Observations Et Mémoires Sur La Physique, Sur L'histoire Naturelle Et Sur Les Arts Et Métiers

Observations Et Mémoires Sur La Physique, Sur L'histoire Naturelle Et Sur Les Arts Et Métiers

OBSERVATIONS SUR LA PHYSIQUE, SUR L'HISTOIRE NATURELLE ET SUR LES ARTS, AVEC DES PLANCHES EN T A I L L E - D O U C E; DÉDIÉES A M^ LE COMTE D'ARTOIS; F j4 R AI. rAhbé Ro zi E R 3 de plufieurs Académies ; par M. J. A. Mon CEI U jeune , Chanoine Régulier de Sainte Geneviève j des Académies Royales des Sciences de Rouen ^ de Dijon ^ de Lyon , £*«;. (S'c. & par M. de la Met u er i e ^ Docleur en Médecine j de l'Académie de Dijon. II II ^Illl m IIPMIIWIllll IBIIII IIIMWIWIIII I I J u I L L E T 17S5. TOME XXIX. A P A R I S, AU BUREAU du Journal dePhyfique, rue & hôtel Serpente, M. D c c. L X X X V I. AVEC P Rlf^ILÈ GE DU ROI. $.qqù- ' *^A •*:•,. -y 'hk\. ^•:>^ OBSERVATIONS MÉMOIRESE T SUR LA PHYSIQUE, SUR L'HISTOIRE NATURELLE, ET SUR LES ARTS ET MÉTIERS. MEMOIRE Sur les causes de la fermentation vineuse; £x sur les moyens de perfectionner la qualité des vins v Par M. le Marquis DE BuLLiON. JlLN faifant évaporer du moût de raifin , on obtient un fel qui a toutes \<:s apparences du tartre ; fi on le combine avec l'alkali de la foude , il forme le fel de Seignette. Outre ce premier fel , on obtient encore par i'évaporation du jus des raifins , une grande quantité de fucre. Pour le purifier , il faut d'abord extraire le tartre & faire enfuite évaporer le n)ont jufqu'à confiftance de Tome ^XIX, Part. II, 1786. JUILLET, A 2 '\ 4 OBSERVATIONS SUR LA PHYSIQUE, firop épais. On lailTe pendant (ix mois le firop à la cave; au bout Je ce rems, on trouve le fucre criftaJliié confufément. En lavant ce fucre avec (!e refpric-de-vin , la patrie colorante fe fépare , & il devient trts-blanc. Les raifins rendent plus ou moins de fucre , félon leurs qualités 6c fuivant que les années ont été plus ou moins chaudes. Voulant connoître (i le verjus donnoir le même fel le raifîn j'ai que , pris du verjus dont j'ai lait évaporer le fuc j & j'ai obtenu du tartre en cnllaux beaucoup plus gros & en plus grande quantité que je n'en avois letiré du vin. Le tartre conibiné avec l'alkali de la foude , a formé du fel de Seignette; la liqueur qui reftoit avoit une faveur acide. Il paroît que le tartre entre pour beaucoup dans la formation du raifin ; car lorfque le fruit ell niijr , on obtient moitié moins de tartre, & plus il fournit de fiicte , plus le tartre diminue. L'eïiftence de ce dernier fel dans le moût me paroît abfolument nécelLiire pour déterminer la fermentation vineufe : l'expéiience f.ùvante me paroît propre à le démontrer. Apres avoir fait évaporer du moût pour en féparer le tartre, j'ai ajouté l'eau que je lui avois enlevée par l'évaporation ; je l'ai abandonné à lui- jrème pendant trois mois, à une chaleur de i 5 à 1(5 degrés du Thermo- nic:rc de Réaumur. Il n'y a point eu d'apparence de teimentarion ; mais une pareille quantité de moût que j'ai traitée de même , & à qui j'ai rendu l'eau (i) & le tartre que je lui avois enlevés, a fermenté dès Is lendemain avec au'ant de force que le moût ordinaire. La fermentation achevée, j'ai diflillé le vin & j'en ai retiré une affez gtande quantité d'eau-de-vie. Voulant favoir fi les acides végétaux produifoienr la fermentation , j'ai ajouté à du moût que j'avois d'abord privé de fon tartre, une quan- tité égale de fel d'ofeille ; il ne s'eft point fait de fermentation. J'ai ajouté à ce mélange le tattre que j'avois enlevé , la fermentation s'el établie en vingt quatre heures , & par la diftillation j'ai obtenu beaucoup d'eau-de-vie. Dans une quantité donnée de moûr', j'ai doublé la dofe du tartre ; la fermentation s'eft établie comme à l'ordinaire , ^ la diftillation m'a fourni moitié plus d'eau-de-vie que dans la précédente expérience. Pour m'alTurer fi le tartre ordinaire produiroit le même effet fur du j'ai moût, que celui qu'on f étire par l'évaporation du jus de raifin , ajouté à du moû: que j'avois privé de fon tartre , une égale quantité decrcmede tartre du commerce ; la fermentation s'eft établie allez promptement, & par la diftillation j'ai obtenu les mêmes réfultats: en doublant ainfila dofe de crème de tartre, j'ai obtenu moitié plus d'eau-de-vie. (t) Il faut faire diiToudre le tartre dans une quantité fuffifante de moût qu'on fïù oaulllit dans un chaudiona SUR VEUT, NATURELLE ET LES ARTS. f Lorfcjue j'ai ajouré du fucte & de la crème de rarrre à da nioûc , j'ai obtenu après la fermentation les trois quarts en fus de la quantité d'eP- prie ardent qu'on retire lorfqu'on diftille du vin auquel on n'a ajouté ni fucre ni tartre. J'ai ajouté du fucre à du moût dont j'avois ôté le tartre , il n'a pas fermenté. Le jus de railîti que j'ai analyfé a produit, par pinte , environ quatre gros de fucre & un demi-gros de tartre. J'ai fait fubir la fermentation vineulè à du jus de cerifès, & après l'avoir diltillé ajoutant à , je n'ai obtenu qu'un douzième d'eau-de-vie. En ce jus du fucre & du tartre dans les proportions de deux gros de fucre Se d'un gros de tartre par pinte de jus , j'ai obtenu un quart en fus d'eau-de-vie. J'ai mis à fermenter pendant le mois, d'Août aernier 120 pintes d'eau, 120 onces de fucte Si. une livre & demie de crème de tartre; le mélange a refté trois mois fans apparence de fermentation. J'ai jugé, d'après cette expérience, qu'il falloir autre chofe que de l'eau, du fucre & du tartre pour obtenir la fermentation vineufe , & que la matière extradive réfineufe éroit abfolument néceffaire. J'ai donc ajouté à un mélange femblable au précédent feize livres de feuilles de viçne pilées , le mélange a fermenté avec force pendant quinze jours ; je l'ai enfuire diftillé & j'ai obtenu quatre pintes d'eau-de-vie. J'ai mis à fer- menter la même quantité d'eau & de feuilles de vigne , fans fucre Sz fans tartre , le mélange a fermenté doucement, & je n ai obtenu à la diftilla- tion que de l'eau acidulée. J'ai répété ces expériences en grand , en ajoutant dans la cuve , fur j'OO pintes du moût , dix livres de belle cafTonnade, & quatre livres de crème de tartre ; la fermentation s'eft bien établie , mais elle a été moins lumultueufe & elle a duré quarante-huit heures de plus que dans les cu- vées qui ne contenoient que le moût fimple. J'ai remarqué plufieurs fois que lorfque le moût ne contient pas allez parties la de fucrées , fermentation eft extrêmement tumultueufe & rapide ; le vin qui en provient efl plat, & ne donne prefque pas d'efprit inflam- mable ; au lieu que lorfque le moût eft gras & ondueux , la fermentation n'eft pas fi tumultueufe & dure plus long-tems : alors le vin eft plus vigoureux , Se rend à la diftillation beaucoup plus d'efprit ardent que lorfqu'il contient moins de parties fucrées. Le moût que j'ai mis à fermenter avec la caiïbnnade Si la crème de tartre, m'a donné un vin de bonne qualité. Si il m'a rendu par ladilHl- lation , fur fept pièces , une pièce & demie d'efprit ardent à 20 degrés à l'aréomètre de M. Baume ; au lieu que le vin fait fans fucre Si fans crème de tartre , ne m'a produit qu'un douzième d'eau-de-vie , marquant de même à l'aréomètre. Je ne fuis pas de l'avis des perfonnes qui penfent qu'il faut attendre 6 OBSERFATIONS SUR LA PHYSIQUE, lix ou huit mois , & même plus , pour diftiller les vins que l'on veut convertir en eau-de-vie : les expériences que j'ai faites & que je vais rapporter, m'ont prouvé combien cette pratique étoit fufceptible d'in- convéïiiens. J'ai diftiilé de mois en mois les mêmes vins , & plus j'ai retardé l'opé- ration , moins j'ai obtenu d'elprit ardenr. L'époque où il convient de diftiller les vins, n'eft pas lorfque la fer- mentation eft tumultueufe , car le vm n'ell pas encore achevé ; mais lorlque la fermentation devient tranquille & que la liqueur s'éclaircit, le vin efl: fait alors , lîi il contient autant d'elprit ardent qu'il en peut contenir. 11 efl: certain que tous les mois on trouve du vide dans les tonneaux ; ee vide me paroït ne devoir être attribué qu'à l'évaporation de l'efpnc ardent qui , étant plus fufceptible de fe raréfier que les autres parties conllituantes du vin , doit néceffairement s'évaporer le premier. Pour éviter les pertes qui réfuitent de cette évaporation , il efl aifé de voir > été dit qu'il diftiller les dès l'inftant oij ils d'après ce qui a , faut vins commencent à s'éclaircir ; c'eft le moment le plus favorable , puifque Il l'on attend plus long-tems , on obtient moins d'efprit ardent. La diflblution du tartre dans le moût eft fur-tout très-nécefTaire dans les raifins qui contiennent beaucoup de fucre ; le tartre fe décompofe ÔC fe change , au moyen de la fermentation , en efprit ardent.

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