Compte rendu d’évaluation de terrain : HAZEBROUCK

Evaluateurs : Gilles Lecuir, NATUREPARIF - Gwendoline GRANDIN, Elève ingénieur AgroParisTech Date de la visite : Jeudi 07 juillet 2016 Personnes rencontrées : David FLORQUIN - Responsable du service Cadre de vie. Isabelle BEURAERT – Adjointe au maire chargée du cadre de vie, de l’agenda 21, du fleurissement, des espaces verts et des transports. Philippe GANTOIS - Conseiller municipal délégué aux travaux de voirie, de bâtiment, à l’agriculture, à la Régie des Eaux et à l’assainissement.

HAZEBROUCK , Hauts-de- (22 000 habitants, 2 620 ha, catégorie des villes moyennes)

Déroulé de la journée 9h : Visite du quartier de la gare 10h : Réunion préliminaire 11h : Visite des zones d’expansion des crues, de l’ancienne ligne de chemin de fer, et de l’étang Sween Peck 11h30 : Visite d’un terrain de fauche, d’un verger et d’une mare 12h : Visite des giratoires d’entrée de ville, de l’espace nature de la laiterie et du cimetière 12h30 : Visite du jardin public initié par Jules Auguste Lemire

Eléments de contexte sur la collectivité La commune d’Hazebrouck est située à l’Ouest de la métropole lilloise, en Flandre intérieure. Bâtie à l’origine sur des marécages la ville détient un riche réseau hydrographique et possède encore plusieurs zones humides. La limite entre l’espace urbain et l’espace rural est franche. Le paysage urbain s’est construit autour du cœur de la ville, entouré par des quartiers périphériques eux même ceinturés par des extensions urbaines récentes et des zones d’activités. Les espaces verts et parcs viennent ponctuer le bâti d’Hazebrouck, ou les alignements d’arbres sont rares et confèrent un caractère assez minéral à la ville. Les espaces ruraux entourant le tissu urbain se composent de deux parties : une zone composée de nombreuses parcelles agricoles au Nord, Ouest, Sud, et d’une zone occupée principalement par les espaces naturels à l’Est. Bien qu’Hazebrouck ait perdu en 30 ans 52%

1 de ses exploitations agricoles (34 actuellement) elle garde une forte identité liée à l’agriculture avec 70 % de son territoire composé d’espaces agricoles Les espaces naturels demeurant ne sont soumis à aucune protection à titre réglementaire. Toutefois deux ZNIEFF de Type 1 ont été recensées en limite de la commune : « la forêt domaniale de et ses lisières », et « Le bois de la Franque, bois de Crysabel et canton des Huits rues ». La forêt de Nieppe constitue le milieu boisé humide le plus important de Flandre.

Eléments relatifs à la politique globale de la collectivité en faveur de la biodiversité La ville est engagée dans une politique de diminution de l’usage des pesticides, se traduisant par l’élaboration d’un plan de gestion pour 13 de ses espaces verts, et des essais zéro phyto sur un parc. Elle a également recours au désherbage mécanique et au semis champêtre dans certains de ses cimetières. La ville a fait mener par un bureau d’étude des inventaires faune-flore-habitat sur les 13 sites concernés par le plan de désherbage et de gestion différenciée. Enfin, la ville ayant connu comme député-maire l’Abbé Lemire, père des jardins ouvriers en France, elle compte aujourd’hui à peu près 280 jardins familiaux.

Action 1 : Aménagement des entrées de ville Soucieuse de soigner ses entrées de ville, et de les mettre à l’image de sa politique pour la biodiversité, Hazebrouck a récupéré en gestion 5 carrefours giratoires appartenant anciennement au Conseil Départemental. Elle a commencé en février 2016 à aménager ces 5 ronds-points d’entrée de ville avec comme objectif de préserver à la fois le patrimoine historique de la ville (les jardins ouvriers de l’Abbé Lemire) et la biodiversité. Pour ce faire, la commune a mis en place sur ses carrefours giratoires des hôtels à insectes, des nichoirs, et des carrés potagers, le tout construit avec des éléments de récupération (troncs, buches, palette). Ces aménagements, réalisés en régie, sont accompagnés de scènes végétales composées d’arbres, d’arbustes et de plantes horticoles, et/ou de prairies semées (figure 1). La ville n’a pas effectué d’inventaire ni de diagnostic écologique avant de mettre en place ce nouveau mode de gestion. A ce jour aucun protocole de suivi n’est encore mis en place.

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Figure 1. Exemple d’un des ronds-points d'entrée de ville aménagé avec des carrés potagers

Action 2 : Plans de gestion La collectivité a établi en 2013 un plan de gestion différenciée avec le concours des bureaux ALFA environnement, spécialisé en écologie, et Crayon Vert, paysagiste, avec le soutien financier de la région Hauts-de-France. Crayon vert est l’auteur du plan de désherbage accompagnant le plan de gestion différenciée. Avant de réaliser le plan de gestion, ALFA environnement a établi un état des lieux en termes de patrimoine naturel (inventaire faune-flore-habitats), de vocation socio-économique et de modes de gestion pour les 13 sites retenus (espaces verts communaux). Les objectifs de gestion ont été définis en concertation avec les services techniques municipaux gestionnaires. Pour chaque site des fiches de gestion, appelées « fiches actions » (figure 2), ont été réalisées. Les fiches contiennent les éléments suivants :  Une synthèse du diagnostic, un bilan des richesses écologique (nombre d’espèces végétales identifiées, potentialités faunistiques, niveaux de fonctionnalité et connectivité écologique) ;  La stratégie d’intervention ;  Les principaux enjeux : naturalistes, social, paysager … ;  Un descriptif détaillé sous forme de tableaux des opérations de gestion, incluant les linéaires, surfaces, unités concernées, les moyens techniques, et le calendrier des opérations ;  Une cartographie des opérations (figure 3).

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Figure 2. Fiche action du plan de gestion

Figure 3. Exemple d’une cartographie reprenant les opérations de gestion pour un site donnée.

Le plan de gestion comprend également en annexe des fiches techniques permettant d’illustrer et d’expliquer les opérations de gestions préconisées. Les thèmes abordés sont les suivants : - La gestion des ligneux - La gestion des milieux herbacés - La gestion des milieux humides et creusement de mare - Les aménagements pour la faune

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- La régulation des espèces invasives.

Ce plan de gestion a permis d’arrêter l’utilisation des produits phytosanitaires sur les espaces concernés et de développer largement des pratiques telles que la fauche tardive. Cette démarche a été accompagnée d’une campagne de communication et de sensibilisation auprès des habitants et des jardiniers. Parmi les résultats observés de manière empirique par les services municipaux, on note une augmentation du nombre d’insectes, l’apparition ou la réapparition d’oiseaux et de lézards ont été constatées sur certains sites. Une étude faune- flore-habitats comparative pour le suivi des effets du changement de mode de gestion est en projet pour 2017.

Action 3 : démarche citoyenne participative La ville fait participer les habitants aux activités par la création d’une démarche de démocratie participative sous la forme de balade urbaine, table citoyenne et apéro-participatif. L’objectif étant de réunir l’avis des citoyens sur les quartiers, leurs évolutions et les problèmes qu’ils rencontrent. Des soirées « créactives » sont également mises en place pour présenter les projets d’aménagement de la ville, de gestion des espaces publics, de protection du sol et de lutte contre les inondations.

Autres actions en lien avec le thème « Sols et biodiversité » Le cimetière de Saint-Eloi : Ce cimetière est composé d’un cimetière municipal et d’un cimetière militaire anglais et français. Le cimetière militaire est enherbé, le carré français bénéficie depuis quelques années d’un programme de végétalisation de vivaces avec paillage, pas l’anglais géré lui par le Commonwealth. Le cimetière municipal est entièrement minéralisé en gravier de schiste, et fait l’objet d’un désherbage mécanique pour les allées et chimiques pour les intertombes sauf dans une zone expérimentale. Dans cette dernière, et dans l’objectif de trouver des méthodes alternatives au désherbage chimique, les services de la ville ont expérimenté des semis champêtres dans la partie la plus ancienne du cimetière (environ un dixième de la surface totale). Le semis a été effectué directement sur le gravier entre les tombes et n’a pas bénéficié d’arrosage. Le résultat est spectaculaire, très efficace et visiblement apprécié et accepté. Cette expérimentation qui a commencé en 2015 devrait être progressivement étendue à d’autres parcelles du cimetière. A noter, le cimetière ne fait pas partie des 13 espaces verts concernés par le plan de gestion. Il n’y a donc pas eu d’étude faune-flore-habitats sur cet espace.

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Figure 4. Semis champêtre dans les espaces inter-tombes comme alternative au désherbage

Les zones d’expansion des crues (ZEC) de la Borre Becque Il ne s’agit pas d’une action de la ville d’Hazebrouck, qui y est d’ailleurs peu associée, mais il faut noter l’action d’ampleur de création de zones d’expansion des crues menée par l’USAN (Union des Syndicats d’Assainissement du Nord), avec l’appui de la Safer Flandres-. Elle concerne 47 hectares constitués essentiellement de terres agricoles ayant fait l’objet d’expropriations. La création de cette ZEC répond à la stratégie de prévention des crues en aval d’Hazebrouck, en accord avec la Directive Inondation, le SDAGE et SAGE, elle comprend la création de frayères à brochets. La ZEC de la Borre Becque est constituée de 4 sites le long de la rivière. Cette opération a été l’occasion de restaurer des espaces naturels comme des prairies humides et des zones de frayères. De plus, les digues de la Borre Becque ont été arasées sur plus d’un kilomètre pour permettre l’expansion des crues, et ont même été remaniées par endroit en pente douce pour améliorer les connexions écologiques. Accès et usages humains ne sont pas autorisés sur le site.

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Figure 5. Zone d'expansion de crue fauchée tardivement avec export

Autres actions en lien avec la biodiversité mais sans lien direct avec le thème Sols et Biodiversité Espace nature de la laiterie Il s’agit d’un espace vert composé d’un petit verger. A l’entrée du site la cartographie des opérations de gestion est affichée afin de communiquer avec les habitants sur les pratiques mises en place par les services communaux. Le site n’est pas totalement fauché, un plateau de tonte est entretenu afin que les enfants du quartier puissent continuer à venir jouer. Les haies entourant l’espace sont gérée de façon extensive et les saules taillés en têtard. Certaines parcelles sont semées avec des essences nectarifères. Enfin, le lieu est équipé d’un hôtel à insectes avec un panneau pédagogique.

Figure 6. Alternance entre zones tondues et Figure 7. Haie de saules taillés en têtard fauchés

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Le jardin public Ce jardin a été créé à l’initiative de l’Abbé Lemire dans le but d’offrir aux habitants un lieu de détente et de loisirs. Ce parc très horticole s’étend sur 2 ha en centre-bourg. Il comprend un bassin artificiel dont les berges ont été récemment stabilisées en palplanches. Une clôture a de plus été posée afin d’éviter la présence en grand nombre des canards. Certaines zones boisées du parc sont gérées en mode plus extensive, avec maintien de bois mort au sol. Des carrés de vivaces ont été créés pour amorcer la diversification florale du parc.

Figure 8. Maintien du bois mort au sol

L’étang du Sween Pleck Cet étang de pêche municipal est entouré d’un espace vert et d’infrastructures de loisirs, c’est donc à la fois un lieu de loisir piscicole et un espaec de détente et de pique-nique. En 2015, plusieurs zones herbacées bénéficient de rupture de tonte. Cette gestion a permis l’observation immédiate de trois orchidées d’espèces différentes.

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Figure 9. Zone de refuge obtenue grâce à une rupture de tonte, ayant permis l’apparition de trois espèces d’orchidées sauvages, dont deux protégées

Espace nature de l’Hoftlandt Depuis plusieurs années la ville d’Hazebrouck collabore avec l’association Les Blongios dans la mise en place de chantiers-nature sur deux sites : un parc urbain (espace nature du LooseVeld), et une zone de déprise agricole (espace nature de l’Hoftland). Des volontaires ont notamment participé à la restauration d’une mare (figure 11) et la plantation d’un verger (figure 12) sur l’espace nature de l’Hoftlandt. La fauche avec export de la prairie du verger est réalisée par un agriculteur de la commune.

Figure 10. Mare nettoyée lors d’un chantier- Figure 11. Prairie de fauche du verger nature participatif animé par l'association Les Blongios.

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