Décision Du Tribunal Administratif

Décision Du Tribunal Administratif

TRIBUNAL ADMINISTRATIF DE POITIERS N° 1602617 RÉPUBLIQUE FRANÇAISE ___________ Société Parc éolien de Thollet et Coulonges ___________ AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS M. Bernard Bonnelle Rapporteur ___________ Le Tribunal administratif de Poitiers M. Denis Lacassagne (4ème chambre) Rapporteur public ___________ Audience du 5 avril 2018 Lecture du 25 avril 2018 ___________ C Vu la procédure suivante : Par une requête et des mémoires enregistrés le 21 novembre 2016, le 8 décembre 2017 et le 30 mars 2018, la société Parc éolien de Thollet et Coulonges, représentée par Me Elfassi, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures : 1°) de rejeter l’intervention volontaire de l’association Vent de raison pour la sauvegarde du bocage des communes de Coulonges-les-Héroles et Thollet, de Mme Monique Robillard, de M. Dominique Carré, de M. et Mme Bertrand de Laître, de Mme Gisèle Jolivet et de M. Laurent Jolivet, de Mme Judith Kram et de M. Joachim Hauserer ; 2°) d’annuler l’arrêté de refus d’autorisation d’exploiter en date du 21 juillet 2016 ; 3°) de délivrer l’autorisation d’exploiter assortie le cas échéant de prescriptions ; 4°) d’enjoindre à la préfète de la Vienne de délivrer l’autorisation d’exploiter sollicitée, ou à défaut de statuer à nouveau, dans le délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ; 5°) de mettre à la charge de la préfète de la Vienne une somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative ; Elle soutient que : - la motivation de l’arrêté attaqué est insuffisante ; - les nuisances sonores alléguées sont inexistantes ; en effet, un plan de bridage aurait permis de respecter les émergences réglementaires ; la question des ultrasons n’a pas été négligée ; N° 1602617 2 - l’impact paysager ne justifie pas le refus ; en effet, les lieux avoisinants ne présentent qu’un intérêt relatif, et il ne leur est pas porté atteinte ; il n’y aura pas d’effet de saturation visuelle ; - il n’y aucune atteinte à l’environnement au titre de Natura 2000 ; - il n’y a aucune atteinte à l’avifaune et aux chiroptères ; les mesures correctives sont suffisantes ; - l’intervention est irrecevable, faute d’intérêt à intervenir ; - les conflits d’intérêt et prises illégales d’intérêts allégués sont inexistants ; conformément aux dispositions de l’article L. 2131-11 du code général des collectivités territoriales, aucun élu intéressé n’a pris part aux délibérations ; Par des mémoires en intervention volontaire enregistrés le 14 décembre 2016 et le 28 février 2018, l’association Vent de raison pour la sauvegarde du bocage des communes de Coulonges-les-Héroles et Thollet, Mme Monique Robillard, M. Dominique Carré, M. et Mme Bertrand de Laître, Mme Gisèle Jolivet et M. Laurent Jolivet, Mme Judith Kram et M. Joachim Hauserer concluent au rejet de la requête et à la condamnation de la société Parc éolien de Thollet et Coulonges à payer à chaque intervenant la somme de 500 euros sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative ; Ils soutiennent que leur intervention est recevable et que les moyens de la requête sont infondés ; Par un mémoire enregistré le 27 décembre 2017, la préfète de la Vienne conclut au rejet de la requête ; Elle soutient que les moyens ne sont pas fondés. Vu les autres pièces du dossier. Vu : - le code de l’environnement ; - le code de l’urbanisme ; - le code de justice administrative. Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Ont été entendus au cours de l'audience publique : - le rapport de M. Bonnelle, premier conseiller ; - les conclusions de M. Lacassagne, rapporteur public ; - et les observations de Me de Raismes, représentant la société Parc éolien de Thollet et Coulonges, de Mme Rivas, représentant la préfète de la Vienne, et de M. Guinard, président de l’association Vent de raison pour la sauvegarde du bocage des communes de Coulonges-les- Héroles et Thollet. Une note en délibéré présentée par la préfète de la Vienne a été enregistrée le 10 avril 2018. Considérant ce qui suit : 1. Le 18 décembre 2014, la société Parc éolien de Thollet et Coulonges a déposé un dossier de demande d’autorisation d’exploiter un parc de vingt éoliennes situées sur le territoire N° 1602617 3 des communes de Thollet et de Coulonges, d’une hauteur de 180 mètres en bout de pales. Conformément à l’avis remis par le commissaire enquêteur le 18 janvier 2016, à la suite de l’enquête publique, le pétitionnaire a réduit son projet à dix-neuf éoliennes. Par l’arrêté du 21 juillet 2016, la préfète a néanmoins refusé l’autorisation d’exploiter. La société Parc éolien de Thollet et Coulonges demande au tribunal d’annuler cet arrêté, de délivrer l’autorisation d’exploiter assortie le cas échéant de prescriptions ou d’enjoindre à la préfète de la Vienne de délivrer l’autorisation d’exploiter sollicitée, ou à défaut de statuer à nouveau. Sur la recevabilité de l’intervention : 2. La société requérante conteste l’intérêt à intervenir de l’association Vent de raison pour la sauvegarde du bocage des communes de Coulonges-les-Héroles et Thollet et des particuliers qui l’accompagnent. Toutefois, les statuts de cette association mentionnent comme objets la sauvegarde et la préservation de l'environnement et du patrimoine naturel, historique, culturel et touristique des communes de Coulonges, Thollet et des communes environnantes, la contribution à l'information du public au sujet de tous projets ou activités qui touchent au cadre de vie, et l’opposition par tous moyens légaux à la création de parcs d'éoliennes et à tous autres projets de quelque nature qu'il soient aboutissant à défigurer le paysage, porter atteinte au patrimoine, modifier les équilibres biologiques des communes de Coulonges, les Hérolles, Thollet et communes environnantes. Dès lors, l’association Vent de raison pour la sauvegarde du bocage des communes de Coulonges-les-Héroles et Thollet justifie d’un intérêt au maintien de la décision attaquée. L’intervention en défense est donc recevable, sans qu’il soit besoin de statuer sur l’intérêt donnant aux autres intervenants qualité pour intervenir. Sur les conclusions en annulation : 3. En premier lieu, aux termes de l’article L. 511-1 du code de l’environnement : « Sont soumis aux dispositions du présent titre les usines, ateliers, dépôts, chantiers et, d’une manière générale, les installations exploitées ou détenues par toute personne physique ou morale, publique ou privée, qui peuvent présenter des dangers ou des inconvénients soit pour la commodité du voisinage, soit pour la santé, la sécurité, la salubrité publiques, soit pour l’agriculture, soit pour la protection de la nature, de l’environnement et des paysages, soit pour l’utilisation rationnelle de l’énergie, soit pour la conservation des sites et des monuments ainsi que des éléments du patrimoine archéologique. ». Aux termes de l’article L. 512-1 du même code désormais applicable : « Sont soumises à autorisation les installations qui présentent de graves dangers ou inconvénients pour les intérêts visés à l'article L. 511-1. L'autorisation, dénommée autorisation environnementale, est délivrée dans les conditions prévues au chapitre unique du titre VIII du livre Ier. ». Aux termes de l’article L. 181-3 du même code désormais applicable : « I. - L'autorisation environnementale ne peut être accordée que si les mesures qu'elle comporte assurent la prévention des dangers ou inconvénients pour les intérêts mentionnés aux articles (…) L 511-1 (…) ». 4. Il découle des dispositions de l’article L. 181-3 du même code que, lorsqu'elle est saisie d'une demande d'autorisation d’exploiter une installation classée, l’autorité préfectorale est tenue, sous le contrôle du juge, de délivrer l'autorisation sollicitée si les dangers ou inconvénients que présente cette installation peuvent être prévenus par les prescriptions particulières spécifiées par un arrêté d'autorisation. 5. Il ressort des termes de l’arrêté du 21 juillet 2016 que la préfète de la Vienne a refusé de délivrer l’autorisation d’exploiter sollicitée en se fondant sur les nuisances sonores dans différentes configurations de vent entre 4 et 7 mètres/seconde, sur l’atteinte au patrimoine N° 1602617 4 historique et au paysage, sur le caractère non concluant du dossier d’évaluations d’incidences Natura 2000 et sur l’atteinte à l’avifaune, et notamment aux oiseaux migrateurs, aux chiroptères et aux oiseaux nicheurs. En ce qui concerne le moyen tiré de l’erreur d’appréciation sur les nuisances sonores : 6. L’arrêté attaqué est fondé, en premier lieu, sur le dépassement des émergences sonores admissibles en zones d’émergences réglementées, de jour comme de nuit, dans la plupart des villages étudiés, dans différentes configurations de vent entre 4 et 7 m/s, ce qui conduirait à brider voire à arrêter les éoliennes. Toutefois, l’autorité environnementale a indiqué dans son avis du 13 octobre 2015 que le bruit ambiant de la plupart des hameaux riverains est inférieur à 35 dB (A). Dès lors, la réglementation en matière de limitation des émergences sonores ne s’y applique pas. En tout état de cause, il n’est pas contesté que des mesures de bridage permettraient de respecter la réglementation pour l’ensemble de l’environnement du site. Enfin il n’appartient pas à la préfète de la Vienne de prendre en considération l’incidence de ces mesures sur la rentabilité du projet. Par suite, ce motif n’a pu légalement fonder la décision contestée. En ce qui concerne le moyen tiré de l’erreur d’appréciation sur l’impact paysager : 7. L’arrêté attaqué est fondé, en deuxième lieu, sur l’atteinte à la qualité du patrimoine historique et paysager, et notamment au bocage montmorillonnais et au colombier du logis seigneurial de Saint-Martin-le-Mault.

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