
Barois Benjamin 3/05/2007 Master 1 IEC Université de Cergy Pontoise, 2006-2007 LA FASCINATION POUR LES MANGAS : UN PHENOMENE CULTUREL ET LITTERAIRE? Sous la direction de Michel Rolland, professeur de communication à l'Université de Cergy Pontoise. 1 2 REMERCIEMENTS Je voudrais tout d'abord remercier Monsieur Rolland pour avoir accepté et validé mon mémoire, ainsi que mes camarades de classe pour m'avoir parfois aidé à orienter mon sujet. Je remercie tout particulièrement Natahlie qui m'a aidé à travailler quand la motivation n'y était plus. Je remercie également ma console de jeu qui m'a permis de me défouler quand la tension était trop forte, et le Coca-Cola qui m'a maintenu éveillé afin de pouvoir travailler sur ce mémoire. A tous un grand merci. 3 SOMMAIRE Introduction p. 5 PARTIE 1: LA GRANDE HISTOIRE DU MANGA p.7 Le manga d'hier à aujourd'hui p.7 Les codes du manga p.11 PARTIE 2: LES DIFFERENTS GENRES DE MANGA p.17 Le shonen p.17 Le shojo p.23 Le seinen p.28 PARTIE 3: AUTOUR DU MANGA p.32 Du manga a l'anime p.32 Les produits dérivés p.35 Conclusion p.38 Bibliographie p.40 Documents annexes p.41 4 De nos jours le domaine de ce que l'on appelle la littérature ne se limite plus seulement aux oeuvres classiques, aux romans ou aux nouvelles, mais s'étend à toute oeuvre ayant un but esthétique ou une esthétique bien particulière. Ce critère permet aux écrits littéraires de se différencier des autres productions, comme la philosophie, la politique ou la critique. Selon ce caractère esthétique, il semble évident que la bande dessinée entre dans le domaine de la littérature. Mais qu'en est-il de cette nouvelle tendance venue de l'Est, le manga? Cette espèce hybride, au format poche d'un roman mais au contenu de la bande dessinée, a-t-elle vraiment sa place dans ce que l'on appelle la littérature? Le manga est souvent dénigré par ceux qui ne le lisent pas car ils pensent que c'est une dégénérescence de la bande dessinée au contenu léger, n'apportant rien à ses lecteurs, que ce soit en terme de contenu ou de valeurs véhiculées. Mais ce genre étant présent en Europe depuis bientôt vingt ans, et connaissant un nombre de lecteurs grandissant, il est nécessaire de faire un point sur ce qu'est vraiment le manga ; c'est le but de ce mémoire. Il faut savoir que, de nos jours, la France est le deuxième pays consommateur de mangas après le Japon. Cet état de fait ne peut pas être le fruit d'un simple phénomène de mode. Il faut véritablement se plonger dans une culture plus que dans un livre pour comprendre l'engouement autour du manga, les subtilités qui le composent, les codes que l'on retrouve dans chaque tome. Au vue de tout ceci, il me semble essentiel de faire le point sur l'univers qui s'articule autour du manga ; nous allons voir qu'il dépasse largement le cadre du livre, et prend ses sources dans une histoire riche que nous détaillerons plus amplement dans une première partie. Puis nous verrons que le terme de « manga » connaît aujourd’hui tellement de genres différents, que ce seul mot ne suffit plus à le définir. Différentes appellations, au sein du terme « manga », ont été créés pour mieux s'y retrouver. Chaque catégorie de lectorat a un manga qui lui correspond. Enfin, nous verrons que ce phénomène, même s'il est récent en France, est profondément ancré, culturellement parlant, au Japon depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Son importance est telle que de multiples produits et dérivés ont été inventés par la suite. Tout ceci afin de prouver que le manga ne doit pas être déconsidéré mais jugé à sa juste valeur, et pour ce faire il est important de décrire tout ce qui fait qu’il connaît un tel 5 succès aujourd'hui. Il est important de défendre ce nouveau genre littéraire et de prouver que ce n'est pas un simple phénomène de mode, car il est en passe de devenir la nouvelle référence en terme de littérature de jeunesse. On assiste à de véritables phénomènes sociaux autour de séries cultes comme des déplacements de masse pour des festivals. Cette littérature n’est pas une simple passade sociale ou comme certains se plaisent à l'appeler, une « japoniaiserie . Il n'est, par exemple, pas très facile de nos jours de faire lire une oeuvre classique à un collégien ou un lycéen, alors qu'un manga est tout de suite plus attrayant. De par son format, son contenu et sa simplicité morphologique il peut être lu et interrompu n'importe quand, sans pour qu’autant le lecteur perde le fil de l'histoire. Mon sujet permettra d'avoir les idées plus claires sur ce que peut être le manga et la culture nippone à l'origine de ce phénomène. Il permettra peut être aussi de donner un aperçu de l’avenir qui attend cette littérature, que l'on imagine prometteur, au vu du succès et de l'essor qu'il connaît actuellement. Ce sujet m'intéresse tout particulièrement, car étant un lecteur de manga depuis le début des années 1990, j’ai souvent entendu de multiples critiques le concernant Ces critiques venaient de différents « milieux » : des enseignants, des parents, voir même de quelques amis, qui considéraient que le manga était une littérature de bas étage qui n'avait aucun avenir. Il est temps aujourd'hui de réhabiliter le manga, même si la simple vision du nombre des ventes devrait suffire à calmer les détracteurs. J’aimerais donc, dans ce mémoire expliquer « le phénomène manga » et tout ce qui l’entoure, en espérant convaincre les dits détracteurs, du bien fondé de cette littérature et de l’intérêt qu’elle représente actuellement. 6 LA GRANDE HISTOIRE DU MANGA Avant de se lancer dans une description complète de tout ce qui peut caractériser un manga, il est important de se pencher sur l'historique du manga, depuis sa naissance au pays du Soleil Levant, les influences qui l'ont traversé, jusqu'à son essor et son arrivée en France. Ensuite, nous livrerons quelques clés nécessaires à la bonne compréhension d'un manga et de ce mémoire, une sorte de lexique pour déchiffrer le code bien particulier de cette littérature. Nous allons tout d'abord remonter aux origines du manga. Le manga, d'hier a aujourd'hui Entre le neuvième et le quatorzième siècle, le Japon connu l'essor d'une technique de dessin nommée l'emakimono, des images peintes sur de larges rouleaux de papier. Ces images agencées en séquences racontent des légendes, des anecdotes de guerre, des scènes de la vie quotidienne... Cette technique artistique provient de la Chine et les Japonais y ont ajouté leur touche d'humour. Les chôjû giga, ou en français "images d'oiseaux et d'animaux gambadant", sont de telles peintures et sont considérées comme les premiers dessins qui mèneront aux mangas. Ils ont été peints par Toba, un moine bouddhiste qui mettait en scène des animaux afin de représenter les êtres humains. Les emakimono, dont ceux de Toba, ont tous en commun cette économie de la ligne qui est à la base de la majorité des œuvres d'art japonaises d'aujourd'hui, incluant les mangas. En effet, il semble 7 que les artistes japonais aient, sans avoir recourt à la couleur et à des techniques d'ombrage, la dextérité à exprimer au moyen de la ligne des formes évasives. Le premier des emakimono, le inga kyō, était la copie d'une œuvre chinoise et marquait une nette séparation entre le texte et la peinture. Pourtant, dès le milieu du XIIe siècle, apparaissent les premiers emakimono de style japonais, dont le Genji monogatari emaki est le plus ancien représentant conservé. Ces derniers faisaient souvent intervenir de courts textes explicatifs après de longues scènes peintes. Cette priorité accordée à l'image – qui peut assurer seule la narration – est aujourd'hui une des caractéristiques les plus importantes du manga. De même, lors de la période Edo (1600-1868), les estampes étaient d'abord destinées à l'illustration de livres, mais, très vite, le rapport de force s'inversa et l'on vit l'apparition de «livres à regarder» en opposition avec les «livres à lire», avant la disparition totale d'écrits complémentaires et la naissance de l'estampe «indépendante» en une seule illustration: l’ukiyo-e. Le mot manga apparut en 1814 et qualifiait des rouleaux de croquis nommés Hokusaï Manga et signés par le fameux peintre Katsuhika Hokusaï (1760-1819). Ces croquis sont composés de seize volumes de caricatures où se mêlent le réel et le fantastique (voir document annexe n°1). Le terme manga est un néologisme issu de la relation de deux idéogrammes chinois, manh et gah, qui signifie "images dérisoires" ou "dessin grotesque". Le manga ne connut pourtant sa forme actuelle – celle de bande dessinée – qu'au début du XXe siècle, sous l'influence des revues commerciales étasuniennes. Diverses séries, comparables à celles d'outre-atlantique, virent donc le jour dans les journaux japonais. Le très antimilitariste Norakuro (Le chien noir) de Tagawa Suiho, et Bōken Dankichi (Les aventures de Dankichi) de Shimada Keizo, seront les séries les plus populaires au Japon jusqu'au milieu des années quarante pendant lesquelles toute la presse ainsi que toutes les activités culturelles et artistiques subissent la censure du gouvernement militaire, ce dernier n'hésitant pas à mobiliser ces milieux à des fins de propagande.
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