Les Espagnols a Montpellier

Les Espagnols a Montpellier

UNIVERSITE PAUL VALERY – MONTPELLIER 3 LES ESPAGNOLS A MONTPELLIER 13 œuvres du Musée Fabre : description, acquisition, attribution Flore DELATOUCHE sous la direction de M. Michel BOEGLIN Master 1 Etudes Culturelles, spécialité Espagnol Juin 2006 2 REMERCIEMENTS Je désire témoigner ma reconnaissance au Conservateur du Musée Fabre, M. Olivier Zeder, pour m’avoir permis de consulter les dossiers d’œuvres et catalogues du musée, ainsi que pour m’avoir accordé le privilège d’observer les œuvres qui m’ont intéressée, dans les réserves du musée. Je souhaite lui exprimer ma gratitude, ainsi qu’à M. Guillaume Assié, pour le don des reproductions des treize tableaux étudiés dans mon mémoire, le bon accueil dont chaque membre du Musé Fabre a fait preuve et le temps qu’ils m’ont octroyé. Merci également à M. Claude Basty et à Mme Haas, du centre de documentation, de m’avoir accompagnée dans mes recherches au sein du musée. Je tiens à remercier le service Patrimoine de la Médiathèque Centrale Emile Zola, les Archives municipales de Montpellier et ses archivistes, pour avoir pu accéder aux documents anciens en relations avec le Musée Fabre. De la même manière, je remercie le Service d'étude et de documentation du département de peintures espagnoles du Musée du Louvre, grâce auquel j’ai pu approfondir mes recherches. Enfin, j’émets un remerciement particulier à mon directeur de mémoire, M. Michel Boeglin, qui m’a suivie et conseillée tout au long de mes recherches et de la rédaction de ce mémoire de Master 1 Etudes Culturelles. 3 INTRODUCTION Le Musée Fabre de Montpellier rouvrira ses portes début 2007 ; la restauration des édifices, un réagencement interne de l’espace, au sein d’une superficie triplée, vont donner lieu à l’exposition d’un nombre plus important de tableaux. Malgré la part relative d’œuvres espagnoles du Musée Fabre par rapport à leurs équivalents italiens ou flamands, cette collection compte quelques oeuvres notables, représentatives de l’art de cette époque, comme les Zurbarán, ou la Sainte Marie l’Egyptienne de Ribera, prêtées à de nombreuses reprises pour des expositions en France, en Espagne et dans le monde. Ces tableaux furent marqués par les thématiques religieuses du Concile de Trente (1545- 1563) et se situent à l’époque du Siècle d’Or espagnol. Cette période correspond au XVIIe siècle, moment faste de l’Espagne, tant sur le plan politique et économique que culturel, durant lequel la littérature, la musique, la peinture, connurent un épanouissement majeur. Les thèmes de prédilection de cet art furent des peintures religieuses qui exaltaient les préceptes dévots du Concile de Trente en lutte contre les hétérodoxies religieuses, ainsi que des portraits qui menaient à la pérennité de l’image personnelle et des bodegones , ou natures mortes, reflets des nourritures, coutumes culinaires et animaux de l’époque et du pays. Soutenus par le mécénat des Habsbourg, les artistes ne peignaient presque que pour les églises et les couvents, en dehors des personnages royaux. L’esprit défini par le Concile de Trente effaça de l’art toute divergence indécente et non orthodoxe. Le nu, les irrespects envers la noblesse, la grandeur ou l’exactitude de la représentation des scènes religieuses – en règle générale, toute liberté renaissante – furent abandonnés, en opposition à la Réforme et à l’iconoclasme hétérodoxes. L’Eglise « affirmait ce que l’hérésie niait », elle s’employa à trouver une réponse systématique aux attaques et inconvenances protestantes contre les dogmes et les images pieuses catholiques1. Aidée par la docilité dévote des artistes qui diffusèrent sa doctrine, l’Eglise imposa aux peintres les sujets à représenter, optimisant ainsi l’émission conventionnelle de ses messages. Entre Renaissance, naturalisme, baroque, rococo et néo-classicisme, la période post-tridentine traversa les XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles en développant ce qui serait considéré par la suite comme le zénith de l’art espagnol, l’époque picturale incontournable de l’Espagne. Le XVIe siècle consacra le style renaissant en Espagne (fin du XVe siècle jusqu’à la deuxième moitié du XVIe siècle) et ouvrit la période d’apogée artistique espagnole. Ce courant, mu par l’humanisme qui mit en avant la réflexion philosophique sur l’homme, 1 Emile MÂLE, L’art religieux au XVIe, XVIIe et XVIIIe siècle, Paris, Armand Colin, 1984, p. 23, 33-34, 42. 4 favorisa la représentation du nu et de la mythologie antique. La recherche de la perspective, les effets de couleur devinrent primordiaux. Le courant renaissant se nourrit de la participation d’artistes étrangers et du retour de peintres espagnols d’Italie, notamment grâce au roi Philippe II (1556-1598), à l’éducation artistique et humaniste développée, qui les invita sur le territoire ibérique 2. En parallèle de ce style, le maniérisme fut un courant anticonformiste de la Renaissance ; ce mouvement de rupture avec l’ordre conventionnel de la Haute Renaissance débuta en Italie en 1520, jusqu’en 1580, avant de se diffuser à travers l’Europe. Le maniérisme signifie la touche de pinceau que le peintre appose à son style, sa manière personnelle de peindre, brisant l’exactitude des proportions et de la perspective, déformant et allongeant les figures (Greco, Morales) dans une recherche plus sensible du mouvement, afin de déclencher une émotion nouvelle chez les représentés et chez les spectateurs, au moyen de cette façon novatrice de représenter la réalité, le corps et l’espace. Le XVIIe siècle, considéré globalement comme le Siècle d’Or espagnol avec des peintres tels que Zurbarán, Murillo, Ribera et Velázquez, fut également celui du début de la théorisation de l’art par des amateurs d’art ou par les artistes eux-mêmes (Pacheco, Carducho). Impulsé par l’Italien Caravage, le naturalisme rassembla les caractéristiques du réalisme, du clair-obscur, des perspectives et de l’équilibre des proportions. Les scènes religieuses et les portraits furent les plus abondants, servant en priorité les commandes de l’Eglise et de la famille royale de Philippe IV (1621-1665) et produisant des reflets de la vie quotidienne et de la réalité humaine, sous tous ses aspects, même peu valorisants (défauts physiques, détails négatifs de la personne) 3. C’est au cours de ce courant artistique, épuré, strict, que le cadre de haute piété du Concile de Trente s’ancra solidement. Le baroque, tout au long du XVIIe siècle, connut l’influence très présente de l’art étranger, italien, flamand, hollandais. Du portugais barroco , ou perle de forme irrégulière, le baroque marqua un passage vers un style plus exubérant, dynamique et coloré, aux formes généreusement accentuées 4, empreint toujours de ténébrisme et de spiritualité religieuse, de jeux entre les touches lumineuses et obscures. Epanoui sous le règne de Charles II (1665-1700), le baroque coïncida avec une époque artistique très brillante 5. L’art élégant, léger, raffiné et sensuel du rococo aux scènes galantes – né en France au milieu du XVIIIe siècle et qui se poursuivra en Europe pendant la seconde partie de ce siècle –, succéda au baroque. Les Bourbon montèrent sur le trône d’Espagne, avec Philippe V 2 Véronique GÉRARD-POWELL, L’art espagnol , Paris, Flammarion, 2001, p. 152-153. 3 Ibid., p. 165. 4 Dictionnaire de la peinture espagnole et portugaise du Moyen Age à nos jours , Larousse, Paris, 1989, préface d’A. E. Pérez Sánchez, p. 5 à 10. 5 Véronique GÉRARD-POWELL, L’art espagnol , Paris, Flammarion, 2001, p. 183. 5 (1700-1746) qui étendit l’action du mécénat royal, bien que ce fût surtout au profit de peintres étrangers venus de France ou d’Italie principalement, à la demande du roi, exercer leur art en Espagne. Ce fut également un moment durant lequel toute une génération d’artistes s’éteignit, décédés prématurément ; il fallut attendre quelques années avant que réapparaissent de nouveau noms de la peinture espagnole, notamment grâce à la création d’une académie d’art. Le XVIIIe siècle vit s’ouvrir l’Académie San Fernando de Madrid, en 1752, développant l’apprentissage des bases artistiques de la représentation du corps, de la perspective, des animaux, des fleurs, des paysages, ainsi que la gravure, la sculpture 6. La période du néo- classicisme (seconde moitié du XVIIIe siècle – début du XIXe siècle) exalta la beauté et la vertu, une moralité sobre, en usant de scènes de l’Antiquité à ces fins didactiques. En dehors de leurs premiers propriétaires espagnols, les œuvres de ces courants picturaux furent découverts par le reste de l’Europe au XIXe siècle. La Guerre d’Espagne napoléonienne puis les sécularisations et ventes publiques des possessions cléricales finirent par faire connaître hors d’Espagne ces tableaux espagnols, qui changèrent plusieurs fois de propriétaires avant de rencontrer leur ultime lieu de conservation dans des musées ou des collections particulières. Jamais aucun ouvrage synthétique n’a été effectué sur ces Espagnols présents au musée de Montpellier, c’est pourquoi il me paraît instructif de rassembler au sein d’une synthèse ces treize œuvres, à la veille de la mise en place des expositions et de la réouverture des bâtiments au public. A travers l’exemple de la collection du Musée Fabre de Montpellier, il sera démontré comment la diffusion, restreinte jusqu’au XIXe siècle, des œuvres espagnoles s’est étendue au reste de l’Europe. De plus, à cause de leurs historiques d’acquisition complexes, il est intéressant d’expliquer la présence de ces tableaux espagnols au Musée Fabre : dans quelles circonstances ils ont traversé la frontière espagnole et de quelle manière ces toiles, sans liens physiques premiers, sont arrivées au musée de Montpellier. Aussi convient-il de retracer le parcours général de ces œuvres qui quittèrent l’Espagne au XIXe siècle pour pénétrer en France, achevant leur périple à Montpellier puis au Musée Fabre, avant d’en dresser l’inventaire.

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