LA REVOLUTION DANS LES COMMUNES DES CANTONS DE MIREBEAU : AMBERRE, BLASLAY, BOURNEZEAU, CHAMPIGNY, CUHON, LIAIGUES, MASSOGNES, MIREBEAU, SEUILLY, THURAGEAU, VARENNES ET DE VOUZAILLES : AYRON, CHALANDRAY, CHERVES, CRAMARD, FROZES, JARZAY, MAILLE, MONTGAUGUIER, VILLIERS, VOUZAILLES PREFACE Comme dans mon ouvrage précédent "M aisonneuve autrefois" où j'ai relaté des événements survenus dans ma commune selon les documents découverts dans les différentes archives consultées, j'ai cette fois encore et dans le même esprit, étendu le siège de mes recherches aux cantons de Mirebeau et de Vouzailles. Pourquoi spécialement ces deux cantons? Avant 1908, la commune de Maisonneuve s'appelait M ontgauguier et c'est sous ce nom qu'elle entra dans le canton de Vouzailles au début de 1790 puis, à la suppression de ce dernier à la fin de 1801 , dans celui de M irebeau dont elle fait toujours partie aujourd'hui. M on choix est donc tout à fait personnel, portant avant tout sur mon village natal. Il a orienté ma curiosité vers l'étude de l'administration de ces deux cantons pendant la période révolutionnaire et des événements qui s'y sont alors déroulés. Rien n'avait encore été écrit sur Vouzailles, à part quelques pages dans "Maisonneuve autrefois". Quant à M irebeau, plusieurs historiens ont étudié son passé, mais ne se sont pas penchés essentiellement sur la période que j'ai choisie. Edmond de Fouchier conte l'histoire de M irebeau sous l'Ancien Régime et s'arrête donc à la Révolution. Eugène Chevalier, dans un ouvrage touffu, a relaté au jour le jour les délibérations municipales notées dans les registres de la mairie de Mirebeau. Il n'a pas utilisé les nombreux documents qui existent dans les archives civiles et religieuses de Poitiers, ce qui l'a conduit quelquefois à de grosses erreurs. Christian Pérez a écrit récemment un ouvrage intitulé "Histoire du pays mirebalais des origines à nos jours", beaucoup plus clair et complet que les deux précédents. Mais il ne pouvait évidemment faire une étude longue et détaillée de la période traitée ici, car elle aurait don-né à cette dernière une importance trop grande par rapport à l'histoire générale de la ville, et déséquilibré un ouvrage particulièrement réussi. Deux autres historiens ont seulement fait des études ponctuelles: Ernest Roblin sur M irebeau au XVIIIème siècle et Pierre Lefranc sur le curé Champion. Il y avait donc là un sujet nouveau à traiter et c'est ce que j'ai essayé de faire en compulsant tous les documents que j'ai pu trouver ayant un rapport avec la Révolution dans nos deux cantons. Ce long travail de recherche étant effectué et les références aux sources toujours données dans cet ouvrage, il sera éventuellement possible de le reprendre dans l’avenir pour l’améliorer et le compléter. Pour bien délimiter le périmètre géographique de l'étude entreprise, voici la liste des communes composant les deux cantons à leur création en 1790: canton de M irebeau canton de Vouzailles Amberre Ayron Blaslay Chalandray Bournezeau Cherves Champigny Cramard Cuhon Frozes Liaigues Jarzay Massognes Maillé Mirebeau Montgauguier Seuilly Villiers Thurageau Vouzailles Varennes En 1789, l'Ancien Régime possède une administration désuète, complexe et inadaptée à l'Etat moderne que désire instaurer l'Assemblée nationale. Celle-ci va donc mettre en place de nouvelles institutions qui seront plusieurs fois modifiées au cours des dix années qui vont suivre. Avant de relater les événements survenus dans chacun de nos deux cantons et afin de pouvoir mieux les comprendre, il est d'abord nécessaire d'étudier ces institutions républicaines, et en conséquence, la nouvelle administration installée à l'échelon local, aussi bien communal que cantonal. Je ne parlerai de celles du département et du district que dans la mesure où ce sera utile à la perception correcte du fonctionnement des administrations du canton et de la commune qui sont en relation constante avec elles. Par contre, aucun rapport direct n'existant entre l'échelon local et le niveau national, je ne ferai que rappeler rapidement, dans le premier chapitre, les différents régimes qui se sont succédé pendant toute la durée de la période révolutionnaire, en ne 2 citant que les réformes ou les événements importants pour mon étude, qui ont illustré ces dix années mouvementées de l'Histoire de France. Ainsi il sera facile pour le lecteur de situer un fait local (presque toujours daté), dans le contexte national. Ce livre comprend donc deux parties: Dans la première, sont étudiées les différentes institutions mises en place par la Révolution et qui ont des implications au niveau des communes. Dans la seconde, la plus importante, sont exposés les événements survenus dans chacun des deux cantons de Mirebeau et de Vouzailles tels qu'ils apparaissent dans les nombreux documents consultés essentiellement aux archives départementales de la Vienne, à celles de l'Evêché, à la bibliothèque municipale de Poitiers et à la mairie de M irebeau, les mairies des autres communes ayant rarement conservé des écrits sur l'époque révolutionnaire. Nos deux cantons sont d'ailleurs plutôt privilégiés, puisque subsistent encore aujourd'hui les registres de délibérations municipales de quatre communes: M irebeau, Vouzailles, Amberre et Thurageau, sur moins de quarante pour tout le département, les deux derniers étant toutefois très incomplets. On remarque tout de suite la disparité entre les deux cantons quant à l'importance et la fréquence des événements qui s'y sont déroulés. En 1789, M irebeau est une ville très peuplée pour l'époque (c'est la sixième du département avec un nombre d'habitants difficile à estimer, les recensements de 1790 et 1793 donnant des résultats très différents, disons au moins 2.000), importante par son passé historique et dans les domaines religieux, administratif et économique: elle est le siège d'un archiprêtré, d'un tribunal royal, d'un grenier à sel, de grandes foires et marchés. Elle possède de nombreux gestionnaires, si l'on y inclut les notaires et les huissiers royaux, que l'on retrouvera tout au long de la période révolutionnaire, passant facilement d'un poste à l'autre. M irebeau devient donc tout à fait logiquement le siège d'un canton. La ville aurait même pu prétendre à l'honneur de devenir celui d'un district si sa situation géographique l'eût permis, comme ce fut le cas pour Civray et Lusignan. Elle le réclama d'ailleurs avec beaucoup d'insistance, mais en vain. A la même époque, Vouzailles n'est qu'une petite paroisse, moins peuplée que plu-sieurs autres environnantes, qui ne doit son élévation à la fonction de canton qu'à sa situation au centre de plusieurs communes qui n'avaient pu entrer dans les cantons voisins de M irebeau, Neuville et Vouillé, car le découpage exigeait que la distance pour aller de la commune au chef-lieu soit inférieure à 2 lieues et demie, soit 10 km. Vouzailles ne possède que les administrateurs élus en 1787, soit quelques laboureurs, auxquels vont se joindre trois notaires seigneuriaux. Le canton étant devenu le siège de la municipalité sous le Directoire, son administration ne s'accroît que de quelques personnes déjà membres des municipalités des communes, mais dont la qualification est très insuffisante. La création d'un canton à Mirebeau est donc tout aussi naturelle que celle d'un autre à Vouzailles est artificielle. L'administration est évidemment la même dans les deux, les mêmes lois s'y appliquent, la population de celui de Vouzailles étant d'ailleurs un peu plus nombreuse, mais là s'arrête la comparaison. Pour ne donner que quatre exemples: - Mirebeau possède en 1789 une grande communauté religieuse formée de plusieurs églises, un chapitre, deux couvents; Vouzailles n'a qu'une seule église dont le curé, malade, décédera l'année suivante. - A Mirebeau vont successivement se constituer deux sociétés populaires, un comité de 3 surveillance, un cercle constitutionnel, tous très actifs; à Vouzailles, existeront seulement une société populaire et un comité de surveillance à peu près toujours en sommeil. - La Terreur sévit à M irebeau avec l'arrestation momentanée de plus de 50 personnes, dont plusieurs élus et notables, imitant en cela des villes plus importantes comme Poitiers; rien de tel à Vouzailles. - Les conseils généraux (c'est ainsi qu'on appelle les conseils municipaux) des deux chefs-lieux de cantons ont bien tenu un registre de délibérations pendant toute la durée de la Révolution, mais celui de M irebeau représente en longueur de texte six à huit fois celui de Vouzailles. Il est donc compréhensible que la place occupée dans cet ouvrage par la partie consacrée au canton de Mirebeau soit nettement plus importante que celle se rapportant à celui de Vouzailles. J'exprime ma plus vive gratitude à M onsieur Veillon, maire de M irebeau et à M adame Prévost, secrétaire de mairie, qui m'ont facilité l'accès aux archives de leur commune, ainsi qu'au personnel des archives départementales, de l'évêché et de la bibliothèque municipale de Poitiers, toujours disponible et prêt à rendre service. M a reconnaissance va aussi à Joëlle Grassin et Pierre Garestier qui ont bien voulu relire cet ouvrage et me faire bénéficier de leurs judicieuses observations. Il me reste à espérer que les habitants des communes de ces deux cantons, ainsi que tous ceux que les nécessités de la vie ont momentanément éloignés de notre région, mais qui tiennent à y conserver leurs racines, trouveront dans la lecture de ce livre autant de plaisir que j'en ai pris moi-même à découvrir, trier, classer des milliers de documents, et en présenter ici ce qui m'a semblé l'essentiel. REGIMES QUI SE SONT SUCCEDE PENDANT LA REVOLUTION __________ LA CONSTITUANTE (9 JUILLET 1789 - 30 SEPTEMBRE 1791) L'assemblée qui s'est réunie en mai 1789 à Versailles pour former les Etats Généraux prend le nom d'Assemblée nationale le 17 juin, puis celui d'Assemblée nationale constituante le 9 juillet de la même année.
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