ; un double album aussi généreux que "Room Temperature Live", vendu pour le prix d'un simple, avec un choix de titres judicieux qui ferait presque paraître "Typical" pour une anthologie. Cet album s'attarde donc sur sa tournée de 1992, année cruciale puisque, même si cela étonnera ceux qui en définitive n'y croyaient vraiment plus, Peter Hammill est alors à un nouveau tournant de sa carrière, que l'intimiste et mesuré "Fireships", publié cette même année, symbolise au mieux. Bien sûr, des albums comme "Over", "And Close As This" ou "Everyone You Hold" nous avaient déjà tous démontrés que Peter Hammill ne craint pas d'affronter le silence, mais il ne s'est jamais mis autant en danger qu'ici, allant au bout de sa démarche, avec juste un piano ou une guitare électrique. J'ignore si le but avoué de cette entreprise était d'atteindre un point de non-retour au niveau strictement émotionnel. Quoi qu'il en soit, c'est de cela, et uniquement de cela, qu'il s'agit ici. Mises à nu, les compositions de Peter Hammill gardent toutes leurs forces. J'irais même jusqu'à dire qu'elles n'ont jamais paru si essentielles, si intenses qu'ainsi traîtées, sans apparats, sans effets inutiles, sans programmations indésirables non plus. Je ne vous ferais pas l'affront de vous donner un descriptif détaillé de chacunes des pièces, ni des petites surprises qui s'y trouvent. Je n'ai pas envie de vous priver du bonheur de les découvrir par vous-mêmes. Je dirais juste que l'ami Peter se montre ici sous son meilleur jour, cette voix, toujours aussi expressive, sans équivalent notable, atomise parfois ou décuple l'impact selon le cas certains de ses titres avec une force et une sincérité sans égal, aussi n'y a-t-il aucune raison pour que vous redoutiez un album soporifique. "Typical" ne l'est vraiment, mais alors là, vraiment pas.

Note : 5/6

Page 233/249 HAMMILL (Peter) : None of the above

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Certes, les productions Hammilliennes des années quatre-vingt dix ne parviendront sans doute jamais à faire de l'ombre à ses tous premiers faits d'armes, mais de petits trésors comme "Fireships" ou "This" nous laissaient quand même sur une note d'espoir, à penser que contrairement à un Jon Anderson, Peter Hammill n'était pas tout à fait cérébralement mort, qu'il avait encore des choses à dire, qu'il les disait bien et qu'il était même encore capable de nous surprendre. Au moment où l'on s'apprêtait donc à rentrer de plein pied dans une nouvelle décennie, mais aussi un nouveau millénaire, notre ombrageux britannique nous offrait ce délicat "None of The Above", titre dont la négation devrait presque être prise au pied de la lettre. Car, en effet, aucun des souhaits formulés plus avant ne vont trouver leur écho sur ce disque, ma foi, fort insipide. Dans la lignée de ses oeuvres les plus intimistes, de "And Close As This" à "Everyone You Hold" inclus (on y retrouve à nouveau ses deux filles, Holly et Beatrice), cette production ne décolle jamais vraiment et rate tout ce que les deux albums précités avaient réussis à accomplir. Seul spasme dans cet horizon aux vertus plus soporifiques que fondamentalement aériennes, "Like Veronica", plage plus ou moins rock mais en fin de compte tout aussi inappropriée. Dans de telles conditions, les huit minutes de "In A Bottle" passent assez mal. Ailleurs, les mélodies n'ont aucune saveur, ou alors elles rappelent de mauvais souvenir ("Somebody Bad Enough" ou "Astart" sonnant comme du mauvais Phil Collins, n'ayant pas peur des maux - jeu de mot). "Naming The Rose" et "Tango for One" seraient à la rigueur les seules plages où il se passe quelque chose au niveau de l'émotion qu'elles sont susceptibles de véhiculer. C'est bien peu, vous le reconnaîtrez. "None of The Above" est de loin un des albums les plus dispensables de l'artiste toute période confondue. Si "Skin" ou "In A Foreign Town" s'avéraient fort peu recommandables, majoritairement en raison de leur production datée, ce premier album inaugurant une décennie nouvelle inquiète car ce sont les compositions qui se montrent ici des plus décevantes. Une sévère baisse de régime sans réel précédent. Un faux pas que l'on espère aussi sans suite.

Note : 1/6

Page 234/249 HAMMILL (Peter) : What, now ?

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Bien. De vous à moi, ça commence à devenir compliqué là... C'est qu'on le croyait mort et enterré notre cher Peter. Ils se comptent finalement sur les doigts d'une main les artistes capables d'alterner ainsi des albums médiocres et sans inventivité aucune ("None of The Above") puis revenir avec quelque chose d'aussi... mmmh, comment dire... inespéré que ce "What, now ?". Donner son avis, déjà, parfois c'est limite quand, en plus, on vous prête des intentions que vous n'avez pas. Mais alors, accorder une note, bon sang, vous n'imaginez pas comme cela peut être délicat, cruel. Pour tout dire ; injuste. Y en aura toujours quelques uns pour s'offusquer de me voir me montrer donc beaucoup plus généreux envers les productions les plus récentes de Peter Hammill plutôt qu'à certains de ses anciens disques, dits classiques. Là où certains croient pouvoir y déceler la manifestation de mon esprit de contradiction, c'est en réalité mon point de vue personnel que je tente d'exprimer, débarassé de l'influence possible et même probable de ceux qui aimeraient nous imposer leur mode de pensée. En parlant de "What, now ?", j'ai dit inespéré. J'y ai été sans doute un peu fort. Faut dire aussi que face à la lourde et amère déception laissée par on prédécesseur, on aura vite tendance à faire du bon de l'exceptionnel. Si le style, d'un disque à l'autre, altèrne presque systématiquement approche minimale et prétentions plus rock, l'uniformisation de ton qui se dégage de ses productions depuis "Roaring Forties" en 1995 nous permet d'avoir une vue d'ensemble beaucoup plus claire sur cette partie de carrière, à un tel point qu'on peut parler, à mon humble avis, de nouvelle période, sans doute la plus longue jamais entamée par l'artiste. C'est autant une qualité qu'un défaut, car l'écoute alerte de l'auditeur doit tout le temps lui permettre de faire abstraction du sévère manque de dynamique prodigué par une section rythmique inexistante (Nick Potter n'est plus là, et Manny Elias, c'est tout comme). Alors, forcément, sur un disque comme "What, now ?" qui, dès "Here Come The Talkies" ou avec des chansons telles que "Lunatic in Knots" ou "Edge of The Road", tente de renouer avec l'aspect le plus ouvertement progressif de sa carrière, la satisfaction n'est jamais absolue, comme le visage angélique d'une tendre jeune fille qu'un tarin bien ingrat viendrait enlaidir. On retrouve des échos à "The Future Now" au travers de l'atmosphérique "Far-Flung (across the sky)" et les expérimentaux "Fed to The Wolves" ou encore "Enough", alors que "The American Girl" et "Wendy & The Lost Boy", eux, paraissent bien sages. Sans vouloir me répéter, on dira de "What, now ?" qu'il s'agit d'un nouveau disque bourré de bonnes intentions qu'une réalisation parfois trop fade vient ternir.

Note : 3/6

Page 235/249 HAMMILL (Peter) : Unsung

Chronique réalisée par Progmonster

Pour plus de lisibilité sans doute, Peter Hammill fait officiellement passer son nouvel exercice en solitaire sous la bannière Sonix, histoire de bien marquer la différence entre ses chansons et ses rares escapades en territoires plus expérimentaux qu'on aimerait plus nombreux, mais pas nécessairement de manière si isolée. Comme si cela ne suffisait pas, le titre de ce nouvel opus est "Unsung"... Oui, ça va, on a compris Peter. Le mec qui prend de la bouteille, c'est toi ! Vu ton âge, et sauf ton respect, y a quand même plus de chance que tu sois devenu plus dur de la feuille que nous... Le parallèle avec "Sonix" s'arrête pourtant à son titre puisque Peter Hammill se retrouve cette fois vraiment seul aux commandes. Réalisé à l'époque de "In A Foreign Town", "Unsung" serait vite devenu insupportable. S'il s'avère être moins pénible à écouter avec ses sonorités plus contemporaines, mais tout aussi synthétiques, il n'est pas idiot de se demander dès à présent s'il résistera magré tout à l'épreuve du temps ? Sa récente collaboration avec Roger Eno - par ailleurs développée à la même époque - lui a sans doute redonné des ailes. "" ne faisait pourtant qu'enfoncer des portes ouvertes. L'ambient, c'est si facile à faire, que la question qui se pose vraiment est celle du tri. Sélectionner les instants où il se passe vraiment quelque chose. Ce n'est pas ma manière à moi pour dire qu'il ne se passe rien sur "Unsung" mais, comme pour "Sonix", il est difficile de ne pas résister à la tentation de mettre cet essai en parallèle à d'autres, créés par des artistes confirmés et dont c'est le style de prédilection, pour se rendre compte qu'il vaut mieux considérer ce nouvel essai comme un simple divertissement. Certes, c'est Peter Hammill tout de même, et pour celles et ceux qui croyaient jusqu'à présent que le bonhomme n'était que chanteur, ça risque d'être une agréable surprise. Il y a bien des moments intéressants, perturbants mêmes ("Handsfree", "861 and Counting", "The Print Port") mais pour le reste... Toutes ces "chutes" enregistrées quelque part entre "None of The Above" et "What, now ?" ont quand même au moins le mérite d'être plus captivantes que le premier mais moins accompli que le second.

Note : 2/6

Page 236/249 HAMMILL (Peter) : Clutch

Chronique réalisée par Progmonster

On sentait venir ce retour à l'acoustique. À dire vrai, Peter Hammill en avait même vraiment besoin. "None of the Above", digne des plus hauts reliefs hollandais, puis "What, now ?", avaient tout de même pour avantage de tenter de s'affranchir du langage trivialement synthétique, le dernier cité moins, certes, mais compensait toutefois en accordant une place plus grande à la guitare. La pochette de "Clutch" est donc pour le coup assez explicite. Car la couleur de l'album est celle d'un singer/songwriter, d'autant que les errances progressives de "This" ou de ce fameux "What, now ?" n'ont plus droit de citer ici. Croit-on. Si les mélodies de "We Are Written" ou "Once You Called Me", doublé de superbes lignes de violon, tombent vite dans l'oreille, l'enchaînement de ces quatre premières plages est peut-être agréable, mais tout de même pas loin de l'anecdotique. Les choses se corsent sur la deuxième moitié du disque. "The Ice Hotel" continue à développer ce même goût pour l'épure et l'émotion brute, mais avec un côté tout de même nettement plus inquiétant. "This is The Fall" et "Just A Child" sont beaucoup plus graves encore, non seulement au niveau des sujets qu'ils traitent mais aussi et surtout dans leur manière d'en parler. La flûte lointaine de David Jackson, les nappes de cordes dénaturées en arrière plan font basculer ce monde d'apparente quiétude dans la peur et l'angoisse. Un délicat mais moins relevé "Skinny" qui, fait relativement rare, nous permet de goûter au toucher de celui qui se qualifie lui-même de piètre guitariste, et puis on repart de plus belle avec un intense et quasi épique "Bareknuckle Trade". La production, plus moderne, aura peut-être du mal à nous en convaincre mais "Clutch" a tous les atouts en mains pour séduire ceux qui ont su apprécier à leur juste valeur des disques comme "Chameleon in The Shadow of Night" ou encore "Over". Et de fil en aiguille, cela me fait aussi penser que les admirateurs transis de David Bowie, et en particulier celui de "Space Oddity" ou "The Man Who Sold The World", devraient sérieusement se pencher sur Peter Hammill, et pourquoi pas sur ce "Clutch" qui, sans en avoir l'air, réussit à s'imposer comme un antépénultième retour au premier plan.

Note : 4/6

Page 237/249 HAMMILL (Peter) : Incoherence

Chronique réalisée par Progmonster

La nouvelle est tombée ; en mettant la dernière touche à "Incoherence", sa dernière livraison annuelle en date, Peter Hammill fût victime d'une attaque cardiaque en décembre 2003. Fort heureusement rétabli, on sait aujourd'hui que cet évènement tragique fût l'élément décisif qui incita le chanteur à réactiver la machine Van Der Graaf "avant qu'il ne soit trop tard pour le faire"... C'est bien entendu avec une attention accrue que l'on se penche alors sur "Incoherence" qui - mais ce n'est peut-être pas un hasard - s'attaque au... humm... coeur même de l'oeuvre de Peter Hammill, c'est-à-dire le langage et notre difficulté récurrente à pouvoir nous exprimer convenablement, à traduire avec précision notre pensée et nos sentiments. Sectionné en quatorze plages indépendantes, "Incoherence" réédite l'expérience de "A Headlong Stretch" sur "Roaring Forties" puisqu'il s'agit, ni plus ni moins, d'une longue suite qui s'écoute d'une seule traite. Le batteur Manny Elias semble n'avoir plus accès aux locaux de Terra Incognita et, comme nous pouvions nous en douter, la musique en ressort gagnante. Seulement, Peter a déjà rangé sa guitare, et ressort son va-tout électronique. Rangé aussi son sens particulier de la mélodie si bien qu'il nous délivre un album, eh bien, pas vraiment incohérent, mais plutôt confus. J'ai le sentiment que Peter Hammill a voulu marquer un grand coup là mais rate son objectif en passant à côté de l'essentiel ; l'émotion. Certains passages instrumentaux ont la complexité de pièces étiquettées rock in opposition, c'est dire si cela se veut complexe. Et on a encore droit bien sûr à cette alternance finalement prévisible entre moments calmes, éthérés, presqu'ambient et d'autres plus chaotiques ou, en tout cas, désirants sonner comme tel. Une fois pour toute, il n'y a pas de meilleur ou de moins bon Peter Hammill (enfin, si ; à de rares exceptions près)... "Incoherence" nous prouve plus que jamais que l'homme, à l'instar d'un Frank Zappa, n'a pas spécialement cherché à enregistrer des disques, mais à créer une oeuvre. Le meilleur disque de Peter Hammill, finalement, il ne tient qu'à chacun d'entre vous de le faire en réunissant les titres qui vous touchent le plus sur une compilation - double ? triple ? quadruple ? - qu'il reste encore à inventer. Mais le choix est si vaste et la palette des émotions si étendue que, bon gré, mal gré, il est encore préférable de se jeter corps et âme dans l'aventure en se laissant guider par le toucher invisible du dernier des vrais géants encore en vie.

Note : 3/6

Page 238/249 HAMMILL (Peter) : Veracious

Chronique réalisée par Progmonster

Bon, là, c'est vrai, à force, on pourrait presque se demander dans quelle mesure la sortie de "Veracious" ne servirait-il pas qu'à justifier l'activité débordante de l'artiste, juste pour maintenir ce quota immuable de un disque tous les ans, voire tous les deux ans grand maximum. Je fabule bien sûr. D'autre part, on ne peut pas non plus occulter les problèmes de santé qui s'en sont mêlés, ni la réactivation inespérée de Van Der Graaf Generator qui en incarne en réalité, et bien plus qu'on voudrait bien le croire, sa conséquence directe. Si le nom de Stuart Gordon apparaît sur la pochette de "Veracious", c'est pour signifier avant toutes choses à l'auditeur susceptible d'être interpellé que cette fois il doit s'attendre à l'exercice du duo. Pas de nouvelle collaboration à l'horizon donc, comme celles finalement très mitigées en compagnie de Roger Eno ("The Appointed Hour") ou Guy Evans ("Spur of The Moment" et "The Union Chapel Concert"). C'est du Hammill pur jus, un "Room Temperature Live" moins un, si vous voulez, dans la forme et dans le fond ; un disque en moins, et un musicien en moins aussi (Nick Potter en l'occurence). Excepté "Typical" dont l'objet à lui seul définissait sa spécificité, cela faisait donc plus d'une dizaine d'années que Peter Hammill n'avait pas publié de disque en concert, rôle que s'emploie donc de remplir ce "Veracious" qui fait le point sur ces treize dernières productions, de "Out of Water" en 1991 au tout dernier "Incoherence", paru en 2004. Pas de préférences particulières, seuls "X My heart" et "Everyone You Hold" sont représentés par deux fois. La surprise vient ici de l'inédit "Shingle Song" et ce formidable saut dans le temps par l'entremise de "Easy to Slip Away", nous ramenant à l'époque bénie de "Chameleon in The Shadow of Night". L'ambiance générale évoque donc une fois encore "Room Temperature Live", même approche quasi intimiste recentré en priorité sur l'intensité, et peut-être aussi les exercices similaires tentés par John Cale, Diamanda Galas ou William Sheller, chacun dans leurs styles respectifs. "Veracious", pour tout authentique qu'il soit, est une nouvelle preuve d'amour auquel les plus volages pourront difficilement se montrer sensibles.

Note : 3/6

Page 239/249 DEAD KENNEDYS : Plastic surgery disasters / In God we trust inc.

Chronique réalisée par Twilight

A la vue de pochette si réussie (la meilleure des Dead Kennedys selon moi), je ne pouvais qu'avoir envie d'écouter le cd et son contenu est loin d'être inintéressant. Tout le savoir-faire de la bande à Jello Biafra y est concentré: de la fureur, des attaques ultra rapides, de la mélodie, de l'humoir noir et grinçant, un peu de glauque gothique et de relents rockabilly moulinés punk...Non mais, franchement, rien que l'intro est parfaite ('Advice from Christmas past'): le grondement de guitares en arrière-fond laisse présager d'une attaque à la Bauhaus et au lieu de ça une voix féminine dans la plus pure lignée 'documentaires Disney' sussure des explications pour expliquer au kid moyen pourquoi il est devenu un tel 'trou du cul' (si si). 'Government flu' suffit à lui-seul comme carte de visite du groupe, départ post punk goth, accélération, riffs de guitare torturés, chant hanté et mélodie efficace. 'Plastic surgery disasters', à l'instar des 'Fresh fruits for rotten vegetables' ou 'Frankenchrist' a cette qualité de savoir concilier lignes pêchues typiques du punk américain pré-hardcore, mélodies prenantes, le tout épicé d'une bonne dose d'humour noir (le saxo moqueur de 'Terminal preppie'). Des chansons comme 'Halloween', 'Winnebago warrior', 'Government flu' ou encore 'Riot' avec son début lent, très blues gothique sont irrésistibles. On comprend pourquoi un tel groupe reste toujours aussi fascinant tant au sein de la scène punk qu'auprès des goths. Cette version cd propose en bonus le mini 'In God we trust inc.' (dont pratiquement aucun titre ne dépasse les deux minutes !). Je suis plus mitigé, il est plus typique de l'aspect punk hardcore de Jello et ses potes, celui que j'apprécie le moins. Les chansons sont très rapides, très courtes, et ne dévoilent pas de réelle mélodie particulière (même si le début de 'Moral majority' avec ses airs faussement religieux est excellent), exception faite du bon 'Rawhide' et de la déclinaison de 'Kalifornia über alles' sous le nom de 'We've got a bigger problem now'. Je ne doute pas que les fans du genre y trouveront largement leur compte, de toute manière la réputation des Dead Kennedys n'est plus à faire.

Note : 4/6

Page 240/249 SIIIII : Ancient

Chronique réalisée par Twilight

Siiiii nous propose enfin son premier album, 23 ans après leur séparation ! Ok, un peu d'histoire s'impose. Formé à Sheffield en 1983, le groupe se taillera rapidement un petit succès, se verra interviewé en 1984 par Mick Mercer et splittera en 1986 sans avoir obtenu de contrat pour un disque. 2005, Paul (le chanteur) tombe par hasard sur l'adresse mail de Mick Mercer et reprend contact. De fil en aiguille, ce dernier finit par consacrer un numéro de son webzine à Siiiii, ce qui pousse Paul à recontacter ses anciens collègues. Surprise, ces derniers sont motivés ! Deuxième bonne nouvelle, les réponses des internautes sont plus que positives et le groupe décide de se remettre sur les rails. Il commence par sortir une collection de morceaux d'archive sous le nom de 'Ancient', disque qui devrait être suivi d'un second baptisé 'Modern' incluant les nouvelles compositions. En attendant cet heureux moment, que peut-on dire de 'Ancient' ? Qu'il eût été fichtrement dommage que ces chansons ne sortent pas en cd ! Oeuvrant dans un mélange de cold wave à la Joy Division / And also the trees et de goth première vague dans la lignée de Birthday Party et Ausgang, Siiiii propose une musique dense, torturée, profonde, privilégiant le spleen plus que la rapidité. Peu de rythmiques roulantes (exception faite de titres comme 'Rictus' ou 'Equator') mais plutôt des beats lourds et funèbres, des murs de guitare noirs et étouffants, un chanteur à la voix sombre (carrément déséspérée parfois) et des mélodies efficaces entre noirceur et tristesse (les très bons 'Conception' et ' Overgrown eyes'). S'ajoutent un ou deux titres plus atmosphériques ('Speaking in tongues', 'Statue'). A noter que deux bonus sont inclus et que les 150 premiers exemplaires de 'Ancient' sont proposés en édition limitée dans une pochette A5 avec l'historique du groupe et un cd rom d'images (pour le même prix !). Bref, Siiiii, c'est mon coup de coeur d'avril 2006 et je ne puis qu'encourager les fans du genre à découvrir ce groupe resté trop longtemps injustement méconnu.

Note : 5/6

Page 241/249 Informations

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Page 242/249 Table des matières

Les chroniques ...... 3

ENSLAVED : Frost...... 4

DEPECHE MODE : The singles 86-98 ...... 5

ARTS AND DECAY : Trail of tears...... 6

KINGSIZE BLUES : Live fast and die...... 7

DIAPSIQUIR : Virus S.T.N...... 8

TOSCA : Suzuki...... 9

KAYO DOT : Dowsing anemone with copper tongue ...... 10

HAEMOTH : Kontamination...... 11

ZOMBINA AND THE SKELETONES : Monsters on 45...... 12

SUNNO))) : Black one...... 13

INADE : Colliding dimensions tour 1999...... 14

ARC AND SENDER : S/t...... 15

MONDBLUT : Angsterfülltes Morgen...... 16

MORTHEM VLADE ART : Autopsy ...... 17

DEPECHE MODE : Playing the angel ...... 18

BOULARD (Régïs) : Streamer ...... 19

KORPIKLAANI : Tales along this road ...... 21

REMAINS OF THE DAY : Hanging On Rebellion ...... 22

THE KNIFE : Deep Cuts...... 23

KINSKI : Be gentle with the warm turtle...... 24

ABSIDIA / SIX REASONS TO KILL : Morphology Of Fear (Split CD) ...... 25

MOST PRECIOUS BLOOD : Merciless ...... 26

THIS HEAT : S/t...... 27

THIS HEAT : Deceit...... 28

UNDERGROUND RESISTANCE : Galaxy 2 Galaxy – a hi-tech jazz compilation ...... 29

SENSORIAL RESPONSE : Humanity vs Technology ...... 31

COMPILATION DIVERS : Swarm...... 32

YELWORC : Brainstorming...... 33

DOLORIAN : S/t...... 34

SIOUXSIE AND THE BANSHEES : The rapture...... 35

LAMENTED SOULS : The origins of misery...... 36

SIOUXSIE AND THE BANSHEES : Once upon a time/ the singles ...... 37

Page 243/249 SIOUXSIE AND THE BANSHEES : Overground ...... 38

SIOUXSIE AND THE BANSHEES : Twice upon a time/ the singles...... 39

DAS ICH : Cabaret...... 40

ATROCITY FEAT. DAS ICH : Die Liebe...... 41

KADA : S/t...... 42

TELEFON TEL AVIV : Map of what is effortless...... 43

IMMOLATION : Dawn of possession...... 44

LUGUBRUM : Heilige dwazen...... 45

YELWORC : Collection 1988-94 ...... 46

HACKETT (Steve) : Voyage of the acolyte ...... 47

HACKETT (Steve) : Please don't touch...... 48

HACKETT (Steve) : Spectral mornings ...... 49

HACKETT (Steve) : Defector...... 50

PETER AND THE TEST TUBE BABIES : The punk singles collection...... 51

DALI'S CAR : The waking hour...... 52

HARVEST RAIN : Night's glow ...... 53

ARCHON SATANI : Mind of flesh & bones ...... 54

COMBATIVE ALIGNMENT : Everlasting sun...... 55

COMBATIVE ALIGNMENT : Image acoustique ...... 56

ELYSIAN FIELDS : Bum raps & love taps ...... 57

COMBATIVE ALIGNMENT : Requiem...... 58

HELLFISH & PRODUCER : Bastardz sonz of rave...... 59

COMBATIVE ALIGNMENT : The ritez of higher communication...... 60

TYR : Eric The Red...... 61

OTHILA : Continents...... 62

SHADOW MAGNET vs COMBATIVE ALIGNMENT : Temple of pain...... 63

DEINONYCHUS : Ark of thought ...... 64

DARKTHRONE : The cult is alive...... 65

SOULMAKER : Démo I...... 66

COOPER (Alice) : Brutal planet...... 67

COOPER (Alice) : Dragontown...... 68

ZORN (John) : Hockey ...... 69

UNSEEN TERROR : Human error...... 70

LOVE LOST BUT NOT FORGOTTEN : Love Lost But Not Forgotten...... 71

TUXEDOMOON : Holy wars...... 72

Page 244/249 SIOUXSIE AND THE BANSHEES : B-sides & rarities box set...... 73

COMBATIVE ALIGNMENT : Hidden sleep ...... 74

DARKTHRONE : The cult is alive...... 75

BLOODY MARY : Blood'n'roll ...... 76

CLARK (Anne) : Hopeless cases...... 77

CLARK (Anne) : Pressure points...... 78

FLINT GLASS : Nyarlathotep...... 79

O-HEAD : Steps Across the Cortex...... 80

ORGAN: : Apoplexy In Six Parts ...... 81

THROBBING GRISTLE : The first annual report of Throbbing Gristle ...... 82

THROBBING GRISTLE : The second annual report of Throbbing Gristle ...... 84

THROBBING GRISTLE : D.O.A : The third and final report of Throbbing Gristle...... 86

RAMASES : Space hymns...... 87

SEMPER EADEM : Divagations esthétiques...... 88

SPORTO KANTES : Act.1...... 89

HELLEBAARD : Valkyrenvlucht ...... 90

DOWD (Johnny) : Wrong side of Memphis ...... 91

SMAGGHE (Ivan) : How to kill the DJ [part one] ...... 92

DARVULIA : L'alliance des venins...... 93

BARDO POND : On the ellipse...... 94

TYNER (Mccoy) : Inception...... 95

TYNER (Mccoy) : Live at Newport...... 96

TYNER (Mccoy) : Today and tomorrow...... 97

TYNER (Mccoy) : Expansions ...... 98

TYNER (Mccoy) : Extensions ...... 99

TYNER (Mccoy) : Sahara...... 100

PROJECT ANDREW ROTTEN : En Passant ...... 101

DEMOLITION HAMMER : Tortured existence...... 102

DEMOLITION HAMMER : Epidemic of violence...... 103

NUCLEAR ASSAULT : Survive...... 104

THROBBING GRISTLE : 20 jazz funk greats...... 105

FREE SYSTEM PROJEKT : Moyland...... 107

GRAVEN : The shadows eternal call...... 108

FREE SYSTEM PROJEKT : Protoavis ...... 109

THORR'S HAMMER : Dommedagsnat ...... 110

Page 245/249 THUNDRA : Worshipped by chaos...... 111

CULT OF LUNA : Somewhere along the highway...... 112

GODARD / JOUSSE : Les écrans sonores de Jean-Luc Godard...... 113

PRYAPISME : Pump up the pectine...... 115

GAINSBOURG (Serge) : Histoire de Melody Nelson ...... 116

GAINSBOURG (Serge) : L'homme à tête de chou...... 117

SEIFERT (Erik) : A Trip To Nebula Cluster ...... 118

SYSTRAL : Black Smoker ...... 119

ANTHEIL (1900-1959) (George) : Jazz sonata / Sonatina / La femme 100 têtes ...... 120

THE EXPLOITED : Death before dishonour ...... 121

BASTIEN (Pierre) : Musiques machinales ...... 122

MANNGARD : Circling buzzards...... 123

REICH (B.1936) (Steve) : Early works : Come out / Piano phase / Clapping music / It's gonna rain ...... 124

SYNDROMEDA : Last Days on Earth...... 125

PAUVROS (Jean-François) / RED / AKCHOTÉ (Noël) : Écume ou bave...... 126

TUSK : Get Ready ...... 127

DEMIGOD : Slumber of sullen eyes ...... 128

HAEMORRHAGE : Apology for pathology ...... 129

HELDON : Only chaos is real...... 130

BENIGHTED : Identisick ...... 131

DEATHEVOKATION : Blood demo 2005 ...... 132

MORPHEUS DESCENDS : Ritual of infinity...... 133

THROBBING GRISTLE : Heathen earth...... 134

THE SHADOW ORDER : Untold...... 135

LIQUID BRIDGE : Cornucopia...... 136

SPIRITUS MORTIS : Fallen ...... 137

REVENANT : The burning ground ...... 138

BLACK BLEEDING : The awakening...... 139

BOMB SCARE CREW : Reign of the sharks...... 140

BAXTERS : Insanity and illusion...... 141

BLIND MYSELF : Worst-case scenario...... 142

SHARGATH : Memento finis...... 143

THE FANTASTIKOL HOLE : Mathematikol oil ...... 144

UNDER EDEN : The savage circle ...... 145

MASTIC SCUM : Mind...... 146

Page 246/249 THE FINAL SIGH : If you're not part of the solution, you're part of the problem ...... 147

ANTIGEN SHIFT : The way of the north ...... 148

KONAU : Speech from the shadows ...... 149

I.O.S.T. : Greetings from tchernobyl...... 150

SLIT : Cronaca nera ...... 151

UPHILL BATTLE : Blurred 1999-2004...... 152

YOG : Grindcore deluxe ...... 153

SHOEMAKER LEVY 9 : Pantheon ...... 154

SUMMONING : Oath bound...... 155

WAREHOUSE 99 PROJECT : Social leper's club...... 156

ELECTRIC MASADA : At The Mountains Of Madness...... 157

KAYO DOT : Dowsing anemone with copper tongue ...... 158

CARDIACS : Sing to god pt I & II...... 159

ORCHID : Chaos is Me / Dance Tonight ! ...... 160

REVERSAL OF MAN : This is medicine ...... 161

ULTRALYD : Chromosome gun...... 162

BALROG : Bestial Satanic Terror ...... 163

COOPER (Alice) : The eyes of Alice Cooper...... 164

TRIUMVIRO : Journal infirme...... 165

MY NAME IS NOBODY : I hope you're well, I am and I send you my fingers ...... 166

MINISTRY : Dark side of the spoon ...... 167

MINISTRY : Rantology...... 168

MELEK-THA : Astrum argentinum ...... 169

MELEK-THA : De magia naturali daemoniaca...... 170

RADIO MASSACRE INTERNATIONAL : Emissaries...... 171

MELEK-THA : Post nuclear race ...... 173

RADIO MASSACRE INTERNATIONAL : Frozen North...... 174

MELEK-THA : Decadence & genocide ...... 176

MELEK-THA : Dehumanizer...... 177

MELEK-THA : Evil is too strong ...... 178

MELEK-THA : The sulfurik vortex...... 179

TODAY IS THE DAY : Willpower...... 180

MELEK-THA : Armageddon theory ...... 181

MELEK-THA : Inferno...... 182

THIS MORN' OMINA : Les passages jumeaux : le 25ième degré~le 33ième degré...... 183

Page 247/249 YOSHIHIDE, LASWELL, YOSHIGAKI : Soup live...... 184

YOSHIHIDE (Otomo) : We insist?...... 185

YOSHIHIDE (Otomo) : Tatikiuri: Japan/China Point of Sales Tour ...... 186

INADE : Samadhi state ...... 187

AMORAL : Decrowning...... 188

LOITS : Vere Kutse Kohustab ...... 189

LOITS : Ei Kahetse Midagi...... 190

MINISTRY : In case you didn't feel like showing up...... 191

PEARL JAM : S/t...... 192

TOOL : 10.000 Days...... 193

ZAWINUL (Joe) : The rise and fall of the third stream...... 194

ZAWINUL (Joe) : Zawinul...... 195

AXESS : First light...... 196

FRUSTRATION : Full of sorrow ...... 198

ROSE ET NOIRE : Tracé dans le bleu ...... 199

PATCHWORK : Patchwork ...... 200

ZYKLON : Disintegrate...... 201

DRUDKH : Blood in our wells ...... 202

TANGERINE DREAM : Phaedra...... 203

CORTEGE FUNEBRE / INTO DAGORLAD : Split cd...... 204

HAMMILL (Peter) : Fool's mate ...... 205

HAMMILL (Peter) : Chameleon in the shadow of night...... 206

HAMMILL (Peter) : The silent corner and the empty stage...... 207

HAMMILL (Peter) : In camera...... 208

HAMMILL (Peter) : Nadir's big chance ...... 209

HAMMILL (Peter) : Over...... 210

HAMMILL (Peter) : The future now ...... 211

HAMMILL (Peter) : ph7...... 212

HAMMILL (Peter) : A black box ...... 213

HAMMILL (Peter) : Sitting targets...... 214

HAMMILL (Peter) : Enter k ...... 215

HAMMILL (Peter) : Loops & reels : analog experiments 1980-1983...... 216

HAMMILL (Peter) : Patience ...... 217

HAMMILL (Peter) : The margin + ...... 218

HAMMILL (Peter) : Skin...... 219

Page 248/249 HAMMILL (Peter) : And close as this...... 220

HAMMILL (Peter) : In a foreign town ...... 221

HAMMILL (Peter) : Out of water...... 222

HAMMILL (Peter) : Room temperature live...... 223

HAMMILL (Peter) : The fall of the house of Usher...... 224

HAMMILL (Peter) : Fireships ...... 225

HAMMILL (Peter) : The noise ...... 226

HAMMILL (Peter) : There goes the daylight ...... 227

HAMMILL (Peter) : Roaring forties...... 228

HAMMILL (Peter) : X my heart...... 229

HAMMILL (Peter) : Sonix : hybrid experiments 1994-1996 ...... 230

HAMMILL (Peter) : Everyone You Hold...... 231

HAMMILL (Peter) : This...... 232

HAMMILL (Peter) : Typical...... 233

HAMMILL (Peter) : None of the above ...... 234

HAMMILL (Peter) : What, now ?...... 235

HAMMILL (Peter) : Unsung ...... 236

HAMMILL (Peter) : Clutch ...... 237

HAMMILL (Peter) : Incoherence ...... 238

HAMMILL (Peter) : Veracious...... 239

DEAD KENNEDYS : Plastic surgery disasters / In God we trust inc...... 240

SIIIII : Ancient ...... 241

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