La Quille du Diable Valais Quand le diable et ses démons jouaient au bowling sur le glacier de Tsanfleuron, jamais ils n’ont réussi à abattre la Tour St-Martin (Quille du Diable). Malheureusement, les nombreux rochers qu’ils envoyèrent ainsi dans la vallée ont provoqué les grandes catastrophes du 18e siècle dont Derborence se souvient encore aujourd’hui. Nous avons voulu vérifier cette légende en nous rendant sur place. Peu de monde pour cette première benne qui, du col du Pillon, va nous conduire en quelques minutes au Sex Rouge avec un rapide changement à la hauteur de la cabane des Diablerets. Un ciel de septembre immaculé nous offre d’ici une vue à couper le souffle. Sous nos pieds, le glacier suinte de partout sous le soleil déjà très chaud de cette belle matinée. Empruntant un escalier d’une bonne centaine de marches, nous descendons à la hau- teur de cette étendue blanche pour rejoindre « l’autoroute » qui y a été tracée à grand renfort de ratrack. C’est en teeshirt, malgré l’altitude et l’heure matinale, que nous marchons dans une neige fondante et parfois sur une mince couche de glace, en direction de la pointe rocheuse qui se dresse face à nous, au bord du précipice. Pataugeant dans la boue durant les derniers mètres, nous l’atteignons après une grosse demi-heure de marche. Une improbable cabane où l’on peut se restaurer a été dressée ici, accrochée à la paroi qui plonge verticalement vers le hameau de Derborence, 1400 mètres plus bas. Vue imprenable, première pause et photos obligatoires de ce point de vue unique. D’ici, nous quittons l’univers blanc du glacier pour celui presque aussi lumineux du Lapis de Tsanfleuron. Usées, laminées, polies par le poids de la glace qui les a longtemps recouvertes, les pierres sur les- quelles notre chemin est tracé offrent une excellente adhérence à nos chaussures. Par contre, il faut être attentif à suivre les marques rouges et blanches et les quelques piquets balisant la voie à suivre, pas toujours faciles à trouver, sous peine de se perdre dans le très large dédale de rochers et les quelques rares petits névés qui ont trouvé un peu d’ombre pour ne pas mourir. Ici et là, de petits lacs se sont formés dans les nombreuses dépressions que nous traversons. La piste serpente, remonte pour mieux redescendre plus loin, prend des directions qui nous paraissent improbables et dans tous les cas pas en ligne droite vers la cabane de Prarochet que nous apercevons bientôt au loin. Nous finissons néanmoins par atteindre ce point de ralliement et but de promenade depuis le col du Sanetsch. Seconde pause sur les bancs qui ont été sortis sur la large terrasse, face aux Alpes qui se découpent, majestueuses, à l’horizon. Notre route se poursuit derrière la cabane en direction du nord, toujours sur le vaste lapis laissé derrière lui par le glacier. Bientôt, nous rejoignons une large vallée verdoyante que nous allons suivre vers l’ouest en direction du lac de Sénin (le nom francophone du Sanetsch). Quelques marmottes sifflent sur notre passage. Le chemin est agréable, facile, et nous progressons rapidement vers la route du col qu’il faudra suivre sur quelques mètres avant de retrouver un sentier plus propice à la marche qui fait le tour du lac artificiel pour rejoindre le barrage paraissant encore bien lointain. Nous longeons une étendue de vase noire dans laquelle la Sarine naissante se fraye un chemin jusqu’à une modeste éten- due d’eau qui a bien de la peine à se faire passer pour un lac. Au barrage, un flot de touristes motorisés est attablé à la terrasse de l’auberge du Sanetsch dont la cuisine est répu- tée. Quelques mètres plus loin, nous atteignons le bâtiment de départ de la télécabine automatique de seulement 8 places (longue attente possible) qui va nous redescendre à Gsteig et ménager nos genoux en nous évitant un déni- velé de près de 900 mètres vers le village bernois. Suivant les instructions qui nous sont données par haut-parleur, nous fermons les portes de la cabine et, une dizaine de minutes plus tard, marchons sur la petite route conduisant au centre du village d’où un bus postal nous ramènera au col du Pillon. Texte et photos de Philippe Lecoultre.
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